Одесса/Odessa (UA), end of Way & dream.

Palanca, il est déjà 20:00. Avt de partir, j’avais photographié qqs pages utiles ds « Le Pt Futé -Moldavie », il y est fait mention d’une auberge ds ce village très rural. Je demande à un tel puis une telle puis un autre, auberge inconnue! L’un lit le n* de tél & me dit que c’est un autre « Palanca », même province mais à 40km au N-O. Tant pis, à la recherche d’un endroit pour bivouaquer ici alors, mais pas en UA à 3km, je passe tjrs les frontières le matin pour trouver mes marques pdt la journée. Pas de bois par ici, mais des terrains vagues arides peuplés de qqs hts buissons derrière le village. Je m’y engage et, à peine débarrassé de mon s-à-dos, surgit un quad tt-terrain, Police des Frontières. Ils patrouillent tt le long de la frontière. Fermes mais sympathiques, on papote, mais interdiction de bivouaquer ici, trop près de la frontière Sud, je dois regagner la route principale vers la frontière Est que je ne veux pas traverser ce soir, zut. « Passez la nuit ds le local du poste-frontière MD » me dit le supérieur. Je n’en ai aucune envie. Passer la nuit allongé s/un banc comme ds une gare me serait insupportable alors que l’environnement reste si vert. Je le prends au dépourvu en lui demandant s’il habite ds le village et si je peux camper discrètement ds son jardin, why not?! Il réfléchit & tél à sa femme, le boss du foyer familial. C’est « niet » et il en paraît sincèrement désolé. Tant pis, je les salue et docilement rejoins la route, mais à la quête d’un autre endroit discret. Ce n’est que la 3ème x que je me fais surprendre s/ +\- 230 nuits de bivouac. Il ne me reste que 1km où je DOIS absolument trouver 2 buissons où insérer ma tente. Lieu trouvé, j’ai tjrs de la chance, ce sont encore des espèces d’oliviers épars sur un pt terrain vague entre la R52 à ma gauche et la M15 à ma droite, elles se rejoignent à 200m. Pas sûr que les policiers mobiles de la frontière apprécieraient, mais l’endroit n’est pas critique et les 2 routes ne sont qu’à 40m de part et d’autre de moi.


5:30, des voix & claquements de portières de voitures me réveillent. Je passe mon museau hors de ma tente, s/ la route à ma gauche, une longue file de voitures à l’arrêt. Je remballe tt & rejoins, pas très discrètement, la route. Stupeur! La frontière MD n’était qu’à 150m de ma tente. Rapide cachet de sortie s/ mon passeport, un dernier « drum bun » de la policière et je m’en vais vers le poste frontière UA à … 5km! « Je peux y aller à pied? – Da, da, davaïte. » Jamais vu une zone de transit aussi longue. Impossible d’échapper à cette route-entonnoir-transit, ce sont des immenses zones humides peuplées de joncs & roseaux qui bordent la route à droite, & le Dniestr à gauche. Un pt bateau à moteur de la Police des Frontières descend le Dniestr. Aurevoir Stefan cel Mare, Prince de la Gde Moldavie, qui m’a accompagné depuis le bas des Carpates (Piatra Neamt RO) jusqu’à la frontière UA.


Frontière UA, le calvaire pour les automobilistes & qqs camions, 1 long km de file, l’horreur, 4h d’attente … pour eux! A pied, je dépasse tt le monde et me fais copieusement siffler par certains. C’est un militaire qui filtre la file, une bête. Mesure +\- 2m, carrure comme un goal de foot, biceps tatoués & épais comme des jambonneaux, tt en tenue camouflage militaire, gilet pare-balles & mitraillette s/ l’abdomen: Terminator, Schwartzeneger, c’est lui! Mais très souriant. Malgré les sifflements derrière, il m’indique d’aller tt de suite à un des guichets « Паспортный Kонтроль », très cool Terminator! Dans son aquarium, le militaire de faction feuillette minutieusement tt mon passeport, page par page, et arrive ce que j’attendais. « Pq ce visa RU (2013)? Et pq avec cachet d’entrée et pas de cachet de sortie? Et pq ce visa BY sans cachet d’entrée et avec cachet de sortie? » Je lui explique, il pige pas. C’est son supérieur étoilé qui lui expliquera len-te-ment qu’il y a libre passage de pers. entre RU & BY. Gêné, il me rend mon passeport cacheté sans un regard pdt que les sifflements reprennent derrière.


Frontière franchie, c’est « fsio priama », tout droit, jusqu’Odessa. Encore 48km que je parcourrai sans me presser, tant je voudrais repousser au loin le dernier km. 


Passé le pont du Dniestr, j’arrive tt de suite s/ la place du village de Maïaki, un souk, comme bcp de villages-frontières. Tout y est sale & poussiéreux. Marchands ambulants se pressent pour vendre melons, patates & tomates, voitures, accessoires & gsm’s, brols en ts genres et du change devises sous le manteau. Il y a de tout et ça grouille de partout, des UA, MD, TR & Tz. Je négocie l’équivalent de 15€ de Lei MD en Hrivnias UA auprès de 4 « changeurs », je reviens vers le + intéressant qui m’assassine qd même avec un spread A/V de 22%! Je dois absolument en parler à mon patron en rentrant, y a un gros « bizness » à faire ici le long du Dniestr; de plus, sur cette place fourmillante de Maïaki où se croisent tous types de pourvoyeurs & acheteurs très cosmopolites, pas besoin de Mifid & de preuve d’origine des fonds, une frappe dans la main et c’est emballé, cash. 4 bars, dont 3 fermés, portes défoncées & fenêtres cassées, me réfugie ds le 4ème, glauque à mourir, une atmosphère Al Capone. Presque ttes les tables sont occupées, des enveloppes et billets changent de mains. Pepsi, salade-tomates et pain et je m’en vais.


C’est la 1ère x depuis Londres que je dois longer une aussi longue route, tte droite pdt 45km, sans aucun intérêt paysager et avec autant de traffic. Aucune alternative de chemins, sauf détour de 2 jrs par le S, le long de la Mer Noire. C’est dommage pour cette fin de parcours, mais ce Chemin m’a tellement gratifié en amont. Je ne côtoierai pas l’UA profonde & rurale, car Odessa, gde ville balnéaire, est trop proche de la frontière MD, 50km seulement. Les jolies & pittoresques isbas colorées à garnitures de dentelles en bois sculptés que j’avais connu en RU & BY, sont bcp + loin. Pour m’occuper en marchant, je repense à tt le vécu de ce Voyage, dense, dur mais si passionnant, qui peu à peu touche déjà à sa fin, je compte les bouteilles en plastique jetées sur mon côté de route, 142, 143, 144, 145, …, je m’amuse à regarder qqs vieilles Lada’s & Moskvich’s tunées des manières les + insolites. Au km 41, une porte grince soudainement très fort, je reçois un sms m’informant des dernières heures de digne combat de mon ami Nikita à Bxl BE, encore trop jeune, trop injuste. Je foulerai ces derniers kms pour lui. Au km 38, 3 femmes sortent de la langue boisée de l’accotement opposé et me sifflent. A leurs tenues et gestes explicites, elles proposent « l’amour », je les salue de loin. Au km 26, 1 très gd mémorial dont on a dévissé/déboulonné tt l’apparat, p-ê trop fidèle à l’ancien allié RU. Au km 18, Belikii Dalnik, second & dernier village avt Odessa, triste & sinistre. Au km 17, ravitaillement au « produkty » local. Sur la porte métallique, 3 autos-collants invitant les clients à ne pas rentrer avec: ni animal, ni cigarette allumée, ni revolver.


Unique bivouac en UA & dernier de ce Chemin, ce sera à la sortie de Belikii Dalnik après ravitaillement. Je suis ds une bande de hts buissons, juste derrière l’unique église (en construction ou rénovation?) que j’aurai vu en UA jusqu’à Odessa et face à un immense labour. Orientation E, le Levant et ce vent qui me soulage. Bras et jambes sont noirs, pas par le soleil mais de poussière & crasse collant à la sueur, impossible d’y remédier depuis 4 jrs. Le programme de demain a.m. est défini: départ 5:30; les pieds ds la Mer Noire vers 11:00; OT pour hébergement, booking trains de retour BE (surtout pas l’avion, trop brutal, trop violent pour digérer ce retour), info’s ville, musée d’Histoire Odessa, m’endormir ds un bain, me nourrir, recadrer les intestins chahutés par la chaleur de ces derniers jrs & dodo profond. Dernier coucher de soleil, rouge vif, incendiaire, je ne ferme pas l’œil, ou presque, trop absorbé par images & émotions qui se bousculent. A 5:00, mon incontournable café, je remballe tout méticuleusement comme chaque matin. C’est parti pour la der’.


Il est là, le ht indicateur de béton soviétique qui m’annonce « Одесcа ». La gde & belle Odessa, érigée sous l’impulsion de Catherine II; son lointain successeur, le Tsar Poutine, en cauchemarde p-ê.


Au gd rond-point d’entrée de la ville, distrait car englué ds mes pensées, je me trompe de direction en marchant vers … Kiev. C’est le soleil « pas ds la bonne direction » qui me rappelle mon erreur à 200m.


Comme ttes les banlieues, celle-ci n’est pas sexy. Immeubles début XXème en ruines, poussière, 10aines de chiens errants, ils errent partout. Pas d’OT à Odessa (!?), il faut s’adresser à internet, hôtels ou ag de voyages pour + info’s. Pour rejoindre la côte en bout de ville, un mémorial juif poignant, la récente Cathédrale de la Rédemption, la gde statue de Pouchkine qui a vécu ici, la façade du très majestueux Opéra, des joueurs attablés en plein air jouant aux échecs, dames & dominos, de superbes façades rénovées du XIXème et début XXème, c’est splendide, c’est aéré, c’est vert, c’est animé. J’y croise des gens souriants & élégants. Un centre de ville très raffiné, chère à mon amie Mala T. dont je vais voir la belle maison de vacances de ses feu parents Petersbourgeois. J’aurais aussi voulu connaître Odessa il y a + d’1 S. Je me réserve d’autres visites incontournables demain. Je veux y revenir un jour, avec Isabel.





Selon ma carte, la mer n’est qu’à qqs 100aines de m. Là, le Voyage prendra fin, brutalement. Tte mon approche de la Plaza del Obradoiro à Santiago de Compostela redéfile soudainement ds ma tête, même appréhension, même émotion aussi heureuse que cruelle. Londres est loin en amont. Depuis, il y a eu ts ces émerveillements, émotions, situations insolites voire surréalistes, jamais imaginées auparavant, bivouaquer sous pluie dans le vieux cimetière de Dover le nez s/ la Manche, nuiter à 20m au-dessus de la rés. nat. des gds lacs du Burner See, nager dans le Danube, se barricader de nuit au sommet des Carpates, pêcher des écrevisses dans la vase du Dniestr sous le nez des militaires « adverses », … etc … etc, tout ce fantastique gagné au fil du pas. Ce Chemin fut à nouveau enivrant.


Le Musée d’Histoire d’Odessa, un de mes points d’orgue de cet aboutissement géographique. Le Comte de Richelieu, General-Gouverneur d’Odessa, son successeur le Comte M. Vorontsov, Maréchal et héros de la guerre patriotique de ’12, mon « pote » omniprésent & bedonnant Koutouzov; la lettre d’abdication de Nicolas II; une photo de femme-soldat réglant la circulation s/ ma route d’hier Maïaki-Odessa en ’44; des coupures de journaux originaux relatant les concerts de mes 2 compositeurs préférés ds l’opéra de la ville: Rachmaninov & Tchaïkovsky; la rencontre historique de Staline, Molotov & Ribbentrop; les horribles massacres & déportations juifs, nombreux à Odessa; … etc; mais il y a SURTOUT ce que je venais chercher à Odessa en + de la Mer Noire: ce stigmate de l’Histoire qui relia Odessa à Londres il y a 1 siècle: des photos originales, lettres et coupures de presse décrivant le sauve-qui-peut de ces réfugiés Russes blancs, dont Ukrainiens, poursuivis & harcelés par les bolcheviques, et embarquant à la hâte sur des bateaux britanniques furtivement amarrés au port d’Odessa pour rejoindre … Londres. La boucle est bouclée. 




Je quitte le Musée, il me reste 400m. Un horizon turquoise se découvre. Elle est là, la Чёрное Mоре, la Mer Noire, spectatrice de tant d’Histoire de notre continent. Pour toucher l’eau, cet aboutissement du chemin physique & géographique, je dois d’abord descendre les marches du mythique escalier Potemkine, dont je connais l’histoire du navire par cœur. J’ai la tête ds le vide, me fraie un passage sur la plage très encombrée, me déchausse & demande à un ado de sceller un cliché-souvenir les pieds dans l’eau. Voilà, c’est fini. Je dois admettre que c’est fini. Déjà fini, ce fut merveilleux, bouleversant et enivrant.


