Debrecen HU

La HU profonde, très profonde. Le commentaire m’a été adressé + de 20x: « Vous venez d’où? – BE! – Ah, c’est votre femme qui est HU alors? – Non, elle est ES et habitons Bxl – Mais qq vous faites (fouttez) ici alors? Y a rien ici! » Je réponds tjrs « Au contraire, vs avez tout ». Dans l’inconscient collectif contemporain « y a rien » ss-entend l’absence de modernité, d’attractions touristiques, de course à la consommation, du pressé & vite. Ici au contraire, campagnes et villages épars semblent tourner au ralenti dans une grande quiétude in the middle of nature. Avec une dextérité d’ingénieurs civils, les cigognes se partagent les cimes des frêles poteaux électriques en bois pour y construire leurs énormes nids. 


J’entre dans le Bassin des Carpates, une vaste plaine rase, jadis immergée, dont les mers de champs dominent le peu de parcelles de forêts qu’on a bien voulu y laisser au XVIIIè. Villages sont distants d’une 10aine km, séparés par les céréales, tournesols et maïs, le soleil est de plomb et les paysages différents ne se multiplient plus bcp. Champs à g, champs à d, champs devant, jamais de pâturages, horizons à perte de vue et sans 1 cm2 d’ombre. A 13:00, 41* à Csány. Pas de carte détaillée car aucun tourisme rando & cyclo, = 0. Longer ces étroites routes d’asphalte ou de sable toutes droites sur ces longues distances est abrutissant, alors je tente avec intuition, bonne ou mauvaise, de chercher des passages de tracteurs entre parcelles de céréales, p-d-t, maïs, nécessitant souvent détours et …demi-tours. 2 petites ouates de nuages égarés passent dans le ciel.


Ce sont des portes qui grincent mais qui s’ouvrent subitement sur l’inattendu dans certains + gros bourgs: le village de Aszod et son impressionnant château semi-abandonné. A défaut d’OT, j’entre à la petite Mairie où le « Pilgarmester » S. Isztvan me reçoit en personne dans son + beau jogging pour me parler de l’avenir énigmatique du joyau architectural. La petite ville de Hatvan dont le Palais Grassalkovitch abrite le + beau musée de HU sur flore et faune (dont un massacre de cerf 13+10 (pic), un Empire State Building!) du Bassin des Carpates à travers les époques, + de 3000 m2! Il me fut d’un enseignement énorme pour cette région que je traverse. Enfin le village de Jaszarokszallas que je m’apprête à quitter pour retrouver les campagnes lorsqu’en bout de village apparaissent, sorties de nulle part, 5 piscines thermales ouvertes en bordure des mers de cultures , les gens y viennent de toute la région, aussi surréaliste qu’irrésistible. HU, pays des thermes, l’eau y est à portée de bêche.



Pas de forêt pour dormir, ce sera dans un champ de céréales qui a un semblant de Meseta en été. Vers 2a.m., réveillé, cœur battant la chamade & en pleine transpiration, par un cauchemar « de l’eau? de l’eau? de l’eau? » J’ouvre les yeux, « Où suis-je? Dans ma tente. Pourquoi? Périple. Où? … HU … après Jaszarokszallas. Ai-je de l’eau? Oui. » Me rendors. Pardon Mr le cultivateur d’avoir couché 2m2 de votre océan de froment. 


4:00 debout, 4:30 go, 6:00 chaleur étouffante. Les routes ont fait place aux pistes de sable pour relier les hameaux. Celui de Tamaörs, 20 pts maisons longent la piste de sable. Ce hameau est primordial pour moi, je dois absolument y trouver 3l d’eau avant d’aborder la suite (20km) pour rejoindre Heves. 


Un paysan, Róbert, s’improvise tavernier du hameau, qqs tabourets et 2 tables en bois dans une pièce de sa modeste demeure, murs chaulés vierges. Sur des caisses, ses breuvages proposés: bière, vodka, thé. J’opte pour le thé. 2 portes ouvertes dans ce local pour aérer, l’une vers la rue ensablée, l’autre vers l’arrière-cour. De l’une à l’autre, 2 biquettes font des a/r entre nous et les tables branlantes, un film! C’est la HU qui n’existe(ra) pas sur les cartes postales, la HU profonde, rurale, loin des clichés. Róbert, le paysan/tavernier fait vite courir la nouvelle, il y a un étranger dans le village. Ils sont une 20aine, dont 2 familles tziganes un peu en retrait, à nous entourer. En se quittant, très longue accolade, j’en ai les larmes aux yeux, et « selfie souvenir ». Je lui explique que ds qqs jours sa photo sera s/internet. Il éclate sa joie autour de lui, « sur internet, comme Messi & di Caprio! » Ses voisins villageois éclatent de rire & l’applaudissent. Je suis dans un rêve. Je cherchais la ruralité et l’âme de cette HU isolée, le Chemin me l’offre au centuple au fil du pas. Róbert n’a jamais été à l’étranger pourtant proche, et 1 seule x à Budapest (slmt 100km), la ville lui fait peur. Même si mon approche v-à-v de la ville est très différente, je le comprends si bien. Zia Róbert, kustenem!


Je quitte le hameau et entre faire un tour dans le cimetière à l’écart du village qui regroupe les défunts des hameaux environnants. Qqs femmes âgées arrosent les fleurs et dépoussièrent les tombes. Chair de poule! C’est, en live, tombes & femmes incluses, exactement les 1ères images de mon film culte d’Almodovar: « Volver », je suis derrière la caméra. Où est P.?


Ces qqs anecdotes épisodiques (humaines, archit., cult., …) qui me resteront gravées, ne doivent pas camoufler l’amont & l’aval: des 10aines de km et 10aines d’h où, depuis Vác, les distractions ne se bousculent plus bcp sous cette chaleur accablante, l’œil reste rivé vers l’horizon, trouble tant il est lointain. 1185 pas par km, 1 toc de bâton pour 4 pas, invariables. Pas une ouate de nuage, pas un pet de vent, c’est le climat estival du Bassin des Carpates. C’est alors qu’épaules et pieds gonflés grimacent. Ce Chemin est un constant apprentissage de patience, mais qui est tjrs récompensé à la porte suivante. 


Parfois, qqs petites ruines de maisonnettes émergent des buissons, c’était l’époque communiste où les hommes restaient aux champs 6j/7 et regagnaient villages & familles le dimanche. Je revis, pistes de sable « interminables », biotope environnant & patience, le même enchaînement qu’en BY, même si ici les villages sont + rapprochés, désormais 30km au +. Sur ce long Chemin, depuis Londres ou depuis Moscou, pas d’agenda ni prévisions; que sera demain? Destin. Quel sera le lieu de nuit? Destin. Quelle sera la météo? Destin. Qui croiserai-je? Destin. Quel sera le prochain paysage/environnement? Destin. Au fil du pas, on prend ce que le Chemin offre en vivant l’instant, pas au-delà. C’est la magie du Chemin.


Kisköre, enfin! 2 assiettes de pâtes & 5 Pepsi, puis embarquer 3l d’eau pour le tracé qui m’attend sur carte, longer l’immense lac Tisza-tó sur 30km, enfin un retour vers un environnement aquifère. Je demande à un jeune pêcheur « The walkpath is secure all along lake till Tiszafüred? – Yes, no problem, thirteen km only » Non, pas thirteen, … thirty!!!


Après 3h de marche, un petit Yacht Club le long du lac. S’y trouvent mes 3 seuls désirs: ombre + Pepsi’sss + eau. Je suis choqué de la manière dont 2 visiteurs ou membres du Club (séparés) s’adressent avec mépris aux membres du personnel. Je ne supporte pas cela. Je laisse Tiszafüred à ma gauche sans y entrer et sans regret car je dois presser le pas, une bonne nouvelle vient de m’être confirmée, ce sera ce lundi à Debrecen…

Dans chaque village, Christ, Vierge, hommages aux disparus de 14-18 & 40-45 sont omniprésents, mais aussi le rappel des massacres perpétrés par les Ottomans au XVIè ayant décimé villages et familles entiers, ainsi que les hommages aux déportés de la HU soviétique vers les Solovski, la Kolyma, l’Oural, que Chalamov & Soljenitsyne narrent sans pudeur.


Re-champ de froment pour la nuit. Le crépuscule est flamboyant. Au lever, 2 chevreuils et un zoo de lièvres.


Je laisse Egyek au N. Peu à peu, les arbres disparaissent, buissons & autres matitis dans leur sillage, ainsi que les champs, plus rien à 180*, où suis-je? où vais-je? est-ce sage? Même pas un arbrisseau épargné à qui parler. D’une porte à l’autre, le décalage est soudain. Hortobagyi est à 35km, y a-t-il, sinon un hameau, au moins de l’eau disponible entre deux? Rien sur ma carte, et pourtant les nappes aquifères potables regorgent en ss-sol, à 2m à peine, frustration! Demi-tour, 4l d’eau, c’est lourd, et repars plein E. Jamais je n’avais entendu parler du biotope de cette partie de HU grande comme BE, ce « rien » évoqué il y a plusieurs j. Maintenant je réalise peu à peu.


