Iași RO

Pietra Neamt, le bas de l’escalier des Carpates. Ouvrir la porte et faire face à la rase plaine et sa chaleur étouffante, c’est très soudain. Une bottine dans la dernière colline, l’autre déjà en plaine. Montagnes, collines, forêts et ours sont derrière. Devant, une route sinueuse, tantôt asphalte, surtout terre graveleuse qui me mène à Iasi, via la pt route secondaire Margineni – Roman – Sagna – hameau de Nistria – Popesti – Dumesti. 47km d’une traite ce jr, longer champs de maïs et tournesols, aucun intérêt culturel ni rencontres. Marcher en mettant le turbo, point. Je m’arrête vers 1:00 du matin, la lune est pleine, l’air est doux et rien ne m’a incité à m’arrêter avt, ni environnement, ni rencontres, ni fatigue, ni pieds. Bivouac ds maïs, peu romantique, mais facile, discret & rapide. Dans ma tête, je me repasse en boucle tout ce chapitre fort de 10 jrs ds les entrailles des Carpates. A l’approche du bourg de Roman, trop loin & trop sombre déjà pour photos, un gd troupeau de vaches se baigne jusqu’au garrot dans la Moldova, je rêve de les y rejoindre tant la chaleur reste lourde à cette hr tardive. Pt OT fermé depuis 1 an, faute d’intérêt touristique. Temp. affichée à la Mairie à 20:30: 36*, un gd spaghetti, une Ursus N.A. lemon, un double café, 2l d’eau à emporter et go. L’asphalte se mue en terre graveleuse et poussiéreuse. Le traffic moteur disparaît au profit des charrettes attelées aux chevaux, ça vient de partout.


L’environnement change, il est valloné, étiré et pelé. De gds troupeaux de moutons arpentent ce sol déjà devenu aride, la terre est craquelée tant elle est sèche. L’épaisse et grasse herbe verte des montagnes est loin derrière. J’arrive au pt hameau de Nistria, le temps a dû s’y arrêter il y a + de 50 ans. Même selon les standards RO, les qqs gens qui y vivent y sont pauvres, très pauvres. Il ne serait pas digne de mentionner les signes de cette pauvreté si visible & désolante, sauf un, tristement révélateur. Je vais quitter le hameau (300m de long) après qqs palabres avec bergers qd un groupe de 8 femmes assises dans les hts herbes du bas-côté me hèlent. Comme de coutume, elles ont leurs foulards et longs tabliers colorés, elles ont la peau du visage burinée par le soleil et l’air de la campagne, et ont le regard vif. Elles ont de 40 à 80 ans. « Qui? D’où? Vers où? » Mais personne ici ne connaît autre mot que le RO, communication difficile. Je fais remarquer à une des femmes qui tient sa pte fille sur ses genoux que celle-ci est très frumoasa = mignonne (longs cheveux blonds très sales, yeux verts pétillants, elle a un visage d’ange). « Prends-la, elle sera mieux chez toi en Belgia qu’ici, je te la donne, prends-la stp. » en me la tendant. L’enfant se met à pleurer. Les autres femmes ne bronchent pas, elles acquiescent presque. Nous sommes en EU, ds l’UE & au XXIè S, j’en pleure presque de rage, et certainement pas contre cette maman qui semble désespérée. Depuis 3 sem., ds cette RO profonde & rurale, j’ai souvent côtoyé des gens pauvres mais heureux; ici à Nistria, je rencontre des gens très pauvres & très malheureux, sans espoir d’un jour meilleur. Que faire? Que leur dire? Je me sens si impuissant.



Je quitte le hameau à la quête d’un lieu de nuit. Les petites forêts deviennent rarissimes. Finalement un large bois de chênes sur le mamelon entre Nistria & Stomesti. Je vois les 2 villages dans leur vallée respective. En me quittant, Eric m’avait conseillé de manger + sainement le soir, autre que éternels biscuits-sardines-tomates. Chose faite ce soir: soupe de légumes … à l’eau gazeuse, bêrk! Me suis trompé à l’achat en me ravitaillant, mais l’estomac ne fait pas la différence.


Le chemin de terre sillonne de villages en villages, espacés de 4 à 10km. « Un étranger ici?! » 100x répétés. Je croise bcp de troupeaux de brebis & vaches, et leurs gentils chienchiens très jouettes. Ici, ils ne sont pas dressés pour faire face aux prédateurs tels que loups, ours, lynx & chiens errants. Stomesti, il y a, comme ds chaque village, une pte épicerie-bar. J’attends l’ouverture de 6:00. Je suis à 100 lieues du spectacle que je vais y vivre. Une charrette attelée y est déjà avec père & fils, ils attendent aussi. 6:00, je prends mon café (non gazeux) + pain & fromage de chèvre, et me mets sur le seuil pour avaler tt cela. Arrive une 2ème charrette attelée, puis une 3ème, … une 10ème, … une 20ème, dans cette petite ruelle poussiéreuse à souhait. Elles viennent de partout. C’est l’engorgement général, Pl. Stéphanie (Bxl-BE) sans tunnel à l’heure de pointe dans la profonde campagne moldave RO, dingue! Mais ça ne perturbe personne, & tt le monde se connaît évidemment. Femmes & jeunes restent assis dans les charrettes pdt que les hommes vont vite avaler leur 1ère Ciuc de la journée, et acheter pain, bouteille plastique de 2l de bière qui restera chaude tte la journée, et autres menues victuailles. Les femmes assises dans leurs cariolles papotent entre elles. Des chevaux hennissent, impatients & coincés entre d’autres charrettes. Je me faufile entre les charrettes, « garées » ds ts les sens, pour saluer et caresser les chevaux. « Je peux prendre une photo de l’ensemble? » Certaines acquiescent, d’autres aussi mais avec Lei à la clef, je renonce à contre cœur. Je salue, caresse les chevaux avec un œil distrait dans leurs longues charrettes. Dans l’une d’elles, un homme (60) gît de tt son long sur un matelas de foin, bâche en plastique sur lui jusqu’au cou! « Il dort? » « Nu » me répond la femme. « Il est mort? » Encore « Nu ». « …? » Elle me fait signe de regarder en-dessous de la charrette. Entre les planches coule le vomis de l’homme ivre mort. Ça ne perturbe personne. Le « cocher » finit par arriver auprès de son épaisse femme après sa/ses Ciuc et m’explique qu’il a retrouvé son voisin affalé ds l’herbe en colline au lever du soleil, entouré de ses vaches, ivre mort. Il le ramène chez lui, mais seulement après ses priorités: sa Ciuc, ses pts achats et papotes avec copains bergers & fermiers. Dingue, dingue, dingue. Fantastique! Chevaux & charrettes se dispersent peu à peu vers champs & collines, et la journée reprend son cours tranquille. Ai-je eu une hallucination? Non, tt cela a duré 1/2h, ne reste plus que le nuage de poussière du départ des cariolles dans la ruelle pour me confirmer cette scène surréaliste. Dingue! Qqs azimuts à travers champs moissonnés pour gagner du tps entre villages, les points de destinations sont très visibles de loin. Encore + de 40km aujourd’hui, sans cesse happé des yeux par ces lointains paysages moldaves et tt ce qui m’entoure selon les lieux: gens, paysages, maisons, hameaux & villages. Christ et Vierge continuent de longer ma route, tout comme ces magnifiques églises et un … corbillard à atteler.


Parmi ts ces hommes de la terre croisés, il y a Stefan (72) croisé à la descente de sa carriole attelée à Doroscani. De sa lointaine jeunesse, il se souvient de qqs mots en FR. Il n’a pas eu une vie originale ni à rebondissements. Depuis ses 15 ans, il vit au rythme des saisons de manière immuable. Faire paître les moutons, faucher, rentrer le foin et préparer le bois pour l’hiver en été. Nourrir les bêtes et vendre son fromage de chèvre en hiver. Point. Tt en me parlant, il ne cesse de me tenir la main en la serrant fort. Son émotion, son visage & ses yeux révèlent un homme pur & bon.


Une porte qui grince de tps-en-tps… : je fais une pte pause dvt l’église de Pausesti & me joins à un groupe d’hommes assis sur le muret. « And you like RO? », la question m’est posée 1000x. « Yes, tremendously, I adore it, for its landscapes & its people, … except for one thing. » « …??? » Là, je n’en peux plus tant ça m’écœure au quotidien, et cela ressort à chaque réponse: « I cannot stand to see all those rubbish everywhere. Plastic bottles, plastic bags, cans, they are everywhere, along the roads, on paths, in forests, in fields, even in front of police stations & consuls (Mairies), everywhere, what a pity in such a beautiful country, why? » … silence de mort, on n’entend que les grillons. Légers acquiescements de tête de certains. Pour rompre silence & embarras, le gd et fort gaillard de la bande bredouille: « Yes, it’s true, but it’s not me. » Même mon fils de 6 ans aurait trouvé mieux comme réponse. Combien de x, pour prendre une belle photo de paysage, je dois d’abord aller écarter bouteille de plastique ou canette qui salit l’avt-plan de ma photo, 100x. Je n’ai pas de leçon à donner, surtout que ma chère BE est loin d’être un exemple en la matière, mais il suffirait de si peu pour balayer définitivement ce fléau, ce pays est si beau & si authentique. Parenthèse fermée.

19:00, trouver ravitaillement et lieu de bivouac, ça ne pourra être que près du lac de Cogeasca, dernier village rural avt de rejoindre l’inévitable gd’route pour les derniers kms vers Iasi. Du surplomb où j’aboutis, la vue de ce gd lac en forme de boomerang est féerique. De l’autre côté du lac, le flanc opposé est parsemé de bouquets d’oliviers. Il n’y a que là que je peux jeter mes hardes pour la nuit. Mais des points blancs s’en détachent, la colline est déjà occupée. 2 gds troupeaux de moutons se partagent le km de flanc de colline. 1h pour contourner le lac et les troupeaux sont déjà redescendus, s’abreuvent dans le lac et direction dodo-bergerie loin de moi. La vue depuis ma tente est magique, j’ai le coucher de soleil ricochant sur le lac juste en face de moi. Je pourrais/voudrais dormir à la belle étoile tant l’air est chaud & sec. Mais à défaut d’ours, ce sont les serpents (+1m) qui sont nombreux sur ces sols arides. Pas mortels, mais très vénéneux avec morsure provoquant grosse enflure et hausse du battement cardiaque. Une nouvelle journée de ce Chemin RO époustouflant est en train de s’achever. Demain midi, la ville de Iasi, et Ioana & sa famille pour une chaleureuse visite.



Finalement, je parviens à rester à distance de la grand’route, je reste derrière la chaîne de colline qui me sépare de la grand’route pdt 9km me frayant passage au milieu des troupeaux de moutons et de vaches. Ds leur solitude, les gardiens de troupeaux voudraient causer, mais je suis pressé d’atteindre la ville, la 1ère depuis Bratislava SK. Franchir le surplomb de la colline, la descendre comme d’un toboggan et contre tt attente, me retrouver soudainement ds le cul du Décathlon de la banlieue de Iasi! C’est passer d’1 planète à l’autre en 5′! Decathlon = providence: besoin d’urgence d’1 nvl boussole, cassé la mienne en marchant dessus lors de bivouac. Ce gd supermarché du sport & loisirs avec musique & bruit, gens affairés, caddies, rayons pleins, fait presque peur, à des années lumière des moutons, faux & meules, charrettes attelées, paysages lointains et le silence à l’infini. C’est la ville moderne dont j’ouvre la porte.




Iași, enfin (prononcer Yash’)! Ioana, qu’Isabel & moi avons la chance de connaître à Bxl depuis 7 ans m’attend chez elle. Chaleureuses retrouvailles et avec son ange de fille Andreea. Son mari, retenu par son travail à Bxl, ne pourra arriver à Iași que ds 3 jrs. Avec Ioana comme guide d’excellence, délicieux restaurant-terrasse pour me gaver en qual. & quant. jusqu’à Vladivostok, visite du gd centre historique, impressionnant de beauté, dont son fameux Palais de la Culture, digne de Versailles, que nous visitons, dont tous les portraits des règnants de RO, y inclus le père de SM le Roi Michel. La Cathédrale Métropolitaine = un joyau, l’église des 3 Hiérarques, le Palais Roznovanu et autres merveilles de richesse inouïe. Iasi, une gde ville aérée, lumineuse & propre. Mais il y fait très chaud en été. Soirée barbecue & nuit chez des amis -Constantin & Andreea- de Ioana & son mari sur la colline à l’E de Iasi. De leur belle maison-chalet de bois, la vue est magique: tt la ville de Iasi en contrebas, les autres collines, l’aéroport au loin. Ap pt-déj, retour à la ville et aurevoir ému de ma part. Ioana, à l’instar de ses compatriotes, m’a traité comme un prince, avec toute la disponibilité, l’attention et la générosité qui la caractérise. Multumesc Ioana, de tout cœur. Mon séjour ds votre magnifique pays et à Iasi restera gravé.


