Vâgani RO

Sortie de Bistrita, que je regrette de ne pas avoir visité, faute de tps. Une pharmacie annonce 41*, soleil presqu’au zénith, brûlant & étouffant.
Pour rejoindre le Mont Poiana Tomii Alt 1470 (ds les Monts Caliman), je dois d’abord enjamber 5 collines à découvert par chemins de terre, traverser les hameaux (Satu Nou – Petris – Budacu de Sus – Ardan – Lunca – Sebis) dans leurs fonds pour rejoindre le ruisseau Sebis qui me mènera à la crête forestière. Ça monte, ça descend, avec des vues époustouflantes. Au très loin, l’un ou l’autre point blanc aux horizons bas qui scintille sous le soleil, ce sont les églises des villages. C’est un autre monde. On est en pleine fenaison sur les flancs et plateaux de collines. Charrettes attelées, meules maigrissant à vue d’œil, hommes & femmes, gds’parents, enfants, tous chapeau de paille sur la tête, ont la fourche ou la faux en main, pas une machine à moteur à l’horizon. Rien que la force des bras et la sueur sous ce soleil cuisant. Je me cache pour admirer discrètement ce spectacle, je suis dans un autre monde.



Au pt hameau de Petris (20 maisons au +) perdu dans les champs, un pt panneau annonce « Tourism Office »!? Miracle ou mirage? Et pq ici, y a « rien »! En effet, un nv pt bâtiment « centre info », mais fermé. Bureau de police à coté: il est employé à la police, responsable du pt « point » poste et … du nouvel OT. Le Mr m’y invite avec un trousseau de clefs digne de celui d’un mâton. Le local est récent (Janv. 2015) et meublé: tables, étagères, chaises, bureau, et chaque meuble a encore son (omniprésent) auto-collant « Aide Européenne pour le Développement Rural » collé dessus. Pour le reste, vide! Car d’info’s, il n’y a pas, rien, nothing, nada. Pas un folder, ni carte, ni prospectus, ni un quelconque papier qui traîne, ni un crayon, rien. Suis perplexe et n’ose pas lui demander à quoi sert « tout ça » alors. « Et vous avez parfois des visites? Rarement, parfois une classe d’enfants d’un village voisin. » Pq? Je ne sais pas. « Et des visiteurs étrangers, depuis l’ouverture il y a 1 an 1/2? Heu…, oui, 1, vous, aujourd’hui. » Je n’ose pas éclater de rire. Une RO en pleine mutation et à 2 vitesses, c’est normal.


« Qui? D’où Vers où? » me lance l’h sur sa charrette attelée à 2 magnifiques chevaux blancs. Je passe presque tt l’ap-midi dans sa pte ferme pour l’aider à rentrer le foin ds sa grange. Il s’appelle Ursa Florin, (46) et habite à Ardan. Comme tous les habitants de ces pts villages, il ne vit que de la terre, et comme tous ses voisins, il a 1 vache, 4 cochons, 12 brebis et ses poules & dindes. Il parle un ES de Cervantes, ts les h’s de ces 4 ou 5 villages environnants sont bilingues RO/ES. Il y a 25 ans, ts les garçons en âge de travailler ds ces pts villages sont partis apporter leur main d’œuvre à la frénésie immob. qui entourait Madrid. 10 ans + tard, non fortune faite & après désillusion, ils sont revenus les uns après les autres, le mal du pays était + fort. « Maçonner de jour, dormir entassés ds des conteneurs de nuit, pdt 11 ans. Regarde ici, l’air pur, le silence, les collines, les forêts, les ruisseaux, les horizons, mes tomates, mon lait, mes œufs, mon fromage, mon lard. Ici est mon âme, pas dans ces horribles chantiers urbains (sic) ». Je le comprends si bien. Plein de fétus de foin et de poussière, je me douche derrière le fenil avec le tuyau qui sert à évacuer le purin de l’étable, grosse accolade à tte la famille et m’en vais le cœur gros. Le sac-à-dos est gros aussi, ils m’y ont fourré lard, tomates, fromage, piments, pain & un sachet de sel. Des nobles. Ursa m’a bien confirmé: ds ces forêts au sommet, ours discrets si tu ne trébuches pas dessus, des loups que tu ne verras pas, sangliers, lynx, chevreuils et cervidés. Pas de crainte de jour mais n’y dors pas. Troupeaux & chiens? « Non, au fur et à mesure qu’on fauche, ils transhument ailleurs. » À reconfirmer au fil des jours… « Et si je revois un de ces chiens? Tu prends ton couteau et couic! » en faisant un geste circulaire autour de sa gorge. Hum …, ouais, dans les films, pas convaincu.