Tout ce merveilleux n’aurait pu être vécu et abouti sans tous ces hommes et femmes, à travers ces 12 pays, qui m’ont poussé, tiré, encouragé, souri, tendu la main, frappé sur l’épaule, accueilli, ouvert la porte, partagé leur cœur, de près ou à distance. Il y a d’abord & surtout Isabel, ma femme, il y a mon employeur, il y a Eric & Olivier par leurs compagnies physiques & passionnantes en BE, HU & RO, il y a ces 10aines de personnes, dont Stéphane, Sebastian & Sonia, Jürgen & Greta, Stanislav, Alin, Budislav, Igor, Aurél, Adriān, Constantin, Valeria, Ion, …etc … etc… que je n’oublierai jamais, & surtout Ioana que je remercie encore de tt cœur, ils furent tous les aristocrates de mon Chemin. Ces gens « ordinaires », furent extraordinaires, ce sont eux qui m’ont permis de réaliser mon rêve. Merci du fond du cœur à chacun. Ce fut, pour la 2ème x, la + dure, la + intense, la + belle & riche expérience de ma vie. Des portes ont parfois grincé, mais à chaque fois pour s’ouvrir vers le fantastique.



Demain, plus de bottines, ni de bouteilles d’eau, ni de cartes, ni de boussole, mais à mon prochain, je lui dirai encore: « Lève-toi! Lève-toi, déshabille-toi et va. Pars d’une feuille blanche et va découvrir le monde dans ses entrailles, n’aie pas peur, va rencontrer l’homme, la nature et l’aventure, tu n’imagines pas ce qu’ils t’offriront de vertueux à ta rencontre. La vie est si courte, remplis-la de ce qu’elle a de si riche.


Tout ce merveilleux Chemin, cette enivrante vie parallèle, je les dois à ma femme, Isabel. ¡Gracias Isabeliña, te quiero!


The End.

Purcari MD

Je quitte Chisinau avec un brin de nostalgie. Quoique n’ayant découvert que son immense centre, j’ai aimé cette ville verte & son atmosphère, presqu’occidentale.Comme toutes sorties de banlieues (et celle-ci me paraît interminable comme à son entrée), la route est assommante (camions, voitures, …). Ce n’est qu’après l’aéroport, à Chetrosu, que je peux enfin bifurquer au S vers Geamana.


A nouveau de longues routes de béton puis de terre graveleuses très larges. Larges routes en béton pouvant accueillir des véhicules lourds et immenses antennes de télécommunications éparses sont des impositions de Washington, « in case of ». Entre 2 villages, je n’y croise jamais personne, sauf 2 chevreuils, 1 lapin, 100aines de lézards & des cigognes, mes oiseaux préférés depuis 2000km, si élégantes à l’envol. Le relief s’étire de + en +, la Mer Noire n’est qu’à 200km. Relier les villages très espacés pour refaire le plein d’eau aux puits. Parfois, un pt break lorsqu’il y a un « alimentar » ds un village + étoffé. C’est tjrs l’occasion de rencontres agréables. Celle de cet ap-midi a failli dégénérer. En cause, l’alcool cum + 35* à l’ombre à 16:00. A peine ai-je mis le pied ds la pte enceinte herbeuse de l' »alimentara » qu’ils m’entourent ts les 4, ils ont de 55 à 65 ans. ils sont complètement ivres. Des poivrots, j’en ai croisé des 10aines depuis Londres jusqu’ici, et pas moins à l’O qu’à l’E. Pour la plupart, l’alcool les rendait joyeux ou … inertes. Today, non. Les 4, complètement dezingués, hurlent en même tps : « T’es quoi? T’es qui? Tu fais quoi? » en m’arrosant de leurs postillons de bière Chisinau ds le visage. Yeux injectés et visages rouges vifs. Courte réponse: « Je me promène ». « T’es pas MD? – Non, BE. – Ah, t’es né en BE, ce sont tes parents qui sont de MD alors? – Heu … non, et ils savent même pas où c’est sur la carte. – Tu parles UA? MD? – Non – Pq tu parles RU alors? …etc. » Les tons des 4 zigotos deviennent hauts, désagréables et envahissants. « T’as de l’argent? – Non – Tu manges cmt? – Je cueille des fruits – Tu dors où ce soir? (Je leur donne une fausse direction, mais plausible) – T’as un tél? Montre! – Niet, kaput! » Je me lève du banc, les salue d’un « spasibo za fsio i dasvidania » et m’en vais. Le seul qui tient encore debout me rattrape, me barre la sortie en me prenant fermement par le coude et me tire de force vers « l’alimentara » pour partager une ou x Chisinau avec lui. « Niet, dasvidania! », mais il me fait mal. Ses 3 potes restent affalés sur le banc, yeux mi-clos, ivres-morts, absents de tout. Je serre mon lacrymo en main ds ma poche. Si il devient brutal, je lui lâche une giclée de poivre ds les yeux & nez. Pas la peine, sa main aggripée à mon coude se détend, il part en vrille et s’écroule de tt son long, ouf. L’alcool & soleil ont eu raison de lui. Certainement un bon bougre, mais alcool sous telle chaleur a des effets pervers, & agressifs ds son triste cas. Je ne supporte pas la violence et l’impulsivité, les ayant trop vues/vécues autour de moi lorsque + jeune.


Villages, chemins, champs & villages pittoresques d’un autre tps sont structurés et très propres, un Bavarois pourrait y respirer sans hoquet. On ratisse, on brosse et re-brosse, et qd c’est fini on rebalaie encore. Meules, faux, charettes attelées, chevaux, vieilles Volga & Lada, vieux Kamaz & Zia sont devenus aussi fréquents que s/ Times Square. Même si les artères qui traversent les villages restent de terre poussiéreuse, où je resillonne entre oies, canards, dindes & chèvres, place aux tracteurs & voitures modern generation quoique tjrs de scd main. Dans chaque village, l’incontournable monument aux morts, voire monument à la gloire du soldat libérateur soviétique. Ils n’imaginaient pas ce que le « libérateur » allait leur faire endurer les 45 années suivantes. Pq encore tel monument à la gloire du liberateur/oppresseur soviétique? Il fait partie du paysage depuis si longtemps, sans plus. 


Juste avt Tanatari, d’immenses bâtiments plats en béton abandonnés, c’est l’ancien gd kolkhoze dont un paysan (75) m’avait parlé hier soir. « Qd j’y étais, je ne devais pas m’inquiéter pour manger et nourrir ma famille. Regarde, qq je peux faire aujourd’hui avec ça? » en me montrant ses 5 vaches. Rien n’est tt blanc, rien n’est tt noir.



Entre Novoe (=nouveau) Tanatari et Staroe (=ancien) Tanatari, une piste tte droite de 2km qui descend & remonte la vallée. Le soleil est assassin. Tt en bas, un puits le lg du chemin, où je m’abreuve et m’assieds à l’ombre du mini-toit en tôle. Seuls le bruit métallique du seau qui cogne contre la paroi intérieure du puits et le vent poussiéreux qui balaie la piste, troublent le silence. Il y règne une ambiance de Far-West US. Ne manque que Ch Bronson assis au pied du puits à côté de moi, son harmonica collé aux lèvres. Depuis mon entrée en MD, je n’aurai vu que 3 quadrupèdes sauvages: 2 chevreuils & 1 renard. Là, à 100m de moi sur la piste qui coupe la forêt que je traverse, traverse un animal au pt trot. Trop gd pour être un renard et pas le profil d’un chien, bizarre. Pas eu le tps de dégainer mon tél pour photo. 



Enfin Talmaza, long village de 5km, après 15km de piste éprouvants sous soleil cuisant. Le chemin fait un équerre ds le village, et où, depuis le surplomb, l’horizon est lointain à ma gauche. C’est la plaine à l’infini, avec une lge bande boisée qui la coupe, là où coule le Dniestr. S/ l’autre rive, la Transnistrie hors-la-loi. La vue est magique. Besace remplie, je vais chercher un pt bois à la sortie du village. Mais rien ne se passera comme prévu, rien. 2 femmes vont me croiser, je les aborde pour m’expliquer l’horizon en détails. L’une parle UK. Après 15′ d’échanges, elle me donne le choix: continuer ma route, ou dormir chez sa famille, ou rejoindre les maris & amis qui préparent une fête en bord du Dniestr & y rester all night. Suis s/ les genoux mais va pour fiesta ds les broussailles s/ rive du Dniestr, l’opportunité est unique. Raison de cette fiesta? L’ouverture de la 1ère pompe à essence du village de Talmaza, c’est historique, ça se célèbre! Ns sommes une 20aine, ts du village, uniquement entre hommes, 3 sont Gagouzes, 1 Ukrainien, 2 Tziganes. L’ambiance est très animée, je sens que cette soirée et nuit seront … passionnantes. Et en effet… Les braseros sont allumés pour patates, oignons, piments & boudin rouge. Chacun a emmené ses bouteilles en plastique de 2L de son propre vin rouge. Arrive le plat principal, un agneau … vivant. Je m’éclipse pdt qu’on l’égorge, le vide et le dépèce. Le vin coule à flots. Valeria, ancien pasteur, chante armé de son accordéon, accompagné par Ion & sa timbale. Le ciel est presque aussi étoilé que celui de l’Aubrac. Cette nuit in the middle of nowhere le long du Dniestr s’annonce magique. Il fait chaud & sec. En face, s/ l’autre rive à 50m, un gros phare s’allume ds notre direction. Policiers ou militaires Transnistriens, juste pour montrer qu’ils veillent, no problem. On mange, on boit, on chante, on danse, on rit, on dort un peu, puis l’accordéon nous remet sur pied, on remange, on reboit, on redanse, on rechante, jusqu’á l’aube. La lune est pleine, chacun dort en boule ds un coin de broussailles, digérant agneau, vin et musique. Valeria a une voix très rauque, je lui dit qu’elle me rappelle celle de Vladimir Vissotsky. Il éclate de rire en-dessous de son épaisse moustache noire & arnache son accordéon. « Sidiet i sluchat (assieds-toi et écoute) ». Dès les 1ères notes, j’ai compris. Avec sa voix rauque et grave, idem que Vissotsky, il hurle « La Chasse aux Loups (chasseurs=nazis) », j’en frissonne, je ne peux retenir des larmes tant l’émotion est forte & unique: entouré de ces nvx et fantastiques « amis » moldaves, de nuit en bord du Dniestr, militaires « adverses » nous épiant, sous ce ciel étoilé et vent chaud, Valeria déchire le silence de sa voix cassée avec son accordéon et avec la rage de Vissotsky qu’il éructe. Nous sommes tous cois en l’écoutant, je vis un rêve. Un rêve unique. Je dévisage chacun d’entre nous, des visages joyeux, d’autres mélancoliques. L’ambiance se calme, le vin faisant son effet. Certains se rendorment. Pas Valeria. Tjrs avec sa voix grave, sur un fond doux d’accordéon, il récite des poèmes, à la gloire de Dieu, à la gloire de la Ste Moldavie, à la gloire de la femme donneuse de vie, et à la gloire des compatriotes & amis tombés en ’92 à qqs mètres de nous. J’ai l’estomac noué par tant d’émotion et de densité.


​Ivan, d’origine UA, est très sympathique, comme ts les autres. L’idée de se lever un jour, baluchon sur l’épaule et s’en aller marcher attise sa curiosité. « Et tu n’es pas fatigué après 3 mois? – Physiquement, oui. – Et tu n’as jamais eu envie d’arrêter? – Oui. – Ah, où? en prenant ma carte. – A Ekaterinbourg, ou aux Solovskii. – Mais … c’est encore bcp + loin ça, à des 1000ers de kms!? – Je sais. »

8:00, chacun se réveille ds son coin de broussailles, chacun encore un peu groggy. Rallumer les braseros pour remanger et reboire. Vin rouge pour eux, 5 cafés pour moi. La pêche fut bonne pdt la nuit, 9 brochets ds le filet. J’accompagne Vladimir, Valeria & 2 autres ds le Dniestr. Ils m’apprennent à puiser ds la vase pour remonter des écrevisses, vase jusqu’aux genoux. Une 15aine remontées dont on va se délecter en soupe. C’est dingue. Pt-déj? Déj? Dîner? Sais pas, sais plus, je veux pas savoir, mais c’est unique. Valeria re-chauffe son accordéon et c’est reparti. Écrevisses, brochets, fromage de chèvre, pain, pastèques, & eau pour moi. Me réendors comme une masse au son des grillons et de l’accordéon.