Quitter Iasi et cette symphonie RO en 3 mouvements: Plaine de Transylvanie – Carpates – Moldavie, est dur. J’y ai vécu des moments denses & exceptionnels entre nature et gens. A Sculeni (RO & MD), je ne fermerai pas la porte derrière moi, je la laisserai entr’ouverte, pour y revenir un jour, c’est sûr. 

Prochaine grande étape: Chisinau MD, avec déjà une épine avt d’entrer en MD: le check-point frontière le + proche de Iasi est Ungheni (RO & MD) mais uniquement accessible en train, via le pont Eiffel sur la rivière Prut. Conséquence: 19km de détour par le N (via Sculeni) pour finalement revenir à 3km à vol d’oiseau de l’autre côté de la frontière. Purée! 1/2 jr de « perdu ». Ce n’est pas tout, je reçois un mail de Anca, gérante de l’OT de Iasi: 

Expéditeur: Centrul de Informare Turistica Iasi  Date: 28 juillet 2016 08:49:54 UTC+3 Destinataire: Werner van Zuylen Objet: Rép : Border Ungheni RO/MD

« Well, dear Werner it seems it is not so easy. The nearest checkpoint is Sculeni for cars (or Ungheni for trains). But … it is NOT allowed to cross the border by foot. It’s mandatory to use a car or a bus. Or a bicycle. The situation is the same in any cross point, I just called the border police. So, their suggestion is to go by foot until the checkpoint and ask somebody with a car or bus to take you to the other side. I’m sure you will find a nice person to help you. Good luck, Anca. »

Voilà, passer la frontière à pied est interdit à Ungheni (train only) ainsi qu’à Sculeni par le no man’s land = exactement comme je l’avais vécu à la frontière BY-PL en 2013. Autre contrariété: les Bancomat en MD ne sont pas opérationnels pour les cartes étrangères. L’aventure continue… 



Je suis triste de (déjà) quitter ce pays, cette RO que j’ai eu la chance de vivre dans ses entrailles à travers ses plaines, collines & montagnes, ses hameaux ruraux et surtout ses émotions et ses gens, tjrs le cœur sur la main. Mes seuls traits d’union depuis les Carpates jusqu’à la frontière UA seront Stefan le Gd, Prince de Gde Moldavie au 15ème S et Vasile Lupu, régnant lui auss, au 17ème. Deux gds bienfaiteurs que RO & MD admirent. Ils jalonnent aussi mon chemin, aux côtés de Christ & Vierge. Mulțumesc minunat România, la revedere!  Mulțumesc Ioana & Andreea, Constantin & Andreea, Adriān & Lucica, Ursa, Stefan, Valeriu, Nicusor, Nicolae, Anca et tous ces anonymes qui m’ont tendu la main & ouvert leur porte. Mulțumesc!

Direction Chisinau MD, puis Odessa UA en longeant la Transnistrie, zone rebelle non reconnue par Commun. Intern. à éviter à tt prix.

Piatra Neamt RO

J’apprends les atrocités qui viennent de se dérouler à Nice, ainsi qu’à Istanbul. Comme je le croise sur ma route, puisse ce monde devenir un jour meilleur.
Forêts des Carpates, arborées ou rocheuses, tjrs sauvages mais très surveillées. Les cartes topographiques dont disposent les gdes-forestiers sont stupéfiantes de précision. Chaque ha de cette immensité de chaîne montagneuse Transylvanienne y est quadrillée, gare aux braconniers & coupeurs d’arbres illégaux, les autorités ne plaisantent pas.




Un stop à la patte d’oie de Bistrita pour manger un sain goulasch dont je raffole. Je bifurque N-E vers Borsec. Apparaît subitement un surprenant & élogieux monument/mausolée aux morts ´14-´18 en bord de forêt. Les restes de 771 soldats d’inf. & d’art. y sont déposés, dont nombre de non identifiés. Un couple de très sympathiques HU s’y arrête aussi. 


Le panorama change brutalement dans la vallée. Finis vallée évasée et collines de feuillus ou foin en dénivelés accessibles le long de la rivière Mures. Dorénavant c’est une très encaissée & étroite route en serpentin qui sillonne entre 2 murs (3 à 400m de ht) peuplés de très hts sapins serrés (me demande cmt ils tiennent debout). Impossible de rentrer dans 1 de ces murs boisés, ils sont quasi verticaux & denses. Tant le biotope résineux que le relief archi chiffonné ont de sérieux relans de Forêt Noire DE que j’avais eu la joie de traverser en 2013. Épaules & mollets s’en souviennent encore. Il ne pleut pas mais le ciel est noir, une étrange sensation tant le silence est lourd et qu’il y fait si sombre, en plein p.m. Un vrai labyrinthe ténébreux qui agacerait un claustrophobe. Après x courbes, un pan devient rocheux d’où se libèrent des cascades d’eaux, magnifique. Cette forêt montagneuse que je remonte par ce lacet asphalté jusque Alt 1100m est dense, compacte, épaisse. J’ai l’impression que seul un habile chevreuil pourrait s’y faufiler. Et un ours…, dont j’arpente le milieu de leur salle-de-jeux sur ces 25km. Tel un coq, un œil rivé à g, l’autre à d, & attentif au moindre craquement … suspect.

Des chiens aboient au-delà de la courbe suivante (!?). Celle-ci est + profonde et y apparaît contre tt attente un pt chalet-restaurant et, attenants, qqs bungalows en V renversé, au milieu de cette jungle de résineux. J’y passe la nuit pour le prix d’un sachet de frites. L’endroit est aussi insolite & charmant que l’environnement naturel est austère. J’y suis seul et passe partie de la soirée avec le couple de gérants en leur posant mille questions dont « Pq tant de chiens chez vous? … les ours! Ils descendent svt pdt la nuit et reculent aux aboiements des chiens. » … sur un ton d’évidence. En effet, et les bungalows sont ceinturés par une palissade en bois, et les chiens dorment … dvt ma porte de bungalow. Gentils chiens! 


Les pans de collines deviennent – raides, qqs chemins & sentiers d’accès apparaissent à travers forêt et hauts rochers. Vers où? No sé! J’en tente un pour espérer couper une longue épingle à cheveux s/ ma carte. Ça grimpe et serpente mais le chemin reste large. Après 1km & presque 20′, un petit panneau apparaît, cloué sur un ht sapin: « Atentie: pericol ursi ! » (Attention: danger ours) Hum …, ds le doute, je fais demi-tour, mais s’il y en a un qui se pointe en aval du chemin, suis fait comme un rat. J’entends un bruit de moteur ds mon dos, une espèce d’Unimog RO perché très haut sur ses roues redescend de la montagne avec 2 gdes-forestiers à son bord: « À pied & seul, mieux vaut vous abstenir, d’autant que des femelles ont mis bas. » Il me parle en très bon FR. De la banquette arrière, il saisit un app. photos digital avec son long zoom encore vissé et me montre qqs photos prises ces dernières semaines. Brrr…, magiques & époustouflantes, dont 2 oursons perchés s/ un rocher et un mâle à 200m des bungalows que j’ai quitté il y a 2h. Hum…, cristal clear, je reprends la pt route asphaltée.



Un point très noir sur ce long chemin nature & verdoyant de RO: les innombrables bouteilles en plastique jetées qui jonchent les bas-côtés des routes et certains chemins, idem qu’en BE & FR. Jamais je n’ai vu cela ds les autres pays traversés en amont, UK, LU, DE, CZ, AT, SK & HU où le civisme est solidement ancré. Certes, les faits d’une minorité (consciente de ses actes) mais dont le résultat est nuisible & interpellant. Au hasard, ce matin, j’en examine qqs-unes. L’une d’entre elles est là depuis 8 ans = date de péremption gravée à l’encre dans le plastique 03/2008! Et pour 40 ans encore dans le même état, pfff…, quel gâchis. Jamais je n’ai abandonné le moindre détritus à un bivouac, soit brûlé, soit emmené, j’en fait une priorité. Seules choses y abandonnées par mégarde & à amer regret durant ces 2 mois 1/2: paire de lunettes, essuie de bain & couteau.


Entrée du village de Borsec, une 10aine de femmes Tz sont à genoux sur les 2 trottoirs parallèles. Tout en progressant très lentement, elles arrachent les herbes qui poussent entre les pavés. Matériel: doigts et ongles, même pas un couteau. Pas de Roundup nocif ici, ni de photos humiliantes. Je dois patienter 24h à Borsec, c’est ici que mon pote Eric vient me rejoindre demain. Lui donner les coordonnées lat. & long. du pied de sapin de montagne où je l’attendrais aurait été un « peu » osé & compliqué. De Borsec, nous repartirons ensemble vers montagnes & lacs d’altitude, dir. Piatra Neamt. Je me réjouis & suis curieux de faire cette pause à Borsec, on m’a dit que le village recèle moultes intérêts à découvrir. Je me réjouis d’autant + de retrouver la cie d’Eric, 3ème x qu’il me fait le plaisir de m’accompagner qqs jours sur mes chemins, on va vivre qqs jrs riches & fantastiques ensemble, c’est écrit.


Borsec, pt village de 2500 hab mais une des + anciennes & glorieuses stations thermales de RO, elle me rappelle Spa BE par ses anciennes architectures du XIXème. La pte Borsec a connu son hr de prestige à la Belle Époque, ht lieu de villégiature de la hte bourgeoisie et dignitaires de l’empire AT-HU. N’en subsistent que qqs gds bâtiments: hôtels, villas cossues, la vieille polyclinique, tous abandonnés et en ruines, mais très visibles. Discrètement, par une fenêtre brisée, je m’infiltre dans le feu Hôtel Transilvania (dont il ne reste que 5 lettres rouillées), abandonné il y a 40 ans. Je le « visite » entièrement en prenant garde de ne pas faire écrouler un plancher ou escalier. Tout y est décharné et se désintègre au fil des ans, faute d’amateurs et d’initiative publique. Au milieu des décombres, je m’assieds sur ce qui devait être une petite scène pour orchestre dans un des gds salons. Dans ce silence sinistre, je regarde autour de moi et imagine ce que ces murs ont vu & entendu: valses de Strauss & Schubert, gros Havanes croisant longs et élégants porte-cigarettes, smokings & tenues de gala militaires croisant longues robes évasées « abat-jour », longs gants blancs & colliers de perles, canes à pommeau d’argent croisant les ombrelles à dentelles dans le parc arboré. Période d’exubérance et d’insouciance avt que la folie des hommes ne rase tout: la Grande Guerre. C’était ici, dans ce qu’il « reste » de l’historique Borsec.


Un siècle + tard: nouvel OT qui existe depuis 1 mois (aide EU pour le développement  rural) où je trouve tt: trails maps pour nos prochaines 48h, town map & interests sites dont les très fameuses sources naturelles d’eau gazeuse, ainsi que logement pour 2 nuits, seul puis avec Eric: encore un pt bungalow (minuscule = 6m2) au pied de la colline, tt en ht de Borsec. Pt hic pour les 2 garçons très « kaki » que ns sommes, l’intérieur de notre dé à coudre est de couleur … rose barbie! 30 ans d’amitié depuis l’E.I. à Arlon qui nous conduit today dans les sauvages Carpates. La vue depuis notre boîte à chaussures: 2 pistes de ski sur le flanc de colline d’en face. 41* il y a qqs jrs en plaine, 6* ce midi à Borsec, brrr…


Dans un minibus surchargé, Eric arrive avec 1h de retard. Le chauffeur s’est arrêté qqs x pour faire le plein de … Ciuc.


Je ne présente plus Eric. Il est le compagnon de chemin idéal pour cette fin de parcours des Carpates. Il est homme téméraire mais prudent, audacieux mais responsable, fit & endurant. Progresser en ligne +\- droite dans ces cols montagneux & boisés est risqué voire très dangereux qd on est seul. Mauvaises rencontres (ours, Tz, …) et accidents physiques, isolés de tout & ss réseau tél, sont des risques inutiles lorsque seul. 





Eric & moi faisons notre plan de progression. De Borsec jusque Grinties par les montagnes, via les Monts Prisilopu alt.1441 & Magura alt. 1548. Timing projeté: 1 très grosse journée et retour vallée avt nuit. La réalité sera toute autre en fonction du relief. A 18:00, venons à peine de dépasser le 1er sommet. Pas 36 solutions pour nuiter, ce sera en montagne, mais avec prudence. Sommes un peu inquiets, les dangers existent et ns n’avons aucun réseau tél. Ns traversons une jeune sapinière pdt qu’Eric frappe ds les mains (…) et au sortir de ce résineux: la providence. Une bergerie de 25m2 à Alt 1400m en +\- bon état, mais sans porte. Ns ns y enfournons et ns ns y barricadons, une vraie prison pour la nuit contre d’éventuels ours. Ils sont omniprésents jusqu’à 1000m + bas. La barrière de bois qu’y construit Eric serait infranchissable par un mammouth. De +, 2 gamelles soigneusement pendues ensemble à cette grille en bois de prison nous réveilleraient au moindre entrechoquement. S’en suivrait la défense à l’arme « lourde »: puissants sprays lacrymogènes et bruyants tunderflashs. Les ours seront invisibles mais omniprésents autour de nous: traces de grosses pattes dans la boue, lieux de couchage, brassées de plans de baies arrachés, énormes pierres basculées à la recherche de gros insectes. Je tarde d’en voir enfin un, … de loin. Avt dodo, Eric va cueillir de jeunes pousses de sapin dont il nous prépare un thé à tomber par terre de délice. Ce lieu de nuitée restera exceptionnel dans mes souvenirs.