Comme une salle-à-manger sans table ni chaises, sans meubles ni tableaux, ni même le clou qui va avec. On a juste laissé le lustre, allumé pleins feux. C’est donc ça, ce « rien » qui m’avait été prédit il y a plusieurs jours, ce vide, ce néant. Ma seule inquiétude pour traverser ce désert plat, bouillant et d’herbe rousse: de l’eau en suffisance. Toute gorgée d’eau est transpirée immédiatement. Into the wild? No, into the nothing. Billard de sable avec herbes sèches, une savane aride, à l’infini oculaire. Jamais vu ça en EU. Je l’apprendrai le lendemain: une immense région de 130.000 ha asséchée lors de la régulation du fleuve Tisza, dont lac en amont. Depuis, une immense réserve naturelle protégée, patrimoine de l’Unesco . Traverser cette savane aride, avec comme seuls garants boussole & eau, est une expérience. Mais elle vit cette savane inhospitalière: cigognes, aigles, cies de faisans, lièvres, troupeaux de chevaux mongols sauvages et de bœufs à longues cornes. Les HU appellent cette région leur « farwest US », qqs scènes de films cow-boys & indiens y sont tournés. Hortobagyi, petit village insignifiant sur une carte mais point de chute d’ornithologues du monde entier. En amont, au hameau de Szasztelek, curieux & impatient de savoir enfin où j’ai mis les pieds depuis 35km, le jeune János, « ingénieur wildlife » (sic) qui revient de son travail, m’explique l’histoire de cette réserve. Si j’avais su! C’est géant, tant son histoire que son maintien. 1 ex: réintroduction en totale liberté d’espèces locales disparues: aurochs, chevaux mongols (dont les surplus de reproduction sont envoyés en Mongolie), renards roux, chats sauvages, vautours et … 5 loups de plaine. János m’emmène (je dois montrer patte blanche) dans une jeep de la réserve pour tenter d’en voir un à 6km au N (interdit d’accès au gd public), une petite zone étrangement + verte grâce à 1 pt d’eau en surface. Une meute de 5 y vit et sont surveillés électroniquement. Ils courent la savane de jour et y reviennent au crépuscule. János scrute aux jumelles, le jeune frère du chef de meute est là, près du point d’eau, seul: « there, there, you see him? » On l’approche à 30m. J’en ai la chair de poule tant le spectacle dans cet environnement est unique. 2 se laissent un peu approcher me dit-il, pas les autres. Ici, pas de jeeps et minibus qui s’embouteillent comme dans les Krüger, Masaï-Mara & consorts. Nature to nature. Kustenem János, kustenem, kustenem, you made my day.





Nuit au camping d’Hortobagyi, sobre, vide, mais avec douche! et encore avec ces loups, chevaux mongols et herbe sèche dans la tête, m’endors sur l’herbe avt même d’avoir monté ma tente, k.o., et ce vent qui ne veut tjrs pas ouvrir la porte.


Encore 35km jusque Debrecen, dont encore partie de la réserve. Les pieds chauffent et gonflent. Après 3 ans d’hibernation, l' »infidèle » s’est réveillé & crevassé. Le Pt Poucet laissait des cailloux derrière lui, je laisse un ruisseau qui me coule de partout, front, torse, bras & jambes, à tordre jour & nuit. Hier, je marchais un peu de nuit, la temp. descend à 30* et en route dès 4:30 le matin, le soleil pointe déjà. Même pas une larme de rosée le matin pour rafraîchir. Que sera-ce en Transylvanie.


Dodo près du petit aéroport de Debrecen, ni carte ni boussole pour s’y rendre, il suffit de suivre les avions dans le ciel depuis 15km (idem que 2013 dans sapinière à côté aéroport de Santiago) car ce lundi 27 est un très grand jour, à 2 titres. D’abord c’est l’anniv d’Isabel, que je remercie en pensée tous les soirs pour ce privilège qu’elle m’a laissé revivre. 


¡Cumpleaños feliz, Isabeliña!💋

Ensuite, un cadeau, mon formidable cousin Olivier M., me rejoint ds qqs h pour 4j via l’aéroport de Debrecen. Ol. a 1 an de + que moi, sportif & marathonien accompli, il connaît l’endurance et « mordre sur sa chique ». Mais notre chef de famille est avant tout l’homme responsable, enthousiaste, tjrs de bonne humeur et doté d’un humour décapant que je connais depuis 55 ans. Welcome on the Way Mômô & tk U for joining me, nous ouvrirons la porte roumaine ensemble. Me réjouis.

Vác HU

Enjamber le Vah, affluent du Danube. Il reste une 50aine km avant la frontière. 1er pt village le long de la berge: Iza (!). 
Iza, petit et modeste village reculé de tout au milieu du foin, mais grand par ses découvertes archéologiques. Les fondations d’une gde bâtisse romaine sont visibles (+ qqs info’s) le long du chemin: Castellum Romanum Kelemantia. 


Journée tranquille, avaler des kms, 1 seul couple de « long cours » à vélo, AT, vont de Vienne à Istanbul. Passage par qqs villages dont maisons tristounettes, constructions sans âme, qui contrastent avec l’enthousiasme et la chaleur de leurs habitants. 



Émotion devant stèle commémorative à Kravany en bord de fleuve. 50 pers y ont perdu la vie en 2009, le Danube est sorti de son lit et emmené une partie du village, l’horreur. 


La chape de chaleur est lourde depuis qqs jours et pas un souffle de vent. Chaque fin de pm, le ciel se noircit, flirtant avec l’orage. Mais ce soir, les vannes ont finalement lâché. Il pleut, et c’est merveilleux. L’air devient enfin plus frais. Poncho & guêtres. La berge est devenue inaccessible depuis une 20aine de km, impossible d’y dormir, la large bande boisée qui me sépare du fleuve est immergée et une odeur âcre & nauséabonde s’en dégage, c’est le niveau des marais (et du fleuve) qui baisse (jusqu’en sept.). J’irai donc bivouaquer à ma gauche, dans la forêt qui entoure Cenkov, à une 15aine de km de la frontière. Tente, s-à-dos & vêt’s à l’abri de la pluie, me déshabille en vitesse et vais chercher une fenêtre ouverte entre les chapeaux d’arbres, savon & essuie, pour me laisser tremper. Il pleut et c’est merveilleux. Ce soir, au milieu de la forêt, je chante & danse avec Sinatra.


4:30, encore somnolent, attends que mon café chauffe, 2 sangliers (40kg) passent à 30m de la lisière dans la brume. Jusque Stúrovo, tous là pour me dire aurevoir: chevreuils, lièvres, faisans & perdreaux. A 12km de la frontière, j’aperçois déjà le dôme de la basilique d’Esztergom et les collines HU, fascinant. Solstice d’été aujourd’hui, c’est le grand jour des globe-trotters. Un hydroglisseur me dépasse à toute vitesse. Sur son pont, une 50aine de passagers bien arrimés à leurs sièges, cheveux aux vents ou casquettes vissées, des touristes pressés qui n’ont pas su/voulu se déshabiller du vite. Un dernier regard nostalgique à l’O, vers tout ce parcours Slovaquo-Danubien qui m’a envoûté, il fut grisant.


Je ne connais pas la HU. Oui, j’y ai bien été transporté/transposé un long w-e à Budapest avec Isabel & Diego, mais je n’y ai jamais Voyagé. C’est la HU rurale & profonde que je veux sentir à présent. Stúrovo, cité frontière, petit tour rapide, rien à visiter, mais le passage du pont du Danube est éblouissant, c’est la basilique d’Esztergom qui vole tout le panorama et c’est sublime. 



Esztergom, 1ère capitale de HU, est une petite ville étape pour tous, pas une destination. OT? Y a pas. Pas de grand tourisme sauf excursion d’1j depuis Budapest surtout pour la basilique. Petits magasins locaux, ni enseignes ni marques internationales. Thermomètre de la pharmacie affiche 34*. De part et d’autre du fleuve, SK & HU se partagent les 2 entités, on vit tous ensemble: penzión’s & emplettes ménage à Stúrovo SK, apéritifs et balades à Esztergom HU. Les Habsbourg ouvrent une 2ème bouteille. Ou la caisse entière.


Plusieurs jours d’avance, relief, météo & tps lum/jr m’y ont aidé. Je reste près d’Esztergom today. Direction « Gran Camping » en bord de fleuve. « Gran », oui, 160 emplacements + piscine & pizzeria. Le préposé me donne une plaquette à pendre sur ma tente, comme à un bœuf qui se rend à l’abattoir, elle porte le n*3. Sommes 3, un ancien combi VW CZ, un couple de cyclistes HR, et le pousse-cailloux BE. Autour de nous, désert.


4:30, plongeon piscine, café, go, direction Vác. Sur carte, un parcours magnifique: longer, traverser, relonger, retraverser, rerelonger Danube et le quitter définitivement à Vác, plein E, direction Debrecen dans 1 semaine. Depuis Esztergom jusque Vác, le Danube fait un grand M. But: couper le V du M par traversée du fleuve en barque à moteur, franchir la colline par le GR et redescendre de l’autre côté (Visegrad) en reprenant une barque à moteur, un vrai azimut par terre & eau, c’est fantastique. En bord de Danube, petit village de Visegrad! (En russe: Ville de Visé!) @ V. Dessart, Ech. Cult. de Visé: « Chère Viviane, Visegrad HU & Ville de Visé BE doivent naturellement convoler ensemble par un jumelage, homonymes et chacune avec son fleuve Meuse & Danube! » Petit village mais place fortifiée historique; slaves, mongols, ottomans, allemands, polonais, soviétiques, hongrois, ils sont tous venus s’emparer de ce coude stratégique du Danube au N de Budapest. Château Fort en haut de la colline, Palais Royal, murailles éparses & ruines de fortifications qui émergent un peu partout sur le flanc de colline, c’est magique. 



