Heroldsberg DE

18h, très chaud & lourd, signe d’orages annoncés. Ou je choisis ce grand & nouvel abri en lisière au-dessus de Schwarzfeld pour la nuit, reste au sec mais perds 10km de + prévus, où je passe la nuit comme une éponge un peu + loin. Va pour l’abri, et heureusement… Tonnerre et éclairs ont fait du Wagner all night. Avais déposé 3 morceaux de saucisson sec et fromage à l’entrée intérieure de cabane pour espérer de la visite. Ce matin, disparus. Rien vu, rien entendu, dormais comme une mouche écrasée.
Lauda, sans intérêt, arrêt au Rathaus pour charger batteries tél & pho, et affiner cartes avant d’enjamber le Tauber.

Le relief a brutalement changé, moins chiffoné, bcp + étiré. Les forêts et prés à bovins ont fait place aux mers de cultures de froment, d’avoine, d’orge. Ne subsistent que qqs oasis feuillus épars. Le positif est la vue, à perte de vue… « Bouffeur d’horizon » me disait mon ami italien Michele. Un village/hameau est traversé, le clocher du village suivant à 5 ou 6 km est déjà perceptible. Ces campagnes bavaroises, je les revois comme si je les avais quittées hier, c’était sept. ’13.


Marché une partie de la nuit, jusque 1am, relief et pieds le permettent, la nuit est douce et claire, et j’aimerais arriver à Nürnberg à la fin du mois. Le nez sur Lauda, mon matelas de ce soir est un tapis compact d’ail sauvage au pied des hêtres, j’adore! Leur parfum est fort, presqu’ennivrant. 


Depuis une 20aine de km en amont, qqs affiches dans villages annonçaient « Weinfeest ». Ce n’est qu’à mon réveil que le village s’est tût.., 😦  Réveil…, 7 énormes limaces oranges me narguent entre toile tente & moustiquaire. Moustiques & araignées, ok, mais ces limaces gluantes, non! Bêk!

J’entre dans Uffenheim en coup de vent, c’est une concha de Santiago qui m’accueille sur une borne à l’entrée de la ville (pic).


Chez moi à Bxl c’est ’14-’18 depuis 3j, une souris s’est infiltrée dans notre maison. Depuis, chacun/e est perché/e sur un meuble, drapeau blanc hissé.

La route est (très) longue, il fait (très) chaud, et peu de distractions au milieu de ces vastes campagnes. 

Il y a l’horizon, lointain & vide. Une chose y manque cruellement, les haies d’antan (aubépine, …) qui séparaient les champs, réceptacles d’eau des champs, écrins de biodiversité de flore & faune (insectes, papillons & oiseaux), mais aussi pour le plaisir des yeux. Trop d’uniformité, l’agriculture à gde échelle a éliminé le bucolique.

Campagnes de Rüdisbronn, le ciel est bleu à l’E, noir à l’O, derrière moi. Le vent se lève, puis vient le déluge déchaîné dans cette rase campagne. Vent, grêle, seaux d’eau, céréales couchées, déjà trempé me cache sous remorque de tracteur, accroupi comme un indien. 1h de nature déchaînée, puis masse nuageuse continue son chemin vers E, impressionnant de violence, ciel bleu de retour. Dingue! Le Chemin, transhumer avec ciel & terre.

Enfin les forêts protectrices réapparaissent peu à peu et 2 chevreuils aussi. 


19h, chercher où se fondre en forêt. Le rituel, immuable et mécanique, commence. Trouver le lieu. Attendre 1/4h immobile en regardant & écoutant pour être sûr d’être isolé. Se libérer de s-à-dos et tous brols. Se pendre 2x par les mains à une branche le + longtemps possible pour étirer la colonne qui a porté +\- 15kg toute la journée, mes 30 ans sont derrière moi. Installer bivouac. Envelopper et pendre s-à-dos en hauteur à arbre. Écrire (blog + notes perso’s) en grignotant. Soins des pieds. Dodo bienvenu. Chacun de mes bivouacs est un moment et lieu uniques. Je les prends chacun en photos tant ils sont autant de souvenirs précieux que mes chemins foulés et paysages admirés. Sur ma carte, en pointant mes lieux de nuit pour me souvenir, je leur donne aussi une cote, de 5 à 10/10, je voudrais y noter 11 parfois. Qui a le privilège de profiter d’un décor d’opéra différent chaque soir? I am, et c’est magique.


Le bivouac, synonyme de liberté, en communion avec mère nature, est l’instant de la récapitulation du vécu du jour et du relâchement physique. Oui, c’est souvent dur, j’en « crève » de tps en tps, mais rien à voir avec tout le beau que j’ai le privilège de vivre. Aucun défi, aucune performance, uniquement le souci de communier + près de l’authentique en totale liberté.

