Debrecen HU

La HU profonde, très profonde. Le commentaire m’a été adressé + de 20x: « Vous venez d’où? – BE! – Ah, c’est votre femme qui est HU alors? – Non, elle est ES et habitons Bxl – Mais qq vous faites (fouttez) ici alors? Y a rien ici! » Je réponds tjrs « Au contraire, vs avez tout ». Dans l’inconscient collectif contemporain « y a rien » ss-entend l’absence de modernité, d’attractions touristiques, de course à la consommation, du pressé & vite. Ici au contraire, campagnes et villages épars semblent tourner au ralenti dans une grande quiétude in the middle of nature. Avec une dextérité d’ingénieurs civils, les cigognes se partagent les cimes des frêles poteaux électriques en bois pour y construire leurs énormes nids. 


J’entre dans le Bassin des Carpates, une vaste plaine rase, jadis immergée, dont les mers de champs dominent le peu de parcelles de forêts qu’on a bien voulu y laisser au XVIIIè. Villages sont distants d’une 10aine km, séparés par les céréales, tournesols et maïs, le soleil est de plomb et les paysages différents ne se multiplient plus bcp. Champs à g, champs à d, champs devant, jamais de pâturages, horizons à perte de vue et sans 1 cm2 d’ombre. A 13:00, 41* à Csány. Pas de carte détaillée car aucun tourisme rando & cyclo, = 0. Longer ces étroites routes d’asphalte ou de sable toutes droites sur ces longues distances est abrutissant, alors je tente avec intuition, bonne ou mauvaise, de chercher des passages de tracteurs entre parcelles de céréales, p-d-t, maïs, nécessitant souvent détours et …demi-tours. 2 petites ouates de nuages égarés passent dans le ciel.


Ce sont des portes qui grincent mais qui s’ouvrent subitement sur l’inattendu dans certains + gros bourgs: le village de Aszod et son impressionnant château semi-abandonné. A défaut d’OT, j’entre à la petite Mairie où le « Pilgarmester » S. Isztvan me reçoit en personne dans son + beau jogging pour me parler de l’avenir énigmatique du joyau architectural. La petite ville de Hatvan dont le Palais Grassalkovitch abrite le + beau musée de HU sur flore et faune (dont un massacre de cerf 13+10 (pic), un Empire State Building!) du Bassin des Carpates à travers les époques, + de 3000 m2! Il me fut d’un enseignement énorme pour cette région que je traverse. Enfin le village de Jaszarokszallas que je m’apprête à quitter pour retrouver les campagnes lorsqu’en bout de village apparaissent, sorties de nulle part, 5 piscines thermales ouvertes en bordure des mers de cultures , les gens y viennent de toute la région, aussi surréaliste qu’irrésistible. HU, pays des thermes, l’eau y est à portée de bêche.



Pas de forêt pour dormir, ce sera dans un champ de céréales qui a un semblant de Meseta en été. Vers 2a.m., réveillé, cœur battant la chamade & en pleine transpiration, par un cauchemar « de l’eau? de l’eau? de l’eau? » J’ouvre les yeux, « Où suis-je? Dans ma tente. Pourquoi? Périple. Où? … HU … après Jaszarokszallas. Ai-je de l’eau? Oui. » Me rendors. Pardon Mr le cultivateur d’avoir couché 2m2 de votre océan de froment. 


4:00 debout, 4:30 go, 6:00 chaleur étouffante. Les routes ont fait place aux pistes de sable pour relier les hameaux. Celui de Tamaörs, 20 pts maisons longent la piste de sable. Ce hameau est primordial pour moi, je dois absolument y trouver 3l d’eau avant d’aborder la suite (20km) pour rejoindre Heves. 


Un paysan, Róbert, s’improvise tavernier du hameau, qqs tabourets et 2 tables en bois dans une pièce de sa modeste demeure, murs chaulés vierges. Sur des caisses, ses breuvages proposés: bière, vodka, thé. J’opte pour le thé. 2 portes ouvertes dans ce local pour aérer, l’une vers la rue ensablée, l’autre vers l’arrière-cour. De l’une à l’autre, 2 biquettes font des a/r entre nous et les tables branlantes, un film! C’est la HU qui n’existe(ra) pas sur les cartes postales, la HU profonde, rurale, loin des clichés. Róbert, le paysan/tavernier fait vite courir la nouvelle, il y a un étranger dans le village. Ils sont une 20aine, dont 2 familles tziganes un peu en retrait, à nous entourer. En se quittant, très longue accolade, j’en ai les larmes aux yeux, et « selfie souvenir ». Je lui explique que ds qqs jours sa photo sera s/internet. Il éclate sa joie autour de lui, « sur internet, comme Messi & di Caprio! » Ses voisins villageois éclatent de rire & l’applaudissent. Je suis dans un rêve. Je cherchais la ruralité et l’âme de cette HU isolée, le Chemin me l’offre au centuple au fil du pas. Róbert n’a jamais été à l’étranger pourtant proche, et 1 seule x à Budapest (slmt 100km), la ville lui fait peur. Même si mon approche v-à-v de la ville est très différente, je le comprends si bien. Zia Róbert, kustenem!