Petit OT pour + d’infos. « And where do you use to sleep? » « Most of time in forest. » « Go upon the hill, it’s on your way to Vác, you’ll like the site ». Elle me fait un croquis sur papier: monter un chemin en gros pavés, monter jusqu’au donjon Salomon et passer en-dessous, poursuivre dans la colline jusqu’à la forteresse, la traverser, laisser la piste de bobsleigh à gauche, grimper jusqu’au sommet de la piste de ski et prendre à droite. Rien que ça? En nage, au sommet, un coup d’oeil derrière moi, le grand coude du Danube et les collines sur l’autre versant, je crois rêver. L’endroit à rejoindre est un paradis sur terre totalement isolé, called Mogyoro-Hegy. Au sommet de la colline, mal indiqué mais merci croquis, une série de petits chalets en bois entourés de zones herbeuses et forêts. 



Le couple HU m’y accueille chaleureusement, je peux passer la nuit sous tente ou dans un des petits chalets, il y a des matelas au sol. Va pour le chalet & douche. Y suis seul, comme d’hab’. Mais il y a de l’animation à coté, les autres sont occupés par des élèves (fin primaires) d’une école FR de Budapest avec leurs enseignants FR, ils sont en classe verte pdt 5j. Soirée avec les professeurs FR adorables autour du feu de camp, les enfants dorment. Ils sont, comme moi BE/ES, des couples mixtes FR/HU & vivent à Budapest depuis + 10 ans. Ils m’enseignent bcp sur us & coutumes, et relief qui m’attend. Merci mes amis! 


Mais d’abord, petite promenade dans les hautes herbes sur ce site 100% nature pour admirer ce panorama gigantesque: le géant en contrebas qui poursuit son cours tranquille, les mamelons des collines qui se succèdent à 360* sous la lumière feu du soleil couchant, des vagues de forêts les recouvrant, et toutes ces fortifications qui émergent par-ci par-là entre les arbres, donnent à ce lieu une ambiance chevaleresque d’un autre temps. Godefroy de Montmirail peut entrer dans l’arène, le décor est planté. On se croit dans un film.


En quittant, je demande au patron du site ce qui m’attend après Vác, plein E. « Rien! » « Comment rien? » « Rien, du sable. » « Et? » « Du sable, encore du sable, rien sur 150km. »

Descendre la colline par la crevasse N-E sur 5km vers Szentgyorgypuszra & y prendre le bateau navette pour retraverser le fleuve jusqu’à la presqu’île de Kisoroszi. Quel jeu de piste fantastique!


Sur cette longue et rase presqu’île, bcp de sable, des 10aines de chevaux en semi-liberté qui paissent le long de la route, des femmes âgées sous leurs fichus blancs qui travaillent dans les champs à la force des bras. Me perds le long du Danube, aucune visibilité par les arbres. Embarcadère discret à gauche ou droite? Droite à 2km, la navette (4ème en 2j) va traverser. Débarqué à Vác, un conte de fée! Immense & superbe place publique, ses églises et son impressionnante Cathédrale St Constantin. Petite ville touristique, on y vient de Budapest, Bratislava, Vienne. 




Je quitte définitivement le Danube, mon ami depuis 8j, lui il descend plein S vers Budapest, moi je vais plein E, dans le « sandy nowhere » paraît-il, on verra, me réjouis. Prochaine étape à 4 ou 5j, les lacs de Tiszafüred, puis Debrecen. Nouveaux paysages à découvrir, rencontres, rappels historiques, les portes du Chemin continuent à s’ouvrir.

Pour répondre à qqs ? : Non, je ne peux pas répondre à tous les messages qui me sont adressés lors d’une connexion. Non, je n’ai pas de GPS et n’en veux surtout pas, les cartes papier sont un plaisir pour se débrouiller, s’orienter et évaluer l’environnement. Non, je n’ai pas de wi-fi constant et n’en veux surtout pas, je cherche une connexion chaque +\- 5j pour déposer un post sur ce blog. Partir en Chemin, c’est d’abord se déconnecter du high-tech. envahissant. Oui, j’écris tous les soirs, +\- 1h, qqs lignes pour le blog, et bcp de notes personnelles pour moi dans un 1er temps. Tous les long cours que j’ai côtoyé et lu terminent la journée par l’écriture, c’est naturel, c’est un aboutissement de la journée et un besoin pour se souvenir. Non, ni durant des moments difficiles pdt Mosc-Comp, ni maintenant, je n’ai songé 1 sec à jeter l’éponge, au contraire, le Chemin est un privilège. Seul un accident majeur, ici ou chez moi en BE, m’y obligerait. Oui, je pense que chacun devrait se déshabiller qqs semaines, au moins 1x dans sa vie éphémère, pour entreprendre tel riche Voyage en se rapprochant de + d’essentiel.

Komárno SK

Bouche réparée. Une porte a grincé pour ouvrir la porte d’un nouveau chapitre de ce Chemin, et quel chapitre!Mon OSMEALQ (mil.) est prêt et confirmé au bout de chaque journée le long du géant fluvial:

-Orientation: Sturovo SK à 5 ou 6 jours;

-Situation: longer le Danube par piste cyclable et sentiers rando’s;

-Mission: marcher-s’en prendre plein la vue-profiter-échanger-apprendre;

-Exécution: now;

-Admin. & Log.: carte pour évaluer environnement, non pour se diriger, pas de boussole, ravitaillement dispo dans petits villages le long du fleuve tous les +\- 10km (boissons, soupes, sandwiches), bivouac;

Liaison: communiquer avec locaux & condisciples nomades;

Questions?: et la solitude dans tout ça? Solitude? Y a pas, pas au programme, pas de place, jamais. Et en effet…


A peine traversé le pont Stary Most de Bratislava pour enjamber le Danube et le longer par sa rive droite, je mets les pieds sur la piste cyclable/piétonne trans-EU n*6 « Atlantique-Mer Noire », tout un programme. 30km de marche coincé entre le Danube, étroit par endroits, et son large canal parallèle qui avale toute l’eau, 4km de large à hauteur de Rajka, impressionnant. Sur ce début de piste, des Bratislaviens randonnent, courrent, pédalent, rollent sportivement. Ceux que je ne croise pas, c’est pcqu’ils grimpent ou escaladent dans le N du pays. Des sportifs éclatants tous ces SK, idem que leurs cousins CZ. Deux jeunes femmes, en tenue de sport, courent côte-à-côte (et vite!), écouteurs aux tympans, tout en poussant leurs poussettes, bébés inclus, dingue! Mais il y a aussi les autres, les Voyageurs, les nomades venus d’ailleurs, mes condisciples, quoique sur 2 roues. Pas 2h ne passent sans que je me fasse dépasser par ces thru-bikers, harnachés de leurs valises souples de part et d’autre de leurs roues avant & arrière, et qui viennent des 4 coins du monde pour descendre le Danube. Chacun arbore fièrement un pt drapeau ou écusson de son pays d’origine. Ce parcours, jusque Budapest entre autres, est mythique en EU par son tracé & environnement naturel exceptionnel. Les « Buen Camino! » (en espagnol) ou « Enjoy your Way! » se lancent mutuellement et spontanément autant que de courts arrêts pour échanger qqs mots « qui? d’où? vers où? » Chacun a des histoires fantastiques & insolites à partager. La liste est longue, au hasard et insolites: un couple de Stuttgart, 79 & 71 ans roulant de chez eux jusque Budapest; un jeune couple de coréens fraîchement mariés, +\- 25 ans, atterris à Frankfurt, rejoignent la source du Danube dans la Forêt Noire à vélo, et le suivent jusque Budapest, c’est leur voyage de noces; Sergueï, LV de Riga, roule depuis Moscou où il travaille (KPMG) jusqu’en Serbie (pic); Stefano & Claudia IT depuis Naples (pic) qui veulent arriver à Budapest demain midi, moi dans 5 jours…etc, …etc. Presque un embouteillage de thru-EU bikers in the middle of wild nature. « Where do you go to? Athens, & you? Odessa. Waow, & you? Yekaterinburg, Oural. Cool, & I, to Sarajevo. Etc…, etc… », dingue!


Mais longer le Danube n’est pas longer l’Escaut. Sur sa rive droite où je marche, c’est une multitude de très larges langues boisées, ou de lacs, étangs et marais à l’infini. Le relief? Un billard évidemment, où un trottoir serait montagneux.


20km après Bratislava, un immense barrage d’1km de long qui entrave le canal du Danube, le traverser sinon c’est dir HU. Parcourir ce barrage par sa crête (obligé) fut rocambolesque: marcher corps en oblique en se tenant à la rambarde tant le vent transversal est violent. Écrit en pt sur ma carte, au bout du barrage: « Danubian Museum »!? Musée? Ici? Dans cette brousse perdue? Au milieu de ces flots? Oui, mais rien à voir avec le « géant », un grand musée tout récent d’art moderne & contemporain, le « Danubiana Meulensteen Art Museum »! Cobra & Miró y sont annoncés en juillet, dingue, in the middle of green nowhere. 


Depuis Bratislava, 1er village à +\- 35km, Vajka. Soit continuer à suivre la berge, soit dévier un peu pour s’enfoncer et zigzaguer entre lacs et marécages boisés pour varier le plaisir. 