Au crépuscule, nous attaquons une partie de la descente pour aller chercher une autre montagne. A 300m en descente, ds une étroite vallée à 1000m, une frêle demeure en bois d’un autre temps. Toute une famille de bergers y est encaquée all year long dans l’unique pièce, la gd’ mère, les enfants & pts-enfants, et biquettes & poules qui entrent et sortent. Un autre monde. Immédiatement, une gamelle de fromage coulant de chèvre nous est proposée. Un peu âpre mais si sain. « Et vous avez dormi tt en ht? Oui. » … petit rictus inquiet. « Si vs étiez descendus jusqu’ici, vous auriez pu manger & dormir avec nous, en tt sécurité. » Des nobles. Nous quittons cette modeste mais si chaleureuse famille d’éleveurs isolée en montagne avec regret. Chemin de rencontres insolites et si riches.


A nouveau 300m + bas, un gd troupeau de chèvres et leurs gardiens à mâchoires d’acier qui viennent à notre rencontre. L’un semble agressif, ses babines sont retroussées, idéal pour mon coup de spray, il fait demi-tour illico en éternuant & gigotant. Le berger ns voit, rappelle ses chiens et ns passons, ouf.


Ces bivouacs et progressions totalement isolés aux sommets des Carpates sans possibilité de comm ext pdt 3 jours & 2 nuits resteront gravés. En solo, les Montagnes des Carpates sont risquées voire très dangereuses: ours, accident physique dans les rivières rocheuses, franchissements périlleux d’immenses chablis, qqs escalades avec notre maison sur le dos, 1000 possibilités de s’y perdre tant les sentiers & chemins de débardage sont nombreux, se croisent et serpentent, 1 colline en masque systématiquement 1 autre, aucun sentier balisé et ns sommes enfermés ds de très hts sapins serrés qui nous masquent ts points de repère. Le téméraire, mais non averti & donc prudent dans cet environnement immense et sauvage implique qu’il m’aurait été irresponsable de m’y aventurer seul. Ns y avons vécu les 2 principaux: ns écrouler à genoux en fin de soirée tant l’effort fut long & dur, mais surtout ns pâmer d’émerveillent devant ces paysages lointains & uniques qui nous ont plongés dans les entrailles de ces sauvages Carpates. Le lendemain idem, ns pensions franchir le col Blatca Plopiloc en 2h, il ns en fallu 5, tant le relief est trompeur, azimuts difficiles & courbes de niveaux aléatoires sur mes cartes. Dans une autre dimension, cette progression me fait penser au pèlerin d’antan, souvent contraint d’aller à Compostelle pour la quête du repentir. Dans un environnement inhospitalier, sans supports technologiques modernes, il partait, presqu’en guenilles, affronter les humeurs du ciel, les dangers des rencontres humaines & animales, l’effort & la souffrance, la faim & soif.

Depuis la charmante Grinties, une 20aine de km à arpenter du N au S, parallèlement à l’immense lac Muntelui bleu azur, à 100m de nous et que ns ns verrons jamais tant l’écran de sapins qui nous sépare de lui est compact & opaque. Pt halte au hameau de Secu (10 pts maisons max) complètement isolé. De mémoires d’anciens (qui caressent le siècle), jamais un étranger n’a fait irruption dans ce lieu insolite, comme si ns débarquions de la planète Mars. Eric souffre à une plante de pied, il continue au même rythme, les mâchoires serrées, il est tenace. 



Restent qqs km avt S du lac (et son barrage) au village de Cristina (N de Bicaz), où m’attend une formidable surprise. C’est mon ami & voisin Philippe G. (Moscou -Vladivostok à moto en solo en plein hiver) qui termine une compétition internationale d’enduro en RO et qui vient faire un gd détour pour me faire un gd coucou. Merveilleuses retrouvailles. Dîner à 3 le long du lac, nuit ds bungalow et pt-déj. avt de nous quitter. Multumesc Philippe, ta visite impromptue à cet endroit bucolique fut un cadeau. 


Dir. Pietra Neamt où ns bivouaquerons en forêt à 6km en amont coincé entre 2 collines. Bain & vaisselle ds le ruisseau à 5m, Eric alias P. Bocuse ns prépare un menu princier qui me change de mes quotidiens pain-sardines-tomates. La Transylvanie est désormais derrière moi, j’entre en Moldavie RO qui recelle mille trésors.




Piatra Neamt RO, Eric me quitte, dir Bxl. Sa présence fut un immense + sur ma route, nous y avons vécu des moments aussi forts que formidables.

Presque la dernière ligne droite de ce rêve: retrouver la plaine vers Iasi RO ds 4 jrs où j’espère retrouver Ioana et sa chère famille, puis Chisinau MD et enfin la Mer Noire, ce sera à Odessa UA.

Vâgani RO

Sortie de Bistrita, que je regrette de ne pas avoir visité, faute de tps. Une pharmacie annonce 41*, soleil presqu’au zénith, brûlant & étouffant.
Pour rejoindre le Mont Poiana Tomii Alt 1470 (ds les Monts Caliman), je dois d’abord enjamber 5 collines à découvert par chemins de terre, traverser les hameaux (Satu Nou – Petris – Budacu de Sus – Ardan – Lunca – Sebis) dans leurs fonds pour rejoindre le ruisseau Sebis qui me mènera à la crête forestière. Ça monte, ça descend, avec des vues époustouflantes. Au très loin, l’un ou l’autre point blanc aux horizons bas qui scintille sous le soleil, ce sont les églises des villages. C’est un autre monde. On est en pleine fenaison sur les flancs et plateaux de collines. Charrettes attelées, meules maigrissant à vue d’œil, hommes & femmes, gds’parents, enfants, tous chapeau de paille sur la tête, ont la fourche ou la faux en main, pas une machine à moteur à l’horizon. Rien que la force des bras et la sueur sous ce soleil cuisant. Je me cache pour admirer discrètement ce spectacle, je suis dans un autre monde.



Au pt hameau de Petris (20 maisons au +) perdu dans les champs, un pt panneau annonce « Tourism Office »!? Miracle ou mirage? Et pq ici, y a « rien »! En effet, un nv pt bâtiment « centre info », mais fermé. Bureau de police à coté: il est employé à la police, responsable du pt « point » poste et … du nouvel OT. Le Mr m’y invite avec un trousseau de clefs digne de celui d’un mâton. Le local est récent (Janv. 2015) et meublé: tables, étagères, chaises, bureau, et chaque meuble a encore son (omniprésent) auto-collant « Aide Européenne pour le Développement Rural » collé dessus. Pour le reste, vide! Car d’info’s, il n’y a pas, rien, nothing, nada. Pas un folder, ni carte, ni prospectus, ni un quelconque papier qui traîne, ni un crayon, rien. Suis perplexe et n’ose pas lui demander à quoi sert « tout ça » alors. « Et vous avez parfois des visites? Rarement, parfois une classe d’enfants d’un village voisin. » Pq? Je ne sais pas. « Et des visiteurs étrangers, depuis l’ouverture il y a 1 an 1/2? Heu…, oui, 1, vous, aujourd’hui. » Je n’ose pas éclater de rire. Une RO en pleine mutation et à 2 vitesses, c’est normal.


« Qui? D’où Vers où? » me lance l’h sur sa charrette attelée à 2 magnifiques chevaux blancs. Je passe presque tt l’ap-midi dans sa pte ferme pour l’aider à rentrer le foin ds sa grange. Il s’appelle Ursa Florin, (46) et habite à Ardan. Comme tous les habitants de ces pts villages, il ne vit que de la terre, et comme tous ses voisins, il a 1 vache, 4 cochons, 12 brebis et ses poules & dindes. Il parle un ES de Cervantes, ts les h’s de ces 4 ou 5 villages environnants sont bilingues RO/ES. Il y a 25 ans, ts les garçons en âge de travailler ds ces pts villages sont partis apporter leur main d’œuvre à la frénésie immob. qui entourait Madrid. 10 ans + tard, non fortune faite & après désillusion, ils sont revenus les uns après les autres, le mal du pays était + fort. « Maçonner de jour, dormir entassés ds des conteneurs de nuit, pdt 11 ans. Regarde ici, l’air pur, le silence, les collines, les forêts, les ruisseaux, les horizons, mes tomates, mon lait, mes œufs, mon fromage, mon lard. Ici est mon âme, pas dans ces horribles chantiers urbains (sic) ». Je le comprends si bien. Plein de fétus de foin et de poussière, je me douche derrière le fenil avec le tuyau qui sert à évacuer le purin de l’étable, grosse accolade à tte la famille et m’en vais le cœur gros. Le sac-à-dos est gros aussi, ils m’y ont fourré lard, tomates, fromage, piments, pain & un sachet de sel. Des nobles. Ursa m’a bien confirmé: ds ces forêts au sommet, ours discrets si tu ne trébuches pas dessus, des loups que tu ne verras pas, sangliers, lynx, chevreuils et cervidés. Pas de crainte de jour mais n’y dors pas. Troupeaux & chiens? « Non, au fur et à mesure qu’on fauche, ils transhument ailleurs. » À reconfirmer au fil des jours… « Et si je revois un de ces chiens? Tu prends ton couteau et couic! » en faisant un geste circulaire autour de sa gorge. Hum …, ouais, dans les films, pas convaincu.


Je vois le village de Sebis, ce sera pour demain matin, avt la longue ascension. D’abord dormir. Le long du ruisseau que je longe sur le sentier, 10m2 dégagés, mon 5*. Mais avt, boire goulûment cette eau fraîche & cristalline, me déshabiller pour m’allonger dans le ruisseau, me laver pour ôter cette poussière de terre et sueur collante, me raser, et lessiver ce que j’ai porté today. Cette eau descend tt droit du sommet que je vais chercher demain à l’aube. Ensuite me régaler du festin que m’ont donné Ursa & sa mère, et écrire mes notes du soir. Pas de silence total, c’est au son fort des grillons et du ruissèlement de l’eau que je m’endors comme une mouche écrasée. Je vis un rêve, tout y est dans le cadre bucolique de ces magiques collines. Cependant, demain me préoccupe. Bcp (trop) d’incertitudes pour aller chercher le sommet de cette haute montagne boisée. Les montagnes des Carpates, c’est pas la Baraque Fraiture. La nuit porte conseil, j’ai une idée…, à vérifier demain a.m.


C’est un mulot qui gratte en-dessous de ma tente, côté tête, qui me réveille. A 6:00, ds 20′, la pte épicerie de Sebis, dernier village avt l’ascension, va ouvrir. 6:00, j’y prends un café et j’attends. Les 1ères pers. du village arrivent. « Qui? D’où? Vers où? ». Les conversations s’engagent tjrs très rapidement, les RO sont des gens très affables et svt multilingues. J’avais une idée… J’annonce la couleur tt de suite: « Je veux aller au Mont Poiana Tomii ce matin & redescendre par l’autre versant, connaissez-vs un h ds le village qui pourrait m’y accompagner? » Ds ces pts villages ruraux, telle une gde famille, tt le monde connaît tt le monde. Conciliabules, pts coups de fil discrets… Une dame m’invite à rencontrer son mari chez eux. Je l’accompagne, en prenant son cabas en main, à 200m. Ferme poignée de mains, il m’impressionne, très grand, taillé ds le roc et fière allure, il aura le rôle du prochain J. Bond. Il est au tél, il cherche du travail de fenaison à la journée. Il raccroche, bredouille et un peu désespéré. Adrian (45) & sa femme ont 3 enfants. Il a ses qqs animaux de ferme et a déjà rentré son foin, et plus de boulot pour les semaines à venir. Son objectif: acheter son 1er tracteur d’occasion ds 2 ans. Il maîtrise ES, DE, FR & UK pour y avoir travaillé depuis ado. Depuis 5 ans, il passe 4 mois d’hiver dans les forêts au S de Frankfurt DE comme ouvrier forestier. « Pas de boulot aujourd’hui, alors c’est ok, on part maintenant! » Ça marche! (NB: à aucun moment de la journée et depuis notre rencontre du matin, le mot « sous » n’aura été évoqué.) Toute notre conversation ininterrompue de cette très longue journée se fera en UK. Petit sac-à-dos, il y fourre qqs brols. « Adriān, tu as de l’eau? Non, et vide le fond de ta bouteille, viens. Quoi??? Pas d’eau??? … » Ns partons, avec ses 2 jeunes bergers DE.