« Quelle chance tu as! Ah, si je pouvais! » Ils ont leurs rêves, bottines et bâton dans la tête, ils ruminent de désir, je voudrais les aider à se lever et se mettre en Chemin. « Quelle bêtise! Il est fou! » Je me gausse discrètement de ces cousus du canapé, coqs de salon et menottés du volant, je les connais trop bien. Marcher au long cours à travers notre continent multi-culturel, sa ruralité, en vivant avec ce que le Grand Mystère nous a donné et s’en émerveiller, voilà la folie la + sage et la + riche dans une vie très éphémère.

9,35€ pour bête mini spray anti-moustiques, intérêt à bien viser à ce prix.
Retrouvé mini bouteille de Kirsch au fond de s-à-dos avant dodo, bu 1 gorgée, tombé KO.

Plantes de pieds ont désormais des semelles de cuir, a priori fini les ampoules. Par contre, pas certain que semelles bottines survivent jusqu’à UA.

Dois souvent couper des routes (et autoroutes), un DE qui ne conduit pas vite n’est pas un DE.

J’ai eu peur, oui. Penaud & impuissant. Un peu avant Neustadt. Cette nuit me restera gravée. Et les habitués du petit Gasthaus qui m’entourent et sirotent déjà leurs bières me confirment cette nuit titanesque et mortelle pour + de 3 pers, lit-on dans les journaux. Chaleur lourde implique orages fréquents, ils m’accompagnent depuis qqs j déjà. Mais cette nuit fut cauchemardesque. Parcelle de hts pins sylvestres depuis lgtps non exploitée, fûts droits, couchés, obliques, déracinés, sol retourné par sangliers, là suis vraiment isolé. 23h, 1er coup de tonnerre puis déluge brutal suivi de la foudre et ses éclairs qui ne cessent de s’abattre autour de moi pdt 2h, une éternité. Comme pas de vent, l’orage est statique et dure. Ai l’impression d’être l’unique cible au milieu d’un champ de mines. Craquements d’arbres incessants autour de moi et, museau hors de la tente, ne vois rien tant la nuit est charbon. Le bruit de pluie et tonnerre est terrible et ciel est déchaîné. L’intérieur de ma tente s’illumine à chaque éclair. Quelle violence. Sol très spongieux, et vu la quantité d’eau qui s’abat, ai peur que d’autres hauts fûts instables ne basculent. Tente muée en sous-marin. Que faire? Enlever vite les 2 piquets métalliques verticaux de tente, ne pas bouger (aller où?), rester terré dans sa tranchée en restant allongé nez/sol et attendre cette fin d’enfer en croisant les doigts. Le ciel est furieux. Le regarder par une fenêtre est une chose, mais le vivre au milieu du jeu de quilles (= pins vacillants), isolé dans cette forêt est flippant. Un film d’horreur en milieu naturel aurait gagné l’Oscar. Matin, 2 p’tites h de marche pour rejoindre banlieue S de Neustadt et apprendre les inondations + au N et dégâts dans la région. Du lourd! Très lourd, et mortel malheureusement.

Gérer la garde-robe moite, archi-moite, et gérer la tête de patience.
Profite d’un rare rayon pour faire sécher ma tente sur un haut Christ en pierre à une croisée de chemins, ils sont omni-presents en S DE. Une petite gêne qd même, mais « Il » peut bien me donner un p’tit coup de pouce après cette nuit de guerre.


Collines, forêts et faune réapparaissent, un « bambi » de l’année et sa mère. Presqu’un zoo. Only chevreuils. Eux aussi étaient tapis & penauds la nuit dernière.


Qqs chemins à éviter car inondés et la masse nuageuse reste clouée au plafond, mais cartes Kompass 1/50.000 & boussole me remettent tjrs sur le droit chemin. Hérons, buses, col-verts, qd les 1ères cigognes?

Sms d’une amie, critique littéraire, A. Elter, qui m’invite à prendre contact avec Ol. Bleys, prix Goncourt mais surtout Grand cheminant, + dans son ouvrage « L’art de la marche ». À mon retour.

Olivier fait partie de cette cour des grands, ceux qui ne cessent de m’inspirer et de confirmer ma juste & riche démarche.

Je m’infiltre dans le chas de l’aiguille forestier entre Erlangen (N) et Nürnberg (S) pour dormir dans la Sebalder Reichswald, un Camino de Santiago y passe. J’évite volontairement la belle Nürnberg pour 2 raisons. Accessoirement pcq ce serait un léger détour encombrant (bruit, traffic,…), mais principalement pcq je veux garder le souvenir unique de Nürnberg cum Isabel qd elle m’y a rejoint 2j avec Diego à mi-parcours de Moscou-Compostelle, tête-à-tête de 2j, Diego s/ mes épaules, lessive dans baignoire de l’hôtel, célébration jumelage Nürnberg-Cordoba, … Je ne veux pas cumuler un autre souvenir de Nürnberg que celui-là, il fut unique. ¡Gracias Isabeliña!

