Heroldsberg DE

18h, très chaud & lourd, signe d’orages annoncés. Ou je choisis ce grand & nouvel abri en lisière au-dessus de Schwarzfeld pour la nuit, reste au sec mais perds 10km de + prévus, où je passe la nuit comme une éponge un peu + loin. Va pour l’abri, et heureusement… Tonnerre et éclairs ont fait du Wagner all night. Avais déposé 3 morceaux de saucisson sec et fromage à l’entrée intérieure de cabane pour espérer de la visite. Ce matin, disparus. Rien vu, rien entendu, dormais comme une mouche écrasée.
Lauda, sans intérêt, arrêt au Rathaus pour charger batteries tél & pho, et affiner cartes avant d’enjamber le Tauber.

Le relief a brutalement changé, moins chiffoné, bcp + étiré. Les forêts et prés à bovins ont fait place aux mers de cultures de froment, d’avoine, d’orge. Ne subsistent que qqs oasis feuillus épars. Le positif est la vue, à perte de vue… « Bouffeur d’horizon » me disait mon ami italien Michele. Un village/hameau est traversé, le clocher du village suivant à 5 ou 6 km est déjà perceptible. Ces campagnes bavaroises, je les revois comme si je les avais quittées hier, c’était sept. ’13.


Marché une partie de la nuit, jusque 1am, relief et pieds le permettent, la nuit est douce et claire, et j’aimerais arriver à Nürnberg à la fin du mois. Le nez sur Lauda, mon matelas de ce soir est un tapis compact d’ail sauvage au pied des hêtres, j’adore! Leur parfum est fort, presqu’ennivrant. 


Depuis une 20aine de km en amont, qqs affiches dans villages annonçaient « Weinfeest ». Ce n’est qu’à mon réveil que le village s’est tût.., 😦  Réveil…, 7 énormes limaces oranges me narguent entre toile tente & moustiquaire. Moustiques & araignées, ok, mais ces limaces gluantes, non! Bêk!

J’entre dans Uffenheim en coup de vent, c’est une concha de Santiago qui m’accueille sur une borne à l’entrée de la ville (pic).


Chez moi à Bxl c’est ’14-’18 depuis 3j, une souris s’est infiltrée dans notre maison. Depuis, chacun/e est perché/e sur un meuble, drapeau blanc hissé.

La route est (très) longue, il fait (très) chaud, et peu de distractions au milieu de ces vastes campagnes. 

Il y a l’horizon, lointain & vide. Une chose y manque cruellement, les haies d’antan (aubépine, …) qui séparaient les champs, réceptacles d’eau des champs, écrins de biodiversité de flore & faune (insectes, papillons & oiseaux), mais aussi pour le plaisir des yeux. Trop d’uniformité, l’agriculture à gde échelle a éliminé le bucolique.

Campagnes de Rüdisbronn, le ciel est bleu à l’E, noir à l’O, derrière moi. Le vent se lève, puis vient le déluge déchaîné dans cette rase campagne. Vent, grêle, seaux d’eau, céréales couchées, déjà trempé me cache sous remorque de tracteur, accroupi comme un indien. 1h de nature déchaînée, puis masse nuageuse continue son chemin vers E, impressionnant de violence, ciel bleu de retour. Dingue! Le Chemin, transhumer avec ciel & terre.

Enfin les forêts protectrices réapparaissent peu à peu et 2 chevreuils aussi. 


19h, chercher où se fondre en forêt. Le rituel, immuable et mécanique, commence. Trouver le lieu. Attendre 1/4h immobile en regardant & écoutant pour être sûr d’être isolé. Se libérer de s-à-dos et tous brols. Se pendre 2x par les mains à une branche le + longtemps possible pour étirer la colonne qui a porté +\- 15kg toute la journée, mes 30 ans sont derrière moi. Installer bivouac. Envelopper et pendre s-à-dos en hauteur à arbre. Écrire (blog + notes perso’s) en grignotant. Soins des pieds. Dodo bienvenu. Chacun de mes bivouacs est un moment et lieu uniques. Je les prends chacun en photos tant ils sont autant de souvenirs précieux que mes chemins foulés et paysages admirés. Sur ma carte, en pointant mes lieux de nuit pour me souvenir, je leur donne aussi une cote, de 5 à 10/10, je voudrais y noter 11 parfois. Qui a le privilège de profiter d’un décor d’opéra différent chaque soir? I am, et c’est magique.