 « Werner, tu veux par des chemins ou tout droit? Heu…, tout droit! » Très vite, je comprends pq il ne me fallait pas d’eau, la montagne et collines d’accès en pissent de tous leurs pores. Par les flancs de terre et de roche s’écoule une eau cristalline, pure & très froide, tous les 100m & jusqu’au sommet. « Bois, c’est la meilleure du monde! » en souriant. Avt d’aborder la 2ème partie de la montagne, boisée de très hts sapins, nous traversons qqs ss-bois et parcelles de foin. Ns montons depuis 3h et c’est tt une famille de ses voisins qui retourne le foin à la fourche, avançant en tirailleurs sur ce pt plateau. Le père vient nous retrouver avec 3 pts verres de genièvre. « Regarde, cette parcelle est à mon voisin A, celle-là à mon voisin B, cette autre à mon voisin C. Mais quelles parcelles? Où sont les limites? Ni clôtures, ni piquets, ni bornes?! Nous, nous savons, regarde: tel arbre, tel rocher, telle source, tel dénivelé, ce sont les limites ». Suis bluffé. Les chiens d’Adriān ouvrent la voie à 50m jusqu’au sommet, levant un renard, des chevreuils, 2 gros sangliers. Des ours? « Attends Werner, c’est possible, on va voir. » Cet homme, Adriān, m’inspire une confiance totale. De tps-en-tps, il s’arrête, écoute, regarde autour de lui et se remet en marche. Mais secrètement, il m’énerve un peu: alors que je suis à tordre, en nage de la tête aux pieds, lui n’a pas une goutte de sueur qui lui perle du front. Le sommet? On ne le voit plus depuis que nous avons démarré, tjrs masqué par collines ou arbres. « Tu as déjà été au sommet? Oui, 2x, avec mon père, il y a 25 ans.(…) » Encore une source, ds un ss-bois, une autre, filtrant entre les rochers, et encore une, remontant à travers l’herbe grasse. À chaque source, bouche, bras, visage & nuque s’en délectent, il fait très chaud. Il privilégie la montée par les coulées d’animaux, ours, sangliers, cervidés …etc. Elles sont étroites mais bien damées, quel traffic il doit y avoir de nuit! « Regarde Adriān, un terrier de renard. « Nu » Werner, pas de renard, c’est un ours! C’est son garde-manger. » Adriān se couche, y enfonce le bras et en retire une brassée de plants de baies. Hum… Il me montre tts les empreintes au f & à m que nous grimpons: cervidés, ours, sangliers… « Les ours ne sont pas agressifs en ce moment, bcp de baies partout, et bientôt les myrtilles, de plus il fait très chaud, ils restent à couvert, et puis … ils n’aiment pas la viande belge » en éclatant de rire. Oui, mais ns aussi, on grimpe bcp à couvert!? » Sourire… « Regarde! » en gigotant une branche ds un crottin. « Il est tt frais, un ours était ici il y a 10 ou 20′  » Hum…, rapide regard circulaire… Adriān a une foulée lente et souple, il lance sa gde jambe pour faire un pas pdt que je dois en faire 2, mais avec 15kg sur les épaules. Il m’explique plein de choses, sur la corruption pour l’abattage d’arbres, corruption pour chasser, corruption pour l’octroi de parcelles, comment les RO ont arrêté l’avancée AT-HU ds les Carpates, sur tous ses jobs à l’O, sur le rythme du fermage et élevage dans les collines & plateaux, et toutes autres choses diverses. Je lui pose mille questions & l’écoute avec passion. Adriān me prend le bras: « regarde mes chiens! » 2 sec + tard, un énorme fracas brise le silence dans la sapinière, un énorme cerf se lève à 20m à ma droite et s’enfonce à tt allure dans la forêt en côte. Ouf!, ce n’était pas Baloo. Il ns reste encore +\- 200m d’Alt avt le sommet, ns débouchons sur une surface herbeuse d’1/2 ha. « Ns allons manger ici! » me dit Adriān. Mais ns ne sommes pas seuls…



Dans sa longue foulée nonchalante, Adriān se dirige directement vers eux. Court échange de mots. Ce sont 2 familles Tz, 4h, 3f, et 3 enfants, dont 2 petits qui dorment à l’ombre en-dessous d’1 des 2 charrettes. Ils sont assis à l’ombre d’un feuillu isolé et mangent. Les 2 chevaux, maigres comme des squelettes de poisson, broutent enchaînés. Ns sommes déjà à Alt 1300m. Ils prétendent être là depuis 1 semaine et pour 1 semaine encore pour cueillir des baies, et qu’ils viennent de tel village à 40km. « Que croire? » me dit Adriān d’un air désabusé. Sous leurs nez & sans leur demander leur avis, Adriān soulève les bâches de leurs 2 charrettes pour les fouiller. Les Tz ne bronchent pas. D’énormes bacs remplis de baies, +\- 200kg déjà,et … 2 longues scies, avec gros manche à chaque bout, strictement interdit. Outre cueillir les baies et myrtilles (historique & tacite agreement entre Judet/Commune/ prop. terriens et Tz), ils viennent scier pour voler du bois. « Les femmes cueillent de jour, les hommes scient & débitent de nuit qd gardes-forestiers ne patrouillent pas ». Sous leur barbe, Adriān prend les 2 longues scies qu’il ramène près du feu que je suis en train de préparer. Les Tz ne bronchent pas, ils savent que leur délit est lourd. « Par où sont-ils arrivés, ici, à Alt 1300m? De nuit, par des sentiers qu’ils connaissent en faisant trinquer leurs pauvres chevaux, regarde leur état piteux. » « Et que mangent-ils pdt 2 semaines, isolés en ht de la montagne? Champignons, baies, lapins pris au collet. Ils n’emmènent que du pain, lard et oignons pour les 1ers jrs. Regarde, leurs sacs en plastique de nourriture trempent dans l’eau froide de cette source. » Une autre vie, un autre monde, presqu’ancestral. « Adriān, je n’ai pas emmené de nourriture!? » Un clin d’œil & il sort de son pt sac-à-dos pain, gros gras de lard, sachet de gros sel & tous les champignons qu’il cueillait nonchalamment au f & à mesure que nous grimpions. C’est Byzance. « Adriān, que se serait-il passé si j’étais arrivé seul nez-à-nez avec ces Tz? Oh, ils seraient partis + tôt que prévu, … en t’abandonnant tout nu. » Hum… 



Sommes au sommet, j’en frissonne d’admiration et d’émotion. Entre les sapins épars, une grosse, grasse & compacte herbe très verte y pousse ainsi que ces innombrables plants de baies et de futures myrtilles. La vue à 360* est époustouflante. Adriān me nomme tous les villages au très loin que je pointe du doigt s/carte. C’est magique, c’est …, les qualificatifs manquent tant c’est impressionnant. Depuis Londres, depuis presque 2 mois 1/2, j’attendais ce lieu et ce moment sur mon Chemin. Au sol, tous les 5 ou 10m, des plants fraîchement arrachés, d’un coup de patte et griffes. Je regarde encore derrière nous de tps-en-tps… 


En distance, la descente par l’autre versant est 2x + longue que la montée, on ne doit pas traîner. Et le + court est d’emprunter les ruisseaux, les pieds dedans car pas de sentiers parallèles, en évitant de glisser sur les grosses pierres. La descente est + silencieuse, ne pas traîner tt en étant vigilant pour ne pas tomber. Une 30aine de chevreuils. Presque 22:00, la nuit est tombée et il nous reste encore 1h pour rejoindre la vallée. C’est l’orage qui ns accueille ds la vallée. La femme d’Adriān vient le rechercher, ils ont 50km à rouler pour retourner d’où nous venons. Chaleureuse accolade et infinis remerciements. Adriān repart vers l’O, je me dirige vers l’E, à la quête immédiate de 2m2 plats & discrets pour nuiter.


Multumesc Adriān. Sans toi, et même avec boussole, je me serais égaré 50x; sans toi, j’aurais certainement rencontré le danger; sans toi, je n’aurais pas pu admirer & comprendre tt ce que tu m’as montré en détails; sans toi, je me serais perdu de nuit dans la redescente boisée; sans toi, je n’aurais jamais appris tt ce que tu m’as enseigné sur « tes » Carpates et son histoire; sans toi, je n’aurais jamais vécu un tel moment fort, d’émerveillement, de découverte et en tte sécurité. Dans cet environnement unique & mythique, parmi les + beaux de notre planète, j’ai eu une chance inouïe grâce à toi, à ton savoir, ta disponibilité et ta fantastique compagnie. Tu ne mesures pas le cadeau que tu m’as procuré. Multumesc Adriān, you are a fantastic man, tu es un grand Monsieur. Ns ns reverrons cet hiver à Frankfurt DE.


Bivouac sommaire et négligé, il fait nuit, il pleut, je suis pressé de m’allonger tant pieds, jambes et épaules ont enduré aujourd’hui, malgré l’endurance de ces 10 dernières semaines. Je regarde ma carte, le parcours et ses courbes de niveaux que j’ai parcouru ces derniers jours. Je ne peux que me réjouir d’être encore capable, avec 15kg sur le dos & 55 ans, de profiter pleinement & sans accros de cette marche au long cours, d’assouvir cette riche passion. Ma vie citadine et relativement sédentaire n’a pas encore le dernier mot. Hier, mon ami Georges m’envoyait un généreux message ponctué par une citation de Gandhi: « L’homme ne repousse pas ses limites dans sa capacité physique mais dans son indomptable envie ». Quelle vérité. Un regret évidemment, ne pas pouvoir partager ces paysages et émotions avec Isabel. Bien que loin (géogr.) de moi, je réalise encore davantage tt l’importance qu’elle a ds ma vie.


Mon couloir pour traverser les Carpates se greffe sur l’axe sinueux Bistrita-Toplita-Borsec-Piatra Neamt. C’est une longue vallée qui serpente d’O en E. Dans le lit de cette vallée: route et rivière parallèles. Longer cette route d’un bout à l’autre serait ss aucun intérêt. Autant marcher avec des œillères ou prendre un autobus, ou ne pas traverser les Carpates. Depuis Sebis, je me greffe sur les chemins des collines à g ou à d de la vallée. Je passe d’un côté à l’autre de la vallée en fonction du relief, en traversant la rivière, souvent par passerelles branlantes ou par les galets qui jonchent le cours d’eau pas profond. Les sentiers perpendiculaires (& raides!) puis parallèles à la vallée sont nombreux. Ça monte, ça descend, ça tortille, en forêt ou à découvert. Chaque courbe et sommet annoncent un nv paysage, à chaque x époustouflant: falaises rocheuses, pans de hts résineux, plateaux herbeux dont un où je me retrouve au milieu d’une 40aine de chevaux en semi-liberté. C’est la forêt compacte qui ceinture leur immense pâture qui est leur clôture naturelle, dingue. Qqs pouliches sont pleines. 



Les lieux de nuits sont aisés à trouver et bucoliques à souhait: entre 2 villages, s’infiltrer entre 2 collines où coule tjrs un ruisseau, remonter le ruisseau par forêt ou broussailles, et choisir le 4 ou 5* de nuit dès qu’à l’abri des regards et des chiens. Ours & loups sont plus hauts. Cette dernière nuit, coincé entre haute falaise rocheuse et ma salle-de-bains: la rivière jonchée de galets où je peux à nouveau m’allonger. Pouvoir être entièrement frais & propre pour entrer dans son sac-de-couchage après une journée de marche, de poussière et sueur est un luxe inouï. 



Demain, ap-demain? Je n’y pense jamais ou presque. Le Voyageur ne compte « pas » les km, il ne cherche pas à performer malgré l’effort constant, il vit uniquement l’instant que ce soit dans l’espace, dans le temps, dans l’émerveillement & dans la rencontre avec l’autre. Temps, espace, rencontre et émerveillement suivants, c’est le destin qui les lui révélera, rien n’est écrit à l’avance. C’est cela la richesse et le besoin irrépressible du Chemin pour le Voyageur. A l’extrême, je pense à Jean Belivau (CA) qui décida de partir marcher pdt 1 mois avec son baluchon. Il est revenu chez lui 11 ans + tard, sans s’être arrêté de marcher, en communiant avec nature et son prochain, à travers les 5 continents. Le sédentaire accro du sofa, de l’asphalte et du volant a peur, et ce n’est pas de sa faute, peur de quitter ses repères sécuritaires & confortables qui meublent son quotidien. Puis un jour, comme des 1000ers de sédentaires chaque année (Compostelle, Rome, Czestochowa, Jérusalem ou – connus), il se laisse convaincre de se lever, se déshabiller pour oser aller timidement goûter le Chemin. Les 1ers pas sont hésitants, les suivants deviennent demandeurs & vigoureux. Ce Chemin, le feu sédentaire en devient irrémédiablement gourmand & gourmet. Toujours. Ces Carpates glanées au fil du pas, en communion avec ses paysages et ses habitants, sont un des 1000 trésors que m’offre ma démarche. Parmi toutes les chances que j’ai eu ds ma vie, il en est une qui fut, un jour, d’avoir eu cette envie de goûter au Chemin.



