Bistrita RO

Il est 10:00, point cartes & ravitaillement à pt bar à Galgau. J’arrive en même tps que 4 ouvriers du Judet ou commune qui s’assoient pour siroter leurs Ursus, leur pt camion « marquage au sol » garé juste à côté. 1h passe, sont encore assis & détendus avec leurs Xème Ursus, p-ê des expatriés wallons en Transylvanie RO.
Je sais dorénavant (cfr x comments) qu’au 1er regard, le RO est perplexe à mon égard. Vagabond sdf ou touriste occid.? La marche (solitaire) au long cours n’est pas encrée dans la mentalité. Des chemins & destinations de pèlerinage tels Compostelle, Czestochowa, Siluva, …, ou simplement se déshabiller pour transhumer au « toc » du bâton en dehors des sentiers battus ne sont pas (encore) dans la culture RO. Il est vrai que ce peuple a une autre préoccupation + urgente, la reconstruction de son pays, les années Gheorgiu, Stoica puis Ceaucescu ayant miné ce beau pays. Cela étant, chaque échange se conclut tjrs par un chaleureux « Drum bun ».
Si je ne demande/insiste pas pour savoir s’il y a un site historique dans le village que je traverse, personne ne va m’en informer. Tel monument ou église historiques font partie du paysage au même titre que hêtres & maïs, sans plus. Je dois, par hasard, me cogner dessus pour découvrir. Comme à Vad, pte église du XVè (rien que ça!) au détour d’un chemin de terre secondaire. Immense chance: le père Roméo (pic) me l’ouvre avec une grosse clef banale et me conte son histoire. Construite par Stephan le Gd (RO moldave), inférieur pierres calcaire & supérieur en bois, dont toit en palettes de bois. Sur l’autel, derrière l’iconostase, il me montre l’évangile datant de 1837 (!!!) écrite à la main et encre, en roumain cyrillique, et une bible de 1902 avec couverture en bois de bouleau orné de dorures, … des trésors non protégés! … à la portée de quiconque, on y entrerait comme ds un moulin. Son enseignement m’est riche cfr relation Eglise RO – pouvoir communiste et le pillage de précieuses archives par la HU révisionniste durant son annexion. Les Habsbourg regardent le bout de leurs chaussures. L’histoire de ce pays, pris en étau par les gdes influences voisines, est aussi frissonnante que passionnante. Multumesc padre Roméo. Un berger me hèle pour trinquer une gorgée de bière avec lui.



Dans ces villages ruraux qui ne vivent que d’élevage et de cultures, on ne coupe l’herbe nulle part, on fauche, parcimonieusement, m2 par ci, m2 par là, au gré de la faim des bêtes, dont les lapins. Herbe & fleurs sauvages des pts jardins restent sauvages & libres d’épanouissement. Pas de parcelles de forêts délimitées, c’est 1 seule gd forêt qui ondule à l’infini. C’est cet aspect sauvage qui séduit, en forêts, campagnes & villages, là où un Bavarois discipliné y ferait une syncope instantanée. Dans aucun pays traversé, je n’avais vu autant de fleurs sauvages et différentes, et donc papillons, abeilles & tous insectes qui ne cessent de polleniser ces étendues sauvages. Un botaniste à mes côtés me manque.


2 très mauvaises nuits, long orage lors de bivouac à découvert, trempé, et sol mal jugé car trop pentu en colline le lendemain, un toboggan à remonter sans cesse. À Dej, encaissée entre les collines boisées, encore la police qui m’aide pour logement (et lessives) récupérateur. C’est l’hôtel Somès, gd bloc soviétique des années ’70 dont strictement rien n’a changé depuis, ni le tapis plein taché & déchiré, ni ma porte fracturée x fois, ni les fils électriques apparents, ni le rictus de métal de la réceptionniste. Seules ont disparu les surveillantes d’étages qui notaient scrupuleusement les va-&-vient des chambres pour la Securitatea. Tout est resté figé depuis 40 ans, même le prix, j’adore. De ma pt fenêtre où pend mon linge, les collines boisées entre lesquelles je sillonne depuis 4j. Pt tour du centre: son impressionnante synagogue, le musée milit. fermé, l’église cath., la louve romaine cum Romulus & Remus omniprésents et si chers aux RO, et encore ce monument aux 1000ers de juifs emmenés à Aushwitz.



