Dub CZ

Généreux amis & connaissances me souhaitent régulièrement « courage » (sms, mails,… que je lis lors d’une épisodique connection). Merci à chacun.
Il ne faut pas de courage. Le courage entend la contrainte. Comme tous les marcheurs au long cours, il n’y a aucune contrainte, sinon je serais resté collé « cul au sofa ». Sueur, tiraillements d’épaules, pieds endoloris, météo pourrie ou chaleur accablante, faim & soif parfois, sont autant de petites portes qui grincent pour accéder à des lieux, situations et émotions d’émerveillement. Ce qui brille dans l’émotion du pèlerin nomade est ce qui le pousse à poursuivre son Chemin. Au-delà de chaque courbe de chemin, de chaque sortie de lisière, de chaque surplomb de relief, que vais-je découvrir? Là est l’aimant du Voyageur qui le pousse à aller plus loin encore pour aller de surprises en découvertes.


Dernier hameau avt la frontière CZ, Hofberg, composé de 3 vieilles fermes mais où se croisent 5 chemins. Au milieu de ce mini « carrefour » si rural, chèvres & poules vaquent. La frontière est sur un chemin forestier, magique. Seuls douaniers: sangliers à couvert, le sol est retourné au pied de la borne frontalière. La transition DE/CZ est franche, presque brutale, au mètre près. Si le relief ne change pas, son habit est opposé. Je quitte une nature bavaroise endimanchée, découpée aux ciseaux, ordonnée et disciplinée. Je quitte cet immense terrain de golf bavarois pour retrouver cette Bohème sauvage dans sa robe rustique, désinvolte où la nature s’exprime sans contraintes.


Transit par la cité de Nyrsko, laide, triste, qqs grands blocs soviétiques à appartements y subsistent encore dans le centre. Me nourris chez « Ali Istanbul » (!), un kebab où m’entourent Macédoniens, Albanais & Monténégrins. On cause mais le soleil va se coucher. Bivouac à 4km entre les hameaux de Hodousice y Blata, c’est en haut d’une colline boisée de hauts mélèzes. Tente en lisière Ouest d’où je peux encore apercevoir, très loin, le mamelon de Hofberg DE. Ciel clair, il fait chaud mais pas de moustiques, un léger vent bienvenu filtre entre les arbres. Depuis 1 heure, assis sur une souche au soleil couchant, j’écoute le silence de cette forêt, il est d’or. P-ê pas pour longtemps, tous les sols sont retournés par sangliers et il y a un mangeoir à chevreuils avec paille & bloc de sel à 20m. 


4h30, coups de tonnerre à l’O me réveillent. Tant que tente & matos encore secs, replie tout et m’en vais. Strazov 1h + tard, le déluge commence. Le village rural de Strazov dort encore, je me réfugie dans un gd abri bois au centre de la place. C’est charmant, plusieurs vieilles valves ss verre montrent des photos de famille du village, petites animations locales &, comme dans les lieux les + insolites & reculés, des indications didactiques, tjrs avec une pt mention avec drapeau EU: « Revival of cooperation and understanding of cultural contacts », …et c’est bien! De sa fenêtre, un homme me voit dans mon abri, il m’appelle et me parle (incompréhensible en CZ) comme si ns ns connaissions depuis des lustres. Café, pain & confiture au chaud & au sec. Ici, on peut se taper s/ l’épaule dès le 1er regard, je l’avais déjà vécu. 
Mon parcours tchèque est une ligne droite tirée de Strazov jusque Suchdol, avec 1 ville entre deux: Ceske Budejovice. Le reste n’est que hameaux & petits villages ruraux épars. Étrangers et touristes ne viennent pas dans ce « couloir », il n’y a que forêts, champs de foin et qqs prairies à bovins, c’est tout. Et je les enchaîne, par monts & par vaux, soit par petites routes, soit par chemins de terre, pas un bipède mais combien de chevreuils et lièvres. Pdt 3 jours, je n’ai croisé personne sur mes chemins foulés, aucun GR, jamais de balises. C’est le monde rural et isolé. Ce n’est qu’en traversant les hameaux de Blata, Malinice, Lipova Lhota, etc, que je me rassure que la Tchèquie est encore habitée, la Bohême profonde, très profonde. Un regret architectural, l’ancien a disparu, ces petites maisons en bois d’antan ont laissé place à des maisons classiques sans charme. Dans ces campagnes sauvages, de ci de là, une ferme en ruines, une grange en bois abandonnée, mais il n’est que 11h ou 16h, trop tôt (…). Presque chaque petit village ou hameau isolé a son étang ou lac, Monet ne saurait où donner de la tête.