16:00 rassasié & sieste finie, je m’arnarche, ils forment un cercle d’adieux autour de moi, les embrassades ne se comptent plus. « Drum bun, Werner, chestlivago puty. » Dur. Très dur. J’ai un azimut facile de 3 km pour retrouver mon chemin d’hier et rejoindre Purcari à 20km. L’accordéon encore ds la tête, et déjà nostalgique de ces accueil, attentions et générosité qui m’ont été réservés, je m’en vais vers mes derniers pas.


Ce riche Chemin m’a encore ouvert une porte vers tant de richesse: rencontrer & partager cette MD profonde, rurale & authentique dans un long moment de joie sans excès et de traditions. Spasibo bolchoï za fsio, et en particulier à Dima (Vladimir) & Vica pour l’accueil qu’ils m’ont reservé.


Les villages s’enchaînent, Cioburciu, Purcari, Crocmaz et enfin Palanca, tjrs sur la même piste très poussiéreuse. Le vent chaud est violent depuis ce matin, il me vient de face, du Sud, de la Mer Noire à une 30aine de km. Il balaie la piste de face et m’envoie son flot de poussière continu au visage, bouche & nez compris, obligé de mettre un foulard humide.


1km avt Olanesti, au milieu de nulle part & en pleines broussailles, émergent 4 gds blocs-lego à appartements. Ils sont très vieux, en béton craquelé mais encore habités. C’est tellement insolite à cet endroit et symbolique de l’époque soviétique que je prends qqs photos. Un h (70) me voit & me hèle. Il est très gentil. « Tu es étranger? – Oui Monsieur – Alors, stp, ne prends pas de photos de ces immeubles, ils sont vieux, sales, laids, dégradés, certains appart’s n’ont plus d’électricité, ce n’est pas ça la Moldavie, ça c’est encore le communisme, mais nous sommes ts vieux ici et on ne sait où aller, ne prends pas de photos stp », en me mettant amicalement la main sur l’épaule. Dvt lui, j’efface les photos (sauf 1 …) pour lui faire plaisir mais surtout pcq’il a tellement raison, ce n’est pas « ça » la MD que j’ai côtoyé de près, si traditionnelle, bucolique et authentique. Les MD sont très attachés à leurs culture & traditions, ces blocs-prisons n’en font pas partie. L’habitat rural ressemble à celui de son voisin en Moldavie RO, des ptes maisons individuelles très espacées avec jardins de broussailles, mais avec davantage de couleurs, de corniches & lambris sculptés en dentelles, de figures (oies, raisins, Pouchkine!, cigognes, …) peintes sur les façades. Ah, pittoresque, qd tu ns tiens!



Purcari, tt pt village mais célèbre ds le monde entier. Œnologues & sommeliers des 4 coins du monde y viennent goûter & acheter ses vins. Je n’irai pas voir ni visiter le complexe viticole, très renommé dit-on, il est à 1km de mon chemin et la « chose » viticole n’est pas ds mes priorités sur mon chemin quoique j’adore le vin rouge. Je m’arrête 1″ sur la route pour prendre une photo du bâtiment viticole principal à 400m. M’aborde Ion, RO de 30 ans, marié et jeune père, super sympathique. Il a quitté sa RO natale pour être guide à Purcari pour les passionnés de vins qui viennent autant de USA, FR, KO, AU, CH, que … BE il me dit. Il m’accompagne pdt 1km. Je lui parle de sa RO & de la MD que j’ai adoré tous 2, je lui mentionne aussi l’animal bizarre que j’ai vu tôt ce matin en forêt. Il éclate de rire: « Tu as vu un chacal! », il y en a bcp par ici, et tu les entendras parfois hurler la nuit, garde ton spray lacrymo à portée de main ». Il m’explique le paysage:  » à droite, les vignes à l’infini; à gauche, à 200m & parallèle, le Dniestr », « … et derrière, la Transnistrie » j’enchaîne. « Non, plus depuis 1km, maintenant c’est déjà l’UA à 200m. » Carte en main, oui c’est vrai, c’est déjà l’UA que je longe. Ça sent comme une fin de voyage. Ion, quadrilingue dont FR, charmant & très cultivé garçon, on échange nos adresses. 


Dois m’organiser pour dormir à Palanca, dernier village avt la frontière, il y a, d’après mes info’s, une auberge-pension dont j’ai vraiment besoin. Demain, l’Ukraine.

Je dépose ce post s/blog à Maïaki UA, n’ayant pas eu d’accès wi-fi depuis Chisinau. Demain, Odessa, la Mer Noire, la fin du Voyage.

Tiraspol (TR hors-la-loi)

Cette escapade hors-norme le long de mon Chemin méritait un post.

7:30, pte promenade en attendant Giorgiu. Ts les balayeurs/euses sont déjà à l’œuvre ds parcs, trottoirs, rigoles. Plus une feuille morte ni rarissime mégot ne doit traîner ds la ville pour la journée, bravo. Je n’ai pris que passeport, un peu de cash & vieux tél. de rechange pour photos avec moi. 

Finalement, ce n’est pas Giorgiu qui arrive pour me prendre, mais un dénommé Ion (+\-50), avec 20´de retard… Dès qu’installé, il me demande si cela me dérange de faire un pt détour pour prendre une copine qui viendrait avec ns à Tiraspol. C’est quoi ce bazar? C’était pas prévu & je n’aime pas les embrouilles, surtout pour aller là-bas. Je veux que tt soit cristal clear. C’est non, dans tts les langues, no, nu, niet. Il râle 10′ puis revient « dans le rang ». 40′ de voiture où il se partage entre moi & la « copine » au tél. Il ignore que je comprends tt ce qu’il lui raconte (RU) au tél, un fameux poème …., heureusement qu’elle ne ns a pas accompagné.
Poste frontière à Tighina: policiers, militaires & 1 tank opérationnel à l’accueil. Tt va assez vite, présentation passeport & remise du doc. d’immigration à ne pas égarer. Policiers & milit sont un peu énervés car derrière ns, il y a 4 cars pleins d’UA qui attendent pour traverser la zone vers UA, chacun sera contrôlé individuellement. Sur le doc. d’immig., il est bien spécifié que je dois avoir quitté le territoire au + tard à 19h 02m 51s (pas + de 10h sur le territoire).


Transnistrie, zone sécessionniste hors-la-loi. En ´92, MD tente de reprendre « son » territoire. Armée MD désuette & sans blindés contre chars & artill RU = échec total + 100aines de morts de part et d’autre. En ´92, l’UA laissait transiter les forces alliées RU, today c’est l’inverse à cause de Crimée & Donbass = Transnistrie isolée géog. qui étouffe économiquement. 3 uniques acteurs en TR: Poutine qui décide tout, Chevchouk, « président » marionnette de Poutine, et enfin l’oligarque Sheriff qui détient la 1/2 de l’économie de TR: banque Sh, supermarché Sh, vendeurs de voitures Sh, bars Sh, immob Sh, club de foot Sh, tt est Sh, …etc. Tant que la TR reste stable, Poutine fout la paix à ces 2 lascars, ils peuvent continuer leurs magouilles. Rêve de Poutine: relier géog. ses 3 pions: Donbass-Crimée-Transnistrie (via Odessa) = isoler l’UA de Mer Noire en prenant contrôle de celle-ci.


Escapade en Transnistrie en 2 temps: forteresse médiévale de Tighina & Tiraspol.


Forteresse, ré-ouverte au public (lequel?) depuis 5 ans, très imposante mais pas entretenue, flanquée contre le gd casernement militaire opérationnel de Transnistrie, brrr… Des militaires y déambulent, on est sur l’axe stratégique de Chisinau. Cette forteresse est un lieu militaire & stratégique ininterrompu depuis le M-A (Ottomans, Russes, Nazis, Soviétiques, EU, … Du sommet du donjon, tte la vue sur le Dniestr, rivière-frontière, et son fameux pont (affrontements ’92) aux couleurs RU & TR, l’église, et tt le casernement militaire. Visite de l’ensemble (sauf casernements!). Ion & moi sommes seuls, pas un chat. Rappel omniprésent des gds noms de RU dont Cath II & P. le Gd, mais aussi Koutouzov & de Tolly qui donnèrent la fessée à Napoléon en ’12. Rappel aussi des « héros » de ’92 avec photos dans tte la ville. Figuratif & glorification relèvent encore parfaitement de cet esprit soviétique même si le communisme stricto senso y a disparu, chacun se « débrouille » (…) comme il peut.



Tiraspol, la « capitale », non reconnue. Structure & ambiance très soviétiques des années ’80, le très large blvd (50m) qui traverse la ville est impressionant & on ne s’y bouscule pas. Policiers & militaires un peu partout, ne pas sortir l’app de photos inutilement. 



Imposant Lénine dvt le bâtiment de la « présidence », le monument aux morts du Dniestr (’92), la tte nvl Cath., l’agréable gd marché fruits & légumes, les classiques vendeurs ambulants de Kvas, & ts les 100m les gds panneaux de propagande pro-RU tels que « Tous ensemble avec la Russie ». 






Transnistrie, poudrière & enjeu geo-politique majeur entre E & O, ça peut y re-péter du jr au lendemain. Londres-Odessa, Chemin quotidien de paix, mais encore jalonné par des fractures ouvertes. 


Retour Chisinau, encore un peu ss le choc de cet endroit « décalé » que je quitte, pour préparer & affiner dernières cartes, faire le plein estomac & vitamines, & dormir. Demain 5:00, dernière ligne droite (230 km) via Mereni-Talmaz-Olanesti puis frontière UA.


The final countdown.

 Chişinău MD

Je quitte Iasi avec nostalgie, direction N alors que Chisinau est plein E, problématique check-point! Je traverse la gde banlieue, encore très aérée & propre, entr’ autres via la Rue de l’Eternité où se succèdent 10aines de pompes funèbres, normal, l’immense cimetière « Éternité » de Iasi se trouve en bt de rue.
Très tôt, j’aborde les longs & magnifiques lac Venetia & lac Ciric que je longe s/ 10km jusque Dorobant par pts sentiers de pêcheurs ds les broussailles. Puis 10km suivants s/chemins de terre par champs de maïs et terres de pâturages déjà très arides. 



Je dors ds une étroite bande boisée avt Stanca, presque le nez s/ la frontière de Sculeni. Les forêts deviennent rares, et jusqu’en UA. 5:00, debout, je suis excité comme une puce à l’idée de poser ma 1ère bottine sur le sol MD. A 300m de mon bivouac, sortie du village de Stanca, en surplomb, c’est magique: j’ai une vue parfaite en contrebas sur le village de Victoria, puis Sculeni (RO&MD) que la rivière Prut traverse, frontière naturelle & officielle vers la MD, c’est fantastique. Au-delà, à 3km, la Bessarabie MD à portée de bâton, j’en frissonne.



Frontière en vue. Tt a été réorganisé ds mon sac-à-dos, et carte de bq + qqs billets de secours ds la doublure de mon chapeau + cousus à l’intérieur de mes écussons & hauts des doublures de chaussettes, jusqu’Odessa. Seul = +vulnérable, surtout en longeant la Transnistrie dans 6 ou 7 jrs. Des rapts s’y produisent (cfr Andrea & MD’s croisés en RO), je rectifierai mon chemin + à l’O au-delà de Chisinau si info’s se confirment.


Poste frontière, comme je m’y attendais, un charmant milit. Lt RO (avec qui je papote 20′) m’invite à demander un lift pour passer le no man’s land sur le Prut. Finalement, c’est lui qui arrête une voiture pour demander de m’embarquer pour ces 300m, trop sympa. Mon « chauffeur » sera mon 1er pote MD, Andrea. Il se débrouille en FR & évidemment parfait bilingue RO-RU, comme ts les MD’s. On a le tps de discuter: 1h1/2 à poireauter entre les 2 postes frontières, au-dessus du Prut, des files de voitures immatriculées aux 4 coins de l’EU et surtout IT, ts des MD’s qui reviennent au pays pour les vacances. Pour me procurer qqs Lei MD, il me dépose à 1 des multiples bur. de ch. où ns ns quittons après photo & échanges d’adresses mail. Multumesc Andrea!


Il ne me reste plus que +\-300km à dévorer et à me délecter jusqu’à Odessa, c’est la dernière ligne droite, à savourer à chaque pas et chaque regard. Le cœur bat en ouvrant la porte de ce pays si riche en traditions et en histoire. Je ne connais pas la MD. J’ai juste lu son histoire bousculée en diagonale, ses racines romaines puis russifiées & soviétisées, ainsi que la situation très problématique en Transnistrie que j’étais supposé traverser. Et bien sûr, son vin ds le S, un des meilleurs du monde. Ce sera une découverte totale dont je me réjouis.


Rejoindre Ungheni, une route tt droite, longue & ennuyeuse, récemment refaite avec le financement USA dont panneaux très visibles. La MD est très très très stratégique entre O & E. De longues distances entre chaque village, tous très évasés. Je n’y croise personne sauf ds villages. Un pays gd comme BE, mais avec 1/3 de sa pop. De tps-en-tps, une voiture s’arrête: « Qui? D’où? Vers où? » puis reprend sa route. Économiser l’eau ss cette chaleur étouffante qui est ma seule « ennemie », d’autant que les sources d’eau ont disparu ds les campagnes, seuls existent les puits dans les villages.