Des klaxons tonitruants me réveillent dans ma pt chambre communiste. Une effervescence, qui m’est peu coutumière, réveille la pte ville. C’est dimanche, une journée de mariages. Les églises orth, cath, évang, bapt, réform & synag font le plein. Voitures & taxis affluent pour déposer les invités endimanchés qui font des a/r d’une église à l’autre, « ma sœur se marie à l’égl orth mais mon voisin se marie à la synag, puis je vais à l’égl cath pour un ami…etc », me dit un jeune universitaire, fantastique! J’y recroise mon copain policier de la veille, dans son + beau costume bleu nuit. On chante, on rit, on applaudit. Un couple Tz (60) endimmanché attend le bus, ils sont magnifiques, lui avec son gd chapeau noir à large rebord, elle dans sa plus belle longue jupe colorée. Les marchands de fleurs se pressent le long des trottoirs. Toutes les cloches de la ville commencent à carillonner en même temps. Même le ciel nuageux se dégage pour que le soleil rayonne sur la fête. Pdt ce tps, des hordes d’enfants Tz bloquent & énervent les voitures ornées de fleurs pour demander qqs sous, quel spectacle! Émerveillement garanti.
Beclean par l’ancienne route du S via Mica le long de la Somèsui Mare. Impossible de s’y baigner depuis 4j, courant fort et boueux. Avt de tourner vers Mica, la colline à ma droite dont le plateau est investi par le 811è Bataillon d’Infanterie « Transylvanian Dragons ». A l’abri des regards, je ne verrai malheureusement rien si ce n’est htes clôtures & qqs miradors qui émergent entre les arbres. 2 réponses & commentaires que j’esquive: mon métier et mon intérêt pour la RU, ses géographie, histoire & langue. Pour le 1er, et en 1 mot: « le politicien & le banquier sont des/nos voleurs (sic x 30) »; pour le 2nd, la RU est un ennemi éternel sous tous aspects, pour les raisons d’hier, d’aujourd’hui et certainement de demain (sic) ».


Une ombre au tableau dont les RO se plaignent amèrement: la déforestation accélérée de leur patrimoine naturel, avec 3 acteurs majeurs responsables: le gvmt, IKEA, et surtout son consommateur final: nous/moi. Tjrs ces chiens de garde ou errants omniprésents, pas un endroit où je pose la bottine sans qu’1, 2, 3 de ces chiens ne s’interposent, parfois menaçants, tjrs éveillant l’attention. Et comme les 3 milliards de chiens de chaque hameau en connaissent tous les habitants, il n’y a que sur mon passage qu’ils s’énervent. Depuis 2 semaines que je marche dans cette Transylvanie profonde, je n’y côtoie qu’éleveurs & cultivateurs, tous à titre privé, les gds coopératives n’ont pas encore mis la main sur ces territoires. Âme & traditions de cette ruralité persistent et ne cessent de m’enchanter. Des paysans, hommes & femmes vivant de la terre, si nobles par ce qu’ils sont, et par leur accueil & générosité qui me sont à chaque x réservés. Multumesc, de tt cœur.

Sortie du village de Dambu Mare, le ciel s’est complètement dégagé. Je contourne la colline pour me remettre plein E. Je regarde les cigognes becqueter dans le champ fauché, puis devant moi, au très loin, une ombre, immense. C’est lui, il est là! Perete! The Wall! Le MUR! Les Carpates! À 3 j de marche encore, mais je peux déjà clairement admirer sa crête ondulée. Un des 4 + beaux murs d’EU, avec Pyrénées, Alpes et le grand frère Oural. Une longue ceinture RO de 1200km qui m’encercle. Et il est large à l’endroit où je vais l’aborder, presque 230km à le sillonner jusqu’à son flanc E à Piatra Neamt avec des dénivelés impressionants. Les Carpates, celles dont je rêve depuis Londres, depuis tjrs en fait. L’idée d’aller croiser ces montagnes d’O en E pedibus cum jambi pdt 1 semaine avec sa faune & flore uniques en EU, ses vues époustouflantes et ses dénivelés chiffonnés me fait frissonner d’excitation. Je ne quitte plus le Mur des yeux. Le Mur cache ce que je vais chercher au-delà: la moldavie RO & Iasi, la MD & Chisinau, puis l’UA & Odessa. L’approche des Pyrénées sur le Camino de Santiago m’avait subjugué, ici j’en ai la chair de poule. Les Pyrénées en 1 très grosse journée avec 1 up & down, c’était l’apéritif, les Carpates c’est le plat de résistance, contenant & contenu. J’espère qu’il fera beau pour que l’émerveillement soit optimal. Mon itinéraire s/carte 1/100 est très précis avec, pour 1x, des étapes de nuit déjà +\- arrêtées, c’est sur place que j’évaluerai, confirmerai ou non.
Sanmarghita, encore église en bois de 1896, l’office du dimanche va commencer.