Ce sont des réserves naturelles protégées, et très sauvages. Bien lire la carte où un GR est tracé mais pas balisé sur le chemin. Nombreux sentiers qui aboutissent à des culs-de-sac entre les eaux stagnantes & vaseuses, danger! Mon cauchemar BY me revient à l’esprit, l’horreur. Chaud, lourd, humide, et suis trempé de sueur, ce sont des escadrons serrés de moustiques qui me fusillent en rafales. Anti-moustiques et 2nd tee-shirt abondamment trempé dans l’eau & noué autour du cou ne font pas reculer ces kamikazes. Pour appuyer les tirs, les batteries d’artillerie de taons s’y mettent aussi. Exactement le même environnement naturel de proximité (mais zones évidemment bcp + petites), & même ambiance que les traversées de marécages boisés en BY. Et exactement les mêmes bataillons de moustiques, certain qu’ils ont la double nationalité BY/SK. L’heure tourne, vite, trop vite. Il est presque 21:00 et je marche depuis 7:00 ce matin, et je n’ai pas envie de m’arrêter tant l’au-delà de la prochaine courbe est un aimant à la découverte.


Bivouac à la sortie du petit village pittoresque de Bodiky dont les 2 petites voies intérieures sont en terre battue, bucolique! Sur son flanc N, le village est cerné par des lacs, incroyable. Peu de moustiques, un vent frais bienvenu s’est levé. Mais avant dodo, passage à la salle-de-bains, à 10 mètres exactement. On ne s’y bouscule vraiment pas. C’est normal, elle fait près de 3000km de long, le Danube! Une coulée dans les broussailles mène à la berge, le fonds est graveleux, l’eau est fraîche et claire, pas de courant dans ce coude, jouissance. Suis entouré de canards qui s’interrogent sur l’intrus. Les crapauds croassent dans les joncs. Des ballets de libellules. De ma tente entrebâillée, à 10m de l’eau, je regarde le géant s’écouler paisiblement. Lui aussi va à la Mer Noire, mais en serpentant via la Serbie pour contourner les Carpates. Bivouaquer en pleine brousse le long du géant, y prendre son bain tout en regardant canards, cygnes et hérons autour de moi m’aurait paru surréaliste il y a encore qqs jours. Je le vis, c’est magique et définitivement un des moments les + forts et émouvants de mes 6000km à travers notre beau continent. Il est 21:30, le soleil couchant est rouge vif, suis ressorti de ma tente et cela fait 1h que je suis assis sur la berge, les pieds dans l’eau, complètement scotché et à me gaver de la majesté de ce fleuve. Les couleurs des ciel-fleuve-forêt en ce soleil couchant sont époustouflantes. Parfois une péniche avec remorqueur, parfois un bateau de croisière, mais souvent des arbres entiers à la dérive, incroyable. Ce sont ces derniers qui me donnent une idée de la vitesse du courant, faible à cet endroit-ci.


Le silence dans un décor d’opéra, Le Beau Danube Bleu, Le Lac des Cygnes, j’y suis, Strauss & Tchaïkowski m’y ont précédé, c’est sûr, et c’est avec une émotion non dissimulée que je me pâme à 180* de cet univers éblouissant et unique. Un manque, que les miens ne soient pas à mes côtés pour partager.


Ce Chemin est un rêve, et le mot n’est pas léger, du – pour moi. Et c’est le fil soutenu du pas qui m’y a amené. C’est le Chemin, le grand Voyage qui a repris son cours. Il y a des journées qui s’écoulent comme une douce rivière tranquille, d’autres avec des remous incessants qui se bousculent pour le meilleur, tel fut encore le cas ce jour.


D’innombrables cygnes, cigognes, cormorans, canards, hérons. Les grues & oies sauvages, ces grandes voyageuses, sont déjà parties, remontées vers la Baltique, voire la Mer de Barents, elles redescendront en octobre. 


De-ci, de-là, soirs & matins, l’une ou l’autre petite tente en bord du géant, soit à vue du chemin, soit un peu camouflée. Ce sont des nomades à 2 roues, leurs vélos attachés autour des arbres. Ils dorment encore, ou déjà.


5 moustiques flottent dans mon café, cet acharnement est insupportable. Bronzé comme un cycliste, tronc aspirine & membres charbon. Bottines comme des pantoufles. Bras & jambes comme claviers d’ordi par moustiques & taons. 2 gros orteils totalement insensibles depuis 1 mois, bis repetita cfr Mos-Com, no worry. Ma femme doit se couper en 5 à Bxl, elle est merveilleuse. Acheter une citerne d’anti-moustiques « Kill Them All » asap. Une kalachnikov pâlirait face à mon petit app. de photos. Premiers fruits mûrs cueillis discrètement & savourés: groseilles & cerises. Chaque matin, +\-1km pour dérouiller le corps, retrouver la cadence, puis ça déroule. Boire, boire, boire.


5:30, le soleil chauffe déjà le long du large canal. 2 grands bateaux de croisière le remontent, pavillons DE & SK, personne sur les ponts, ils dorment encore.



A hauteur de Gabcikovo (sur l’autre rive du canal), quitter le Danube entre lacs & marais, rejoindre et enjamber le canal via l’immense pont barrage hydroélectrique. Les vues amont & aval depuis le barrage sont époustouflantes. Obligé de traverser le canal sinon me retrouve dans un cul-de-sac à 6km, là où le canal rejoint son fleuve père, à Sap exactement. Sur le barrage, j’ai 2 bateaux de croisière à mes pieds, au fond de la cave de l’écluse. Les passagers tournent en rond sur chacun des ponts. Ils attendent patiemment, cm par cm, d’être remontés à la surface du canal, 15m + haut.


Le canal a rejoint le Danube. À ma gauche, un immense relief plat avec champs et grandes parcelles boisées de feuillus (jamais de résineux), à ma droite et à portée de bâton, le Danube dont le courant est paisible. Et au-delà, à 400m, la rive HU, totalement boisée. Miradors réapparaissent de mon côté. Côté HU, c’est la jungle en bord de fleuve.


15:00, j’ai faim & ai besoin d’ombre, la chape de chaleur est très lourde. Me fraie un passage dans les broussailles pour pique-niquer sur la berge. J’entends qq’un qui parle à une 20aine de m en aval sur la berge. Broussailles m’empêchent de le/les voir. Des Voyageurs? Allons voir & saluer. 2 vélos full équipés sont là, une tente, et à son pied un couple en train de … s’aimer. Très fort. Passionnément. Ce Danube a des effets insoupçonnés. Sur la pointe des bottines, je quitte les lieux les yeux fermés.


Court arrêt petit village de Sap, truite-chou-pdt-2 pepsi’s, 5,80€ à la taverne. Attention pour les paroissiens qui sortent de la petite église de ne pas trébucher dans le Danube, juste à côté.

Ce parcours me rappelle un peu le Camino Francès ES, où pèlerins-nomades s’arrêtent dans les tavernes des petits villages & hameaux pour s’y sustenter. Mais ces petits villages reculés de la Rioja, Meseta, Galice, bord de Danube, isolés voire un peu oubliés de leurs mères Madrid ou Bratislava, ces tavernes « very local » y voient défiler furtivement tout un brassage de nationalités et cultures, c’est magique. Ici, jamais d’auberges avec lits, le « bivouac sauvage » est + apprécié par les Voyageurs et largement toléré ici. Nature, nature, nature, quand tu nous tiens.

Un « thru » à 2 roues s’arrête à mon côté, Theo, jeune FR de Rouen (pic) 1 année sabbatique, roule jusque Sydney via EU, Kaz, Mong, Chi, puis avion Darwin AU puis désert jusque Sydney, visible s/ Fbk « Theo Bike World », bon Chemin Theo!


Cousins, amis, & compagnons de bureau (PF, JYL,…), mordus du guidon et des grands espaces verts, qu’attendez-vous? C’est ici que ça se passe.

Je traverse la Dunajské Luhy, avant Cicov, autre grande réserve naturelle protégée le long du géant, des marais boisés partout. Un trop rare panneau didactique (SK&UK) y indique que l’évaporation y est + importante que les précipitations. Au sortir de l’hiver, le Danube vient naturellement ré-abreuver cette immense zone marécageuse. Sentiers (périlleux) interdits 4 mois/an en début de printemps: danger des eaux et reproduction de la faune. Carte en main, je prévois 2h de marche pour parcourir la réserve en zigzaguant entre plans d’eaux marécageux. J’y resterai 20 secondes, à peine. Dès la 1ère bottine posée dans cet univers sombre & humide, ce sont des milliards de moustiques qui sortent de leurs tranchées, baillonette au canon et m’attaquent de toutes parts, jamais vu ça. « Birds » de Hitchcock, c’était le brouillon. Demi-tour en courant & me roulant par terre pour fuir ces nuages d’insectes.