Tout est humide et moite, besoin d’un ruisseau CUM soleil.  Pas de rencontres et peu de photos par ce temps, chacun reste à couvert sauf les nomades. Longs moments de solitude sous poncho & pluie… Ça fait partie du Chemin, du cadeau.

Walldürn DE

Cette sortie de Worms est idem que celle de Bialystok PL 2013. Pluie, voie piétonne/vélo le long de la chaussée rapide sur 22km jusque Heppenheim DE, avt-hier 10aines de chevreuils, today 100aines de camions rugissants & abrutissants, aucun panorama, seuls les kms comptent. Seuls compagnons de route qui marchent avec moi en ce temps humide, limaces et escargots, le juste trio sur la carte d’EU. 
Jamais je n’écoute de la musique en marchant, jamais. Stupide & inutile, cela ôterait 50% du Chemin. Mais sur ce tronçon long & rectiligne sur la piste cyclable, pesant & gris, pour me stimuler, j’écoute mes marches et chœurs militaires russes, ils me donnent naturellement une cadence et un entrain bienvenus. Aussi mon chanteur russe préféré Vladimir Vissotsky (feu mari de M Vlady) et sa fameuse « Chasse aux loups » (loups=nazis), une voix grave qui fait frissonner.

Sur le marché de Lorsch, 3 emplettes rapides: un pinceau crayon dont je casse le manche, en guise de blaireau (oublié à ruisseau), un mini maillot « confetti » pour ne plus concurrencer Adam dans ruisseaux, et ravitaillement pour le soir.

Depuis qqs mois, qd je descendais dans la cave (outils + mat rando) de notre maison (qu’Isabel appelle mon bureau 😀), je croisais mon sac-à-dos. Depuis retour de Compostelle, il n’a pas bougé, tout y est resté au complet, lavé et méthodiquement organisé. Mêmes vêtements et matériel restaient en stand by. Ns ns toisions à chaque fois, avec l’interpellation mutuelle silencieuse: « c’est pour quand? » ou « t’es prêt? ». L’Appel du Chemin est réapparu, ardent, incompressible. Il n’a fallu que le basculer sur mes épaules, et poursuivre le Voyage. 2 seules exceptions: nouvelles bottines, & petit butagaz de 7cm3, gamelle incluse, gracieusement prêtés par Eric.



2 courtes larmes ce soir, de fatigue et de joie. De fatigue de ces 17 jours à une moyenne de 38 km/j (8/j de + que prévu) sans me presser pour autant, la météo le permettait, et tant mieux, ça me permet de prévenir d’éventuelles pertes de tps futures (incidents, météo exécrable, reliefs + difficiles) ou profiter de situations sans stress de timing, et enfin la joie de poursuivre cette expérience unique 99% nature qui rencontre pleinement mon souhait de Voyage.


Heppenheim, moche, très moche, … jusqu’au centre historique, joyau de romantisme avec anciennes maisons à colombages, qui n’est pas au centre mais à l’extrême E de la ville, aux pieds des premières collines qui m’attendent à nouveau. Collines noyées dans le brouillard.


Les sentiers bien balisés deviennent nombreux. Fahrenbach, Steinbach, Hammelbach, Erbach, Watterbach, …ach, …ach, …ach, prononcer « ââârrr » en ouvrant fort la bouche ! Re-chevreuils en pagaille (+ 1 orvet), impression qu’ils me font une haie d’honneur. Je me fiche de ce temps pourri tant les décors de cet Odenwald qui m’accueillent sont magiques. En 6 jours, j’aurai mis successivement les pieds dans 4 Landers: Rhénanie Pal. – Hesse – Baden Würt. & bientôt Bavière. Croisé personne, vu personne depuis avoir quitté bivouac ce matin, je grignote mes « rosinenschneke » et puise de l’eau limpide dans la Gönzbach que je longe. Qqs arrêts pour contempler et tenter de mémoriser. De quoi rêver d’autre? Dans ces profondes forêts, des heures de marche sans croiser quiconque, mais régulièrement, isolées, des cabanes/abris avec bancs pour randonneurs. Seul l’aspirateur n’y est pas passé tant elles sont soignées. Ici en DE on ne dégrade pas, on respecte, comme en CZ plus tard, je le sais.


Et ces 10aines de miradors en lisières, des « pourvoiries » disent les Québécois, « pour voir », pas pour tuer ou blesser, seulement pour se gaver les yeux. Les plantes de pieds jubilent, après le long asphalte jusque Eppenheim, ces chemins de terre humides sont des matelas pour les pieds. 