Ravitaillement à Mâlut, juste avt Beclean. Le ciel est magnifique, je grimpe dans la colline pour y chercher mon 5* de la nuit et il apparaît, un tt pt plateau d’1/2ha isolé et fauché. Cmt le paysan y accède-t-il, je l’ignore. De ce sommet, la vue est époustouflante. En face, je tutoie la colline suivante à 300m dir. E, déjà orangée par le soleil couchant derrière moi. Tt en-dessous à ma gauche, la rivière. Je bivouaque le long de la forêt qui redescend derrière moi vers l’O. D’un mvmt circulaire du bras, je voudrais envelopper tt ce paysage et le garder intact, pour moi & les miens. Mais avt, je scrute le flanc de colline en face de moi, parsemé de clairières de foin fauché aussi, pour espérer y admirer l’un ou l’autre chevreuil ou sanglier. Les loups sont déjà présents, on me le confirme à chaque x, mais très craintifs de l’homme. À priori, pas de chiens de berger ou errants, à priori… Festin ce soir: soupe à l’oignon, biscuits, fromage de chèvre, 2 tomates et cerises cueillies en chemin. Que du local & bio fait main. Le silence est total. Pas un moustique, je m’en sens presque orphelin. Presque 2h assis sans bouger à côté de ma tente. À ne rien fouttre? Non, au contraire, suis très très occupé, surchargé même, à écouter le silence, scruter la colline d’en face, évaluer le coucher de soleil en fonction de l’ombre qui grandit en face de moi, m’imprégner de l’ambiance, admirer & compter les rapaces qui tournoient, découvrir les 1ères étoiles, examiner les insectes qui butinent d’une fleur à l’autre, épier un pt bruit soudain, pour enfin m’enivrer de cette sérénité. Tout cela est très occupant et demande bcp d’attention & concentration. Surchargé. Tout ce Chemin merveilleux grâce à ma femme Isabel, à mon employeur compréhensif et à mon envie de relation charnelle avec terre & ciel au fil du pas.


4:30, un brocard aboie, le jour va se lever, je vais silencieusement mettre en évidence un saucisson bien ouvert, un peu de fromage & biscuits à 20m de ma tente, contre la meule de foin de ma pte parcelle fauchée. Je me rallonge, tente entr’ ouverte, les yeux braqués sur le pt buffet. Bredouille, même pas un mulot. Même si vu aucun animal malgré lieu idéal & appât, je donne une note de 10/10 à ce lieu enchanteur de bivouac qui restera gravé. Je lève qd même une 20aine de perdreaux dans la luzerne de la vallée, presqu’en culbutant sur chacun.


Beclean en vitesse pour repas consistant. Autour de moi, tous les clochers d’églises, je ne les comptent plus, j’en ai le tournis. Je m’extasie dvt un vieux side-car de 1948 alors que me rejoint un h, super sympathique, il est PB de Eindhoven. Alors que RO migraient vers l’O, lui est arrivé à Cluj RO au lendemain de la mort du tyran, la RO était à genoux. Depuis, il vit avec un pied en PB, un pied en RO, où il a une flotte de 120 camions qui sillonnent RO & EU. Il me confirme mes réflexions: « Dans 10 ans, ce pays aura perdu son charme. Les faux des champs, charrettes attelées, pts parcelles individuelles de culture, pts épiceries improvisées ds villages, seront désormais dans les livres d’histoire. La modernité est fulgurante, pour un confort individuel mérité, mais au détriment de l’authenticité de ce beau pays que je connais depuis 25 ans (sic) ».


C’est confirmé, mon fidèle ami Eric vient à nouveau m’accompagner. R-v à Piatra-Neamt.