Depuis Bratislava, sur ce chemin contemporain, ni Christs, ni Vierges, ni croix, et les petits hameaux ont perdu toute trace historique. Aucun bâtiment, stèle, objet quelconque ne rappelle un temps passé. P-ê dans les rares églises de ces très petits villages? Sais pas, toutes fermées à clef. Pour la 1ère x depuis plusieurs jours, le ciel se noircit, pas de forêts sèches, elles ont toutes les pieds dans les eaux marécageuses jusqu’en septembre. Au hameau de Klizska Nema, un nouveau petit quartier, dont 10aine de pt maisons identiques, est en train d’être construit près de l’eau. Toutes ont un toit, mais ni portes ni fenêtres encore. Y a qu’à choisir & se servir. Je prends la 1ère, vue sur Danube. 4:30, debout, café & pommes. Pas encore de Livre d’Or à signer en quittant la maison en chantier. Encore un arbre énorme qui passe sous mes yeux au milieu du fleuve, dingue. En route, vers le Levant.


Dans l’environnement et son biotope que je traverse, démarrer à 4:30 est un cadeau que l’on s’offre. Situation: chemin sablonneux avec graviers de dragage, du velours pour les assises plantaires. A droite, Sud, le Danube à portée de bâton. A gauche, Nord, une bande de foin de 40m de large qui longe le chemin, au-delà du foin se succèdent au fil des pas champs, bois, champs, bois,… A cette heure-ci, l’aube naissante, c’est grand’messe, je traverse 2 zoos. A droite, tous les volatiles d’eau qui s’envolent de la berge à mon passage. A gauche, chevreuils broutant en lisière, lièvres, cigognes, bcp de faisans, 1 renard, & sangliers invisibles mais dont les traces de sabots dans la boue et sols retournés ne laissent pas de doute. Lapins à droite dans les buissons, lièvres à gauche dans les champs, chacun chez soi. Au milieu, au-dessus, devant, derrière, à gauche, à droite, les moustiques, et pour eux c’est Shengen partout. Ce biotope et sa faune sont magiques!


Juste après Zlatna, j’ai 1 nouveau compagnon de transhumance. Pdt 1h, je marche côte-à-côte avec un … arbre entier, moi sur mon chemin, lui au milieu du fleuve, vitesses égales. Il m’abandonne pour aller s’échouer sur la berge HU.


Les premiers immeubles de Komárno sont visibles au loin, tristounets. Comme souvent dans les banlieues d’EU C, de grands legos colorés à appartements. En face d’elle, sur l’autre rive HU c’est sa ville sœur Komárom. Je vais traverser le pont du Danube et son bras qui les relie, sans mettre la bottine côté HU, juste pour sentir, humer. Chaque chose en son temps, ce sera à Sturovo.


A l’approche de Komárno, sur la berge, locaux & + viennent se frayer un passage dans les broussailles pour planter leurs parasols « Fanta » ou « Gambrinus », bronzer, pique-niquer, se baigner dans le géant. Une petite ambiance balnéaire verte se dessine au fil du pas. Ce spectacle me rappelle fidèlement mon arrivée à Berezino BY en traversant la Berezina où locaux se frayaient un passage entre ronces et orties pour aller se baigner dans le fleuve historique. Entrée dans la ville dont je ne connais que le nom s/ ma carte. Ville modeste voire pauvre (selon nos réf occ.) et selon un hongrois qui m’interroge sur mon origine. Petit OT pour petit prospectus. Les rares touristes sont surtout HU + les « nature thru-bikers » de passage furtif. 

Internet en dira +, mais je retiens: habité depuis l’âge de pierre – 200.000 soldats séjournèrent dans la forteresse entourant la vieille ville (Emp. AT/HU) – 2 tremblements de terre + 1945 ont presque tout détruit – mais surtout, fascinant aujourd’hui, ni le Danube, ni la frontière politique n’ont séparé les 2 cités sœurs Komárno SK & Komárom HU! On habite le trottoir d’en face ou de l’autre côté de la rive mais on vit ensemble, et dans les 2 langues. J’entends les Habsbourg porter un toast. 


Un tour du centre de la petite ville, petit centre pittoresque et authentique où, comme une balle de ping-pong, je suis balloté d’une église à l’autre (8! dont superbe St André à 2 clochers), toutes celles qui manquaient depuis Bratislava. Je longe une partie de sa forteresse du XVIème. Tout comme Christs & Vierges, Bela IV & Marie-Thérèse sont omniprésents. Aucune enseigne ou marque internationales de commerces ne se dispute cette bourgade, tout est local, j’adore.



Comme dans de nombreuses pt villes d’EU C & E, une « free wi-fi zone » est accessible sur la place centrale.

Ce choix Danubien est un rêve. Chemin d’aventures, Chemin de nature, Chemin d’histoire, Chemin de découvertes, Chemin d’émotions. À chaque porte qui s’ouvre, un nouveau cadeau, et l’exotisme ne fait que commencer…

Bratislava SK

4:30, il fait jour. Via Matzen AT & Prottes AT, un long ravel m’emmène jusqu’à la frontière, c’est la vaste plaine autour de moi. Plafond haut de nuages, léger vent, silence. À chaque approche de frontière, le cœur bat, c’est un nouveau pays avec ses culture, traditions, histoire, géographie, qui ouvre sa porte. Angern an der March (AT), c’est encore une frontière naturelle qui scelle la frontière politique: la rivière Morava. Je ne trouve pas de/le pont. « Where’s the bridge where I can cross the river & border? » « Bridge??? There’s no bridge here, we are a small village! » s’esclaffe le préposé du petit bureau de poste. En effet, comme sur la Moselle LU/DE, c’est une barge qui fait les a/r d’une berge à l’autre, avec tracteurs, voitures, bicyclettes, fantastique! 
Le pied en SK via le village de Zahorska Ves sur l’autre rive. Un autre monde, c’est enfin l’EU centrale. Il y a une 20aine de km jusque Stupava, via Vysoka, dont je voudrais me rapprocher. Pas de chemins ni sentiers, longer cette route mineure, c’est tout droit. Un tracteur, deux voitures, trois lièvres, la chaleur est lourde. De part et d’autre de cette longue route étroite, des champs et des terres peu/pas exploitées, point. Mais au fil des pas, le regard reste scotché à ce mur, là-bas au loin à l’E. Ce même mur que je voyais se rapprocher depuis Ostabat FR sur la Via Podiendis, c’étaient les Pyrénées. Mais là, à l’horizon, ce sont les Carpates! La + longue chaîne montagneuse d’EU. Ce mur me fait frissonner au f & à m que j’avance. J’en rêve depuis si longtemps, c’est un mythe qui devient enfin réalité au fil des pas.


Mes remerciements à Simon Dubuis, jeune, talentueux et confirmé trekker FR qui réalise des topo-guides des crêtes des chaînes montagneuses EU & S-Amer, ainsi que des tests de matériel (vêt. & acc.) en conditions réelles. Son travail et son apport sont phénoménaux.

1ère nuit au pied de cette immense virgule montagneuse, quoiqu’ici ce ne sont encore que ses orteils. Je la quitterai tôt pour rejoindre la plaine SK & HU puis la Transylvanie (RO) et enfin les gravir en direction de Iasi (RO). 2 axes possibles pour rejoindre Bratislava: la route, morne & ennuyeuse, ou le GR Cervena Cesta qui, depuis le petit village de Marianka, file en crête des collines boisées (Malé Carpaty) jusqu’à la capitale, le choix est vite fait.
Trouver l’église de Marianka, difficile, elle est enterrée dans un trou entourée de hauts feuillus, mais c’est là que débute le GR. Dans le bois résonne déjà le Pater Noster du prêtre par les hts-parleurs, j’y entre pdt la communion, une 20aine de fidèles. L’église m’impressionne tant par sa sobriété extérieure que sa luxuriance intérieure. Derrière l’église, pour rejoindre le GR, d’abord parcourir un long parc herbeux et arboré, jalonné (à nouveau) par de petites chapelles, chacune étant une station du chemin de croix. Et au pied du GR, en bout de parc, un site de dévotion à la Vierge, comme à Banneux, Lourdes, Beauraing.


3h à arpenter ces 1ères collines, que des feuillus, 4 chevreuils, des traces de sangliers partout, sentier bien balisé. Arrive à la hauteur d’un marcheur, 60 ans, il habite Bratislava, charmant. On cause « Carpates ». « Le point culminant, ici en SK, mais les + belles en UA et là où vous les traverserez direction Iasi. » Chouette!


Banlieue Bratislava depuis colline, looooong boulevard jusqu’au centre. Sur ma carte pré-imprimée de la ville, tous petits drapeaux des ambassades dont BE, juste à coté. Grande maison de maître 4 façades, 3 mâts mais 2 drapeaux, NL & EU. La 1/2 de la maison est vide. L’ambassade de BE? Fermé boutique l’an dernier, me dit le sympathique secrétaire NL, partie à Vienne.

Et il est enfin là, une des + grandes frontières naturelles d’EU, un des fleuves les plus mythiques, le Danube. Il scelle, à qqs 10aines kms près, la 1/2 de cette transhumance. Il m’avait frustré par 2x, interdiction par la police de le traverser avec voiture de location à Roussé (BU) et effleuré sa source sur le Jakobsweg dans la Forêt Noire (DE). Mais je l’avais retrouvé à Budapest lors d’un long w-e avec Isabel. Amarré, un bateau de croisière à pavillon … suisse! Oui oui, ça existe!


Je flâne dans le gd centre historique, exclusivement piétonnier, très beau et encore si propre. Je ne veux rien visiter en profondeur, je veux y revenir accompagné (¿Me lees?). 