Ungheni, Cathédrale Al. Nevskii, les paroissiens quittent l’église. Je vais y rentrer lorsque le « gardien/concierge » me l’interdit. Normal, suis en shorts et mes bas de pantalon sont tt au fond de mon sac-à-dos. Un jeune pope va entrer et s’intéresse à notre échange. « Belgietz … pilgrim … pichkom … London-Odessa … », il me prend par le bras et ns entrons ensemble, sous le regard consterné & désapprobateur du « garde ». Un acolyte (12) encore vêtu de sa longue aube jaune satinée demande à son père de le prendre en photo à mon côté puis, sous le regard amusé de ses parents, me demande de m’accompagner jusqu’à la sortie de la ville et surtout … en me donnant la main!? Tjrs vêtu de son aube canari, il m’accompagne, main ds la main. Et je comprends son gentil manège, ts les 50m, il croise un p’tit copain, et tt fier il leur lance à chacun: « T’as vu, c’est mon nv copain de Belgique! » Trop mignon. En quittant la Cathed. avec mon nv jeune copain, ns ns arrêtons d’abord dvt l’entrée du casernement militaire de la Div. d’Artill « Prut ». J’essaie d’engager qqs mots avec une des 2 sentinelles de garde. « Circulez! » … bcp moins affables que leurs voisins militaires RO!


Un « sport » à gérer: chaînes de collines & vallées sont ttes ds un axe N-S, or je dois aller à l’E, à Chisinau. Up & down’s garantis à + de 40*. Très tôt, l’asphalte disparaît au profit d’une piste carrossable en terre sableuse & graveleuse, jusque Chisinau. Le relief, comme en RO moldave reste très vallonné avec des villages + espacés, 10 à 15 km parfois, c’est long sous cette chaleur étouffante. Diff majeure, les gds espaces de pâturages, troupeaux, faux & charettes attelées ont presque disparu au profit d’immenses champs de tournesols, maïs, labours et les 1ères vignes. Mes 2 obsessions depuis la frontière: ombre & eau, la chaleur est terrible, + que partout en amont. Je rêve de me baigner ds des glaçons, ou me rouler nu ds la neige. À chaque village, je cherche 1 des puits, y bois 1L1/2 s/place, puis repars avec 3L d’eau fraîche ds lesquels je verse du sel. Mais à chaque puits de village = être retenu au – 1/2h par le voisinage, tjrs affable, curieux et … svt généreux en victuailles, impossible de refuser. Impossible/trop long aussi de raconter chaque surprise & anecdote ds chaque village. Par ma nat. et ma démarche, suis « l’attraction ». Et je m’en réjouis pour entrer + facilement en conversation avec les gens de ces villages & hameaux ruraux, pour apprendre, les écouter, les découvrir, eux & leur culture. C’est ça le très important, le très riche, loin des cartes postales, en se baignant ds le cœur de cette ruralité. Tous les pèlerins nomades le savent, tout Chemin ne peut se vivre & s’écrire qu’à partir d’une feuille blanche, sans attentes particulières ni préjugés. Débouler au fil du pas et en transpirant au-devant de ces paysans (ds le sens très noble du terme) isolés dans cette MD profonde permet d’avoir un contact « d’égal à égal », c’est y arriver nu, sans prétention, au contraire du touriste bling-bling dans sa voiture rutilante, Ray-Ban ancrées sur le nez. « T’as vu comme il a transpiré depuis loin pour venir chez nous? » dit la vieille grand-mère à son pt-fils dvt l’église de Sadova. Elle a tt compris, tout en me demandant: « A pied? Tout seul? Pas dangereux? » Non, pas + que dans le métro à Bxl, et puis le sage Paulo Cuelho disait avec justesse: « Si vous considérez l’aventure comme dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle. »



Un peu marre des maïs pour dormir, trop chaud, pas de toit et pas de vue. Aucun monument histor. jusque Chisinau, il faudrait être mobile en véhicule pour aller les chercher loin de mon axe, mais horizons de nature & rencontres compensent vachement. 

Au fd de la vallée, Bratuleni et son lac. M’y baigner? Surtout pas, à 1/2 asséché et les abords asséchés dégagent une puanteur âcre d’excréments de vaches, chèvres, moutons & oies. Cela étant, les paysages restent magiques.


A Vomiceni, je me fais confirmer mon chemin comme 100aines de x. « Tu vas où? – Chisinau, par chemins de terre, éviter routes! » Il prend ma carte, sceptique. « Pas le + court s/ ta carte! » il me dit. Il est vrai que ma carte 1/300 manque de détails. Au dos de ma carte, il me fait un croquis de 6km, digne des meilleurs cartographes. « Et là, tu suis le sentier en forêt s/ 3km ». « En forêt? La forêt? Quelle forêt? Où est-elle? Dieu soit loué si Il existe! » Non seulement Giorgiu me fait gagner 11km (chargé comme un baudet en nourrit & tte l’eau = 2h1/2), mais en + il m’envoie vers une forêt où je pourrai bivouaquer loin de tous villages, quelle providence! Je jubile. Tjrs écouter les locaux. « Des animaux? – Sangliers, cervidés, chevreuils, renards & lapins. – Chouette! » En ht de la colline via cet étroit et long sentier, une très gde chênaie d’un gd luxe. Branches pour pendre linge, souches pour s’asseoir et « cuisiner », espaces plats & secs, pas de moustiques. 9/10 seulement, car il manque source ou ruisseau. 2ème nuit difficile, malgré eau, sel et magnesium quotidiens, des crampes aux jambes me réveillent par à-coups, maudite chaleur, & pas un pet de vent.


Il m’est bcp + facile de communiquer ici, tt le monde y parle RU, en + du RO. Ce peuple, romanisé il y a 2000 ans, puis russifié il y a 200 ans (RU puis URSS) est un vrai compromis latino-slave, le seul pays latin au monde s’exprimant en RU (+RO). Même ds les pts hameaux, certains hissent le pt drapeau UE à côté du drapeau MD, comme pour anticiper l’Histoire, un jour viendra et tant mieux. Not like in RO, on ne se tape pas s/ l’épaule au 1er regard, pas de familiarités impulsives, c’est leur côté slave, mais après 15′ = accolades & embrassades garanties, c’est leur côté latin, merveilleux peuple MD.


J’écris & lis un peu; des 3 récits que j’avais téléchargé avt de quitter Londres, il en est 1 dont je relis svt des passages: « La sobriété heureuse » du grand et sage Pierre Rabhi, tant il colle avec justesse à mon Chemin. Être ou posséder? Essentiel ou superflu? Être ou paraître? …etc. Ces h’s & f’s croisés sur ma route depuis + de 7000km ont tous du « Rabhi » en eux. De tous ces gens, svt très modestes voire pauvres, que j’ai croisé le long de mon long Chemin, tous, sans exception, ont été des nobles dans leur attitude v-à-v de moi & ma démarche. La palme revient systématiquement aux + démunis qui tous espéraient me donner ou partager ce qu’ils n’avaient pas. Je rejoins Rousseau: « l’H est bon par nature, c’est la société qui le corrompt. » Très ennuyeux, ai perdu/oublié câbles tél dans maïs, économiser batterie. Heureusement, les magasins « Orange » fleurissent à Chisinau.


4ème longue jr en MD, enfin les 1ers immeubles de Chisinau sont à vue, ils apparaissent comme un mirage au loin. J’y arrive presqu’en rampant tant pieds, fatigue & soif n’en peuvent plus à cause de ce micro-onde permanent au-dessus de ma tête depuis 4 jrs. Trempé, je m’affale ds le 1er bar pour y ingurgiter 5 Coca’s d’affilée & m’y endors presque. Course aux info’s pour cartes + détaillées, culturelles & 1 logement. Pas d’OT à Chisinau, il faut se débrouiller: ag. de voyages & rares librairies. Tt est enfin réuni après des kms parcourus ds cette immense ville très aérée où ts mes intérêts sont éparpillés à des kms l’un de l’autre. MD & Chisinau: les touristes étrangers ne s’y bousculent vraiment pas et c’est dommage. Plan de la ville en main, je relie les incontournables en 4h: Cath. Ciuflea, l’Arc de Triomphe, Musées d’Histoire, de l’Armée & de la Guerre, Cath. de la Nativité, magnifique Maison de Pouchkine, statues de Lénine, Marx & Engels qu’on a déboulonné & isolé juste pour les touristes, et enfin l’émouvant Mémorial aux héros du Dniestr (guerre perdue de Transnistrie en 1992 contre l’armée RU, à only 60km d’ici, là où je vais demain). J’y compense tt ce qui m’a manqué en culturel en amont. Une ville dessinée & quadrillée par l’IT Bernardazzi à larges rues & avenues perpendiculaires, excessivement propre & très aérée, excessivement verte & très arborée. Sous ce soleil qui me massacre, les gens, tjrs élégants, très éduqués & très disponibles à tte question, déambulent ou se retrouvent sur les innombrables bancs des beaux parcs publics arborés. Une pte place ombragée où, sur des ptes tables scellées au sol et munies d’un pt toit d’1m2, des aînés jouent aux échecs, toutes les tables (12aine) sont occupées, c’est charmant. S/ la même place, un pt marché de brocantes où sont proposés icônes, broderies, & … des 33T de mon chanteur russe préféré Vladimir Vissotsky. A part qqs rares & vieux trolley-bus rescapés, rien ne subsiste vraiment de visible de l’emprise soviétique. Les Avenues Lénine, d’Octobre, du Komsomol et de la Révolution ont été vite boutées en touche / au cul, au profit des Avenues St. cel Mare, Al. Pouchkine et 31 août ’89. J’aime cette ville accueillante qui garde son authenticité.



A une des ag. de voyages, qui fleurissent partout à défaut d’OT, je lis une annonce en russe: « Tiraspol + guide, a/r Chisinau, 4h s/place », tt cela pour le prix de 2 sachets de frites moldaves. Mon sang ne fait qu’1 tour, je veux en savoir +. Comme l’Ossétie du S, l’Abkhazie et le Donbass, Transnistrie et Tiraspol sont zone et capitale rebelles, sans foi ni loi, only reconnue par RU & VE de feu Chavez. Même Castro ne l’a pas reconnue. Les mises en garde sont permanentes ds les médias, à tort ou à raison: violence – racket – rapts – traffic d’organes, d’armes & de drogue – état mafieux – …etc. Mais il y existe un rare tourisme bien encadré. C’est le dernier vestige vivant de l’URSS en EU, mais non sécurisé, ni même par RU même si c’est sa 14ème Armée qui y assure une pseudo sécurité int & ext. Enfin, et contrairement aux enclaves de Crimée & Kaliningrad, la Transnistrie ne se cherche aucune virginité v-à-v du monde, tant qu’elle jouit du soutien militaire de Poutine. Nicolae, ancien policier MD reconverti en guide de l’ag, m’a convaincu. Depuis 6 ans, il y emmène, dans les règles strictes, touristes des 4 coins du monde. Il me montre le « Livre d’Or » des touristes à leur retour de Tiraspol = convainquant. 1 unique & naturelle recommandation: rester ds le rang = être discret, et … prendre 2×5 € pour les militaires-douaniers, ce sont les us. C’est ok, l’opportunité est unique, a/r Tiraspol demain tôt avec Nicolae « main ds la main », je laisse tt mon brol à la pension pdt mon escapade. Ça se passera bien, ce sera excitant, même si je n’ai aucune intention d’y bivouaquer!

A défaut d’Amb. et Cons. belges à Chisinau, je vais rendre une visite de courtoisie à l’Alliance FR, dont le responsable me réserve un accueil chaleureux ds son bureau. P’tite photo souvenir dvt le « Fonds Belge » de leur bibliothèque. Il me rassure aussi pour mon escapade a/r à Tiraspol, c’est bien.