Le bivouac, synonyme de liberté, en communion avec mère nature, est l’instant de la récapitulation du vécu du jour et du relâchement physique. Oui, c’est souvent dur, j’en « crève » de tps en tps, mais rien à voir avec tout le beau que j’ai le privilège de vivre. Aucun défi, aucune performance, uniquement le souci de communier + près de l’authentique en totale liberté.

« Quelle chance tu as! Ah, si je pouvais! » Ils ont leurs rêves, bottines et bâton dans la tête, ils ruminent de désir, je voudrais les aider à se lever et se mettre en Chemin. « Quelle bêtise! Il est fou! » Je me gausse discrètement de ces cousus du canapé, coqs de salon et menottés du volant, je les connais trop bien. Marcher au long cours à travers notre continent multi-culturel, sa ruralité, en vivant avec ce que le Grand Mystère nous a donné et s’en émerveiller, voilà la folie la + sage et la + riche dans une vie très éphémère.

9,35€ pour bête mini spray anti-moustiques, intérêt à bien viser à ce prix.
Retrouvé mini bouteille de Kirsch au fond de s-à-dos avant dodo, bu 1 gorgée, tombé KO.

Plantes de pieds ont désormais des semelles de cuir, a priori fini les ampoules. Par contre, pas certain que semelles bottines survivent jusqu’à UA.

Dois souvent couper des routes (et autoroutes), un DE qui ne conduit pas vite n’est pas un DE.

J’ai eu peur, oui. Penaud & impuissant. Un peu avant Neustadt. Cette nuit me restera gravée. Et les habitués du petit Gasthaus qui m’entourent et sirotent déjà leurs bières me confirment cette nuit titanesque et mortelle pour + de 3 pers, lit-on dans les journaux. Chaleur lourde implique orages fréquents, ils m’accompagnent depuis qqs j déjà. Mais cette nuit fut cauchemardesque. Parcelle de hts pins sylvestres depuis lgtps non exploitée, fûts droits, couchés, obliques, déracinés, sol retourné par sangliers, là suis vraiment isolé. 23h, 1er coup de tonnerre puis déluge brutal suivi de la foudre et ses éclairs qui ne cessent de s’abattre autour de moi pdt 2h, une éternité. Comme pas de vent, l’orage est statique et dure. Ai l’impression d’être l’unique cible au milieu d’un champ de mines. Craquements d’arbres incessants autour de moi et, museau hors de la tente, ne vois rien tant la nuit est charbon. Le bruit de pluie et tonnerre est terrible et ciel est déchaîné. L’intérieur de ma tente s’illumine à chaque éclair. Quelle violence. Sol très spongieux, et vu la quantité d’eau qui s’abat, ai peur que d’autres hauts fûts instables ne basculent. Tente muée en sous-marin. Que faire? Enlever vite les 2 piquets métalliques verticaux de tente, ne pas bouger (aller où?), rester terré dans sa tranchée en restant allongé nez/sol et attendre cette fin d’enfer en croisant les doigts. Le ciel est furieux. Le regarder par une fenêtre est une chose, mais le vivre au milieu du jeu de quilles (= pins vacillants), isolé dans cette forêt est flippant. Un film d’horreur en milieu naturel aurait gagné l’Oscar. Matin, 2 p’tites h de marche pour rejoindre banlieue S de Neustadt et apprendre les inondations + au N et dégâts dans la région. Du lourd! Très lourd, et mortel malheureusement.

Gérer la garde-robe moite, archi-moite, et gérer la tête de patience.
Profite d’un rare rayon pour faire sécher ma tente sur un haut Christ en pierre à une croisée de chemins, ils sont omni-presents en S DE. Une petite gêne qd même, mais « Il » peut bien me donner un p’tit coup de pouce après cette nuit de guerre.