Par hasard, je vois et m’arrête au « KGB pub »!, dans un sous-sol, insolite! Pour le fun, le barman me demande une pièce d’identité. Au sous-sol, une longue cave voûtée en pierres et briques qui nous replonge dans l’ambiance & l’histoire de l’URSS avec photos, bustes, caricatures, objets divers, toutes des reliques qu’on trouve encore today sur les marchés de brocantes en RU & ancien bloc de l’E. Dont une photo « choc » et unique (pic) que je ne connaissais pas: Beria et la formidable résistante, prisonnière du goulag & écrivaine Evguenia Guinzbourg que j’ai lu et relu. Toute cette ambiance « divertissante » aujourd’hui …, à propos d’une époque noire & sanglante de l’histoire de notre continent, 20 mios de morts innocents, fracture de l’histoire, fracture des hommes. A l’extérieur, l’enseigne avec ce dessin bien connu (pic) de propagande où il y manque la bulle originale « Не болтай! / Ne pas parler! ». Les tables dans la cave sont séparées par un petit voile pour avoir des conversations discrètes, comme à l’époque, on s’y croirait! Au fond de la cave, une porte discrète avec gros cadenas ouvert et escalier en colimaçon qui mène à une petite pièce sombre dite « salle de réunions de résistance »! Attention à l’Art. 58! Derrière moi, la porte s’ouvre, Beria? Iejov? Dzierzinsky?, non, un couple de consommateurs asiatiques. Les toilettes? D’étroites cellules en vieux métal fidèlement reconstituées, frissonnant! En sourdine, chansons et chœurs soviétiques, le barman accepte de diffuser Vladimir Vissotsky! J’adore, j’adore! C’est « Une Saga Moscovite » de V. Axionov en plein. Je rêve d’un endroit idem à Bxl.


Mes nouvelles cartes SK 1/50 me permettent de ré-affiner mon itinéraire jusque Esztergom, & à les lire, je le modifie complètement. Pour joindre l’utile à l’agréable: je longerai +\- le Danube d’un bout à l’autre, jusque Esztergom. Chemins de rando bucoliques, petits villages intermédiaires et environnement naturel me semblent incontournables. Deux journées de +, mais si bénéfique. Le tracé initial était plaine-champs sur 150km, bof… Une gencive ou dent me fait de + en + grimacer. Caroline T., help!

Nuit Rovinka à oublier, lancements continus à gencive gonflée, ça fait mal. Continuer avec risque? Pas envie que ce soit un brave agriculteur qui m’arrange ça avec une pique de fourche. Sagesse & sécurité obligent, retour en amont, 11km jusque banlieue de Bratislava sous fine pluie. A la pharmacie, Le mari de la pharmacienne m’accompagne à 4 blocs, c’est un centre médical public et un dentiste est dispo. Abcès, ponction, nettoyage, anti-douleurs & bains de bouche. Le jeune dentiste a marché jusque Czestochowa il y a 2 ans, et avec son père, quelle chance! Suis un peu ko et ne veux/peux pas me remettre en route immédiatement. L’OT me propose une aub. de jeun. « Hostel Backpackers », le dortoir (+\- 12p) est envahi par jeunes UK ivres morts, ils hurlent, chantent, tombent. Demi-tour, vers penzion à sortie de ville, dodo ferme et lessive.

Cheminer, en compagnie? en solitaire? en solitude?

Cette réflexion restait en suspens dans mes notes depuis qqs 1000ers de kms; la pièce peut tomber à présent…
« Chacun vit son Chemin (sous-entendu: selon ses aspirations), tout Chemin est beau et bénéfique ». 
Ce proverbe véhicule cette vérité depuis des siècles. A cet égard, je n’ai jamais rencontré, entendu, lu qq’un revenir désenchanté de sa démarche. Au contraire, la majorité (tous?) de ces cheminants aspire à remettre pieds & esprit sur le Chemin. Il n’y a pas UN Chemin, chacun a le sien, accompagné ou non, qq soit la distance et le lieu, et qq soit le contexte: simple break, toucher à + d’essentiel, option nature & découverte, religieux ou plus largement spirituel, retraite, thérapie, sportif, … il y a mille bonnes raisons pour se lever, se déshabiller et aller se perdre dans la bonne direction.

Pour ma part, j’avais opté (Moscou-Compostelle) pour la démarche en solitaire. Reparti à nouveau, et après 6.000km today, je sais que c’est, avec des nuances, celle qui me sied le mieux en fonction de mes aspirations. 
Le pèlerinage – nomadisme – marche au long cours en solo m’offre toute la liberté et flexibilité pour entreprendre ce long Voyage. 
Dans cette flexibilité, il y a le timing, je remballe le bivouac à 4:00 si je veux et m’en vais, ou à 8:00 si je le sens mieux. Il y a la distance: 45km d’une traite si rien ne m’invite à m’arrêter, ou 20km avec 15 arrêts culture-rencontres-repos. Je mange en marchant ou je pique-nique sur un mirador. Je marche sous grosse pluie ou j’attends un peu. Je me cantonne à mon tracé initial ou je choisis des variantes au gré des opportunités. Je ne choisis jamais d’étape du jour, c’est à ce que le Chemin me proposera pour la nuit. Rien ni personne ne trouble cette flexibilité que je souhaite dans cette petite parenthèse de vie.

Dans cette flexibilité, il y a aussi, très important pour moi, la disponibilité. Seul, on est disponible tout le temps, pour l’extérieur et l’intérieur, on est attentif à tout. S’émerveiller d’un paysage, s’attarder à une rencontre, s’attarder à des réflexions. Depuis des années, j’ai très souvent marché accompagné les w-e’s, 20 à 30km, ce furent toujours des moments d’échanges agréables, intéressants et constructifs; mais où l’attention du cheminant ou marcheur est beaucoup portée vers son accompagnant, et c’est naturel, on marche à 2. Inconsciemment, lorsqu’accompagné, le cheminant diminue sa disponibilité v-à-v de l’extérieur: l’environnement et l’ambiance dans lesquels il transhume, et v-à-v de l’intérieur: réflexion, sentiment & émotion. Nuances: durant ces 6.000km, qqs amis chers sont venus faire irruption 1, 2 ou qqs jours à mes côtés, ils furent tous des cadeaux. Filip en BY, Juanchi en FR & ES, Eric en FR, BE & p-ê RO, José-Carlos en ES. Ces compagnons de route me furent d’une richesse énorme. Outre leurs grandes qualités d’hommes, ils furent aussi mes professeurs dans des régions ou sur des thèmes qu’ils maitrisent bien mieux que moi.

Et pour clore, le meilleur: Isabel, ma femme, qui m’accompagna de Santiago à Fistera (3j) et dont je garde un souvenir gravé de chaque instant, et où, une fois n’est pas coutume, … c’est moi qui préparait chambre & lits (2 bivouacs).

Enfin, l’accompagnant permanent sur le Chemin reste, consciemment ou non, un repère « sécuritaire », dans des moments de débrouillardise et surtout dans des zones isolées voire inhospitalières en environnement naturel. Et dans mon aspiration, c’est me déshabiller de tous repères sécuritaires que je souhaite, et surtout en régions isolées, ou nouvelles que je ne connais pas, afin de les vivre plus fortement encore.

Cheminer en solitude? J’y vois le skipper chevronné naviguant en solo autour du monde. La mer, la mer & encore la mer à perte de vue comme seule compagne, non, pas pour moi. J’admire ces hommes & femmes pour leur mental, mais je ne suis pas fait & capable pour telle démarche. Je n’ai pas de solitude, tout ce qui m’entoure vit: forêts de jour, forêts de nuit, ciel changeant, paysages différents tout le temps, animaux, éventuelles rencontres, églises & monuments à admirer,… ça en fait du monde autour de moi ! Ça se bouscule, pas le temps de s’ennuyer et pas 1 min de disponible pour la solitude, y a pas place! Mon 1er périple a connu qqs moments de solitude, j’ai appris, je pense, à le gérer depuis. Un revers souvent: ne pas pouvoir partager telle émotion, tel émerveillement, telle réflexion ou telle situation cocasse.

Il est + que probable que dans 15 ans (70 ans) je ne serai plus capable de spartiate/sac-à-dos/solitaire/bivouac/distances, mais je suis sûr que je continuerai à … marcher.

Il n’y a pas UN Chemin, il y a autant de riches Chemins que de cheminants.

Gaweinstal AT

Je vois le clocher de 2 églises depuis ma tente. Horn, son entrée par l’O se fait par desserte vélo/piéton. 2km de cars centers, shopping centers, garten centers, market centers, brico centers, .. centers, … centers & inondés de grands panneaux publicitaires partout, envahissantes, agressives, le bonheur du pèlerin… 8:01, la porte de la librairie s’ouvre, carte postale. Le centre de Horn, petit par sa taille, est charmant, un pt conte de fée. »Where’s the OT, bitte? » « Kein OT hier, no tourists. » L’homme se trompe, pas/peu d’étrangers qui préfèrent les montagnes du S, mais bcp de visiteurs AT. Horn et ses charmants centre & place historiques. 


Et un énorme Schloss-château avec panneau « Finanzmat ». « Une banque? » « Nein, le contraire: le Contrôle des Finances du Comté! » Bien logés les gaillards.

A 4km, perchée sur la colline boisée et isolée de toutes habitations, l’impressionnante Basilique Maria Dreirichen, XVIIème, & ouverte! C’est superbe! Pour y accéder, un chemin raide dans le bois, bordé de chaque station du Chemin de Croix. 