Je quitte le hameau et entre faire un tour dans le cimetière à l’écart du village qui regroupe les défunts des hameaux environnants. Qqs femmes âgées arrosent les fleurs et dépoussièrent les tombes. Chair de poule! C’est, en live, tombes & femmes incluses, exactement les 1ères images de mon film culte d’Almodovar: « Volver », je suis derrière la caméra. Où est P.?


Ces qqs anecdotes épisodiques (humaines, archit., cult., …) qui me resteront gravées, ne doivent pas camoufler l’amont & l’aval: des 10aines de km et 10aines d’h où, depuis Vác, les distractions ne se bousculent plus bcp sous cette chaleur accablante, l’œil reste rivé vers l’horizon, trouble tant il est lointain. 1185 pas par km, 1 toc de bâton pour 4 pas, invariables. Pas une ouate de nuage, pas un pet de vent, c’est le climat estival du Bassin des Carpates. C’est alors qu’épaules et pieds gonflés grimacent. Ce Chemin est un constant apprentissage de patience, mais qui est tjrs récompensé à la porte suivante. 


Parfois, qqs petites ruines de maisonnettes émergent des buissons, c’était l’époque communiste où les hommes restaient aux champs 6j/7 et regagnaient villages & familles le dimanche. Je revis, pistes de sable « interminables », biotope environnant & patience, le même enchaînement qu’en BY, même si ici les villages sont + rapprochés, désormais 30km au +. Sur ce long Chemin, depuis Londres ou depuis Moscou, pas d’agenda ni prévisions; que sera demain? Destin. Quel sera le lieu de nuit? Destin. Quelle sera la météo? Destin. Qui croiserai-je? Destin. Quel sera le prochain paysage/environnement? Destin. Au fil du pas, on prend ce que le Chemin offre en vivant l’instant, pas au-delà. C’est la magie du Chemin.


Kisköre, enfin! 2 assiettes de pâtes & 5 Pepsi, puis embarquer 3l d’eau pour le tracé qui m’attend sur carte, longer l’immense lac Tisza-tó sur 30km, enfin un retour vers un environnement aquifère. Je demande à un jeune pêcheur « The walkpath is secure all along lake till Tiszafüred? – Yes, no problem, thirteen km only » Non, pas thirteen, … thirty!!!


Après 3h de marche, un petit Yacht Club le long du lac. S’y trouvent mes 3 seuls désirs: ombre + Pepsi’sss + eau. Je suis choqué de la manière dont 2 visiteurs ou membres du Club (séparés) s’adressent avec mépris aux membres du personnel. Je ne supporte pas cela. Je laisse Tiszafüred à ma gauche sans y entrer et sans regret car je dois presser le pas, une bonne nouvelle vient de m’être confirmée, ce sera ce lundi à Debrecen…

Dans chaque village, Christ, Vierge, hommages aux disparus de 14-18 & 40-45 sont omniprésents, mais aussi le rappel des massacres perpétrés par les Ottomans au XVIè ayant décimé villages et familles entiers, ainsi que les hommages aux déportés de la HU soviétique vers les Solovski, la Kolyma, l’Oural, que Chalamov & Soljenitsyne narrent sans pudeur.


Re-champ de froment pour la nuit. Le crépuscule est flamboyant. Au lever, 2 chevreuils et un zoo de lièvres.


Je laisse Egyek au N. Peu à peu, les arbres disparaissent, buissons & autres matitis dans leur sillage, ainsi que les champs, plus rien à 180*, où suis-je? où vais-je? est-ce sage? Même pas un arbrisseau épargné à qui parler. D’une porte à l’autre, le décalage est soudain. Hortobagyi est à 35km, y a-t-il, sinon un hameau, au moins de l’eau disponible entre deux? Rien sur ma carte, et pourtant les nappes aquifères potables regorgent en ss-sol, à 2m à peine, frustration! Demi-tour, 4l d’eau, c’est lourd, et repars plein E. Jamais je n’avais entendu parler du biotope de cette partie de HU grande comme BE, ce « rien » évoqué il y a plusieurs j. Maintenant je réalise peu à peu.