La nuit fut très fraîche, en témoigne la rosée abondante. Il est 6:30am, je marche depuis 1h et déjà 6 chevreuils. A qd le 1er cerf? Entre les cimes des mélèzes, je distingue le soleil qui, lentement mais sûrement, déchire la brume. Il fera beau aujourd’hui! Durant cette parenthèse de qqs mois, le hamster citadin que j’étais, tournant invariablement dans sa roue, est déjà loin, très loin, le rideau est tiré.

Silence total, assis sur une souche d’arbre, je lis ma carte. Froissement de branches, grognements. Ils sont 2, le groin face à moi à 20m et me fixent sans bouger. La main derrière le dos, je dégaine lentement mon app. de photos et l’allume, le porte lentement à mes yeux et « clic », immortalisés! Au « clic », les 2 sangliers déguerpissent tel Usain Bolt. Quelle joie, c’est si rare, de jour, si près et arrêtés qqs secondes. Quelle chance.



Walldürn est en vue, j’entends une voix qui couvre le grand village. Ce sont les hts-parleurs de la basilique St Georges qui diffusent le sermon du prêtre. Tout le village est endimanché, c’est (je l’apprends qqs min + tard) le Fronleichnam, fête catholique dans le S de DE, où 1x/an l’ostie est présentée dehors lors de la procession à tous les fidèles. Toutes les portes des maisons et magasins sont garnies d’un autel avec Ste Vierge et fleurs. S’en suit la procession suivie de 4 à 500 pers venus des environs, c’est superbe. Ma dégaine de nomade et mon écusson de St Jacques (coquille jaune s/fond bleu) ne laisse pas indifférent, multiples questions « qui? d’où? vers où? », les DE ont tjrs été très affables à mon égard, dont le jeune Capitaine Lupert (pic), pour finalement être invité pour une collation par un couple d’ex-composteliens (pic) sur la place de cette belle Walldürn. 



Today, je n’aurai donc marché que +\- 25km, fainéant! Mais ce fut une journée exceptionnelle, des panoramas époustouflants, chevreuils, sangliers, Walldürn en fête, des conversations, de nouveaux émerveillements. Là sont la magnificence et la magie du Chemin, aller de surprises en découvertes, sans savoir ce que demain apportera. Si, demain, je le sais, il pleuvra, à seaux me prévient-on à l’unanimité.

Direction Lauda, Uffenheim, Neustadt, puis contourner Nürnberg par le N.

Le rêve continue. Merci les pieds.

Worms DE


Sortie du bois à Nohen, en surplomb, je le vois: l’immense massif repris sur ma carte, celui que je vais aller croquer, 12km de sentier de Reichenbach à Sien, d’O en E. D’après ma carte, multitude de sentiers. OT pour + d’info’s fermé le dim., je m’enfonce en forêt par petite route asphaltée. Bizarre, aucune balise de sentiers, si fréquentes en DE. La réponse un peu + loin: grande barrière levée, guérite vide et un panneau en DE & UK: un camp militaire (encore!) immense, 690ha entrecoupés par dizaines de larges chemins menant aux parcelles d’exercices. Dans 3 langues, dont FR: entrée strictement interdite, mais tout est ouvert, silence total, rien qui bouge, et qu’est-ce que je risque, sinon c’est 10km de détour par N ou S par route asphaltée. Forêts et vallons herbeux forment cette immense enceinte Mil dont la crête, au centre du camp, est à alt 608m selon ma carte. Arrivé à ce mamelon déboisé, une vue à 360* à couper le souffle sur tout le camp à 6 ou 7 km de rayon! C’est bluffant. Cela ressemble à un immense terrain de golf, tant le camp est bien dessiné dans cet environnement naturel, dont le pic est rehaussé d’une haute tour d’une 10aine de m d’où le Herr Generâââl, tel Bonaparte, peut surveiller ses mouvements de troupes à tous horizons. Mes copains de régiment qui me lisent (Eric, Benoît, Gautier, Philippe, Damien, Olivier,…) auraient adoré. Mais plus feu notre ami Didier Delafontaine (RTBF & historien), il est le 1er d’entre nous à avoir rejoint le Chemin éternel. Il était un vrai ami, j’ai une pensée pour lui chaque jour, il n’avait cesser de m’encourager pour entreprendre mon second Voyage. Carcasses de chars servant de cibles, villages préfabriqués pour simuler nettoyages, stands de lancers de grenades, tirs fusils, mitrailleuses & artillerie. Traces de chenilles récentes mais pas un chat, camp vide mais très entretenu, vraisemblablement un camp de location, ils sont nombreux. Une 30aine de chevreuils et multiples buses.
Arrivé au hameau de Sien-Hachenbach sur les rotules et estomac vide, je frappe à une porte pour demander de remplir ma bouteille d’eau. Une perruche baguée, gamine de 15ans, cheveux rouges fluo, tatouée et piercings au nez, lèvre & oreilles (le choc!) m’ouvre la porte, »Wasser, bitte? », et me la referme au nez aussitôt. Je refrappe. Le père, bouguon et grimaçant, tatoué aussi mais sans piercing, m’ouvre et m’indique du doigt et sans un mot la fontaine publique à 40m. Clac! …porte refermée! Ok! Pdt que je bois gloutonnement ce nectar tant désiré, réapparaît l’homme, clope au bec: « Qui? D’où? Vers où? » (typique). Il rentre chez lui, sans un mot. Je reste à la fontaine pour boire et récupérer. Sa fille me guette par la fenêtre, je la vois, écouteurs gsm et piercings se disputent ses oreilles. Je m’harnache et m’en vais. Au 1er pas, l’homme ressort de chez lui et m’appelle. Il me tend un sac en plastique avec 2 sandw fromage, 2 saucisses, 2 pommes et 1 mini bouteille de kirsch! C’est ça le Chemin, celui qui rassemble les hommes, par empathie. Merci Monsieur. 