Bistrita RO

Il est 10:00, point cartes & ravitaillement à pt bar à Galgau. J’arrive en même tps que 4 ouvriers du Judet ou commune qui s’assoient pour siroter leurs Ursus, leur pt camion « marquage au sol » garé juste à côté. 1h passe, sont encore assis & détendus avec leurs Xème Ursus, p-ê des expatriés wallons en Transylvanie RO.
Je sais dorénavant (cfr x comments) qu’au 1er regard, le RO est perplexe à mon égard. Vagabond sdf ou touriste occid.? La marche (solitaire) au long cours n’est pas encrée dans la mentalité. Des chemins & destinations de pèlerinage tels Compostelle, Czestochowa, Siluva, …, ou simplement se déshabiller pour transhumer au « toc » du bâton en dehors des sentiers battus ne sont pas (encore) dans la culture RO. Il est vrai que ce peuple a une autre préoccupation + urgente, la reconstruction de son pays, les années Gheorgiu, Stoica puis Ceaucescu ayant miné ce beau pays. Cela étant, chaque échange se conclut tjrs par un chaleureux « Drum bun ».
Si je ne demande/insiste pas pour savoir s’il y a un site historique dans le village que je traverse, personne ne va m’en informer. Tel monument ou église historiques font partie du paysage au même titre que hêtres & maïs, sans plus. Je dois, par hasard, me cogner dessus pour découvrir. Comme à Vad, pte église du XVè (rien que ça!) au détour d’un chemin de terre secondaire. Immense chance: le père Roméo (pic) me l’ouvre avec une grosse clef banale et me conte son histoire. Construite par Stephan le Gd (RO moldave), inférieur pierres calcaire & supérieur en bois, dont toit en palettes de bois. Sur l’autel, derrière l’iconostase, il me montre l’évangile datant de 1837 (!!!) écrite à la main et encre, en roumain cyrillique, et une bible de 1902 avec couverture en bois de bouleau orné de dorures, … des trésors non protégés! … à la portée de quiconque, on y entrerait comme ds un moulin. Son enseignement m’est riche cfr relation Eglise RO – pouvoir communiste et le pillage de précieuses archives par la HU révisionniste durant son annexion. Les Habsbourg regardent le bout de leurs chaussures. L’histoire de ce pays, pris en étau par les gdes influences voisines, est aussi frissonnante que passionnante. Multumesc padre Roméo. Un berger me hèle pour trinquer une gorgée de bière avec lui.



Dans ces villages ruraux qui ne vivent que d’élevage et de cultures, on ne coupe l’herbe nulle part, on fauche, parcimonieusement, m2 par ci, m2 par là, au gré de la faim des bêtes, dont les lapins. Herbe & fleurs sauvages des pts jardins restent sauvages & libres d’épanouissement. Pas de parcelles de forêts délimitées, c’est 1 seule gd forêt qui ondule à l’infini. C’est cet aspect sauvage qui séduit, en forêts, campagnes & villages, là où un Bavarois discipliné y ferait une syncope instantanée. Dans aucun pays traversé, je n’avais vu autant de fleurs sauvages et différentes, et donc papillons, abeilles & tous insectes qui ne cessent de polleniser ces étendues sauvages. Un botaniste à mes côtés me manque.


2 très mauvaises nuits, long orage lors de bivouac à découvert, trempé, et sol mal jugé car trop pentu en colline le lendemain, un toboggan à remonter sans cesse. À Dej, encaissée entre les collines boisées, encore la police qui m’aide pour logement (et lessives) récupérateur. C’est l’hôtel Somès, gd bloc soviétique des années ’70 dont strictement rien n’a changé depuis, ni le tapis plein taché & déchiré, ni ma porte fracturée x fois, ni les fils électriques apparents, ni le rictus de métal de la réceptionniste. Seules ont disparu les surveillantes d’étages qui notaient scrupuleusement les va-&-vient des chambres pour la Securitatea. Tout est resté figé depuis 40 ans, même le prix, j’adore. De ma pt fenêtre où pend mon linge, les collines boisées entre lesquelles je sillonne depuis 4j. Pt tour du centre: son impressionnante synagogue, le musée milit. fermé, l’église cath., la louve romaine cum Romulus & Remus omniprésents et si chers aux RO, et encore ce monument aux 1000ers de juifs emmenés à Aushwitz.



Des klaxons tonitruants me réveillent dans ma pt chambre communiste. Une effervescence, qui m’est peu coutumière, réveille la pte ville. C’est dimanche, une journée de mariages. Les églises orth, cath, évang, bapt, réform & synag font le plein. Voitures & taxis affluent pour déposer les invités endimanchés qui font des a/r d’une église à l’autre, « ma sœur se marie à l’égl orth mais mon voisin se marie à la synag, puis je vais à l’égl cath pour un ami…etc », me dit un jeune universitaire, fantastique! J’y recroise mon copain policier de la veille, dans son + beau costume bleu nuit. On chante, on rit, on applaudit. Un couple Tz (60) endimmanché attend le bus, ils sont magnifiques, lui avec son gd chapeau noir à large rebord, elle dans sa plus belle longue jupe colorée. Les marchands de fleurs se pressent le long des trottoirs. Toutes les cloches de la ville commencent à carillonner en même temps. Même le ciel nuageux se dégage pour que le soleil rayonne sur la fête. Pdt ce tps, des hordes d’enfants Tz bloquent & énervent les voitures ornées de fleurs pour demander qqs sous, quel spectacle! Émerveillement garanti.
Beclean par l’ancienne route du S via Mica le long de la Somèsui Mare. Impossible de s’y baigner depuis 4j, courant fort et boueux. Avt de tourner vers Mica, la colline à ma droite dont le plateau est investi par le 811è Bataillon d’Infanterie « Transylvanian Dragons ». A l’abri des regards, je ne verrai malheureusement rien si ce n’est htes clôtures & qqs miradors qui émergent entre les arbres. 2 réponses & commentaires que j’esquive: mon métier et mon intérêt pour la RU, ses géographie, histoire & langue. Pour le 1er, et en 1 mot: « le politicien & le banquier sont des/nos voleurs (sic x 30) »; pour le 2nd, la RU est un ennemi éternel sous tous aspects, pour les raisons d’hier, d’aujourd’hui et certainement de demain (sic) ».


Une ombre au tableau dont les RO se plaignent amèrement: la déforestation accélérée de leur patrimoine naturel, avec 3 acteurs majeurs responsables: le gvmt, IKEA, et surtout son consommateur final: nous/moi. Tjrs ces chiens de garde ou errants omniprésents, pas un endroit où je pose la bottine sans qu’1, 2, 3 de ces chiens ne s’interposent, parfois menaçants, tjrs éveillant l’attention. Et comme les 3 milliards de chiens de chaque hameau en connaissent tous les habitants, il n’y a que sur mon passage qu’ils s’énervent. Depuis 2 semaines que je marche dans cette Transylvanie profonde, je n’y côtoie qu’éleveurs & cultivateurs, tous à titre privé, les gds coopératives n’ont pas encore mis la main sur ces territoires. Âme & traditions de cette ruralité persistent et ne cessent de m’enchanter. Des paysans, hommes & femmes vivant de la terre, si nobles par ce qu’ils sont, et par leur accueil & générosité qui me sont à chaque x réservés. Multumesc, de tt cœur.

Sortie du village de Dambu Mare, le ciel s’est complètement dégagé. Je contourne la colline pour me remettre plein E. Je regarde les cigognes becqueter dans le champ fauché, puis devant moi, au très loin, une ombre, immense. C’est lui, il est là! Perete! The Wall! Le MUR! Les Carpates! À 3 j de marche encore, mais je peux déjà clairement admirer sa crête ondulée. Un des 4 + beaux murs d’EU, avec Pyrénées, Alpes et le grand frère Oural. Une longue ceinture RO de 1200km qui m’encercle. Et il est large à l’endroit où je vais l’aborder, presque 230km à le sillonner jusqu’à son flanc E à Piatra Neamt avec des dénivelés impressionants. Les Carpates, celles dont je rêve depuis Londres, depuis tjrs en fait. L’idée d’aller croiser ces montagnes d’O en E pedibus cum jambi pdt 1 semaine avec sa faune & flore uniques en EU, ses vues époustouflantes et ses dénivelés chiffonnés me fait frissonner d’excitation. Je ne quitte plus le Mur des yeux. Le Mur cache ce que je vais chercher au-delà: la moldavie RO & Iasi, la MD & Chisinau, puis l’UA & Odessa. L’approche des Pyrénées sur le Camino de Santiago m’avait subjugué, ici j’en ai la chair de poule. Les Pyrénées en 1 très grosse journée avec 1 up & down, c’était l’apéritif, les Carpates c’est le plat de résistance, contenant & contenu. J’espère qu’il fera beau pour que l’émerveillement soit optimal. Mon itinéraire s/carte 1/100 est très précis avec, pour 1x, des étapes de nuit déjà +\- arrêtées, c’est sur place que j’évaluerai, confirmerai ou non.
Sanmarghita, encore église en bois de 1896, l’office du dimanche va commencer.


Ravitaillement à Mâlut, juste avt Beclean. Le ciel est magnifique, je grimpe dans la colline pour y chercher mon 5* de la nuit et il apparaît, un tt pt plateau d’1/2ha isolé et fauché. Cmt le paysan y accède-t-il, je l’ignore. De ce sommet, la vue est époustouflante. En face, je tutoie la colline suivante à 300m dir. E, déjà orangée par le soleil couchant derrière moi. Tt en-dessous à ma gauche, la rivière. Je bivouaque le long de la forêt qui redescend derrière moi vers l’O. D’un mvmt circulaire du bras, je voudrais envelopper tt ce paysage et le garder intact, pour moi & les miens. Mais avt, je scrute le flanc de colline en face de moi, parsemé de clairières de foin fauché aussi, pour espérer y admirer l’un ou l’autre chevreuil ou sanglier. Les loups sont déjà présents, on me le confirme à chaque x, mais très craintifs de l’homme. À priori, pas de chiens de berger ou errants, à priori… Festin ce soir: soupe à l’oignon, biscuits, fromage de chèvre, 2 tomates et cerises cueillies en chemin. Que du local & bio fait main. Le silence est total. Pas un moustique, je m’en sens presque orphelin. Presque 2h assis sans bouger à côté de ma tente. À ne rien fouttre? Non, au contraire, suis très très occupé, surchargé même, à écouter le silence, scruter la colline d’en face, évaluer le coucher de soleil en fonction de l’ombre qui grandit en face de moi, m’imprégner de l’ambiance, admirer & compter les rapaces qui tournoient, découvrir les 1ères étoiles, examiner les insectes qui butinent d’une fleur à l’autre, épier un pt bruit soudain, pour enfin m’enivrer de cette sérénité. Tout cela est très occupant et demande bcp d’attention & concentration. Surchargé. Tout ce Chemin merveilleux grâce à ma femme Isabel, à mon employeur compréhensif et à mon envie de relation charnelle avec terre & ciel au fil du pas.


4:30, un brocard aboie, le jour va se lever, je vais silencieusement mettre en évidence un saucisson bien ouvert, un peu de fromage & biscuits à 20m de ma tente, contre la meule de foin de ma pte parcelle fauchée. Je me rallonge, tente entr’ ouverte, les yeux braqués sur le pt buffet. Bredouille, même pas un mulot. Même si vu aucun animal malgré lieu idéal & appât, je donne une note de 10/10 à ce lieu enchanteur de bivouac qui restera gravé. Je lève qd même une 20aine de perdreaux dans la luzerne de la vallée, presqu’en culbutant sur chacun.


Beclean en vitesse pour repas consistant. Autour de moi, tous les clochers d’églises, je ne les comptent plus, j’en ai le tournis. Je m’extasie dvt un vieux side-car de 1948 alors que me rejoint un h, super sympathique, il est PB de Eindhoven. Alors que RO migraient vers l’O, lui est arrivé à Cluj RO au lendemain de la mort du tyran, la RO était à genoux. Depuis, il vit avec un pied en PB, un pied en RO, où il a une flotte de 120 camions qui sillonnent RO & EU. Il me confirme mes réflexions: « Dans 10 ans, ce pays aura perdu son charme. Les faux des champs, charrettes attelées, pts parcelles individuelles de culture, pts épiceries improvisées ds villages, seront désormais dans les livres d’histoire. La modernité est fulgurante, pour un confort individuel mérité, mais au détriment de l’authenticité de ce beau pays que je connais depuis 25 ans (sic) ».