Collines, forêts et faune réapparaissent, un « bambi » de l’année et sa mère. Presqu’un zoo. Only chevreuils. Eux aussi étaient tapis & penauds la nuit dernière.


Qqs chemins à éviter car inondés et la masse nuageuse reste clouée au plafond, mais cartes Kompass 1/50.000 & boussole me remettent tjrs sur le droit chemin. Hérons, buses, col-verts, qd les 1ères cigognes?

Sms d’une amie, critique littéraire, A. Elter, qui m’invite à prendre contact avec Ol. Bleys, prix Goncourt mais surtout Grand cheminant, + dans son ouvrage « L’art de la marche ». À mon retour.

Olivier fait partie de cette cour des grands, ceux qui ne cessent de m’inspirer et de confirmer ma juste & riche démarche.

Je m’infiltre dans le chas de l’aiguille forestier entre Erlangen (N) et Nürnberg (S) pour dormir dans la Sebalder Reichswald, un Camino de Santiago y passe. J’évite volontairement la belle Nürnberg pour 2 raisons. Accessoirement pcq ce serait un léger détour encombrant (bruit, traffic,…), mais principalement pcq je veux garder le souvenir unique de Nürnberg cum Isabel qd elle m’y a rejoint 2j avec Diego à mi-parcours de Moscou-Compostelle, tête-à-tête de 2j, Diego s/ mes épaules, lessive dans baignoire de l’hôtel, célébration jumelage Nürnberg-Cordoba, … Je ne veux pas cumuler un autre souvenir de Nürnberg que celui-là, il fut unique. ¡Gracias Isabeliña!

Tout est humide et moite, besoin d’un ruisseau CUM soleil.  Pas de rencontres et peu de photos par ce temps, chacun reste à couvert sauf les nomades. Longs moments de solitude sous poncho & pluie… Ça fait partie du Chemin, du cadeau.

6 réflexions sur “Heroldsberg DE

  1. Papá estoy empezando a leer!!!! Así podré leerte solito 😀
    Te echo de menos!
    Ya no está el ratón… Pobrecito… Mamá le puso veneno…
    Beso enorme!!!

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  2. Cher Werner,

    ….978 jours après, en croisant tes chemins, quel est ton sentiment ?
    Nous, en tous cas, on est toujours aussi imprégné par tes textes.

    L’envie de faire la même chose est bien là, mais m’éloigner de mon entreprise plus d’une semaine pour prendre des vacances m’effraie déjà, alors 3 mois, tu penses ….
    Je ne peux pas, à l’heure actuelle, me « reposer » sur les épaules d’un collaborateur de confiance… j’ai beaucoup de mal à « déléguer » mes responsabilités;
    Mais d’un autre côté, je me rends compte que plus on avance en âge moins on trouvera le courage de se « lancer » …

    Quand je te vois « cheminer », je mesure toute l’opportunité qu’il y a de faire le point sur sa vie, se replonger sur son passé, mesurer la chance d’en être arrivé là, avec les tous ces bons moments passés, mais aussi toutes ces difficultés qu’on a su traverser avec plus ou moins de bonheur …
    On doit, obligatoirement, en sortir plus fort pour affronter l’avenir et peut être même plus « créatif » …

    Alors oui, j’ai envie, …oui, j’en ai le courage, …mais …non, les contraintes que je me suis imposées en tant qu’indépendant m’empêchent malheureusement de réaliser ce rêve …

    Mais, mon Ami, tu m’offres la chance de le vivre un peu au travers de tes pas.
    Souvent dans la journée, je me place dans tes « shoes » et je « chemine » à ma façon …
    Saches que je t’en suis reconnaissant …

    Take care my Friend ….

    Cédric.

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  3. Hello Werner. J’espère que ton voyage est aussi beau à vivre qu’il en a l’air. En tout cas, merci de partager avec nous ton aventure! Enjoy!!

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