Les horizons en crêtes de collines sont époustouflants, le ciel est azur et les dégradés de verts ne se comptent plus, je m’arrête, m’assieds et me pâme devant ce cadeau qui m’est offert. Je m’y sens seul au monde et ne m’empêche pas en pensant à mon ami Michele (Roma) de me lever, bras & bâton en l’air et de hurler « freedoooom ».


J’ai faim, il est 18h, j’ai + de 40 bornes dans les mollets today et seulement qqs biscuits avalés au sortir de ma tente ce matin, rien depuis. Rabi est mon dernier espoir de nourriture. Passée la dernière courbe avant le bourg, un mirage apparaît. Un château-fort, immense, dont les ruines ont été restaurées. Il est du XIVème, perché sur le mamelon & entouré de la bourgade. J’en fais le tour extérieur pour découvrir un très ancien cimetière juif, émotion en pensant aux exactions qui eurent lieu dans toute la Tchécoslovaquie.


Ravitaillé, je quitte la place et cherche vainement mon chemin vers Zichovice (ma carte 1/300 n’est pas très détaillée) et me fondre dans la 1ère forêt pour la nuit. Une jeune femme vide le coffre de sa voiture, je la questionne et elle appelle son mari, « Renatooo? » (!?) À son physique, il est tout sauf tchèque. Il est brésilien, et vit ici, dans ce bled perdu de Rabi. Ns ns parlons en espagnol, il a l’air encore + heureux que moi de nous rencontrer. Quitté Brésil à 20 ans, échoué ici sans le sou, travaille BTP à Munich 4j/sem et se construit une maison ici avec femme tchèque et fiston. Break bivouac ce soir, il m’invite, voire me somme, à profiter de l’annexe achevée de sa future maison. Le vieux sofa est idéal. Photo d’adieu et il m’y laisse. ¡Que bueno eres Renato, mil gracias!


Dans le silence et soleil couchant, assis sur le seuil de cette maisonnette, je regarde les nombreux chevaux qui m’entourent en prairies, les collines boisées qui s’endorment dans la brume naissante, le château-fort médiéval, massif, juste au-dessus de moi. Ce soir, comme un enfant, je me sens Thierry la Fronde. 


Aujourd’hui fut une journée de Voyage exaltante. Des portes qui grincent pour mieux s’ouvrir sur le merveilleux: le Chemin.


Nesamyslice, arrêt le long de l’étang. Un homme fauche les hautes herbes autour du Christ en pierre, il vient me rejoindre, jamais un étranger ou touriste ne passe ici. Il n’y a que forêts, champs de foins et vaches, point. Les rando’s, c’est au S-O, dans la réserve de Samava. Lui, c’est Dvorak, 74 ans, visage jovial, teint buriné, 4 dents rescapées. Avec les jeunes, c’est en anglais; avec les aînés, en russe. Ma passion est de demander comment a vécu leur village, son histoire. Dvorak a perdu ses parents enfermés dans leur ferme incendiée par les nazis. Il me pointe l’endroit avec sa faux, au-delà de l’étang. En août ’68, il est « monté » à Prague avec son frère et un voisin, les 3 à bord du tracteur familial, pour hurler leur colère contre le joug soviétique & revendiquer leur liberté. Son frère n’est pas revenu. Pour « combler » ce vide, il a eu depuis 6 enfants et 14 pts-enfants. On s’embrasse.