Dodo mérité dans la forêt qui précède Löllbach, immense hêtraie depuis 2km. 5h30, la forêt dort encore, je prépare mon nescafé sur une souche et sursaute à une série d’aboiements qui brise le silence: un magnifique brocard à 20m en lisière.

Nouvelle crête pelée, nouveau point de vue idéal pour comparer carte et terrain. Mais je ne vois pas les villages & hameaux repris s/carte. Normal, ils sont tous enfouis au fond des trous, entre les collines.


En 2 jours, j’ai vu + de chevreuils (une 50aine) que de bipèdes.

Petit village de Meisenheim, baigné par le Glan, 1er bijou architectural depuis mon entrée en DE et qui a miraculeusement échappé au rasage des alliés, il est magnifique, dont son immense église. Églises: repère lointain du nomade, lieu d’architecture & d’histoire, et lieu de paix, dont j’ai effacé une 20aine de photos; ne sais plus quelle église appartient à quel village!


Contrairement à tous les jours & bivouacs depuis Londres où l’émerveillement avait primé sans jamais de destination du soir, ce soir je veux Worms + un repas chaud (exit biscuits, pain & fromage) + lessive urgente + douche chaude (exit ruisseau today) donc il faut avancer et sans traîner, d’autant que le tronçon Kircheim Bolanden – Worms n’aura eu aucun intérêt, encore moins sous ce plafond gris et pleuvineux.

21h30, enfin les lumières de Worms qui semblent apparaître comme un mirage, 14h que je marche mais je voulais y être. Un mollet commence à grimacer. « Auberge de jeunesse? » me propose le policier. « de Jeunesse… », rire!, suis tout fier et le remercie pour son compliment! A 55 ans, il ne me renseigne pas un home ou seigneurie. Dortoir de 8, suis avec 4 ado’s danois vissés sur leurs portables, qui visitent DE.

Je ferai le tour du centre-ville demain matin + OT avant d’enjamber une frontière majeure de notre continent: le Rhin !,celui que j’avais croisé un 12 oct 2013 en venant de Moscou, c’était à Ottmarsheim FR, il pleuvinait, comme aujourd’hui.

Second Voyage? Non, je me rends compte qu’il n’est qu’UN, qu’il est la continuité naturelle de mon étape à Compostelle. Sur la Plaza del Obradoiro où s’éteignait la dernière flèche jaune (dont les 1000ers de pèlerins cherchent encore la suivante, emmenés dans le rythme du Chemin), elle a réapparu naturellement à Londres. « Le Chemin ne s’arrête jamais » écrit A. de Saint-André. Ce long Chemin transeuropéen Mos-Comp-Lon-Ode, cette parenthèse de vie parallèle a pris son sens au moment où je me rendis compte qu’on a qu’une vie, si éphémère et si précieuse, et qu’il était temps d’aller se gaver, tel un gourmand et gourmet, de ce que le Grand Mystère nous a offert. Nature, ciel et terre, abnégation, effort et sueur, rencontres, histoire & cultures, âmes de la ruralité, surprises et découvertes en sont les ingrédients.

Le Dom St Pierre de Worms sonne le carillon de 5am, it’s time to go. Les 4 loustics DK dorment encore, avec leurs dernières évaporations de bière, ils sont rentrés tard.