Je vois le village de Sebis, ce sera pour demain matin, avt la longue ascension. D’abord dormir. Le long du ruisseau que je longe sur le sentier, 10m2 dégagés, mon 5*. Mais avt, boire goulûment cette eau fraîche & cristalline, me déshabiller pour m’allonger dans le ruisseau, me laver pour ôter cette poussière de terre et sueur collante, me raser, et lessiver ce que j’ai porté today. Cette eau descend tt droit du sommet que je vais chercher demain à l’aube. Ensuite me régaler du festin que m’ont donné Ursa & sa mère, et écrire mes notes du soir. Pas de silence total, c’est au son fort des grillons et du ruissèlement de l’eau que je m’endors comme une mouche écrasée. Je vis un rêve, tout y est dans le cadre bucolique de ces magiques collines. Cependant, demain me préoccupe. Bcp (trop) d’incertitudes pour aller chercher le sommet de cette haute montagne boisée. Les montagnes des Carpates, c’est pas la Baraque Fraiture. La nuit porte conseil, j’ai une idée…, à vérifier demain a.m.


C’est un mulot qui gratte en-dessous de ma tente, côté tête, qui me réveille. A 6:00, ds 20′, la pte épicerie de Sebis, dernier village avt l’ascension, va ouvrir. 6:00, j’y prends un café et j’attends. Les 1ères pers. du village arrivent. « Qui? D’où? Vers où? ». Les conversations s’engagent tjrs très rapidement, les RO sont des gens très affables et svt multilingues. J’avais une idée… J’annonce la couleur tt de suite: « Je veux aller au Mont Poiana Tomii ce matin & redescendre par l’autre versant, connaissez-vs un h ds le village qui pourrait m’y accompagner? » Ds ces pts villages ruraux, telle une gde famille, tt le monde connaît tt le monde. Conciliabules, pts coups de fil discrets… Une dame m’invite à rencontrer son mari chez eux. Je l’accompagne, en prenant son cabas en main, à 200m. Ferme poignée de mains, il m’impressionne, très grand, taillé ds le roc et fière allure, il aura le rôle du prochain J. Bond. Il est au tél, il cherche du travail de fenaison à la journée. Il raccroche, bredouille et un peu désespéré. Adrian (45) & sa femme ont 3 enfants. Il a ses qqs animaux de ferme et a déjà rentré son foin, et plus de boulot pour les semaines à venir. Son objectif: acheter son 1er tracteur d’occasion ds 2 ans. Il maîtrise ES, DE, FR & UK pour y avoir travaillé depuis ado. Depuis 5 ans, il passe 4 mois d’hiver dans les forêts au S de Frankfurt DE comme ouvrier forestier. « Pas de boulot aujourd’hui, alors c’est ok, on part maintenant! » Ça marche! (NB: à aucun moment de la journée et depuis notre rencontre du matin, le mot « sous » n’aura été évoqué.) Toute notre conversation ininterrompue de cette très longue journée se fera en UK. Petit sac-à-dos, il y fourre qqs brols. « Adriān, tu as de l’eau? Non, et vide le fond de ta bouteille, viens. Quoi??? Pas d’eau??? … » Ns partons, avec ses 2 jeunes bergers DE.



