Cheminer, en compagnie? en solitaire? en solitude?

Cette réflexion restait en suspens dans mes notes depuis qqs 1000ers de kms; la pièce peut tomber à présent…
« Chacun vit son Chemin (sous-entendu: selon ses aspirations), tout Chemin est beau et bénéfique ». 
Ce proverbe véhicule cette vérité depuis des siècles. A cet égard, je n’ai jamais rencontré, entendu, lu qq’un revenir désenchanté de sa démarche. Au contraire, la majorité (tous?) de ces cheminants aspire à remettre pieds & esprit sur le Chemin. Il n’y a pas UN Chemin, chacun a le sien, accompagné ou non, qq soit la distance et le lieu, et qq soit le contexte: simple break, toucher à + d’essentiel, option nature & découverte, religieux ou plus largement spirituel, retraite, thérapie, sportif, … il y a mille bonnes raisons pour se lever, se déshabiller et aller se perdre dans la bonne direction.

Pour ma part, j’avais opté (Moscou-Compostelle) pour la démarche en solitaire. Reparti à nouveau, et après 6.000km today, je sais que c’est, avec des nuances, celle qui me sied le mieux en fonction de mes aspirations. 
Le pèlerinage – nomadisme – marche au long cours en solo m’offre toute la liberté et flexibilité pour entreprendre ce long Voyage. 
Dans cette flexibilité, il y a le timing, je remballe le bivouac à 4:00 si je veux et m’en vais, ou à 8:00 si je le sens mieux. Il y a la distance: 45km d’une traite si rien ne m’invite à m’arrêter, ou 20km avec 15 arrêts culture-rencontres-repos. Je mange en marchant ou je pique-nique sur un mirador. Je marche sous grosse pluie ou j’attends un peu. Je me cantonne à mon tracé initial ou je choisis des variantes au gré des opportunités. Je ne choisis jamais d’étape du jour, c’est à ce que le Chemin me proposera pour la nuit. Rien ni personne ne trouble cette flexibilité que je souhaite dans cette petite parenthèse de vie.

Dans cette flexibilité, il y a aussi, très important pour moi, la disponibilité. Seul, on est disponible tout le temps, pour l’extérieur et l’intérieur, on est attentif à tout. S’émerveiller d’un paysage, s’attarder à une rencontre, s’attarder à des réflexions. Depuis des années, j’ai très souvent marché accompagné les w-e’s, 20 à 30km, ce furent toujours des moments d’échanges agréables, intéressants et constructifs; mais où l’attention du cheminant ou marcheur est beaucoup portée vers son accompagnant, et c’est naturel, on marche à 2. Inconsciemment, lorsqu’accompagné, le cheminant diminue sa disponibilité v-à-v de l’extérieur: l’environnement et l’ambiance dans lesquels il transhume, et v-à-v de l’intérieur: réflexion, sentiment & émotion. Nuances: durant ces 6.000km, qqs amis chers sont venus faire irruption 1, 2 ou qqs jours à mes côtés, ils furent tous des cadeaux. Filip en BY, Juanchi en FR & ES, Eric en FR, BE & p-ê RO, José-Carlos en ES. Ces compagnons de route me furent d’une richesse énorme. Outre leurs grandes qualités d’hommes, ils furent aussi mes professeurs dans des régions ou sur des thèmes qu’ils maitrisent bien mieux que moi.

Et pour clore, le meilleur: Isabel, ma femme, qui m’accompagna de Santiago à Fistera (3j) et dont je garde un souvenir gravé de chaque instant, et où, une fois n’est pas coutume, … c’est moi qui préparait chambre & lits (2 bivouacs).

Enfin, l’accompagnant permanent sur le Chemin reste, consciemment ou non, un repère « sécuritaire », dans des moments de débrouillardise et surtout dans des zones isolées voire inhospitalières en environnement naturel. Et dans mon aspiration, c’est me déshabiller de tous repères sécuritaires que je souhaite, et surtout en régions isolées, ou nouvelles que je ne connais pas, afin de les vivre plus fortement encore.

Cheminer en solitude? J’y vois le skipper chevronné naviguant en solo autour du monde. La mer, la mer & encore la mer à perte de vue comme seule compagne, non, pas pour moi. J’admire ces hommes & femmes pour leur mental, mais je ne suis pas fait & capable pour telle démarche. Je n’ai pas de solitude, tout ce qui m’entoure vit: forêts de jour, forêts de nuit, ciel changeant, paysages différents tout le temps, animaux, éventuelles rencontres, églises & monuments à admirer,… ça en fait du monde autour de moi ! Ça se bouscule, pas le temps de s’ennuyer et pas 1 min de disponible pour la solitude, y a pas place! Mon 1er périple a connu qqs moments de solitude, j’ai appris, je pense, à le gérer depuis. Un revers souvent: ne pas pouvoir partager telle émotion, tel émerveillement, telle réflexion ou telle situation cocasse.

Il est + que probable que dans 15 ans (70 ans) je ne serai plus capable de spartiate/sac-à-dos/solitaire/bivouac/distances, mais je suis sûr que je continuerai à … marcher.

Il n’y a pas UN Chemin, il y a autant de riches Chemins que de cheminants.

3 réflexions sur “Cheminer, en compagnie? en solitaire? en solitude?

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