Impression de quitter Worms en smoking, tant mes vêtements sentent bon le savon (terminé lessive vers minuit). Pas de flânerie touristique ce matin mais je choisis 2 incontournables avant d’enjamber le Rhin: l’incontournable Dom et le + ancien cimetière juif d’EU, dont la + ancienne tombe date de 1076! Aussi des photos en n&b de Worms en ´45, les alliés n’ont pas fait dans le détail. Le Hesse dans 2 jours, puis cette merveilleuse Bavière que je me réjouis de retrouver.

Birkenfeld DE

A Wasserbillig, il n’y a pas de pont pour traverser la Moselle, il faut prendre le bac 😀 pour relier LU à DE et relier Konz.
 5km de parcours champêtre le long de Moselle et Saar jusque Konz puis plein Est vers lointain Reinsfeld et … plein orage, violent, ça tombe dru. Cabane paraissant abandonnée, je m’y abrite et espère y dormir si personne n’y débarque avant 20h30 (traces fraîches de tracteur). J’y dresse ma tente (cum moustiquaire) car bourré de souris et araignées. Grignotant pain, fromage et saucisson au son de la pluie qui tombe, un bruit suspect et une tête apparaît entre 2 planches: un renard cherchant aussi du sec. Pas de bol, il déguerpit, sa compagnie m’aurait plu pour lui partager mon dîner et papoter ensemble.



Le soleil de l’aube dissipe rapidement la brume. Et en avant pour une journée de rêve. Pieds et yeux n’ont pas chômé jusqu’au sommet de la Hochwald Dollberge alt.690m. Crêtes de collines et fonds de vallées s’enchaînent Pluwig, Holzerath, Rôsterkopf alt.708m, Reinsfeld, Züsch à travers massifs forestiers et vallées de prairies, ça grimpe longtemps et redescend c’est magique, les mollets de 55 ans trinquent. Aux amoureux de la nature, c’est ici que ça se passe. 

Avant Reinsfeld, in the middle of nature, une immense ancienne caserne bardée de drapeaux de la Croix-Rouge, un groupe de femmes avec foulards colorés gazouillent entre elles, 3 hommes en jogging et tongues, la peau tannée, me hèlent, ils sont afghans, ici depuis 2 mois, ils attendent. Quoi? Ils ne savent pas. Pudeur, pas de photos. « Come & join me » propose-je à un jeune sympathique de +\- 35ans, « and I’ll help you! » Court conciliabule avec ses congénères, et c’est « no, I cannot ». Dommage, cela aurait été une double riche expérience humaine pour lui et pour moi. Promis, si le cas se représente encore, j’insterai plus fermement, le menotterai, l’emmènerai dans petit gasthaus local , on causera cool & sérieux, et le convaincrai, quitte à rencontrer les autorités. C’est cela aussi le Chemin, riche pour chacun.

Bivouac sur le flan E du grand massif, côté Levant pour être éclaboussé par 1ers rayons du matin, de la Hochwald Dollberge, Parc National. Tapis de mousse sèche moelleux (même Epeda ne l’a pas en rayon) avec plants de myrtilles qui écloreront en août. Selon panneau au début du sentier à l’entrée de la réserve, toute la grande famille y est réunie, cervidés, chevreuils, sangliers, renards, chats sauvages, et même ces p…. de moustiques qui m’ont déjà bouffé les avt-bras. Une journée de sueur et d’émerveillement total, c’est ce Chemin que j’aime. Il est 20h45 ici au cœur de la forêt, la nuit tombe et la chorale du soir se met en branle, pics-verts et 2 coucous déclament leur 1er couplet, quelle berceuse de rêve.

– Acheter de l’anti-moustiques. -Jouissance extrême: plonger pieds éprouvés dans ruisseau = pieds ressuscités, comme neufs. – Le Coca coûte le prix du Laurent Perrier, et un pain/saucisse celui du caviar, vivement la CZ et suivants. – Ai tenu avec moyenne de 14€/j depuis London, hôtels kakis tout confort gratuits, eau gratuite (p-à-p aux maisons), deux repas offerts (ça me répugne de mendier), so only basic food to afford. Les fruits à glaner et chaparder n’arriveront qu’en août, en RO. – Boire, boire, boire même sans soif, éviter crampes et tendinites – Regarder devant, toujours devant, jamais se retourner- Voudrais, comme dans la pub, trouver une Wasserette, m’asseoir patiemment torse nu et en short en attendant que vêtements et s-d-couchage se lavent et se sèchent, on peut rêver, à défaut, un carwash – merci à Sebastian und Sonia, et à Bernhard pour nos trop furtives rencontres à Holzerath et à Neuhütten, we’ll keep in touch.

Demain: Die Winterhauch, autre immense massif en hauteur après Birkenfeld.

Bâton et spray lacry à portée de main…, tous les sols autour de la tente sont retournés…!? I love it ! I love this kind of « Voyage ».

Merci Isabel. Pardon Diego.