« Mais où sont-elles? » « Qui-a-en-le-vé-les-fô-rets? » Plus rien, nichts, nada, la morne plaine, plate à l’infini, même pas un pauvre saule moribond rescapé. Que des cultures de toutes sortes, immenses, dont 2 nouvelles (sur mon chemin): vignes et maïs dont les pousses ont 15cm au +. Ce maïs que j’avais vu grandir au fil des pas depuis le Niemen jusqu’aux Pyrénees. Chevreuils absents mais qqs faisans et cigognes, pas de perdreaux.


Mais à défaut d’arbres c’est une innombrable collection de stèles, croix, Christs et Vierges qui surgissent de toutes parts à 360*. Pas slmt le long & à la croisée de ces chemins de campagnes, mais aussi … en plein milieu des champs de seigle, orge, froment, soja, p-d-t. Au fil des temps, lors des remembrements & regroupements successifs de parcelles, ces témoins de notre culture et histoire judéo-chrétiennne, ont été préservés, où qu’ils se trouvent, et soigneusement entretenus au milieu des betteraves, maïs, céréales, … C’est admirable.


Village de Eggenburg pour assiette pâtes-coca. Les gens me questionnent (la chaleur des AT à mon égard ne cesse de m’émouvoir), dont le 1ère classe parachutiste Gherard (pic) qui revient d’ex en Écosse et un couple (60) qui est allé à Compostelle depuis Vienne en 2005. Tous les jours, ils rêvent de repartir sur le Chemin, …tiens donc, qui l’eut cru! « Vous ne pouvez pas quitter Eggenburg sans avoir vu musée-église-murailles! » me disent-ils! Ils eurent tellement raison, always trust a local. Le musée rassemble tous des objets de la région depuis … 20 millions d’années: squelettes de mammouths, d’homo sapiens, de mammifères marins lorsque cette partie de Basse-Autriche (alt 260m) était la mer, notre arbre généalogique avec nos cousins gibbons, orang-outangs, chimpanzés et gorilles, objets du m-âge, grands samovars, … jusqu’au mannequin du soldat soviétique venu délivrer et occuper la région en ´45. Une richesse culturelle dingue! Église St Stephan avec ses splendides vitraux, à tomber par terre. Et enfin les murailles du bourg moyenâgeux, intactes, que l’on peut parcourir par le haut, c’est magique. Eggenburg, petite de taille, mais époustouflante de richesse. Avec tout cela, je ne marche pas bcp, qu’importe, c’est ce Chemin de culture, d’histoire et de rencontres fortuites qui est passionnant et si important. 


Chemins balisés de campagnes nommés « Riesling Wanderweg, Wein Wanderweg,… » me conduisent à Hollabrunn où je dois me ravitailler pour la nuit. Il fait très chaud avec un ciel gris, signe d’orage. Cherchant la sortie de la pt ville, un gd bâtiment blanc sur ma droite avec, au-delà du mur, des cris d’enfants dans l’eau: la double grande piscine publique à ciel ouvert. Comme un sorbet au citron au milieu du Sahara en août, j’en bave d’envie. Go! Ce sont Alois und sa femme Gerlinde, couple formidable et responsables des lieux, qui m’y accueillent, il y a 5 enfants et moi pour se partager ce double grand espace. Qqs longueurs dans la piscine et 1h de papotes avec A & G. « Danke Schöen Alois und Gerlinde! »


Alois m’informe que la forêt qui m’attend demain (la Ernstbrunner Wald) est la plus diversifiée & mélangée d’EU en termes d’essences), les cadeaux s’enchaînent, encore & encore.


Filer N-E au + vite vers 1er bois à 2km. Bouteille vide, oublié, zut! Sonne à une porte ds hameau de Wieselfeld, juste avant ledit bois. Charmant couple m’ouvre, eau, qui-d’où-vers où, etc… (Une pt x sur ma carte peut représenter aussi bien un Christ bois/métal/pierre au détour d’un sentier qu’une pt chapelle). « C’est une pt chapelle » me dit le mari, »au centre du bois ». Il est 20h sur le sentier, la chapelle (3x6m) isolée dans les feuillus est devant moi, porte non fermée à clef, très propre & sèche, table-banc à l’ext pour éventuels promeneurs, … mon lieu de nuit dans ce lieu de paix, inespéré. Dans la chapelle, derrière une grille en fer forgé, l’autel avec, coiffés tous deux d’une couronne dorée, une grande Ste Vierge tenant le Christ mort dans ses bras, et vases avec bouquets de roses fraîches. Pain-sardines-pommes á l’extérieur, puis, allongé dans mon sac de c. sur le sol de pierre, j’écris, je regarde autour de moi et réalise le bonheur et le « fort » de cette petite parenthèse de vie. Je m’endors dans cette petite chapelle, isolée au milieu des bois, dans un parfum de roses fraîches. Est-ce un rêve? Non. C’est le Chemin. Tout au long de cette très longue journée, à travers la longue & morne plaine par chaleur humide & accablante, de petites portes ont encore grincé pour encore accéder à une cascade de cadeaux… : le Chemin.


Dim matin, Enzersdorf im Thale, dernier petit village avant entrée en forêt. Petit gasthaus où je prends un café. 3 cultivateurs à une table, un couple citadin à une autre. Ils habitent et travaillent à Vienne et, comme de + en + de Viennois, ils ont une maison de campagne dans ce village champêtre, à la recherche de tranquilité, nature et authentique. « La Ernstbrunner Wald? C’est NOTRE forêt ! Et il est interdit d’y « chasser »! Les animaux de la forêt se gèrent et s’auto-régénèrent naturellement » me dit-il (Hans) avec fierté. Super ça! Et je le constate dans la forêt: de larges plantations jeunes et « adolescentes » sont protégées par de hautes & longues clôtures. Ici, on protège les arbres pour ne pas tuer les animaux, et chacun y trouve son compte, homme-nature-animaux, dans le respect de l’autre. J’entends St François d’Assise applaudir!

Non, je n’aime pas ce que les intéressés appellent la « chasse » (terme révolu depuis des siècles qd il était vital de se nourrir pour survivre, ou se défendre », hobby inutile, archaïque et cruel aujourd’hui. Today, on tue pour se divertir. Mais la simple amorce de débat d’idée avec un intéressé, par la question objective: « tu éprouves donc du plaisir à tuer ces animaux (inoffensifs & sans défense) », se solde par une réponse en 3 temps:

– embarras – bredouillements;

– compulsion-crispation;

– fuite du débat…

Ou en 1 temps:

– la Loi l’autorise. Point.

– « débat » clos…

Non, je n’ai jamais entendu un « chasseur » dire: « oui, j’éprouve du plaisir (jusqu’à payer cher) à tuer ces animaux inoffensifs et sans défense » et c’est impatients qu’ils s’en vont, w-e’s d’hiver et mois d’août assouvir leur passion, voire pulsions. Le gagnant de la journée sera celui qui aura ramené le + de cadavres. On appelle ça un « tableau », voire des « trophées ». J’ai tué 2 jeunes cerfs « autorisés » et 1 renard, j’avais 20 ans et peu de recul, je ne cesse de le regretter.

Je garde cependant de nombreux amis « chasseurs » pour 1001 autres qualités. 😉

Sortie de la forêt pour accéder au hameau de Oberleis. Énorme surprise! Le Klosterneuburg qui s’y trouve, isolé sur le mamelon de la colline, est une étape « recueillement » de pèlerinage pour hommage à la Vierge, c’est la « Via Slavorum », reliant Krakau PL – Brünn CZ – Retz (AT) puis Slovénie.


Derrière le très sobre cloître, un immense point de vue érigé en bios pour se gaver des horizons à 360*. Il y a du monde qui sort de l’église, il y avait messe, avec les fidèles des paroisses environnantes qui viennent 1x/an (today!) à pied de leurs villages respectifs (4 à 12km)!

Très vite, la conversation se noue avec des « Composteliens » et autres, suivi d’un grand déjeuner au pied du cloître. Le Chemin et ses cadeaux… 


Rejoindre Ladendorf et un lieu de nuit, l’heure tourne, rien de discret pour dormir. Direction Neubau par une drève moyen-âgeuse (circa XIII) herbeuse de 3km jalonnées de tilleuls, hêtres & marronniers bi ou tricentenaires, impressionnant! 


Enfin une forêt à Neubau mais l’espace laissé entre les hauts mélèzes a laissé pousser une jungle de grandes ronces de 2m. Soudain, en bord du chemin, un mirador et à son pied, une grande salle de jeux, à manger & salon pour sangliers & chevreuils, 20x20m. Tout y est: la mare en béton remplie d’eau, grosses pierres avec maïs récent et mangeoire avec avoine, la totale. Dans le mirador, un journal d’hier. Pas rassurant. Bivouaquer dans un rayon de 150m d’un haut-site peut-être dangereux, les « chasseurs » sont fébriles, trop d' »accidents » recensés. Autant s’y mettre alors à son pied, contre l’échelle. Par sécurité, je tends mon fil de nylon (j’ai tjrs une bob. de 10m) en travers du chemin d’accès avec un plastique blanc, à 20m de ma tente, pas de risque inutile, mais pas d’autres endroits discrets à portée de jambe à cette heure-ci. Alors que je suis en train d’écrire…, chut…, un brocard aboie à 30m dans le living d’à coté. A 4 pattes, je quitte ma tente, contourne le mirador, le vois, dégaine, clic, immortalisé! Il ne me voit pas, je le regarde 5 min. Magnifique!