Direction Bistrita, chef-lieu du Judet du même nom & porte d’entrée des Carpates. Longer abrutissante & bruyante chaussée jusque Sintereag, no choice, là où un couple de cigognes a élu domicile, et ses conséquences …, sur la cheminée du Comm. de Police. Puis un gd arc de cercle vers Bistrita, soit par le S, soit par le N, équidistants de 12km. Pile ou face, va pour le S. A mi-chemin, hameau de Caila, un conte de fée RO, le tps s’y est arrêté, comme la pte épicerie du siècle dernier où je m’arrête, bucolique à souhait, la suite le sera moins. Carte & terrain ne correspondent pas tjrs. Contrairement à ma carte, Caila est un cul-de-sac, la suite de la pt route sinueuse est un chemin de terre uniqumt accessible à cheval (ou jeep) à travers collines découvertes et boisées, encore 7km par ce méandre qui tortille dans ts les sens pour rejoindre Bistrita. Je m’y infiltre. Les paysages sont magiques, un gd troupeau de moutons broute à 200m en haut s/ mon flanc gauche, je scrute à g & à d pour voir des animaux, … boisé, découvert, boisé, découvert, … puis soudain un grognement et aboiements furieux. Ils sont 2, tous crocs dehors, à 20m dvt moi en travers du chemin, des veaux, des tueurs, leurs colliers typés avec poignée en bois ne laissent aucun doute. Ils « patrouillent » svt très à l’écart des troupeaux. Coincé comme un rat, suis momifié, cloué. Pas d’arbre à portée de bottines. Ai tjrs mon spray et mon couteau en mains en tels endroits, mais ça c’est pour se défendre, pas pour négocier. Ds 5 min, serai-je ok ou en lambeaux? À reculons, lentement, prudemment, pour retour hameau Caila à 1km. Du pt village, au loin, je peux encore voir le troupeau sur le flanc de colline, statique, et l’heure tourne, et ces maudits chiens rôdent et me barrent le chemin, impossible de les contourner dans cette brousse compacte, sauf demi-tour pour reprendre route par le N, 16 km en +, je rage, mais rassuré de ne pas être ds une conserve chez Aldi ds qqs jours. Passe une charrette attelée avec père & fils qui va s’enfoncer dans ledit chemin. Ils vont charger du fourrage en colline. Je leur explique la situation, ils comprennent et m’embarquent pour dépasser le troupeau + chiens. Les 2 tueurs sont encore là et se « rangent » au vu du cheval & charrette. Secoué comme un dé en boîte dans la charrette, le père me crie « periculos, periculos! » en me désignant les 2 veaux. A 400m à la ronde, un troupeau reste dangereux. Ils me déposent sur le plateau, suivi du traditionnel « Drum bun », me reste alors une longue & sûre descente forestière jusqu’à la lisière pour bivouac. Dans la forêt serrée, il fait déjà presque nuit, eau ok mais besace vide. La ville n’est qu’à 2km, pour demain. Une porte a grincé et je n’en menais pas large, là où je m’y attendais le -. Maudits chiens.






Bistrita, gde ville. « Buna ziua, buna ziua, … », personne ne me répond. C’est vrai, j’oubliais que je suis dans une ville, impersonnelle, là où chacun se meut avec des œillères. Vive la campagne où le vivre ensemble est inné. Bistrita semble grande, belle & aérée. Dir. OT (il y en a un!) via une longue av. piétonne. Le préposé très disponible, Horna Cernucan, me bourre d’info’s pour mon parcours: cartes, must see’s, camping areas, folders d’histoire, faune & flore, 1001 sentiers balisés ainsi que refuges annoncés dans ce paradis de nature montagneuse. Du pain béni. Des ours?, heu … oui. Avt de quitter la ville, en face de l’OT, l’immense église évangéliste incontournable, visitable jusqu’au sommet, 75m de ht en colimaçon, pt entraînement pour les jrs à venir.

Post/blog et go. 1er objectif: Mont « Poiana Tomii/Tamás mezeje » Alt 1470m, raide, très raide, ça va monter sec pour aller chercher parmi les + beaux paysages d’EU.

2 réflexions sur “Bistrita RO

  1. Bonjour Papa
    Te echo de menos, tengo ganas de verte y enseñarte muchas cosas nuevas que tengo.
    Cuídate mucho
    Je t’aime très très très fort 😘😘😘😘😘

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