Iași RO

Pietra Neamt, le bas de l’escalier des Carpates. Ouvrir la porte et faire face à la rase plaine et sa chaleur étouffante, c’est très soudain. Une bottine dans la dernière colline, l’autre déjà en plaine. Montagnes, collines, forêts et ours sont derrière. Devant, une route sinueuse, tantôt asphalte, surtout terre graveleuse qui me mène à Iasi, via la pt route secondaire Margineni – Roman – Sagna – hameau de Nistria – Popesti – Dumesti. 47km d’une traite ce jr, longer champs de maïs et tournesols, aucun intérêt culturel ni rencontres. Marcher en mettant le turbo, point. Je m’arrête vers 1:00 du matin, la lune est pleine, l’air est doux et rien ne m’a incité à m’arrêter avt, ni environnement, ni rencontres, ni fatigue, ni pieds. Bivouac ds maïs, peu romantique, mais facile, discret & rapide. Dans ma tête, je me repasse en boucle tout ce chapitre fort de 10 jrs ds les entrailles des Carpates. A l’approche du bourg de Roman, trop loin & trop sombre déjà pour photos, un gd troupeau de vaches se baigne jusqu’au garrot dans la Moldova, je rêve de les y rejoindre tant la chaleur reste lourde à cette hr tardive. Pt OT fermé depuis 1 an, faute d’intérêt touristique. Temp. affichée à la Mairie à 20:30: 36*, un gd spaghetti, une Ursus N.A. lemon, un double café, 2l d’eau à emporter et go. L’asphalte se mue en terre graveleuse et poussiéreuse. Le traffic moteur disparaît au profit des charrettes attelées aux chevaux, ça vient de partout.


L’environnement change, il est valloné, étiré et pelé. De gds troupeaux de moutons arpentent ce sol déjà devenu aride, la terre est craquelée tant elle est sèche. L’épaisse et grasse herbe verte des montagnes est loin derrière. J’arrive au pt hameau de Nistria, le temps a dû s’y arrêter il y a + de 50 ans. Même selon les standards RO, les qqs gens qui y vivent y sont pauvres, très pauvres. Il ne serait pas digne de mentionner les signes de cette pauvreté si visible & désolante, sauf un, tristement révélateur. Je vais quitter le hameau (300m de long) après qqs palabres avec bergers qd un groupe de 8 femmes assises dans les hts herbes du bas-côté me hèlent. Comme de coutume, elles ont leurs foulards et longs tabliers colorés, elles ont la peau du visage burinée par le soleil et l’air de la campagne, et ont le regard vif. Elles ont de 40 à 80 ans. « Qui? D’où? Vers où? » Mais personne ici ne connaît autre mot que le RO, communication difficile. Je fais remarquer à une des femmes qui tient sa pte fille sur ses genoux que celle-ci est très frumoasa = mignonne (longs cheveux blonds très sales, yeux verts pétillants, elle a un visage d’ange). « Prends-la, elle sera mieux chez toi en Belgia qu’ici, je te la donne, prends-la stp. » en me la tendant. L’enfant se met à pleurer. Les autres femmes ne bronchent pas, elles acquiescent presque. Nous sommes en EU, ds l’UE & au XXIè S, j’en pleure presque de rage, et certainement pas contre cette maman qui semble désespérée. Depuis 3 sem., ds cette RO profonde & rurale, j’ai souvent côtoyé des gens pauvres mais heureux; ici à Nistria, je rencontre des gens très pauvres & très malheureux, sans espoir d’un jour meilleur. Que faire? Que leur dire? Je me sens si impuissant.



Je quitte le hameau à la quête d’un lieu de nuit. Les petites forêts deviennent rarissimes. Finalement un large bois de chênes sur le mamelon entre Nistria & Stomesti. Je vois les 2 villages dans leur vallée respective. En me quittant, Eric m’avait conseillé de manger + sainement le soir, autre que éternels biscuits-sardines-tomates. Chose faite ce soir: soupe de légumes … à l’eau gazeuse, bêrk! Me suis trompé à l’achat en me ravitaillant, mais l’estomac ne fait pas la différence.


Le chemin de terre sillonne de villages en villages, espacés de 4 à 10km. « Un étranger ici?! » 100x répétés. Je croise bcp de troupeaux de brebis & vaches, et leurs gentils chienchiens très jouettes. Ici, ils ne sont pas dressés pour faire face aux prédateurs tels que loups, ours, lynx & chiens errants. Stomesti, il y a, comme ds chaque village, une pte épicerie-bar. J’attends l’ouverture de 6:00. Je suis à 100 lieues du spectacle que je vais y vivre. Une charrette attelée y est déjà avec père & fils, ils attendent aussi. 6:00, je prends mon café (non gazeux) + pain & fromage de chèvre, et me mets sur le seuil pour avaler tt cela. Arrive une 2ème charrette attelée, puis une 3ème, … une 10ème, … une 20ème, dans cette petite ruelle poussiéreuse à souhait. Elles viennent de partout. C’est l’engorgement général, Pl. Stéphanie (Bxl-BE) sans tunnel à l’heure de pointe dans la profonde campagne moldave RO, dingue! Mais ça ne perturbe personne, & tt le monde se connaît évidemment. Femmes & jeunes restent assis dans les charrettes pdt que les hommes vont vite avaler leur 1ère Ciuc de la journée, et acheter pain, bouteille plastique de 2l de bière qui restera chaude tte la journée, et autres menues victuailles. Les femmes assises dans leurs cariolles papotent entre elles. Des chevaux hennissent, impatients & coincés entre d’autres charrettes. Je me faufile entre les charrettes, « garées » ds ts les sens, pour saluer et caresser les chevaux. « Je peux prendre une photo de l’ensemble? » Certaines acquiescent, d’autres aussi mais avec Lei à la clef, je renonce à contre cœur. Je salue, caresse les chevaux avec un œil distrait dans leurs longues charrettes. Dans l’une d’elles, un homme (60) gît de tt son long sur un matelas de foin, bâche en plastique sur lui jusqu’au cou! « Il dort? » « Nu » me répond la femme. « Il est mort? » Encore « Nu ». « …? » Elle me fait signe de regarder en-dessous de la charrette. Entre les planches coule le vomis de l’homme ivre mort. Ça ne perturbe personne. Le « cocher » finit par arriver auprès de son épaisse femme après sa/ses Ciuc et m’explique qu’il a retrouvé son voisin affalé ds l’herbe en colline au lever du soleil, entouré de ses vaches, ivre mort. Il le ramène chez lui, mais seulement après ses priorités: sa Ciuc, ses pts achats et papotes avec copains bergers & fermiers. Dingue, dingue, dingue. Fantastique! Chevaux & charrettes se dispersent peu à peu vers champs & collines, et la journée reprend son cours tranquille. Ai-je eu une hallucination? Non, tt cela a duré 1/2h, ne reste plus que le nuage de poussière du départ des cariolles dans la ruelle pour me confirmer cette scène surréaliste. Dingue! Qqs azimuts à travers champs moissonnés pour gagner du tps entre villages, les points de destinations sont très visibles de loin. Encore + de 40km aujourd’hui, sans cesse happé des yeux par ces lointains paysages moldaves et tt ce qui m’entoure selon les lieux: gens, paysages, maisons, hameaux & villages. Christ et Vierge continuent de longer ma route, tout comme ces magnifiques églises et un … corbillard à atteler.


Parmi ts ces hommes de la terre croisés, il y a Stefan (72) croisé à la descente de sa carriole attelée à Doroscani. De sa lointaine jeunesse, il se souvient de qqs mots en FR. Il n’a pas eu une vie originale ni à rebondissements. Depuis ses 15 ans, il vit au rythme des saisons de manière immuable. Faire paître les moutons, faucher, rentrer le foin et préparer le bois pour l’hiver en été. Nourrir les bêtes et vendre son fromage de chèvre en hiver. Point. Tt en me parlant, il ne cesse de me tenir la main en la serrant fort. Son émotion, son visage & ses yeux révèlent un homme pur & bon.


Une porte qui grince de tps-en-tps… : je fais une pte pause dvt l’église de Pausesti & me joins à un groupe d’hommes assis sur le muret. « And you like RO? », la question m’est posée 1000x. « Yes, tremendously, I adore it, for its landscapes & its people, … except for one thing. » « …??? » Là, je n’en peux plus tant ça m’écœure au quotidien, et cela ressort à chaque réponse: « I cannot stand to see all those rubbish everywhere. Plastic bottles, plastic bags, cans, they are everywhere, along the roads, on paths, in forests, in fields, even in front of police stations & consuls (Mairies), everywhere, what a pity in such a beautiful country, why? » … silence de mort, on n’entend que les grillons. Légers acquiescements de tête de certains. Pour rompre silence & embarras, le gd et fort gaillard de la bande bredouille: « Yes, it’s true, but it’s not me. » Même mon fils de 6 ans aurait trouvé mieux comme réponse. Combien de x, pour prendre une belle photo de paysage, je dois d’abord aller écarter bouteille de plastique ou canette qui salit l’avt-plan de ma photo, 100x. Je n’ai pas de leçon à donner, surtout que ma chère BE est loin d’être un exemple en la matière, mais il suffirait de si peu pour balayer définitivement ce fléau, ce pays est si beau & si authentique. Parenthèse fermée.

19:00, trouver ravitaillement et lieu de bivouac, ça ne pourra être que près du lac de Cogeasca, dernier village rural avt de rejoindre l’inévitable gd’route pour les derniers kms vers Iasi. Du surplomb où j’aboutis, la vue de ce gd lac en forme de boomerang est féerique. De l’autre côté du lac, le flanc opposé est parsemé de bouquets d’oliviers. Il n’y a que là que je peux jeter mes hardes pour la nuit. Mais des points blancs s’en détachent, la colline est déjà occupée. 2 gds troupeaux de moutons se partagent le km de flanc de colline. 1h pour contourner le lac et les troupeaux sont déjà redescendus, s’abreuvent dans le lac et direction dodo-bergerie loin de moi. La vue depuis ma tente est magique, j’ai le coucher de soleil ricochant sur le lac juste en face de moi. Je pourrais/voudrais dormir à la belle étoile tant l’air est chaud & sec. Mais à défaut d’ours, ce sont les serpents (+1m) qui sont nombreux sur ces sols arides. Pas mortels, mais très vénéneux avec morsure provoquant grosse enflure et hausse du battement cardiaque. Une nouvelle journée de ce Chemin RO époustouflant est en train de s’achever. Demain midi, la ville de Iasi, et Ioana & sa famille pour une chaleureuse visite.



Finalement, je parviens à rester à distance de la grand’route, je reste derrière la chaîne de colline qui me sépare de la grand’route pdt 9km me frayant passage au milieu des troupeaux de moutons et de vaches. Ds leur solitude, les gardiens de troupeaux voudraient causer, mais je suis pressé d’atteindre la ville, la 1ère depuis Bratislava SK. Franchir le surplomb de la colline, la descendre comme d’un toboggan et contre tt attente, me retrouver soudainement ds le cul du Décathlon de la banlieue de Iasi! C’est passer d’1 planète à l’autre en 5′! Decathlon = providence: besoin d’urgence d’1 nvl boussole, cassé la mienne en marchant dessus lors de bivouac. Ce gd supermarché du sport & loisirs avec musique & bruit, gens affairés, caddies, rayons pleins, fait presque peur, à des années lumière des moutons, faux & meules, charrettes attelées, paysages lointains et le silence à l’infini. C’est la ville moderne dont j’ouvre la porte.




Iași, enfin (prononcer Yash’)! Ioana, qu’Isabel & moi avons la chance de connaître à Bxl depuis 7 ans m’attend chez elle. Chaleureuses retrouvailles et avec son ange de fille Andreea. Son mari, retenu par son travail à Bxl, ne pourra arriver à Iași que ds 3 jrs. Avec Ioana comme guide d’excellence, délicieux restaurant-terrasse pour me gaver en qual. & quant. jusqu’à Vladivostok, visite du gd centre historique, impressionnant de beauté, dont son fameux Palais de la Culture, digne de Versailles, que nous visitons, dont tous les portraits des règnants de RO, y inclus le père de SM le Roi Michel. La Cathédrale Métropolitaine = un joyau, l’église des 3 Hiérarques, le Palais Roznovanu et autres merveilles de richesse inouïe. Iasi, une gde ville aérée, lumineuse & propre. Mais il y fait très chaud en été. Soirée barbecue & nuit chez des amis -Constantin & Andreea- de Ioana & son mari sur la colline à l’E de Iasi. De leur belle maison-chalet de bois, la vue est magique: tt la ville de Iasi en contrebas, les autres collines, l’aéroport au loin. Ap pt-déj, retour à la ville et aurevoir ému de ma part. Ioana, à l’instar de ses compatriotes, m’a traité comme un prince, avec toute la disponibilité, l’attention et la générosité qui la caractérise. Multumesc Ioana, de tout cœur. Mon séjour ds votre magnifique pays et à Iasi restera gravé.


Quitter Iasi et cette symphonie RO en 3 mouvements: Plaine de Transylvanie – Carpates – Moldavie, est dur. J’y ai vécu des moments denses & exceptionnels entre nature et gens. A Sculeni (RO & MD), je ne fermerai pas la porte derrière moi, je la laisserai entr’ouverte, pour y revenir un jour, c’est sûr. 