Gaweinstal – Prottes, un long ravel de 12km m’attend.

Demain, la SK via le point de passage Angern an der March (AT) & Zahorska Ves (SK). Un brin de toilette s’impose pour m’inviter dans ce nouveau pays que je ne connais pas, mes fils y ont été en camp scouts. La nuit qui précède un passage de frontière, comme un cadeau de St Nicolas, je vais chercher au fonds de mon s-à-dos la carte du pays où je m’invite, cartes préparées il y a 3 mois. C’est une découverte palpitante: points de passage, reliefs, végétation, cours d’eau, courbes de niveaux, distances,… Très vite, ce sera Bratislava dans laquelle je vais rentrer, puis, en ligne de mire, Esztergom HU, 1ère capitale de HU, au N-O de Budapest. Triste de déjà quitter cette superbe Basse-Autriche et ses habitants qui m’ont émerveillé.

Ich ❤️ Österreich !

Feinfeld, AT

Bon, bon, bon…, c’é qwê c’t’affêr ?(suis liégeois d’origine), surplomb de Hluboka, le chemin se termine par un T, à son bout et à mes pieds, toute la vallée baignée par un immense lac, le Bezdrev. Suis sidéré, immobile, bouche bée d’admiration. Aux abords, 10aines de hérons qui se servent au buffet.
Bivouac, bois avant Brenov. Réveillé 3 ou 4x, quel vacarme, ce fut Tuesday Night Fever cette nuit. Branches qui craquent au sol, cavalcades, brocard qui commence à aboyer à 4:30am.


Ceske Budovice n’est qu’à une 15aine de km. Une banlieue comme celle que j’avais contourné à Plzen, de grands legos colorés à appartements entre lesquels je me faufile pour enjamber la Vltava et rejoindre la place centrale Přemysl Otakar dont les architectures gothique et renaissance subsistent. Animation, bruit, voitures, mais une place centrale magnifique & aérée qui invite désormais à déambuler. En avance s/calendrier, je m’y octroie 2h pour déjeuner sain, flânerie et visite. OT et direction Cath. St Michel sur la place, ouverte, il y a messe.


Un regret, alors que Christ &. V. Marie m’ont encore sourit à chaque coin de forêts et de champs, les 10aines d’églises et chapelles sur mon chemin étaient toujours toutes systématiquement fermées, à clef et/ou cadenas. Dommage pour l’histoire qu’elles recellent. 


Le relief est + étiré, – chiffoné, je me laisse emmener sur cette fin de parcours CZ sans me presser, épris d’un peu de nostalgie. Qui plus est, c’est un tapis rouge qui m’est déroulé (Jilovice-Tesinov-Petrikov-Vysné) jusqu’à la frontière, je longe les forêts à ma gauche (bivouac) et les lacs à ma droite, sous un ciel azur, quel cadeau.


Passage frontière CZ-AT par 1 village, ou 2! Comme une seule petite ville coupée en 2 par l’étroit ruisseau Lainsitz: Ceske Velenice CZ, et sur l’autre berge Gmund AT, par un pt pont dans les broussailles!


Juste avt le pt pont, émoi! Une stèle avec « spasibo » (merci en RU) en hommage aux soviétiques venus libérer la ville en ’45. 4 zones d’occupation en CZ à la capitulation du 3ème R.: FR, UK, USA, & URSS dans le nord que je traverse.


À part un long w-e à Kitzbühel il y a 20 ans pour arpenter qqs collines en été, je ne connais pas l’Autriche et je me réjouis de découvrir les campagnes & forêts du N du pays. Le tracé va de Gmünd AT à Angern an der March AT. Magnifique petite place de Gmund, même sous la fine pluie.


1er pas sur le sol AT, 1ère constatation: la pluie est germanique, oui. Elle qui m’avait abandonné à la frontière DE/CZ, m’attend de pied ferme à la frontière CZ/AT. Sortie de la charmante petite Gmünd et direction le vert vers Echsenbach AT. Le voile de pluie m’empêche de profiter pleinement de ce nouvel environnement naturel. Mais une chose ne peut m’échapper, de villages en hameaux, Gmünd, Nondorf, Kirchberg, Echsenbach, ce sont leurs églises, majestueuses. Lieux de foi et de prière pour certains, j’y vois personnellement des lieux de paix, d’histoire, de culture et de mémoire. Il y a des chrétiens, juifs, musulmans qui ont foi dans leur Dieu suprême, puis ceux qui doutent et dont je suis, du moins tel que la Bible nous l’explique. J’aurais pu naître de parents juifs de Tel-Aviv, je serais juif, musulman de parents algériens, orthodoxe de parents russes…etc , la Foi dans un Dieu est avant tout héréditaire et culturelle. Si Il existe, Qui est le vrai? La création de l’univers est une évidence, mais ce qqch ou qq’un qui en est à l’origine, je préfère l’appeler le Grand Mystère. Là où je vois davantage de paradoxe, c’est chez qqs fidèles, ou « supporters » de l’Evangile, Coran, …, qui y trouvent davantage un menu « un peu de ceci mais pas de cela svp. » Mais comme Il a dit que (sous-entendu de toutes façons) nous sommes tous des pécheurs, la conscience reste tranquille et bienséante. Oui, j’aime ces églises, mosquées et synagogues et avant tout pcqu’elles sont des lieux de paix et de mémoire.


Dans ce Voyage, j’ai tjrs 3 cartes avec moi. Une EU où, tous les 3 ou 4 jrs, j’y note les millimètres supplémentaires parcourus; une du pays traversé pour m’y situer globalement; et enfin mes cartes quotidiennes avec les annotations que j’y mets. Il y a 3 ans, je commettais l’erreur de les jeter/brûler au f & à m de la progression. Today je les revoie à Bxl toutes les 3 semaines. Elles sont autant de souvenirs que photos et écrits.

Bivouac forêt Kirchenvald, après Kirchberg a/Walde. Nuit claire & douce. 4:30, le jour se lève, des bœufs irlandais cognent leurs cornes contre le mangeoir en lisière de mon bois, debout! Tout en lisant mon parcours du jour, café, biscuits, pilules de magnésium & vitamines, ranger méthodiquement mon sac. 5:15, go. 1km pour trouver le bon rythme. Chaque village & hameau, Warnungs, Wolfenstein, Echenbach, Ganz, dorment encore. Seuls qqs bruits dans les granges de fermes témoignent d’une activité qui débute. Ciel azur & relief très étiré. Si rien ne me séduit pour m’arrêter de tps en tps (historique ou rencontres), c’est parti pour 40 à 45km. Cette journée sera belle, une x de +. Une petite ville en ligne de mire sur ma carte, Horn, pour tard ce soir ou demain a.m.

Il y a une grande zone « grisée » sur ma carte, ni forêts, ni cultures, et je dois la traverser, bizarre.

Pose coca-cola à Allentsteig, il y a 1 sergent & 2 caporaux à ma table. On cause, super sympas, tous 3 d’un corps d’artillerie. La zone en gris? Un camp militaire! Die Truppen Übungsplatz! Bardaf…!, non? Encore un?! 14km de long, la route qui la traverse est publique, mais interdit de mettre un pied à g ou à d! Verstanden? Ya, ya, cristal clear! J’enfile ma chemise avec écusson aux couleurs belges au cas où je croiserais qqs soldats de la paix et c’est excité comme un coucou que je m’en vais traverser ce camp, et dont je sortirai frustré 3h + tard. Tous véhicules lourds & légers, casernements, stands tirs et entraînements sont en retrait des 2 langues boisées que je longe. Dommage! 


Cependant, à l’entrée du camp, un pt cimetière de ceux tombés en ’45, ils avaient 24, 17, 19 ans…,etc. Des DE, AT, HU, CZ, nationalités confondues. Peu importe leurs nationalités, ils étaient tous des enfants. Saloperies de guerres. Ils n’ont pas eu la chance de grandir et de vieillir, fauchés à l’aube de leur vie. C’est une chance de grandir et de vieillir, tous ne l’ont pas eu. Je marche aussi en pensant à mes ami Didier D. et cousine Sabine Z. partis cette dernière année, trop tôt, trop injuste. Je veux vieillir, c’est une chance de vieillir, sans se plaindre de la chance de l’âge avancé, tous n’ont pas eu cette chance.


Depuis 6:00, aucun chevreuil, il fait déjà trop chaud, tous tapis à l’ombre des résineux. Des traces de cervidés cependant, mais invisibles. Les GR’s et sentiers de rando se multiplient, comme en DE. Je garde bâton relevé, marche comme un Sioux, regard circulaire à 180* et main sur la gâchette (app. photo), mais lorsqu’il détale, c’est déjà trop tard. 


Un environnement naturel qui est un compromis entre DE & CZ, moins discipliné que DE & plus ordonné que CZ, avec l’émerveillement du charme de chaque petit hameau, propres, coquets, authentiques.

Ce soir, bois de Mahrersdorf, Horn est à qqs enjambées, dont je vois parfaitement la géographie depuis le surplomb de Neubau, magique par ce soleil couchant. Dans 2 ou 3 jrs, la SK déjà, en évitant Vienne par le N. Je ne veux pas rentrer dans Vienne que je ne connais pas, préférant la réserver plus tard avec Isabel. Puis direction Bratislava SK, encore des découvertes au fil des pas.