Comme une salle-à-manger sans table ni chaises, sans meubles ni tableaux, ni même le clou qui va avec. On a juste laissé le lustre, allumé pleins feux. C’est donc ça, ce « rien » qui m’avait été prédit il y a plusieurs jours, ce vide, ce néant. Ma seule inquiétude pour traverser ce désert plat, bouillant et d’herbe rousse: de l’eau en suffisance. Toute gorgée d’eau est transpirée immédiatement. Into the wild? No, into the nothing. Billard de sable avec herbes sèches, une savane aride, à l’infini oculaire. Jamais vu ça en EU. Je l’apprendrai le lendemain: une immense région de 130.000 ha asséchée lors de la régulation du fleuve Tisza, dont lac en amont. Depuis, une immense réserve naturelle protégée, patrimoine de l’Unesco . Traverser cette savane aride, avec comme seuls garants boussole & eau, est une expérience. Mais elle vit cette savane inhospitalière: cigognes, aigles, cies de faisans, lièvres, troupeaux de chevaux mongols sauvages et de bœufs à longues cornes. Les HU appellent cette région leur « farwest US », qqs scènes de films cow-boys & indiens y sont tournés. Hortobagyi, petit village insignifiant sur une carte mais point de chute d’ornithologues du monde entier. En amont, au hameau de Szasztelek, curieux & impatient de savoir enfin où j’ai mis les pieds depuis 35km, le jeune János, « ingénieur wildlife » (sic) qui revient de son travail, m’explique l’histoire de cette réserve. Si j’avais su! C’est géant, tant son histoire que son maintien. 1 ex: réintroduction en totale liberté d’espèces locales disparues: aurochs, chevaux mongols (dont les surplus de reproduction sont envoyés en Mongolie), renards roux, chats sauvages, vautours et … 5 loups de plaine. János m’emmène (je dois montrer patte blanche) dans une jeep de la réserve pour tenter d’en voir un à 6km au N (interdit d’accès au gd public), une petite zone étrangement + verte grâce à 1 pt d’eau en surface. Une meute de 5 y vit et sont surveillés électroniquement. Ils courent la savane de jour et y reviennent au crépuscule. János scrute aux jumelles, le jeune frère du chef de meute est là, près du point d’eau, seul: « there, there, you see him? » On l’approche à 30m. J’en ai la chair de poule tant le spectacle dans cet environnement est unique. 2 se laissent un peu approcher me dit-il, pas les autres. Ici, pas de jeeps et minibus qui s’embouteillent comme dans les Krüger, Masaï-Mara & consorts. Nature to nature. Kustenem János, kustenem, kustenem, you made my day.





Nuit au camping d’Hortobagyi, sobre, vide, mais avec douche! et encore avec ces loups, chevaux mongols et herbe sèche dans la tête, m’endors sur l’herbe avt même d’avoir monté ma tente, k.o., et ce vent qui ne veut tjrs pas ouvrir la porte.


Encore 35km jusque Debrecen, dont encore partie de la réserve. Les pieds chauffent et gonflent. Après 3 ans d’hibernation, l' »infidèle » s’est réveillé & crevassé. Le Pt Poucet laissait des cailloux derrière lui, je laisse un ruisseau qui me coule de partout, front, torse, bras & jambes, à tordre jour & nuit. Hier, je marchais un peu de nuit, la temp. descend à 30* et en route dès 4:30 le matin, le soleil pointe déjà. Même pas une larme de rosée le matin pour rafraîchir. Que sera-ce en Transylvanie.


Dodo près du petit aéroport de Debrecen, ni carte ni boussole pour s’y rendre, il suffit de suivre les avions dans le ciel depuis 15km (idem que 2013 dans sapinière à côté aéroport de Santiago) car ce lundi 27 est un très grand jour, à 2 titres. D’abord c’est l’anniv d’Isabel, que je remercie en pensée tous les soirs pour ce privilège qu’elle m’a laissé revivre. 


¡Cumpleaños feliz, Isabeliña!💋

Ensuite, un cadeau, mon formidable cousin Olivier M., me rejoint ds qqs h pour 4j via l’aéroport de Debrecen. Ol. a 1 an de + que moi, sportif & marathonien accompli, il connaît l’endurance et « mordre sur sa chique ». Mais notre chef de famille est avant tout l’homme responsable, enthousiaste, tjrs de bonne humeur et doté d’un humour décapant que je connais depuis 55 ans. Welcome on the Way Mômô & tk U for joining me, nous ouvrirons la porte roumaine ensemble. Me réjouis.