Prochaine grande étape: Chisinau MD, avec déjà une épine avt d’entrer en MD: le check-point frontière le + proche de Iasi est Ungheni (RO & MD) mais uniquement accessible en train, via le pont Eiffel sur la rivière Prut. Conséquence: 19km de détour par le N (via Sculeni) pour finalement revenir à 3km à vol d’oiseau de l’autre côté de la frontière. Purée! 1/2 jr de « perdu ». Ce n’est pas tout, je reçois un mail de Anca, gérante de l’OT de Iasi: 

Expéditeur: Centrul de Informare Turistica Iasi  Date: 28 juillet 2016 08:49:54 UTC+3 Destinataire: Werner van Zuylen Objet: Rép : Border Ungheni RO/MD

« Well, dear Werner it seems it is not so easy. The nearest checkpoint is Sculeni for cars (or Ungheni for trains). But … it is NOT allowed to cross the border by foot. It’s mandatory to use a car or a bus. Or a bicycle. The situation is the same in any cross point, I just called the border police. So, their suggestion is to go by foot until the checkpoint and ask somebody with a car or bus to take you to the other side. I’m sure you will find a nice person to help you. Good luck, Anca. »

Voilà, passer la frontière à pied est interdit à Ungheni (train only) ainsi qu’à Sculeni par le no man’s land = exactement comme je l’avais vécu à la frontière BY-PL en 2013. Autre contrariété: les Bancomat en MD ne sont pas opérationnels pour les cartes étrangères. L’aventure continue… 



Je suis triste de (déjà) quitter ce pays, cette RO que j’ai eu la chance de vivre dans ses entrailles à travers ses plaines, collines & montagnes, ses hameaux ruraux et surtout ses émotions et ses gens, tjrs le cœur sur la main. Mes seuls traits d’union depuis les Carpates jusqu’à la frontière UA seront Stefan le Gd, Prince de Gde Moldavie au 15ème S et Vasile Lupu, régnant lui auss, au 17ème. Deux gds bienfaiteurs que RO & MD admirent. Ils jalonnent aussi mon chemin, aux côtés de Christ & Vierge. Mulțumesc minunat România, la revedere!  Mulțumesc Ioana & Andreea, Constantin & Andreea, Adriān & Lucica, Ursa, Stefan, Valeriu, Nicusor, Nicolae, Anca et tous ces anonymes qui m’ont tendu la main & ouvert leur porte. Mulțumesc!

Direction Chisinau MD, puis Odessa UA en longeant la Transnistrie, zone rebelle non reconnue par Commun. Intern. à éviter à tt prix.

Piatra Neamt RO

J’apprends les atrocités qui viennent de se dérouler à Nice, ainsi qu’à Istanbul. Comme je le croise sur ma route, puisse ce monde devenir un jour meilleur.
Forêts des Carpates, arborées ou rocheuses, tjrs sauvages mais très surveillées. Les cartes topographiques dont disposent les gdes-forestiers sont stupéfiantes de précision. Chaque ha de cette immensité de chaîne montagneuse Transylvanienne y est quadrillée, gare aux braconniers & coupeurs d’arbres illégaux, les autorités ne plaisantent pas.




Un stop à la patte d’oie de Bistrita pour manger un sain goulasch dont je raffole. Je bifurque N-E vers Borsec. Apparaît subitement un surprenant & élogieux monument/mausolée aux morts ´14-´18 en bord de forêt. Les restes de 771 soldats d’inf. & d’art. y sont déposés, dont nombre de non identifiés. Un couple de très sympathiques HU s’y arrête aussi. 


Le panorama change brutalement dans la vallée. Finis vallée évasée et collines de feuillus ou foin en dénivelés accessibles le long de la rivière Mures. Dorénavant c’est une très encaissée & étroite route en serpentin qui sillonne entre 2 murs (3 à 400m de ht) peuplés de très hts sapins serrés (me demande cmt ils tiennent debout). Impossible de rentrer dans 1 de ces murs boisés, ils sont quasi verticaux & denses. Tant le biotope résineux que le relief archi chiffonné ont de sérieux relans de Forêt Noire DE que j’avais eu la joie de traverser en 2013. Épaules & mollets s’en souviennent encore. Il ne pleut pas mais le ciel est noir, une étrange sensation tant le silence est lourd et qu’il y fait si sombre, en plein p.m. Un vrai labyrinthe ténébreux qui agacerait un claustrophobe. Après x courbes, un pan devient rocheux d’où se libèrent des cascades d’eaux, magnifique. Cette forêt montagneuse que je remonte par ce lacet asphalté jusque Alt 1100m est dense, compacte, épaisse. J’ai l’impression que seul un habile chevreuil pourrait s’y faufiler. Et un ours…, dont j’arpente le milieu de leur salle-de-jeux sur ces 25km. Tel un coq, un œil rivé à g, l’autre à d, & attentif au moindre craquement … suspect.

Des chiens aboient au-delà de la courbe suivante (!?). Celle-ci est + profonde et y apparaît contre tt attente un pt chalet-restaurant et, attenants, qqs bungalows en V renversé, au milieu de cette jungle de résineux. J’y passe la nuit pour le prix d’un sachet de frites. L’endroit est aussi insolite & charmant que l’environnement naturel est austère. J’y suis seul et passe partie de la soirée avec le couple de gérants en leur posant mille questions dont « Pq tant de chiens chez vous? … les ours! Ils descendent svt pdt la nuit et reculent aux aboiements des chiens. » … sur un ton d’évidence. En effet, et les bungalows sont ceinturés par une palissade en bois, et les chiens dorment … dvt ma porte de bungalow. Gentils chiens! 


Les pans de collines deviennent – raides, qqs chemins & sentiers d’accès apparaissent à travers forêt et hauts rochers. Vers où? No sé! J’en tente un pour espérer couper une longue épingle à cheveux s/ ma carte. Ça grimpe et serpente mais le chemin reste large. Après 1km & presque 20′, un petit panneau apparaît, cloué sur un ht sapin: « Atentie: pericol ursi ! » (Attention: danger ours) Hum …, ds le doute, je fais demi-tour, mais s’il y en a un qui se pointe en aval du chemin, suis fait comme un rat. J’entends un bruit de moteur ds mon dos, une espèce d’Unimog RO perché très haut sur ses roues redescend de la montagne avec 2 gdes-forestiers à son bord: « À pied & seul, mieux vaut vous abstenir, d’autant que des femelles ont mis bas. » Il me parle en très bon FR. De la banquette arrière, il saisit un app. photos digital avec son long zoom encore vissé et me montre qqs photos prises ces dernières semaines. Brrr…, magiques & époustouflantes, dont 2 oursons perchés s/ un rocher et un mâle à 200m des bungalows que j’ai quitté il y a 2h. Hum…, cristal clear, je reprends la pt route asphaltée.



Un point très noir sur ce long chemin nature & verdoyant de RO: les innombrables bouteilles en plastique jetées qui jonchent les bas-côtés des routes et certains chemins, idem qu’en BE & FR. Jamais je n’ai vu cela ds les autres pays traversés en amont, UK, LU, DE, CZ, AT, SK & HU où le civisme est solidement ancré. Certes, les faits d’une minorité (consciente de ses actes) mais dont le résultat est nuisible & interpellant. Au hasard, ce matin, j’en examine qqs-unes. L’une d’entre elles est là depuis 8 ans = date de péremption gravée à l’encre dans le plastique 03/2008! Et pour 40 ans encore dans le même état, pfff…, quel gâchis. Jamais je n’ai abandonné le moindre détritus à un bivouac, soit brûlé, soit emmené, j’en fait une priorité. Seules choses y abandonnées par mégarde & à amer regret durant ces 2 mois 1/2: paire de lunettes, essuie de bain & couteau.


Entrée du village de Borsec, une 10aine de femmes Tz sont à genoux sur les 2 trottoirs parallèles. Tout en progressant très lentement, elles arrachent les herbes qui poussent entre les pavés. Matériel: doigts et ongles, même pas un couteau. Pas de Roundup nocif ici, ni de photos humiliantes. Je dois patienter 24h à Borsec, c’est ici que mon pote Eric vient me rejoindre demain. Lui donner les coordonnées lat. & long. du pied de sapin de montagne où je l’attendrais aurait été un « peu » osé & compliqué. De Borsec, nous repartirons ensemble vers montagnes & lacs d’altitude, dir. Piatra Neamt. Je me réjouis & suis curieux de faire cette pause à Borsec, on m’a dit que le village recèle moultes intérêts à découvrir. Je me réjouis d’autant + de retrouver la cie d’Eric, 3ème x qu’il me fait le plaisir de m’accompagner qqs jours sur mes chemins, on va vivre qqs jrs riches & fantastiques ensemble, c’est écrit.


Borsec, pt village de 2500 hab mais une des + anciennes & glorieuses stations thermales de RO, elle me rappelle Spa BE par ses anciennes architectures du XIXème. La pte Borsec a connu son hr de prestige à la Belle Époque, ht lieu de villégiature de la hte bourgeoisie et dignitaires de l’empire AT-HU. N’en subsistent que qqs gds bâtiments: hôtels, villas cossues, la vieille polyclinique, tous abandonnés et en ruines, mais très visibles. Discrètement, par une fenêtre brisée, je m’infiltre dans le feu Hôtel Transilvania (dont il ne reste que 5 lettres rouillées), abandonné il y a 40 ans. Je le « visite » entièrement en prenant garde de ne pas faire écrouler un plancher ou escalier. Tout y est décharné et se désintègre au fil des ans, faute d’amateurs et d’initiative publique. Au milieu des décombres, je m’assieds sur ce qui devait être une petite scène pour orchestre dans un des gds salons. Dans ce silence sinistre, je regarde autour de moi et imagine ce que ces murs ont vu & entendu: valses de Strauss & Schubert, gros Havanes croisant longs et élégants porte-cigarettes, smokings & tenues de gala militaires croisant longues robes évasées « abat-jour », longs gants blancs & colliers de perles, canes à pommeau d’argent croisant les ombrelles à dentelles dans le parc arboré. Période d’exubérance et d’insouciance avt que la folie des hommes ne rase tout: la Grande Guerre. C’était ici, dans ce qu’il « reste » de l’historique Borsec.


Un siècle + tard: nouvel OT qui existe depuis 1 mois (aide EU pour le développement  rural) où je trouve tt: trails maps pour nos prochaines 48h, town map & interests sites dont les très fameuses sources naturelles d’eau gazeuse, ainsi que logement pour 2 nuits, seul puis avec Eric: encore un pt bungalow (minuscule = 6m2) au pied de la colline, tt en ht de Borsec. Pt hic pour les 2 garçons très « kaki » que ns sommes, l’intérieur de notre dé à coudre est de couleur … rose barbie! 30 ans d’amitié depuis l’E.I. à Arlon qui nous conduit today dans les sauvages Carpates. La vue depuis notre boîte à chaussures: 2 pistes de ski sur le flanc de colline d’en face. 41* il y a qqs jrs en plaine, 6* ce midi à Borsec, brrr…


Dans un minibus surchargé, Eric arrive avec 1h de retard. Le chauffeur s’est arrêté qqs x pour faire le plein de … Ciuc.


Je ne présente plus Eric. Il est le compagnon de chemin idéal pour cette fin de parcours des Carpates. Il est homme téméraire mais prudent, audacieux mais responsable, fit & endurant. Progresser en ligne +\- droite dans ces cols montagneux & boisés est risqué voire très dangereux qd on est seul. Mauvaises rencontres (ours, Tz, …) et accidents physiques, isolés de tout & ss réseau tél, sont des risques inutiles lorsque seul. 





Eric & moi faisons notre plan de progression. De Borsec jusque Grinties par les montagnes, via les Monts Prisilopu alt.1441 & Magura alt. 1548. Timing projeté: 1 très grosse journée et retour vallée avt nuit. La réalité sera toute autre en fonction du relief. A 18:00, venons à peine de dépasser le 1er sommet. Pas 36 solutions pour nuiter, ce sera en montagne, mais avec prudence. Sommes un peu inquiets, les dangers existent et ns n’avons aucun réseau tél. Ns traversons une jeune sapinière pdt qu’Eric frappe ds les mains (…) et au sortir de ce résineux: la providence. Une bergerie de 25m2 à Alt 1400m en +\- bon état, mais sans porte. Ns ns y enfournons et ns ns y barricadons, une vraie prison pour la nuit contre d’éventuels ours. Ils sont omniprésents jusqu’à 1000m + bas. La barrière de bois qu’y construit Eric serait infranchissable par un mammouth. De +, 2 gamelles soigneusement pendues ensemble à cette grille en bois de prison nous réveilleraient au moindre entrechoquement. S’en suivrait la défense à l’arme « lourde »: puissants sprays lacrymogènes et bruyants tunderflashs. Les ours seront invisibles mais omniprésents autour de nous: traces de grosses pattes dans la boue, lieux de couchage, brassées de plans de baies arrachés, énormes pierres basculées à la recherche de gros insectes. Je tarde d’en voir enfin un, … de loin. Avt dodo, Eric va cueillir de jeunes pousses de sapin dont il nous prépare un thé à tomber par terre de délice. Ce lieu de nuitée restera exceptionnel dans mes souvenirs.