Grevenmacher LU

Bastogne, porte de sortie de mon pays. Arrivé sur la place, un panneau « Airborne Museum 300m ». J’y cours, 30 ans que je voulais le voir. 2 couples d’allemands de mon âge le visitent aussi. Bastogne, 101st Airborne Div, Patton, la Bataille des Ardennes, « Nuts! », 200.000 morts… Les scènes reconstituées dans le musée font frissonner par leur réalisme. Dans le « Livre d’or » de sortie du musée, 1 des DE y laisse « Never again, never kill, shake hands ». Je ne peux que repenser à ce vieux Mr DE sur la ligne des bunkers au bas des Sudètes en CZ il y a 3 ans. Chemin de paix sur un chemin de fractures.En quittant le centre, je croise un sdf (40 ans) encore affalé sur son sac de couchage et cartons, il fait la manche, il semble repousser tout espoir. J’ai envie de lui botter le cul pour qu’il se lève, emmène la 1/2 de son baluchon, et m’accompagne jusqu’à Odessa, pour qu’il réalise que la vie est pleine de trésors.

Peu après Wardin, LU !…et la pluie qui m’y accueille, bonjour poncho & guêtres. Une page se tourne.

LU que je ne connaissais pas, excepté qqs édifices de marbre, de cristal & coffres-forts(…), mais qui va ma surprendre. Dont le long schuss de 4km de Kaundorf vers le village magique de Esch s/Sûre, épatant! Niveau relief, c’est Conques FR bis. À toute descente dans un trou, il y a la remontée, raide par le SR1. Par monts & par vaux et forêts (5 chevreuils) jusque Ettelbruck pour un coca/sandwich et glaner nouvelles cartes à l’OT, bcp d’animation dans la ville ensoleillée.

Sortie vers Schieren par piste cyclable. Un magnifique château abandonné dont portes et fenêtres éventrés. Rêve d’y jeter mon dévolu pour la nuit mais n’est que 15h. 1km + loin, autre château, énorme, type Cendrillon, sérieusement sécurisé par hauts murs. A 2 promeneurs locaux: « Qu’est ce château? » « Mais…le Palais Grand Ducal, Môsieur! » Mais oui, mais oui, rien que ça! C’est à Colmar-Berg. Puis comme cela arrive parfois, traverser 5 voies parallèles: 2 routes, ch. de fer, autoroute et l’Alzette, le casse-tête qd pas de ponts immédiats, pour me retrouver coincé entre autoroute et sa haute clôture latérale, perdu 2h. Si gendarmes me voient, c’est les emmerdes assurées. Dans cette situation, l’azimut n’est ok que pour les oiseaux. Nuit à Cruchten, bucolique le long du ruisseau. Mal jugé le sol en pente douce la nuit tombante. Comme mon fin matelas glisse, passé toute la nuit à remonter le toboggan. Cette 2ème journée me fait arpenter ce que les LU appellent leur « petite Suisse », ça monte, serpente, descend par les innombrables sentiers balisés reliant chaque village. Arrêt café dans petit Larochette dont impressionnantes ruines d’un grand château-fort. Épicerie pour ravitaillement, pharmacie, taverne, tout ce village semble colonisé par des portugais, dans le middle of nowhere de la forêt LU!

Longue descente vers la Moselle et Grevenmacher, les premiers coteaux de vignes apparaissent.

Grevenmacher, sortie de ce pittoresque LU et arpenté en 2 longs mouvements, est le lieu pour préparer mon OSMEAL (Mil: orientation-situation-mission-exécution- administration-liaison pas nécessaire)pour prochaine destination: Worms DE sur carte 1/100.000, un luxe! 

Je longe la Moselle jusque Mertert, je dormirai entre deux avant d’entrer en DE. À tout hasard, demande le prix dans camping le long de la Moselle: 24€ pour mouchoir de poche de 2m2 d’herbe coincé entre 2 caravanes! Et même pas de toit feuillu pour pluie et rosée! Non mais! J’opte pour le 5* dans un bois de mélèzes à 400m. Gratuit, calme, protégé et luxueux. Ce soir, pâtes précuites, coupées et recoupées 10x avant d’avaler (…).

Une chance majeure: le temps est reparti au sec, yes!

Une frustration majeure, à partir de demain je ne maîtriserai aucune langue locale jusqu’à l’entrée en UA; dans la ruralité des campagnes et forêts, l’anglais est aussi bien maîtrisé que le swahili & mandarin. Qu’importe, empathie et sourires sont communicatifs, c’est prouvé.

Je la sens bien cette Rhenanie-Palatinat, d’autant que grâce à Always « confort et résistance », mes plantes de pieds rayonnent.

Hallo Deutschland!


Laval BE

L’aube et se mettre en Chemin, le crépuscule et jeter ses hardes, deux moments clefs du quotidien du Chemin.