8 réflexions sur “Debrecen HU

  1. Bonsoir Werner,
    Olivier est -il bien arrivé 🙂 ? Nous avons fait sa connaissance hier lors de la réunion d’Ydewalle et il nous a parlé de vous, de votre façon de voyager…Bravo, quel super retour aux sources !!
    Merci pour votre superbe site , vous écrivez avec beaucoup de poésie et d’humour, on aime !!!
    Les photos sont très belles de simplicité, d’humanité, de lumière !
    Bonne route et bonne continuation pour votre voyage que nous suivrons via le net.
    Bonjour à Olivier de notre part : Jean -Jacques, Maya et Laetitia RUFFO de BONNEVAL

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  2. Werner, amigo, je t’écris peu pour ne pas t’encombrer l’esprit de pensées qui pourraient t’éloigner de ce présent-sans-cesse-renouvelé qu’est le Chemin. Je t’écris peu, mais je te suis fidèlement, discrètement, tapi dans l’ombre de la Toile qu’éclaire régulièrement la mise à jour de ton blog. Mes pensées alors te rejoignent à la vitesse de l’éclair ; je marche alors à tes côtés, ton bâton salue le mien, tes chaussures font de l’oeil aux miennes, ton regard ouvre le mien sur des paysages inconnus, ton coeur partage avec le mien les rencontres profondes et fortuites. Assurément, tu n’es pas seul ! D’autres, tout comme moi, voyagent avec toi. Merci pour ton partage qui teinte mes journées de lumière orientale, de vent venu des steppes et aussi, tu t’en doutes, d’une touche de nostalgie. Un fuerte abrazo ! Duc in altum ! Ultreïa ! Ch,

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  3. Papa
    J’adore te voir en photos, tu est super fort 💪🏼💪🏼💪🏼
    Je t’envoie plein des bisous et toi tu doit m’envoyer un grand soleil comme la où tu est👆🏼👆🏼🙏🙏
    Je t’aime tres très très très très tres fort 😻👻🤖😽😸😍

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  4. Cher Werner,
    Marcher en pleine chaleur…c’est vraiment dur. Alors courage pour surmonter cela. La présence de votre cousin va apporter quelques changements au solitaire que vous êtes devenu…
    Je comprends que Debrecen est un important centre calviniste hongrois. Nous qui venons de passer un mois sur les pas des huguenots français, ceux qui ont dû quitter la France pour conserver leur liberté religieuse, après la révocation de l’édit de Nantes, nous regardons d’un oeil fraternel et oecuménique la diffusion de la Réforme à travers l’Europe. C’était il y a 500 ans.
    Bonne continuation!
    Anne

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  5. Cher Werner,

    Que te dire de plus qu’à travers ton Périple tu interpelles si bien nos façons de vivre…et ce par ton retour à l’Essentiel, ta proximité avec la Nature, ta Force et ton Courage d’aller chaque jour plus loin !

    En pensées avec toi,

    Amicalement,

    Philippe

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  6. Cher Werner,

    J’aime beaucoup vos interrogations « Que sera demain? », « Quel sera le lieu de nuit? » « Quelle sera la météo? » « Qui croiserai-je? » etc… vous n’en savez rien. Nous n’en savons rien. Et d’ailleurs, peu importe. Nous verrons ce que ce sera quand demain sera là. Pour l’instant, nous sommes aujourd’hui et cela se conjugue au présent.

    Si on regarde bien, on ne sait rien de demain, ni sur le chemin, ni dans l’agitation de la ville, ni au travail, ni à la maison…sauf peut-être une probabilité assez grande de se coucher le soir dans son propre lit (ce qui pourrait se dire autrement sur le chemin, une probabilité assez grande de dormir dans son sac de couchage).
    Ce Destin ainsi que vous le nommez, cet inconnu devant lequel on ne peut que s’incliner, est le propre de l’humanité. Homme ou femme, nous avons l’illusion de croire que nous mènons notre barque et que nous savons où nous allons. Grosso modo on peut y croire mais avec un tout petit peu d’honnêteté, personne ne sait vraiment où il va ou qui il va rencontrer.
    Nous sommes engagés dans notre vie là où nous avons été placés et nous faisons de notre mieux avec les talents qui nous ont été attribués.

    L’essentiel n’est-il pas de vivre simplement ce présent qui nous est donné à chaque instant.

    Et si cette formulation vous convient, on pourrait dire « voyons que nous sommes, depuis le début de notre histoire, déjà dans la main de Dieu ».

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