Au crépuscule, nous attaquons une partie de la descente pour aller chercher une autre montagne. A 300m en descente, ds une étroite vallée à 1000m, une frêle demeure en bois d’un autre temps. Toute une famille de bergers y est encaquée all year long dans l’unique pièce, la gd’ mère, les enfants & pts-enfants, et biquettes & poules qui entrent et sortent. Un autre monde. Immédiatement, une gamelle de fromage coulant de chèvre nous est proposée. Un peu âpre mais si sain. « Et vous avez dormi tt en ht? Oui. » … petit rictus inquiet. « Si vs étiez descendus jusqu’ici, vous auriez pu manger & dormir avec nous, en tt sécurité. » Des nobles. Nous quittons cette modeste mais si chaleureuse famille d’éleveurs isolée en montagne avec regret. Chemin de rencontres insolites et si riches.


A nouveau 300m + bas, un gd troupeau de chèvres et leurs gardiens à mâchoires d’acier qui viennent à notre rencontre. L’un semble agressif, ses babines sont retroussées, idéal pour mon coup de spray, il fait demi-tour illico en éternuant & gigotant. Le berger ns voit, rappelle ses chiens et ns passons, ouf.


Ces bivouacs et progressions totalement isolés aux sommets des Carpates sans possibilité de comm ext pdt 3 jours & 2 nuits resteront gravés. En solo, les Montagnes des Carpates sont risquées voire très dangereuses: ours, accident physique dans les rivières rocheuses, franchissements périlleux d’immenses chablis, qqs escalades avec notre maison sur le dos, 1000 possibilités de s’y perdre tant les sentiers & chemins de débardage sont nombreux, se croisent et serpentent, 1 colline en masque systématiquement 1 autre, aucun sentier balisé et ns sommes enfermés ds de très hts sapins serrés qui nous masquent ts points de repère. Le téméraire, mais non averti & donc prudent dans cet environnement immense et sauvage implique qu’il m’aurait été irresponsable de m’y aventurer seul. Ns y avons vécu les 2 principaux: ns écrouler à genoux en fin de soirée tant l’effort fut long & dur, mais surtout ns pâmer d’émerveillent devant ces paysages lointains & uniques qui nous ont plongés dans les entrailles de ces sauvages Carpates. Le lendemain idem, ns pensions franchir le col Blatca Plopiloc en 2h, il ns en fallu 5, tant le relief est trompeur, azimuts difficiles & courbes de niveaux aléatoires sur mes cartes. Dans une autre dimension, cette progression me fait penser au pèlerin d’antan, souvent contraint d’aller à Compostelle pour la quête du repentir. Dans un environnement inhospitalier, sans supports technologiques modernes, il partait, presqu’en guenilles, affronter les humeurs du ciel, les dangers des rencontres humaines & animales, l’effort & la souffrance, la faim & soif.

Depuis la charmante Grinties, une 20aine de km à arpenter du N au S, parallèlement à l’immense lac Muntelui bleu azur, à 100m de nous et que ns ns verrons jamais tant l’écran de sapins qui nous sépare de lui est compact & opaque. Pt halte au hameau de Secu (10 pts maisons max) complètement isolé. De mémoires d’anciens (qui caressent le siècle), jamais un étranger n’a fait irruption dans ce lieu insolite, comme si ns débarquions de la planète Mars. Eric souffre à une plante de pied, il continue au même rythme, les mâchoires serrées, il est tenace. 



Restent qqs km avt S du lac (et son barrage) au village de Cristina (N de Bicaz), où m’attend une formidable surprise. C’est mon ami & voisin Philippe G. (Moscou -Vladivostok à moto en solo en plein hiver) qui termine une compétition internationale d’enduro en RO et qui vient faire un gd détour pour me faire un gd coucou. Merveilleuses retrouvailles. Dîner à 3 le long du lac, nuit ds bungalow et pt-déj. avt de nous quitter. Multumesc Philippe, ta visite impromptue à cet endroit bucolique fut un cadeau. 


Dir. Pietra Neamt où ns bivouaquerons en forêt à 6km en amont coincé entre 2 collines. Bain & vaisselle ds le ruisseau à 5m, Eric alias P. Bocuse ns prépare un menu princier qui me change de mes quotidiens pain-sardines-tomates. La Transylvanie est désormais derrière moi, j’entre en Moldavie RO qui recelle mille trésors.




Piatra Neamt RO, Eric me quitte, dir Bxl. Sa présence fut un immense + sur ma route, nous y avons vécu des moments aussi forts que formidables.

Presque la dernière ligne droite de ce rêve: retrouver la plaine vers Iasi RO ds 4 jrs où j’espère retrouver Ioana et sa chère famille, puis Chisinau MD et enfin la Mer Noire, ce sera à Odessa UA.

Vâgani RO

Sortie de Bistrita, que je regrette de ne pas avoir visité, faute de tps. Une pharmacie annonce 41*, soleil presqu’au zénith, brûlant & étouffant.
Pour rejoindre le Mont Poiana Tomii Alt 1470 (ds les Monts Caliman), je dois d’abord enjamber 5 collines à découvert par chemins de terre, traverser les hameaux (Satu Nou – Petris – Budacu de Sus – Ardan – Lunca – Sebis) dans leurs fonds pour rejoindre le ruisseau Sebis qui me mènera à la crête forestière. Ça monte, ça descend, avec des vues époustouflantes. Au très loin, l’un ou l’autre point blanc aux horizons bas qui scintille sous le soleil, ce sont les églises des villages. C’est un autre monde. On est en pleine fenaison sur les flancs et plateaux de collines. Charrettes attelées, meules maigrissant à vue d’œil, hommes & femmes, gds’parents, enfants, tous chapeau de paille sur la tête, ont la fourche ou la faux en main, pas une machine à moteur à l’horizon. Rien que la force des bras et la sueur sous ce soleil cuisant. Je me cache pour admirer discrètement ce spectacle, je suis dans un autre monde.



Au pt hameau de Petris (20 maisons au +) perdu dans les champs, un pt panneau annonce « Tourism Office »!? Miracle ou mirage? Et pq ici, y a « rien »! En effet, un nv pt bâtiment « centre info », mais fermé. Bureau de police à coté: il est employé à la police, responsable du pt « point » poste et … du nouvel OT. Le Mr m’y invite avec un trousseau de clefs digne de celui d’un mâton. Le local est récent (Janv. 2015) et meublé: tables, étagères, chaises, bureau, et chaque meuble a encore son (omniprésent) auto-collant « Aide Européenne pour le Développement Rural » collé dessus. Pour le reste, vide! Car d’info’s, il n’y a pas, rien, nothing, nada. Pas un folder, ni carte, ni prospectus, ni un quelconque papier qui traîne, ni un crayon, rien. Suis perplexe et n’ose pas lui demander à quoi sert « tout ça » alors. « Et vous avez parfois des visites? Rarement, parfois une classe d’enfants d’un village voisin. » Pq? Je ne sais pas. « Et des visiteurs étrangers, depuis l’ouverture il y a 1 an 1/2? Heu…, oui, 1, vous, aujourd’hui. » Je n’ose pas éclater de rire. Une RO en pleine mutation et à 2 vitesses, c’est normal.


« Qui? D’où Vers où? » me lance l’h sur sa charrette attelée à 2 magnifiques chevaux blancs. Je passe presque tt l’ap-midi dans sa pte ferme pour l’aider à rentrer le foin ds sa grange. Il s’appelle Ursa Florin, (46) et habite à Ardan. Comme tous les habitants de ces pts villages, il ne vit que de la terre, et comme tous ses voisins, il a 1 vache, 4 cochons, 12 brebis et ses poules & dindes. Il parle un ES de Cervantes, ts les h’s de ces 4 ou 5 villages environnants sont bilingues RO/ES. Il y a 25 ans, ts les garçons en âge de travailler ds ces pts villages sont partis apporter leur main d’œuvre à la frénésie immob. qui entourait Madrid. 10 ans + tard, non fortune faite & après désillusion, ils sont revenus les uns après les autres, le mal du pays était + fort. « Maçonner de jour, dormir entassés ds des conteneurs de nuit, pdt 11 ans. Regarde ici, l’air pur, le silence, les collines, les forêts, les ruisseaux, les horizons, mes tomates, mon lait, mes œufs, mon fromage, mon lard. Ici est mon âme, pas dans ces horribles chantiers urbains (sic) ». Je le comprends si bien. Plein de fétus de foin et de poussière, je me douche derrière le fenil avec le tuyau qui sert à évacuer le purin de l’étable, grosse accolade à tte la famille et m’en vais le cœur gros. Le sac-à-dos est gros aussi, ils m’y ont fourré lard, tomates, fromage, piments, pain & un sachet de sel. Des nobles. Ursa m’a bien confirmé: ds ces forêts au sommet, ours discrets si tu ne trébuches pas dessus, des loups que tu ne verras pas, sangliers, lynx, chevreuils et cervidés. Pas de crainte de jour mais n’y dors pas. Troupeaux & chiens? « Non, au fur et à mesure qu’on fauche, ils transhument ailleurs. » À reconfirmer au fil des jours… « Et si je revois un de ces chiens? Tu prends ton couteau et couic! » en faisant un geste circulaire autour de sa gorge. Hum …, ouais, dans les films, pas convaincu.


Je vois le village de Sebis, ce sera pour demain matin, avt la longue ascension. D’abord dormir. Le long du ruisseau que je longe sur le sentier, 10m2 dégagés, mon 5*. Mais avt, boire goulûment cette eau fraîche & cristalline, me déshabiller pour m’allonger dans le ruisseau, me laver pour ôter cette poussière de terre et sueur collante, me raser, et lessiver ce que j’ai porté today. Cette eau descend tt droit du sommet que je vais chercher demain à l’aube. Ensuite me régaler du festin que m’ont donné Ursa & sa mère, et écrire mes notes du soir. Pas de silence total, c’est au son fort des grillons et du ruissèlement de l’eau que je m’endors comme une mouche écrasée. Je vis un rêve, tout y est dans le cadre bucolique de ces magiques collines. Cependant, demain me préoccupe. Bcp (trop) d’incertitudes pour aller chercher le sommet de cette haute montagne boisée. Les montagnes des Carpates, c’est pas la Baraque Fraiture. La nuit porte conseil, j’ai une idée…, à vérifier demain a.m.


C’est un mulot qui gratte en-dessous de ma tente, côté tête, qui me réveille. A 6:00, ds 20′, la pte épicerie de Sebis, dernier village avt l’ascension, va ouvrir. 6:00, j’y prends un café et j’attends. Les 1ères pers. du village arrivent. « Qui? D’où? Vers où? ». Les conversations s’engagent tjrs très rapidement, les RO sont des gens très affables et svt multilingues. J’avais une idée… J’annonce la couleur tt de suite: « Je veux aller au Mont Poiana Tomii ce matin & redescendre par l’autre versant, connaissez-vs un h ds le village qui pourrait m’y accompagner? » Ds ces pts villages ruraux, telle une gde famille, tt le monde connaît tt le monde. Conciliabules, pts coups de fil discrets… Une dame m’invite à rencontrer son mari chez eux. Je l’accompagne, en prenant son cabas en main, à 200m. Ferme poignée de mains, il m’impressionne, très grand, taillé ds le roc et fière allure, il aura le rôle du prochain J. Bond. Il est au tél, il cherche du travail de fenaison à la journée. Il raccroche, bredouille et un peu désespéré. Adrian (45) & sa femme ont 3 enfants. Il a ses qqs animaux de ferme et a déjà rentré son foin, et plus de boulot pour les semaines à venir. Son objectif: acheter son 1er tracteur d’occasion ds 2 ans. Il maîtrise ES, DE, FR & UK pour y avoir travaillé depuis ado. Depuis 5 ans, il passe 4 mois d’hiver dans les forêts au S de Frankfurt DE comme ouvrier forestier. « Pas de boulot aujourd’hui, alors c’est ok, on part maintenant! » Ça marche! (NB: à aucun moment de la journée et depuis notre rencontre du matin, le mot « sous » n’aura été évoqué.) Toute notre conversation ininterrompue de cette très longue journée se fera en UK. Petit sac-à-dos, il y fourre qqs brols. « Adriān, tu as de l’eau? Non, et vide le fond de ta bouteille, viens. Quoi??? Pas d’eau??? … » Ns partons, avec ses 2 jeunes bergers DE.