Harmignies et son église où j’attends Eric sont en vue. Suis en avance d’1h. Par chance en ce dimanche de Pentecôte, le bistrot en face « La Taverne » est ouvert pour un triple café serré. A côté de moi, ils tapent la carte, Jup’ en main, encore. Dans la gazette locale: l’Ukraine a chanté la liberté hier à l’Eurovision, et a gagné; Odessa doit être en fête aujourd’hui, браво!
Eric est pile à l’heure, plein d’entrain et, comme d’hab’, équipé comme pour aller combattre Daesch. Je l’emmène par le GR29. Bois de Strée où bivouaquerons. « Eric, sorry, ai oublié de quoi dîner, n’ai que gaufre et banane à partager. » Eric ne bronche pas, monte religieusement sa tente puis sort la totale de son sac à dos pour barbecue festin: saucisses, tomates, pains baguettes et… vin rouge en apéro! …et café chaud le matin pdt que je me rase enfin avant de retrouver Madame & fiston à midi. C’est Byzance sur le Chemin. Sacré Eric, 24h de bonheur jusqu’à Walcourt où nous nous séparons et y retrouve enfin Isabel & Diego pour un long, mais trop court, déjeuner « nappe blanche ». Isabel, grâce à qui je peux repartir en dehors des sentiers battus, dans ce mode de vie parallèle.



Direction Wellin par Givet et Beauraing (destinations et étapes importantes pour nomades et pèlerins) en sillonnant par petits villages au N et au S de la bruyante N40. La Meuse, la Lesse, la Lomme. Toute l’ap-midi, les « Chevaliers du Ciel » de Florennes font un long ballet au-dessus de ma tête. Enfin forêts, vallons, petits villages isolés que j’attendais impatiemment, un autre décor s’ouvre après ceux du Pas-de-Calais et du Hainaut. Qd ouverts, les OT sont des mines d’or pour se procurer cartes rando + précises et points d’intérêt à l’E de mon itinéraire. J’ai récupéré sprays lacrymo’ que je n’osais pas prendre par la frontière UK. Maigres voire désuets moyens de défense pour grosses bêbêtes poilues mal intentionnées en forêt bcp + loin au SE. 


Désormais les toits feuillus et résineux se succèdent pour m’accueillir de nuit, le choix est large, résineux douglas « Impérial » à gauche, résineux mélèze « Grande Suite » à droite, chênaie « Royal » avec vue sur vallée, …etc, et tout au même prix: bonheur cash! Que nos Ardennes sont belles, paysages à couper le souffle se succèdent. Une mention « excellence » pour le tronçon Bure-Mirwart-Arville-St Hubert, que du bonheur sur ces 5km au cœur du Bois de St Hubert où la boussole aura son 1er usage. 2 sangliers (40kg), 2 biches et 1 faon, fantastiques, leur ballet peut commencer et continuer, jusqu’à Iasi RO. St Hubert dort presque lorsque j’y arrive, seul son double clocher d’église est visible dans la brume naissante. 

Une chance inouïe: pas une goutte de pluie depuis Londres, une météo sèche qui me permet d’avancer un peu + que prévu et de prendre un peu d’avance s/calendrier approximatif. Tête et jambes rayonnent, pied gauche grimace qd trop d’asphalte, mais 2 serviettes hygiéniques de femme sous le pied amortissent le pas. Dernière nuit en BE à Laval près du ruisseau éponyme. Laval, un nom royal…😀! Menu du soir: baguette, sardines, anchois, saucisson et pomme.


Demain matin, Bastogne, autre lieu de cicatrices de l’histoire, et porte de sortie de BE, puis le LU via Nommern. Au revoir mon beau pays.

Blog, posts & comments.

L’idée de nourrir à nouveau un blog durant ce second périple m’avait laissé dubitatif. Par expérience, lourd à gérer logistiquement, car nécessité de wi-fi, de batterie et de temps, surtout quand il y a d’autres priorités: marcher, se nourrir, hygiène, bivouac.Cependant, c’est un moyen de m’obliger à sceller des instants (anecdotes, réflexions, descriptions,…) avant que la mémoire ne s’effiloche. Aussi, plusieurs de mon entourage, + & – proches, souhaitaient re-marcher à mes côtés depuis leurs tablettes. Je les en remercie de tout cœur. Plus de 860 followers à ce jour & qqs comments, autant de chaleureux coups de pied au derrière pour aller, avec sa part de rêve, recroiser notre beau continent dans sa ruralité.

Ce blog, peu académique 😀, n’a aucune prétention si ce n’est de partager modestement un vécu très personnel en dehors des sentiers battus.

ps: par sécurité, les comments sont publiés dès approbation lors d’un wi-fi suivant (hors BE).