C’est confirmé, mon fidèle ami Eric vient à nouveau m’accompagner. R-v à Piatra-Neamt.

Direction Bistrita, chef-lieu du Judet du même nom & porte d’entrée des Carpates. Longer abrutissante & bruyante chaussée jusque Sintereag, no choice, là où un couple de cigognes a élu domicile, et ses conséquences …, sur la cheminée du Comm. de Police. Puis un gd arc de cercle vers Bistrita, soit par le S, soit par le N, équidistants de 12km. Pile ou face, va pour le S. A mi-chemin, hameau de Caila, un conte de fée RO, le tps s’y est arrêté, comme la pte épicerie du siècle dernier où je m’arrête, bucolique à souhait, la suite le sera moins. Carte & terrain ne correspondent pas tjrs. Contrairement à ma carte, Caila est un cul-de-sac, la suite de la pt route sinueuse est un chemin de terre uniqumt accessible à cheval (ou jeep) à travers collines découvertes et boisées, encore 7km par ce méandre qui tortille dans ts les sens pour rejoindre Bistrita. Je m’y infiltre. Les paysages sont magiques, un gd troupeau de moutons broute à 200m en haut s/ mon flanc gauche, je scrute à g & à d pour voir des animaux, … boisé, découvert, boisé, découvert, … puis soudain un grognement et aboiements furieux. Ils sont 2, tous crocs dehors, à 20m dvt moi en travers du chemin, des veaux, des tueurs, leurs colliers typés avec poignée en bois ne laissent aucun doute. Ils « patrouillent » svt très à l’écart des troupeaux. Coincé comme un rat, suis momifié, cloué. Pas d’arbre à portée de bottines. Ai tjrs mon spray et mon couteau en mains en tels endroits, mais ça c’est pour se défendre, pas pour négocier. Ds 5 min, serai-je ok ou en lambeaux? À reculons, lentement, prudemment, pour retour hameau Caila à 1km. Du pt village, au loin, je peux encore voir le troupeau sur le flanc de colline, statique, et l’heure tourne, et ces maudits chiens rôdent et me barrent le chemin, impossible de les contourner dans cette brousse compacte, sauf demi-tour pour reprendre route par le N, 16 km en +, je rage, mais rassuré de ne pas être ds une conserve chez Aldi ds qqs jours. Passe une charrette attelée avec père & fils qui va s’enfoncer dans ledit chemin. Ils vont charger du fourrage en colline. Je leur explique la situation, ils comprennent et m’embarquent pour dépasser le troupeau + chiens. Les 2 tueurs sont encore là et se « rangent » au vu du cheval & charrette. Secoué comme un dé en boîte dans la charrette, le père me crie « periculos, periculos! » en me désignant les 2 veaux. A 400m à la ronde, un troupeau reste dangereux. Ils me déposent sur le plateau, suivi du traditionnel « Drum bun », me reste alors une longue & sûre descente forestière jusqu’à la lisière pour bivouac. Dans la forêt serrée, il fait déjà presque nuit, eau ok mais besace vide. La ville n’est qu’à 2km, pour demain. Une porte a grincé et je n’en menais pas large, là où je m’y attendais le -. Maudits chiens.






Bistrita, gde ville. « Buna ziua, buna ziua, … », personne ne me répond. C’est vrai, j’oubliais que je suis dans une ville, impersonnelle, là où chacun se meut avec des œillères. Vive la campagne où le vivre ensemble est inné. Bistrita semble grande, belle & aérée. Dir. OT (il y en a un!) via une longue av. piétonne. Le préposé très disponible, Horna Cernucan, me bourre d’info’s pour mon parcours: cartes, must see’s, camping areas, folders d’histoire, faune & flore, 1001 sentiers balisés ainsi que refuges annoncés dans ce paradis de nature montagneuse. Du pain béni. Des ours?, heu … oui. Avt de quitter la ville, en face de l’OT, l’immense église évangéliste incontournable, visitable jusqu’au sommet, 75m de ht en colimaçon, pt entraînement pour les jrs à venir.

Post/blog et go. 1er objectif: Mont « Poiana Tomii/Tamás mezeje » Alt 1470m, raide, très raide, ça va monter sec pour aller chercher parmi les + beaux paysages d’EU.

Fodora RO

Sortie de Zalāu, complètement secouée par la tempête, qqs rues inondées, la 1 des journaux du matin. Idem que Nürnberg il y a x semaines.


« You not go Creaca if not see Porolissum Roman site! » me dit mon nouveau pote « Cow-Boy » (c’est son nom) croisé à l’entrée de Moigrad avec son cheval. On partage une Ciuc dans sa maisonette-ranch.


Ok Cow-Boy, 6 km de détour en côte, mais je dois y aller en effet. En 3 mots & chiffres: cité fortifiée à la frontière (de l’époque) de l’Empire Romain, 300ha de site bâti & érigé en 100 PC, 22.000 soldats & villageois, vue à 300*, + grand site Romain conservé et restauré de Dacie, un must see in the middle of nowhere today. Il faut y grimper pour apprécier la situation stratégique pour contrer hordes barbares. Au N du site, le mamelon boisé Moigrad Mount alt. 514 (= Mont Isolé) où se situait une tour d’obs. à 360*. Personne sur cet immense site, il se visite en voiture tant il est grand. Je mets 4h pour aller des bains alt 270 jusqu’à la porte de la cité alt 420 jusqu’à l’amphi alt 190 jusqu’au QG alt 390 … etc, quels mollets ces romains.


Du sommet, une vue imprenable sur ce relief chiffoné de forêts, champs & pâtures. Rejoindre Jac par la route 14km en 3/4 boucle ou 5km azimut à travers brousse? Azimut! Et le + bel azimut de ma vie par sa symbolique et son visuel: azimut d’1 trait depuis une des + grandes places fortifiées de l’Empire Romain en RO pour rejoindre Jac, pt poste avancé Romain dans la vallée, symbolique magique! 


Tout en haut, depuis le Porolissum Romain, je peux déjà évaluer tout le relief qui m’attend jusque Jac loin en contrebas: 2 pts forêts, 2 douces vallées de pâtures, 1 rivière (?!) et longues ondulations herbeuses. 28* S-E mais boussole inutile tant le point de destination reste visible, un rêve en Transylvanie Romaine. Si je croise un sanglier, c’est qu’Astérix & Obélix sont derrière lui. A alt 600m, jours & nuits sont plus frais, enfiler guêtres tant rosée est abondante au lever. Aujourd’hui Chemin de Rome antique, où ces Romains d’hier ont donné culture & langue aux Roumains d’aujourd’hui, hier c’était Chemin de mémoire répétitif pour tous ces juifs du Judet de Salaj envoyés à Auschwitz. Chemin d’histoire, d’émerveillement et de fractures. Hameau cul-de-sac de Jac: surréaliste, c’est l’Empereur Traianus, maître des lieux au Ier S PC qui détrône Christ & Vierge.


« Problème »: ma carte en aval est retranscrite comme un jeu d’échecs: tours par ci, chevaliers par là…, dans cette Dacie devenue Transylvanie & Valachie, sites Romains, monastères orthodoxes, églises, restes de châteaux médiévaux commencent à se succéder derrière ou en haut de chaque colline. Zigzaguer de l’un à l’autre par monts et par vaux me verrait rentrer en BE en 2020. Que sera-ce en RO moldave après Carpates, dont Iasi? Un labyrinthe historique me disait Ioana, BE en 2030.


Creaca, direction commissariat police. Ils sont 4, le – jeune (60) me met à l’aise pour m’accueillir, on va ds son modeste bureau. Il me propose café & eau gaz., il semble avoir le temps, moi aussi avec lui. Il me parle (en FR) de Cracea & RO. « Pdt & après communisme, RO a perdu 40% de sa pop. qui a migré vers l’Occ. pour travail + rémunérateur. Tous pays sortis d’un joug passent par ce stade, sauf DE. Nos Tz migrent aussi, ils vont & viennent, on reçoit les info’s qqs mois + tard: tel chef mafieux en prison à Paris, tel proxénète incarcere à Londres, …etc., mais une pt minorité sort du lot, ils étudient, entreprennent, une représentation polit. démocr. Tz existe aussi.(sic) »
Pose biscuits dans ancien cimetière de Ciglean, il faut coucher les broussailles & ronces avec bottines & bâton pour dénicher les vieilles pierres tombales. D’un regard furtif & condescendant à mon égard, un renard trottine entre les tombes.


Entrée de Jibou, l’enseigne de la même petite boutique propose: 1/ service funéraire cum transport nat. & intern. & traductions (tt en lettres noires), et 2/ service catering rapido (tt en lettres roses). Rien ne se perd dans la chaîne! J’en ris aux larmes, & chaque jr encore. La vitrine est éloquente: cercueils & plats préparés. En attendant, je cherche encore un coiffeur…

2 stops à cité de Jibou: début de l’office à l’énorme église orth. dont le rite (Patriarcat de RO) diffère de un peu de celui relevant du Patr. de Moscou à plusieurs aspects, puis arrêt au marché pour fruits frais, bonheur. Suis à chaque x ébloui par l’intérieur de ces églises orth.: leurs fresques, icônes, sculptures byz. & dorures, des musées. Jibou, à 150m à la ronde: 7 églises de tts conf. chrétiennes + synagogue. Dvt la pte Mairie, 3 drapeaux: RO, EU & OTAN. Ne manque que le drapeau €, ça viendra.



De Jibou à Dej, par la vallée de la rivière Somès, en 3j. Remonter la rivière par l’intérieur de l’arc qui fait +\- 75km, autour des collines boisées Simisna-Garbou. Un seul pt pont pour enjamber la Somès sur cette longue distance. De Jibou, d’abord marcher 6 km sur la voie ferrée plutôt que s/ la chaussée. Après 1/2h, je m’écarte pour laisser passer un vieux diesel et ses 3 wagons. 


À vue de nez s/carte, je ne vais pas y croiser gd monde, wild, wild, wild. Attention aux chiens de bergers et très nombreux chiens errants, ils vagabondent de plateaux en forêts. Biscuits dans une poche, lacrym. dans l’autre. Avt de m’aventurer en forêts, vallées et plateaux (into wild Transyl), je demande tjrs 2x recommandations & conseils dans villages que je quitte. Le risque en demandant info’s dans pts villages est qu’ils me retiennent généreusement des hrs dans leurs pts maisons/fermes pour tout partager, comment refuser? Impossible, pcq richesse incontournable. Transylvanie profonde, un autre monde, un conte. Je comprends que le Pce Charles de UK, homme de goût et pour qui le moindre recoin de notre planète n’a plus de secret, ait jeté son dévolu à plusieurs endroits autour de moi, de 4 à 6 propriétés me dit-on ici. Qqs rares nvls constructions, jamais kitsch ou tape-à-l’œil, elles se fondent naturellement dans le bucolique existant.


Entre rivière et collines, hameaux de Clit puis Lozna. Clit, l’h (60) insiste pour m’emmener faire un tour en barque sur la Somès pour que je prenne des photos. Le pauvre n’a plus toutes les frites dans le même sachet après x Ciuc déjà ingurgitées. Sa femme (très épaisse) vient me prêter main forte en le remballant manu militari dans leur fermette. Lozna, c’est Daniel (50), sa femme et leur pte fille qui m’accueillent. Daniel, tril. RO, FR, UK, a quitté la RO de Ceaucescu à 18 ans, dir FR. Vécu 30 ans à Cannes FR, comme chauffeur & garde du corps, a frôlé les gds de ce monde, photos top. Rentré en RO avec des sous mais surtout avec des (bonnes) idées pour investir dans cette magique vallée de la Somès. Multumesc Daniel pour ton accueil!


Dans chacun de ces hameaux, je m’arrête volontairement 1/2h pour regarder, sentir, m’imprégner. On y est loin des sentiers battus, rue principale de sable et pierrailles, charrettes tirées par chevaux, poules caquettent & dindes gloussent au milieu du chemin, et ces éternels chiens errants de tous calibres qui me maintiennent vigilant mais qui sont abattus sans pitié dès qu’attrapés. Qqs anciennes pts fermettes en briques de tourbe, w-c dans cabanons en fonds de cours, chèvres qui vaquent par ci par là. Une ruralité Transylv. à son extrême, à préserver à tt prix. Entre ces hameaux: chevreuils, lapins & lièvres, rapaces à très large envergure, 4 renards today. De tps en tps, j’entends corner au loin, un berger qui rappelle ses chiens. Cet univers reculé, loin des des cités où le temps s’est arrêté me galvanise. Ce sont ces frissons dont j’ai besoin. Minuscule hameau isolé de … ni nom, ni s/carte, à 5km en amont & aval du 1er village, 7 maisonnettes délabrées et abandonnées dans les broussailles par RO & investies par Tz. Pts enfants jouent nus sur le chemin, qqs femmes avec leurs éternels foulards et longues jupes à couleurs vives & chatoyantes, l’une plume un poulet, l’autre très jeune & torse nu, assise sur un tronc, donne le sein au bébé. 4 hs sont assis ensemble dans l’herbe haute, ils attendent. Quoi? que le tps passe p-ê. Les regards fondent s/ moi. 2 d’entre eux m’appellent avec insistance, que faire?, je salue avec sourire sans ralentir le pas. Surtout pas de photos. Si slmt ils pouvaient aborder d’autres thèmes que money & telephone.