Il fait chaud & lourd depuis 4j, je rêve d’un ruisseau ou étang pour me baigner et me rafraîchir, en vallées ils sont tous à portée de main mais orages et fortes précipitations récentes les ont rendu boueux, jusqu’à les faire sortir de leurs lits. 
Pieds roucoulent malgré perte d’un 2ème ongle et tendon contre languette de bottine qui grimace de tps à autre. Boire, boire, boire…, sans cesse par cette chaleur.
Cette riche & merveilleuse parenthèse de vie parallèle, dans cette nouvelle transhumance EU & au plus près de ce que le Grand Mystère nous prête, j’ai le privilège de pouvoir la vivre pleinement grâce à 2 personnes. Ma femme Isabel, et mon employeur dont René. Si aucun des 2 ne semble prêt (pour l’instant!) à chausser ses bottines pour entreprendre tel Voyage, ils en ont compris le bien-fondé dans une vie éphémère, et avec les conséquences de gestion familiale et professionnelle que cela implique. Qu’ils en soient très profondément remerciés.
Dub, où le tavernier/agriculteur/instituteur (tout en un!) me donne accès à son w-f pour déposer ce post. 

Direction Ceske Budejovice, une ville! D’après ma carte, lacs, étangs et ruisseaux m’y attendent en amont, que du beau à venir sous ce ciel azur. Dans 3 jours, l’Autriche, déjà. Le rêve continue.

4 réflexions sur “Dub CZ

  1. Hey dear Werner,
    I am very happy to see you are having good time on your journey! The nature is what I miss sometimes while living in Brussels. Btw Renato was the name of that brazilian guy? Funny because Renata is a typical czehc female name.. You are now passing through one of the most beautiful parts of the CZ, Get yourself a detailed map if you can, they sell them everywhere:-) Will you be passing right through Budejovice town itself? If not, go through Hluboka nad vltavou, very nice fairytale castle there. In any case, you will definitely like the lake landscape around Třeboň and Suchdol. Take care maestro of Walk.

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    1. A vida é assim sexta feira fui a Polonia, +- 400km de minha casa e chegando lá rebenta a borracha de agua da camionete,reparamos no sabado e assim voltando no domingo andamos 20km e rebenta a do outro lado +- 6:30 da manha passando um homem e nos ajuda a reparar sem cobrar nada,assim cheguei em casa ou seja o Jerry pois eu fui de carro,chegando em casa depois de passar por Praga la pelas 20:00 passa um Sr que se Chama Werner Van Zuylen este homem é um caminhador que ja foi da Russia a Espanha andando,e agora saiu de Londres e vai até Odessa caminhando,me falando sua historia nao demorou 5minutos para convidalo a se anoitar em meu pequeno rancho pois ja tinha andado 43km este dia e com certeza ficou muito agradecido pelo rancho,final da Historia fomos ajudados domingo 6:30 pelos Poloneses e que foram muito amaveis e sabendo que estavamos 400km longe de casa,no final do dia ofereco ao Werner um noitada em meu rancho,como sao as coisas isso serve de licao para todos nós ajudar sem pensar em ser ajudado pois com certeza um dia tbem sera ajudado na hora certa.WERNER VAN ZUYLEN Buena Viajem até Odessa. Voces podem acompanhar sua aventura end. é LONODE.EU UM ABRACO WERNER. Renato Santana

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  2. Bonjour Werner, Je viens de plonger à nouveau dans vos récits d’aventure. Merci de prendre le temps de les partager en détails quand une connexion WIFI le permet. Quel chemin!

    Beaucoup plus modestement, Michel et moi sommes partis
    « Sur les pas des huguenots ».
    du Poët Laval (Drôme) jusqu’à Genève en passant par le Vercors.
    Si vous avez envie d’en savoir un peu plus, il y a quelques news sur
    http://anneetmichel.canalblog.com/
    Nous sommes souvent connectés intérieurement à vous surtout lorsque nous traversons des forêts…
    Amitiés fraternelles
    Anne et Michel

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  3. Yep! J’ai mis 5 pays à comprendre que tu avais une page WP où l’on peux te suivre! Woaw, me voilà à nouveau en route grâce à toi. Excuse-moi, je serai bref pour cette première, j’ai de la lecture 🙂

    Merci de nous faire vivre un peu de ton aventure sensationnelle par le biais de ton blog.
    Grande accolade fraternelle,
    Sébastien
    Ps no answer expected

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