 « Werner, tu veux par des chemins ou tout droit? Heu…, tout droit! » Très vite, je comprends pq il ne me fallait pas d’eau, la montagne et collines d’accès en pissent de tous leurs pores. Par les flancs de terre et de roche s’écoule une eau cristalline, pure & très froide, tous les 100m & jusqu’au sommet. « Bois, c’est la meilleure du monde! » en souriant. Avt d’aborder la 2ème partie de la montagne, boisée de très hts sapins, nous traversons qqs ss-bois et parcelles de foin. Ns montons depuis 3h et c’est tt une famille de ses voisins qui retourne le foin à la fourche, avançant en tirailleurs sur ce pt plateau. Le père vient nous retrouver avec 3 pts verres de genièvre. « Regarde, cette parcelle est à mon voisin A, celle-là à mon voisin B, cette autre à mon voisin C. Mais quelles parcelles? Où sont les limites? Ni clôtures, ni piquets, ni bornes?! Nous, nous savons, regarde: tel arbre, tel rocher, telle source, tel dénivelé, ce sont les limites ». Suis bluffé. Les chiens d’Adriān ouvrent la voie à 50m jusqu’au sommet, levant un renard, des chevreuils, 2 gros sangliers. Des ours? « Attends Werner, c’est possible, on va voir. » Cet homme, Adriān, m’inspire une confiance totale. De tps-en-tps, il s’arrête, écoute, regarde autour de lui et se remet en marche. Mais secrètement, il m’énerve un peu: alors que je suis à tordre, en nage de la tête aux pieds, lui n’a pas une goutte de sueur qui lui perle du front. Le sommet? On ne le voit plus depuis que nous avons démarré, tjrs masqué par collines ou arbres. « Tu as déjà été au sommet? Oui, 2x, avec mon père, il y a 25 ans.(…) » Encore une source, ds un ss-bois, une autre, filtrant entre les rochers, et encore une, remontant à travers l’herbe grasse. À chaque source, bouche, bras, visage & nuque s’en délectent, il fait très chaud. Il privilégie la montée par les coulées d’animaux, ours, sangliers, cervidés …etc. Elles sont étroites mais bien damées, quel traffic il doit y avoir de nuit! « Regarde Adriān, un terrier de renard. « Nu » Werner, pas de renard, c’est un ours! C’est son garde-manger. » Adriān se couche, y enfonce le bras et en retire une brassée de plants de baies. Hum… Il me montre tts les empreintes au f & à m que nous grimpons: cervidés, ours, sangliers… « Les ours ne sont pas agressifs en ce moment, bcp de baies partout, et bientôt les myrtilles, de plus il fait très chaud, ils restent à couvert, et puis … ils n’aiment pas la viande belge » en éclatant de rire. Oui, mais ns aussi, on grimpe bcp à couvert!? » Sourire… « Regarde! » en gigotant une branche ds un crottin. « Il est tt frais, un ours était ici il y a 10 ou 20′  » Hum…, rapide regard circulaire… Adriān a une foulée lente et souple, il lance sa gde jambe pour faire un pas pdt que je dois en faire 2, mais avec 15kg sur les épaules. Il m’explique plein de choses, sur la corruption pour l’abattage d’arbres, corruption pour chasser, corruption pour l’octroi de parcelles, comment les RO ont arrêté l’avancée AT-HU ds les Carpates, sur tous ses jobs à l’O, sur le rythme du fermage et élevage dans les collines & plateaux, et toutes autres choses diverses. Je lui pose mille questions & l’écoute avec passion. Adriān me prend le bras: « regarde mes chiens! » 2 sec + tard, un énorme fracas brise le silence dans la sapinière, un énorme cerf se lève à 20m à ma droite et s’enfonce à tt allure dans la forêt en côte. Ouf!, ce n’était pas Baloo. Il ns reste encore +\- 200m d’Alt avt le sommet, ns débouchons sur une surface herbeuse d’1/2 ha. « Ns allons manger ici! » me dit Adriān. Mais ns ne sommes pas seuls…



Dans sa longue foulée nonchalante, Adriān se dirige directement vers eux. Court échange de mots. Ce sont 2 familles Tz, 4h, 3f, et 3 enfants, dont 2 petits qui dorment à l’ombre en-dessous d’1 des 2 charrettes. Ils sont assis à l’ombre d’un feuillu isolé et mangent. Les 2 chevaux, maigres comme des squelettes de poisson, broutent enchaînés. Ns sommes déjà à Alt 1300m. Ils prétendent être là depuis 1 semaine et pour 1 semaine encore pour cueillir des baies, et qu’ils viennent de tel village à 40km. « Que croire? » me dit Adriān d’un air désabusé. Sous leurs nez & sans leur demander leur avis, Adriān soulève les bâches de leurs 2 charrettes pour les fouiller. Les Tz ne bronchent pas. D’énormes bacs remplis de baies, +\- 200kg déjà,et … 2 longues scies, avec gros manche à chaque bout, strictement interdit. Outre cueillir les baies et myrtilles (historique & tacite agreement entre Judet/Commune/ prop. terriens et Tz), ils viennent scier pour voler du bois. « Les femmes cueillent de jour, les hommes scient & débitent de nuit qd gardes-forestiers ne patrouillent pas ». Sous leur barbe, Adriān prend les 2 longues scies qu’il ramène près du feu que je suis en train de préparer. Les Tz ne bronchent pas, ils savent que leur délit est lourd. « Par où sont-ils arrivés, ici, à Alt 1300m? De nuit, par des sentiers qu’ils connaissent en faisant trinquer leurs pauvres chevaux, regarde leur état piteux. » « Et que mangent-ils pdt 2 semaines, isolés en ht de la montagne? Champignons, baies, lapins pris au collet. Ils n’emmènent que du pain, lard et oignons pour les 1ers jrs. Regarde, leurs sacs en plastique de nourriture trempent dans l’eau froide de cette source. » Une autre vie, un autre monde, presqu’ancestral. « Adriān, je n’ai pas emmené de nourriture!? » Un clin d’œil & il sort de son pt sac-à-dos pain, gros gras de lard, sachet de gros sel & tous les champignons qu’il cueillait nonchalamment au f & à mesure que nous grimpions. C’est Byzance. « Adriān, que se serait-il passé si j’étais arrivé seul nez-à-nez avec ces Tz? Oh, ils seraient partis + tôt que prévu, … en t’abandonnant tout nu. » Hum… 



Sommes au sommet, j’en frissonne d’admiration et d’émotion. Entre les sapins épars, une grosse, grasse & compacte herbe très verte y pousse ainsi que ces innombrables plants de baies et de futures myrtilles. La vue à 360* est époustouflante. Adriān me nomme tous les villages au très loin que je pointe du doigt s/carte. C’est magique, c’est …, les qualificatifs manquent tant c’est impressionnant. Depuis Londres, depuis presque 2 mois 1/2, j’attendais ce lieu et ce moment sur mon Chemin. Au sol, tous les 5 ou 10m, des plants fraîchement arrachés, d’un coup de patte et griffes. Je regarde encore derrière nous de tps-en-tps… 


En distance, la descente par l’autre versant est 2x + longue que la montée, on ne doit pas traîner. Et le + court est d’emprunter les ruisseaux, les pieds dedans car pas de sentiers parallèles, en évitant de glisser sur les grosses pierres. La descente est + silencieuse, ne pas traîner tt en étant vigilant pour ne pas tomber. Une 30aine de chevreuils. Presque 22:00, la nuit est tombée et il nous reste encore 1h pour rejoindre la vallée. C’est l’orage qui ns accueille ds la vallée. La femme d’Adriān vient le rechercher, ils ont 50km à rouler pour retourner d’où nous venons. Chaleureuse accolade et infinis remerciements. Adriān repart vers l’O, je me dirige vers l’E, à la quête immédiate de 2m2 plats & discrets pour nuiter.


Multumesc Adriān. Sans toi, et même avec boussole, je me serais égaré 50x; sans toi, j’aurais certainement rencontré le danger; sans toi, je n’aurais pas pu admirer & comprendre tt ce que tu m’as montré en détails; sans toi, je me serais perdu de nuit dans la redescente boisée; sans toi, je n’aurais jamais appris tt ce que tu m’as enseigné sur « tes » Carpates et son histoire; sans toi, je n’aurais jamais vécu un tel moment fort, d’émerveillement, de découverte et en tte sécurité. Dans cet environnement unique & mythique, parmi les + beaux de notre planète, j’ai eu une chance inouïe grâce à toi, à ton savoir, ta disponibilité et ta fantastique compagnie. Tu ne mesures pas le cadeau que tu m’as procuré. Multumesc Adriān, you are a fantastic man, tu es un grand Monsieur. Ns ns reverrons cet hiver à Frankfurt DE.


Bivouac sommaire et négligé, il fait nuit, il pleut, je suis pressé de m’allonger tant pieds, jambes et épaules ont enduré aujourd’hui, malgré l’endurance de ces 10 dernières semaines. Je regarde ma carte, le parcours et ses courbes de niveaux que j’ai parcouru ces derniers jours. Je ne peux que me réjouir d’être encore capable, avec 15kg sur le dos & 55 ans, de profiter pleinement & sans accros de cette marche au long cours, d’assouvir cette riche passion. Ma vie citadine et relativement sédentaire n’a pas encore le dernier mot. Hier, mon ami Georges m’envoyait un généreux message ponctué par une citation de Gandhi: « L’homme ne repousse pas ses limites dans sa capacité physique mais dans son indomptable envie ». Quelle vérité. Un regret évidemment, ne pas pouvoir partager ces paysages et émotions avec Isabel. Bien que loin (géogr.) de moi, je réalise encore davantage tt l’importance qu’elle a ds ma vie.


Mon couloir pour traverser les Carpates se greffe sur l’axe sinueux Bistrita-Toplita-Borsec-Piatra Neamt. C’est une longue vallée qui serpente d’O en E. Dans le lit de cette vallée: route et rivière parallèles. Longer cette route d’un bout à l’autre serait ss aucun intérêt. Autant marcher avec des œillères ou prendre un autobus, ou ne pas traverser les Carpates. Depuis Sebis, je me greffe sur les chemins des collines à g ou à d de la vallée. Je passe d’un côté à l’autre de la vallée en fonction du relief, en traversant la rivière, souvent par passerelles branlantes ou par les galets qui jonchent le cours d’eau pas profond. Les sentiers perpendiculaires (& raides!) puis parallèles à la vallée sont nombreux. Ça monte, ça descend, ça tortille, en forêt ou à découvert. Chaque courbe et sommet annoncent un nv paysage, à chaque x époustouflant: falaises rocheuses, pans de hts résineux, plateaux herbeux dont un où je me retrouve au milieu d’une 40aine de chevaux en semi-liberté. C’est la forêt compacte qui ceinture leur immense pâture qui est leur clôture naturelle, dingue. Qqs pouliches sont pleines. 



Les lieux de nuits sont aisés à trouver et bucoliques à souhait: entre 2 villages, s’infiltrer entre 2 collines où coule tjrs un ruisseau, remonter le ruisseau par forêt ou broussailles, et choisir le 4 ou 5* de nuit dès qu’à l’abri des regards et des chiens. Ours & loups sont plus hauts. Cette dernière nuit, coincé entre haute falaise rocheuse et ma salle-de-bains: la rivière jonchée de galets où je peux à nouveau m’allonger. Pouvoir être entièrement frais & propre pour entrer dans son sac-de-couchage après une journée de marche, de poussière et sueur est un luxe inouï. 



Demain, ap-demain? Je n’y pense jamais ou presque. Le Voyageur ne compte « pas » les km, il ne cherche pas à performer malgré l’effort constant, il vit uniquement l’instant que ce soit dans l’espace, dans le temps, dans l’émerveillement & dans la rencontre avec l’autre. Temps, espace, rencontre et émerveillement suivants, c’est le destin qui les lui révélera, rien n’est écrit à l’avance. C’est cela la richesse et le besoin irrépressible du Chemin pour le Voyageur. A l’extrême, je pense à Jean Belivau (CA) qui décida de partir marcher pdt 1 mois avec son baluchon. Il est revenu chez lui 11 ans + tard, sans s’être arrêté de marcher, en communiant avec nature et son prochain, à travers les 5 continents. Le sédentaire accro du sofa, de l’asphalte et du volant a peur, et ce n’est pas de sa faute, peur de quitter ses repères sécuritaires & confortables qui meublent son quotidien. Puis un jour, comme des 1000ers de sédentaires chaque année (Compostelle, Rome, Czestochowa, Jérusalem ou – connus), il se laisse convaincre de se lever, se déshabiller pour oser aller timidement goûter le Chemin. Les 1ers pas sont hésitants, les suivants deviennent demandeurs & vigoureux. Ce Chemin, le feu sédentaire en devient irrémédiablement gourmand & gourmet. Toujours. Ces Carpates glanées au fil du pas, en communion avec ses paysages et ses habitants, sont un des 1000 trésors que m’offre ma démarche. Parmi toutes les chances que j’ai eu ds ma vie, il en est une qui fut, un jour, d’avoir eu cette envie de goûter au Chemin.