Sortie de hameau de Buzas, le pt cimetière est à l’extérieur d’un virage serré en épingle à cheveux, comme un destin annoncé pour les pieds lourds. Le chemin se mue alors en chantier s/ 12km, on va l’asphalter pour la 1ère x. Un ouvrier me hèle alors que sa femme vient lui apporter son pic-nic, il maîtrise un ES proche de Cervantes après 4 ans passés à Teruel ES, photo.


Sur ce chemin en réfection, une gardienne de vaches meut son troupeau de l’autre côté du chemin. Elle a vu que je prenais une photo de son troupeau et vient prestement me réclamer 1 Leu pour cette photo volée, que je ne peux lui refuser. Elle me réclame alors 2 Lei, puis 3, …, stop à 5. On est tous les 2 contents. Elle est très sale d’aspect extérieur, normal, mais ce qui contraste et est éblouissant, c’est la blancheur immaculée de ses dents. Une activité de résignation, dure & difficile, et, j’imagine, de + en + ingrate au vu de la modernité qui avance non loin d’elle. Courage, Madame.


La Transylvanie que je regarde en la parcourant, des cités aux pts hameaux, se modernise, grâce au labeur, aides de l’UE & donc nvx biens matériels publics & privés. J’ai l’immense espoir qu’elle ne se trompera pas de direction comme tant de régions d’EU qui ont saccagé paysages et côtes baln., en gardant son authenticité & son charme/romantisme qui font d’elle une région unique en EU. Enfin trouvé « coafor » pour une « super siluet », 9 Lei (Bxl=100 Lei).


Fodora, le berger en bord de chemin est aussi désolé que moi, 2 de ses chiens ont réduit un chevrillard en charpie, pas beau à voir. Dois porter 9kg de – depuis Londres, pas du sac-à-dos, c’étaient des mauvais. La Transylvanie a 3 trésors: son relief, ses architectures & ses couchers de soleil. Ours sont encore loin, qqs lynx me dit-on, chevreuils, faisans & perdreaux omniprésents, très attention à certains chiens de bergers sur les plateaux: des énormes tueurs qui me réduiraient en pâté sans négocier, c’est l’unique recommandation qui m’est adressée de villages en hameaux. Vu 4 enfermés en cage dans une cour de ferme, des serial killers. Essayé 1ère x ma bombe lacry., puissance de feu: 5m/sec, diam. de projection: 1m, mouche foudroyée, moins sûr pour un de ces chiens.



De tous mes transports exotiques en avion ou voiture, j’en ai ramené de belles « cartes postales »; de mes 2 longues transhumances à pied, j’en garde une imprégnation dans les veines et le cœur, un film vivant, qui ne cesse de durer. J’entends Seb, Charles, Georges, J-Carlos, Nick, … me crier de ne pas leur retourner le couteau dans la plaie. La marche au long cours, cette irrésistible vie parallèle. Des 100aines de photos, mais certaines que je me retiens de prendre, parfois pour éviter risque, souvent par pudeur, je suis Voyageur nomade, pas touriste voyeur.
Des mots, juste des mots qui ont encore du mal à exprimer toute l’atmosphère et l’authenticité de cette fascinante Roumanie transylvanienne.



Bivouacs tjrs passionnants par leurs ambiances et environnements naturels, mais encore davantage vigilants.


Ravitaillement pour bivouac de ce soir à Fodora où je peux utiliser le w-f (un peu chaotique) pour déposer ce post. Demain au lever, a/r à Galbau pour admirer site calcaire en collines, puis retour sur mon chemin intérieur de la Somès dir. Dej.
Chemin d’histoire, de rencontres, de relation charnelle avec cette nature dont les horizons m’époustouflent à chaque courbe.

Zalāu RO

Lundi a.m., petit contrôle d’id. pour entrer dans l’enceinte du pt aéroport de Debrecen HU, ancien aér. milit. J’attends mon chef de famille à sa descente d’avion. Mômô est à l’heure, rayonnant! Merveilleuses retrouvailles, d’autant qu’il m’amène un petit cadeau de BE: qqs nuages noirs et un peu de pluie, 1ère x depuis des semaines!


Sans tarder, nous partons cartes en mains et sommes contraints, après Bank et à mon regret, de longer la chaussée d’asphalte qui nous conduit vers la frontière et au-delà. Pas d’alternatives par chemins de terre. Bivouac avt Letavertes HU dans agréable et sèche pinède.



Poste frontière secondaire, nous quittons l’espace Shengen, aucun véhicule. Douaniers HU et RO se partagent le même petit aquarium, rapide contrôle identités et go en restant sur route principale. Interdiction de prendre des photos à – de 100m de la frontière.

Je ne connais pas la RO. J’ai essayé d’y rentrer il y a 20 ans via Roussé BU mais les douaniers BU m’en ont empêché (voit. loc.). Je n’ai malheureusement pas d’amis RO mais nous avons la chance d’accueillir Ioana pour nous aider à la maison depuis 7 ans. Une femme admirable, comme son mari et leur adorable petite fille Andreea. J’aurai, je l’espère, le plaisir de retrouver Ioana et sa famille chez eux en vacances. Ce sera à Iasi RO sur ma route vers Chisinau MD. Merci Ioana pour votre aide précieuse, je me réjouis de découvrir votre beau pays et vous revoir dans votre berceau familial.

Traffic véhicules & camions va en diminuant au f & à m des villages et pattes d’oies. Nuit dans pension du village de Sacueni, soirée mémorable avec Ol & accueil charmant des tenanciers. « Vous voulez aussi un yaourt? – Heu…, da, multumesc! » Elle donne discrètement des sous à sa fille pour qu’elle aille en chercher à une pt épicerie, spécialement pour nous: un des 10aines d’ex’s de l’hospitalité, chaleur et générosité de ce peuple roumain que j’apprends à découvrir de villages en villages, ces situations ne cesseront de se répéter. Notre confrontation aussi, à Ol et moi, v-à-v de cette autre population que je croise plusieurs x/j: la population Rom/Tzigane/Gitane.


Avertissement: plusieurs fois dans propos en infra et posts suivants, je ne pourrai éviter de mentionner cette population que je suis amené à croiser quotidiennement: la population des Roms/Tziganes/Gitans. Mes propos à leur égard se borneront toujours à des constats (factuels, visuels et verbaux). Jamais je ne me permettrai qqconque jugement, et encore – qqconque stigmatisation.
À chaque frontière, nouvelle culture, langue, architecture, coutumes. Ce pays est en train de me fasciner au fil du pas. 10min de pose en retrait de la route au milieu des champs. Entre dans le champ un vieux tracteur russe des années ’70. Le jeune cultivateur en descend et nous aborde, Ol & moi : qui? d’où? vers où? 15′ d’intéressante conversation grâce à son anglais presque Schakespearien (passé 5 ans en UK). « Vous ne verrez pas de coyotes, trop craintifs, pas encore d’ours, mais bcp de gitans », l’association des 3 termes me rend perplexe. « Have you a weapon or lacrymo spray? – Yes, 3 lacrymo’s. And in Sacueni, Marghita, interesting monuments to see? churches? any historical interests? – Gipsies! – …. ok & whatelse? – Whatelse? More gipsies again. » Propos exagérés mais révélateurs de 2 populations vivant côte-à-côte mais pas ensemble, mixité exclue de part et d’autre.


Tts églises cath, orth, évang, calv, fermées, verrouillées, cadenassées, (…), sauf cette magnifique église orth. à Letavertes car l’office va débuter, le pope vient nous saluer. A Sacueni, sur l’artère principale, la fin de construction d’1 tt nvl église orth de la taille d’un Cath.



A défaut d’églises ouvertes, ce sont les cimetières qui m’attirent tjrs autant, dont le magnifique et bucolique de Zaūar à l’écart de son village. Il faut grimper pour rejoindre l’église sur le téton de la colline. Tout autour à 360* sur son large mamelon, le cimetière abondamment fleuri et arboré dans les hts herbes, c’est superbe. La plupart des inscriptions y sont en HU, témoignage de l’empire AT/HU qui s’étendait loin en Transylvanie, mais aussi des nombreuses familles d’origines HU sédentarisées.


Mon cousin Olivier est un cadeau sur ma route. Discussions ininterrompues sur thèmes les + divers, et notamment sur celui qui nous réunit le + sur ce Chemin, outre notre amitié réciproque: faciliter & augmenter les ponts entre nous, peuples européens, socialement et donc économiquement. Là est l’enjeu de la paix future, sociale & politique, dans notre continent, de Porto à Kiev, de Reykjavik à Athènes. L’union fait la force pour chacun, mais surtout la paix. Le repli identitaire, revendiqué récemment par certains élus, est du populisme aveugle et un leurre total.


Après 3j et une 70aine de km, comme prévu, Ol me quitte à Marghita RO après un long pt-déj. Merci Olivier, ta cie me fut excessivement riche & précieuse, un beau cadeau que tu m’as fait.


Petit blues normal pdt 1/2h et je réintègre mon Chemin solitaire. Les paysages changent pour mon + gd bonheur, + vallonés, parcelles boisées et de cultures + variées & + petites, troupeaux de chevaux, brebis, bovins encadrés par bergers & chiens. Je suis enfin dans cette Transylvanie rurale que j’attendais. Au loin les 1ères collines boisées que je traverserai dans 2 ou 3j par un goulot, ce sont les Monts Meces près de la ville de Zalāu. Les Carpates, c’est pour bcp + tard. J’écoute tjrs avec attention et docilité conseils et recommandations des locaux, très emphatiques à l’égard de ma démarche. Ours & Tz: ne dors pas/plus en forêt là-bas, ne marche pas de nuit, ne marche pas isolé en forêt. Cristal clear & j’obéirai à la lettre, aucun écart stupide & inutile. Dormir ss tente? Au milieu d’un champ de maïs ou tournesols: the safest, no problem at all, ou dans le jardin chez l’habitant. Re-cristal clear. Les locaux que je croise, RO & Tz sont attentifs à notre puis à ma démarche, mais avec des intérêts opposés. Les RO de ce monde rural veulent me montrer la meilleure image de leur pays et d’eux-mêmes, les Tz veulent des sous. Suite aux recommandations répétées, vraies, fausses ou exagérées, à l’égard de cette autre population, je choisis l’option prudence (jamais parfaite) en ré-organisant différemment mon apparence, paquetage et objets de valeurs. 





Redevenu nomade solitaire, je retourne vers mes pensées tout en balayant ces nouveaux paysages des yeux à 180*. J’ai décidé, si la situation m’y contraint, de changer d’identité. Et cela portera, par chance p-ê, ses fruits dès l’ap-midi après le départ d’Ol. Un bref débat qui se terminera pacifiquement pour le nomade solitaire redevenu par conséquent + vulnérable. Sur ce tronçon de route au milieu des vastes campagnes, il me dépasse sur sa vieille bicyclette amortie depuis J-C. Ici, personne ne marche seul s/ longues distances et en autonomie totale (donc qqs sous de subsistance). Nos regards se croisent furtivement évidemment. La noirceur de ses/leurs yeux m’a tjrs fasciné. Le temps passe, ainsi que les kms. Je vais bientôt arriver au village de Dolea. Route à travers bois sur 400m. A 50m devant moi, sortent 5 gaillards du bois, de 15 à 30 ans, dont ce Tz qui m’avait dépassé, je le reconnais immédiatement. Sûr que ce comité d’accueil gitan m’est réservé. Rapidement ils m’entourent tranquillement et l’aîné me questionne « qui? vers où? money? show telephone! » « No money, American military, big exercise here with US & RO armies, (et je rajoute RO police pour tenter d’enfoncer un peu le clou), 200 militaries all around, in fields & forests » désignant les alentours de la main & très sûr de moi … en apparence slmt. Dans la foulée et avt qqconque réaction de leur part, je sors mon vieux portable Motorola de secours de ma poche et m’y lance dans un monologue ferme et improvisé en anglais, fixant dans les yeux les 5 lascars à tour de rôle. Conciliabule rapide & incompréhensible entre eux et ils disparaissent comme ils étaient venus. Ouf! 5 x ouf! Une bonne poussée d’adrénaline. Une population sédentarisée, vivant en ghettos à l’écart des villages & cités, oisive, dépendante de l’assistanat d’Etat. Une intégration inexistante voire impossible tant leurs culture & mode d’existence divergent des peuples qui les accueillent. Je raconte mon histoire à un policier 2 j + tard, pas étonné du tout: « with gipsies, if you are RO, it’s ok, but you are foreigner & alone, so not ok. No problem but be careful, ask help to RO people & don’t walk during night ». Il a raison. S/ses propos, on trinque une Ursus ensemble.


Zut, fontaines publiques ont disparu et eau du robinet désormais not drinkable car les sols sont pétrolifères et exploités de part et d’autre de ma route pour leur or noir.


Suplacu de Barcaū RO, 16h, arrêt obligatoire pour boire 1l d’eau et en emmener 2 supp. Dans la taverne en bord de route, 1 h attablé m’interpelle. Floriān, RO, 58 ans, ingénieur des eaux, travaille pour une société DK et sillonne tt la RO avec son équipe pour contrôler qualité des eaux. J’accepte son invitation et m’assieds avec lui. Il me parle de ce que je vais découvrir sur mon chemin RO, suis déjà avide d’avancer. Il m’écrit une 20aines de notes s/ ma carte. Il me narre surtout tt l’histoire de son pays, « l’île romaine », population ex-méditerranéenne isolée au milieu de l’EU C, avec ses mvts de frontières, influences pol. étrangères & religieuses, liste des dignitaries régnants et leurs profils, l’unification des régions de Transylvanie, Valachie & Moldavie, les horreurs nazies et leurs suites sous Staline & Ceaucescu, la revendication de l’identité d' »apatride » de la part du peuple Tz, le Prince Charles de UK qui vient discrètement 1x/mois dans sa « chère » Transylvanie,…etc. Je suis pendu à ses lèvres, c’est la providence qui me met ce Mr sur ma route. Slmt 23km today, je dois continuer mon chemin mais il est déjà … 21h! 5h de t-à-t en cie passionnante de Floriān qui auront passé tel un claquement de doigts, 5h d’enseignement très académique entrecoupé d’anecdotes instructives par ce brillant homme dans ce petit bar perdu au fin fond de la Transylvanie… Ce Chemin ne cesse de s’étoffer dans la richesse qu’il m’apporte. Floriān, ds le prolongement de son attention à mon égard, discute avec le tavernier. Celui-ci m’organise en vitesse un sofa dans le garage en retrait et m’apporte une gde salade de tomates & oignons, du pain béni. Ns ns quittons, Fl & moi, mais ns ns retrouverons à Bxl, notre conversation n’est pas finie et je m’en réjouis. En se quittant, il me lance: « enjoy your crossing of Carpatians mountains, you’ll see the most magical views in natural environment in your life », I have no doubt about it, tk U so much for all you teached me, Florian.


Juillet s’annonce, fleurissent de + en + de voitures imm en UK, FR, BE, AT, ES & DE, ils reviennent passer leurs vacances au pays et continuer la construction ou rénovation de leurs maisons. Excellente & profitable formule pour tous: accueillis & accueillants.

Provoquer des émules, seul intérêt de ce blog, anecdote d’AT: une voiture s’arrête à ma hauteur en pleine campagne et en montée raide. Un charmant couple 70aine: « Want some help? Want to jump into the car till our next village? No sir, tk U so much but I prefer walking – (conciliabule avec sa femme) – and what about joining you for those 3 last km? My wife will drive back home. – great idea, welcome to join! » Et il se joint à moi, merveilleux.

Village de Port dans 2km, le léger vent tourne au S et m’envoie une odeur âcre dans les narines, une odeur de gazole qui me rend la gorge pâteuse. Les petits pipis entre parcelles ne laissent pas de doutes quant à leur pollution, une fine nappe bleue & orange y flotte. Floriān fronçait les sourcils et s’indignait en évoquant la qualité des sols: gazole, pesticides et rejets métaux lourds & chimiques des usines abandonnées au lendemain du communisme. « Y a un travail gigantesque à faire. Nos sols, c’est notre patrimoine, il faut le sauver & le protéger. » me disait-il.


Une barrière de cour arbore 2 pts drapeaux RO. J’en veux un. Le garçon (30) me le donne immédiatement et m’invite à pt-déj avec parents & gd-mère. Outre assiette plantureuse, dont morceau de peau de porc (cuir à mâcher & avaler pdt 1/2h!), les 3 verres traditionnels: 1 verre d’eau pétillante, 1 verre de coca/pepsi & 1 pt verre de rhum 45* cul sec. À jeun, si je ne bois pas ce feu bien calé sur ma chaise et tenant la table d’une main, je m’écroule. 1 min pour retrouver respiration normale.


Sors de mon feuillu à 5:00, 100m + loin suis déjà trempé tant la chaleur est lourde. Simleu Silvaniei (= Simleu en forêt), jamais d’OT ds ces bourgs depuis frontière HU ni même une carte de la ville à Zalāu, tourisme=0, pas de cartes détaillées des « judet » (comté). Seuls à m’aider avec générosité & disponibilité immédiate: postes de police, 3ème x qu’ils me font des photocopies 1/100 de leurs cartes. Ils sont heureux qu’un Occ. s’intéresse à leur région, pas autant que moi. En discutant avec le policier, je regarde une photo de famille punaisée derrière lui, derrière la famille, une vieille église en bois. Où? Pt hameau dans la colline à 5km N, Cehei. Je veux la voir! Parti dans la colline, trouve le hameau et demande. L’h timide m’indique de le suivre et m’emmène. Il ne parle ni UK, ni FR, ni … RO. Il n’a plus de langue, coupée, don’t know why. Il s’exprime par petits grognements et mots écrits s/feuille de journal. L’église orth. est là, isolée dans la broussaille, tt en bois sculpté ainsi que le toit fait de petites palettes en bois. Un joyau du XVIIIè que personne ne met en évidence. Elle est fermée, intérieur vide, out of use mais état parfait. Suis bouche bée. Salaj veut me montrer aussi la pt église baptiste. Il est « l’homme à tt faire » du prêtre baptiste, jardinier, entretien église, …etc. Le prêtre, bilingue, me « raconte » Salaj en 2 mots pudiques. Enfant d’une mixité non désirée (l’histoire en a connu tant: UK/aborigènes, BE/congolais, US/afro-US,…), père & mère évaporés. On lui a donné le prénom Salaj, nom du Judet/Comté, prénom anonyme…


Suis presqu’à la sortie de Simleu, très long village. Très évasés, des villages de 2000 âmes peuvent faire 3km de long. Une vieille gd’mère Tz implore les passants de lui acheter 1 ou qqs oignons, refoulée à chaque x avec indiff ou dédain. Ns allons bientôt ns croiser, elle m’intrigue. Elle m’attire même. Elle me brandit ses oignons, suppliante, elle a un visage de Mère Teresa qui rayonne, pur & bon. Un petit billet discret, en refusant les oignons. Elle fait un signe de croix et embrasse ma main. Je lui embrasse la joue. Elle verse 2 larmes, et c’est contagieux. Je voudrais lui poser 1000 questions s/sa vie, son enfance, ses us & coutumes, ses attentes, je voudrais passer une soirée dans sa famille, pas comme voyeur impudique, juste pour apprendre et p-ê comprendre, un peu. Mais c’est très/trop compliqué.


Chemins de terre, forêts, les 1ers up & down’s depuis la Rhénanie, de nvx paysages à couper le souffle. Que cette RO & Transylvanie sont belles, et puis il y a cette atmosphère particulière, unique.


Les nuits se poursuivent en endroits divers, feuillus, maïs, jardin du Pope de Mesju qui parle un peu ES. Le Pope m’invite à dresser ma tente contre son église, et oublie de me dire qu’il y a messe à 6:00. Gd moment de solitude le matin lorsque je sors de ma tente à moitié vêtu dvt les fidèles qui entrent ds l’église. Pas fermé l’œil, les chiens du village ont aboyé tt la nuit.



Architecture d’avt-hier XIXè côtoie celle d’hier communiste et de today tourné vers demain. Dacia R12 1970 côtoient grosses cyl occ et charrettes à chevaux des Tz. Panneaux annonciateurs de villages d’ép. communiste côtoient nvx avec couleurs EU. Drapeaux RO & EU flottent ds espaces publics, façades de maisons et … chœurs d’églises! Un pays en pleine mutation et fier d’appartenir à notre famille EU: sécurité de paix politique et espoir de futurs standards sociaux comparables, idem qu’ES ’80, CZ & SK ´90, …etc. RO y va, lentement mais sûrement, et c’est bon signe pour nous tous.



5km entre Simleu & Pericei, suffisamment pour que gros orage me rattrape. Je crois, à le voir derrière moi, qu’il sera violent, court et bienfaiteur. En bord de route, au milieu des champs, un immense bâtiment isolé en construction, futur imm. à appts je pense. M’y engouffre pour me changer, manger et attendre un peu que cet orage faiblisse. Tour du locataire, la construction semble interrompue depuis longtemps. 3 étages, une 40aine de pièces, y a qu’à se servir. Les heures passent, l’orage n’est pas court. Y dormir? N’est que 18h, j’attends encore. Mais, 1x n’est pas coutume, me suis fait repérer. Cmt? Don’t know, suis tjrs discret. En silence, 2 gaillards RO (40) me surprennent dans ma « chambre » de béton au 2è étage, chacun des 2 tient qqch (?) dans sa poche. On palabre, on fraternise. Ils pensaient que j’étais un/des Tz rôdeur/s. On passe 1h ensemble. L’1 parle FR, « si tu as besoin de qqch ou aide, appelle-moi » et me donne son n* gsm, trop sympa. Me recommande d’éviter un hameau Tz à 8km (…), cristal clear. Nuit calme & au sec, la pluie dure.


Pt-déj dans un tableau de Monet: sur les rochers qui bordent le lac Crasna, du nom de sa rivière et son village, bucolique. Le soleil rouge se lève, le lac est transparent, les collines qui l’entourent chassent la brume, tout cela dans un silence transylvanien qui me porte. Qqs cormorans et canards. Revivrai-je de tels instants? Une atmosphère qui prête à la rêverie et au remerciement au Gd Mystère pour ce qu’il nous prête. Me sens seul au monde dans cet immense environnement pur & authentique. Du coup, un 2è café sur mon pt réchaud pour tarder le départ. La digue herbeuse de 3km qui retient ce lac est la seule en RO à avoir été entièrement construite à la main ET en briques de tourbe. Avec longues branches en guise de cannes, un père Tz et ses 2 enfants s’installent pour pêcher à 300m.


Pt hameau rural mais gd église, à Recea Mica. Il y a messe. Les femmes sont à l’église, les hommes les attendent bières en main à la pt buvette au bas de l’église. Les RO ont la boisson sobre. Je passe 1h avec eux. « Bon voyage, le Belge! »


C’est soit une boucle de 12 km pour rejoindre Zalāu, soit un azimut de 4 km par collines & plateaux de foins & bois. Pas de chemin et pas de boussole nécessaire, d’après ma carte il suffit de suivre la ligne à ht tension, repère sécuritaire idéal. Presqu’en crête, un berger (70 ans, 2 dents & yeux bleus azurs), son troupeau de brebis et ses 3 chiens. 1h ensemble à papoter par signes. « Zalāu? Tu as le temps, repose-toi, mange (en me montrant pommes, prunes, pain, tomates, oignons, piments, eau & poissons secs), installe-toi là, nous irons demain am ou pm à Zalāu avec les moutons ». Je jette un coup d’œil dans sa cabane 2x2m, il n’y a qu’un tapis de foin, pour dormir. J’en rêve, mais il n’est que 13h. Ce bon berger a une notion de temps et d’espace qui me laisse pantois, un autre univers. Il passe toutes ses journées seul sur les plateaux à vaquer avec ses brebis, il vit avec le ciel souriant ou pleureur, et ces collines ondulées à perte de vue, les plateaux de Transylvanie! Le monde peut s’écrouler, il ne le verrait pas et sa vie continuerait comme si rien n’était. Je le quitte à regret.


Gros coup de pompe, très gros. Ne sais pas pq, p-ê la chaleur ou tous ces kgs perdus. Depuis 3 jours, chaque pt stop m’invite à m’endormir s/place. La tête roucoule à tous vents mais impossible d’enclencher la 2de, encore – la 3ème ou 4ème. Nuits courtes mais bénéfiques, alimentation ok, pas de bobos, distances sans excès démesurés, mais là, subitement, ça ne répond plus, plus rien. Je pousse sur ON et ça bloque sur OFF, tant les jambes que les épaules. Le corps a ses raisons que la tête ne cerne pas toujours. Il n’est que 12:00 et slmt une 15aine km parcourus. Zalāu est à vue, je dois m’y arrêter, trouver pension, faire un pt break, lessive, manger, dormir.


Entrée de Zalāu, quartier militaire désaffecté mais encore gardé par gardes & chiens. Papote avec le caporal de garde.


Eric prépare nos retrouvailles sur mon Chemin RO, bientôt, chouette!

Direction Creaca, puis plusieurs azimuts vers Bālan & Cernuc. Prochaine pt ville: Dej. Ma carte en aval ressemble à un jeu d’échecs: églises & sites hist. vont commencer à se bousculer.