 « Werner, tu veux par des chemins ou tout droit? Heu…, tout droit! » Très vite, je comprends pq il ne me fallait pas d’eau, la montagne et collines d’accès en pissent de tous leurs pores. Par les flancs de terre et de roche s’écoule une eau cristalline, pure & très froide, tous les 100m & jusqu’au sommet. « Bois, c’est la meilleure du monde! » en souriant. Avt d’aborder la 2ème partie de la montagne, boisée de très hts sapins, nous traversons qqs ss-bois et parcelles de foin. Ns montons depuis 3h et c’est tt une famille de ses voisins qui retourne le foin à la fourche, avançant en tirailleurs sur ce pt plateau. Le père vient nous retrouver avec 3 pts verres de genièvre. « Regarde, cette parcelle est à mon voisin A, celle-là à mon voisin B, cette autre à mon voisin C. Mais quelles parcelles? Où sont les limites? Ni clôtures, ni piquets, ni bornes?! Nous, nous savons, regarde: tel arbre, tel rocher, telle source, tel dénivelé, ce sont les limites ». Suis bluffé. Les chiens d’Adriān ouvrent la voie à 50m jusqu’au sommet, levant un renard, des chevreuils, 2 gros sangliers. Des ours? « Attends Werner, c’est possible, on va voir. » Cet homme, Adriān, m’inspire une confiance totale. De tps-en-tps, il s’arrête, écoute, regarde autour de lui et se remet en marche. Mais secrètement, il m’énerve un peu: alors que je suis à tordre, en nage de la tête aux pieds, lui n’a pas une goutte de sueur qui lui perle du front. Le sommet? On ne le voit plus depuis que nous avons démarré, tjrs masqué par collines ou arbres. « Tu as déjà été au sommet? Oui, 2x, avec mon père, il y a 25 ans.(…) » Encore une source, ds un ss-bois, une autre, filtrant entre les rochers, et encore une, remontant à travers l’herbe grasse. À chaque source, bouche, bras, visage & nuque s’en délectent, il fait très chaud. Il privilégie la montée par les coulées d’animaux, ours, sangliers, cervidés …etc. Elles sont étroites mais bien damées, quel traffic il doit y avoir de nuit! « Regarde Adriān, un terrier de renard. « Nu » Werner, pas de renard, c’est un ours! C’est son garde-manger. » Adriān se couche, y enfonce le bras et en retire une brassée de plants de baies. Hum… Il me montre tts les empreintes au f & à m que nous grimpons: cervidés, ours, sangliers… « Les ours ne sont pas agressifs en ce moment, bcp de baies partout, et bientôt les myrtilles, de plus il fait très chaud, ils restent à couvert, et puis … ils n’aiment pas la viande belge » en éclatant de rire. Oui, mais ns aussi, on grimpe bcp à couvert!? » Sourire… « Regarde! » en gigotant une branche ds un crottin. « Il est tt frais, un ours était ici il y a 10 ou 20′  » Hum…, rapide regard circulaire… Adriān a une foulée lente et souple, il lance sa gde jambe pour faire un pas pdt que je dois en faire 2, mais avec 15kg sur les épaules. Il m’explique plein de choses, sur la corruption pour l’abattage d’arbres, corruption pour chasser, corruption pour l’octroi de parcelles, comment les RO ont arrêté l’avancée AT-HU ds les Carpates, sur tous ses jobs à l’O, sur le rythme du fermage et élevage dans les collines & plateaux, et toutes autres choses diverses. Je lui pose mille questions & l’écoute avec passion. Adriān me prend le bras: « regarde mes chiens! » 2 sec + tard, un énorme fracas brise le silence dans la sapinière, un énorme cerf se lève à 20m à ma droite et s’enfonce à tt allure dans la forêt en côte. Ouf!, ce n’était pas Baloo. Il ns reste encore +\- 200m d’Alt avt le sommet, ns débouchons sur une surface herbeuse d’1/2 ha. « Ns allons manger ici! » me dit Adriān. Mais ns ne sommes pas seuls…



Dans sa longue foulée nonchalante, Adriān se dirige directement vers eux. Court échange de mots. Ce sont 2 familles Tz, 4h, 3f, et 3 enfants, dont 2 petits qui dorment à l’ombre en-dessous d’1 des 2 charrettes. Ils sont assis à l’ombre d’un feuillu isolé et mangent. Les 2 chevaux, maigres comme des squelettes de poisson, broutent enchaînés. Ns sommes déjà à Alt 1300m. Ils prétendent être là depuis 1 semaine et pour 1 semaine encore pour cueillir des baies, et qu’ils viennent de tel village à 40km. « Que croire? » me dit Adriān d’un air désabusé. Sous leurs nez & sans leur demander leur avis, Adriān soulève les bâches de leurs 2 charrettes pour les fouiller. Les Tz ne bronchent pas. D’énormes bacs remplis de baies, +\- 200kg déjà,et … 2 longues scies, avec gros manche à chaque bout, strictement interdit. Outre cueillir les baies et myrtilles (historique & tacite agreement entre Judet/Commune/ prop. terriens et Tz), ils viennent scier pour voler du bois. « Les femmes cueillent de jour, les hommes scient & débitent de nuit qd gardes-forestiers ne patrouillent pas ». Sous leur barbe, Adriān prend les 2 longues scies qu’il ramène près du feu que je suis en train de préparer. Les Tz ne bronchent pas, ils savent que leur délit est lourd. « Par où sont-ils arrivés, ici, à Alt 1300m? De nuit, par des sentiers qu’ils connaissent en faisant trinquer leurs pauvres chevaux, regarde leur état piteux. » « Et que mangent-ils pdt 2 semaines, isolés en ht de la montagne? Champignons, baies, lapins pris au collet. Ils n’emmènent que du pain, lard et oignons pour les 1ers jrs. Regarde, leurs sacs en plastique de nourriture trempent dans l’eau froide de cette source. » Une autre vie, un autre monde, presqu’ancestral. « Adriān, je n’ai pas emmené de nourriture!? » Un clin d’œil & il sort de son pt sac-à-dos pain, gros gras de lard, sachet de gros sel & tous les champignons qu’il cueillait nonchalamment au f & à mesure que nous grimpions. C’est Byzance. « Adriān, que se serait-il passé si j’étais arrivé seul nez-à-nez avec ces Tz? Oh, ils seraient partis + tôt que prévu, … en t’abandonnant tout nu. » Hum… 



Sommes au sommet, j’en frissonne d’admiration et d’émotion. Entre les sapins épars, une grosse, grasse & compacte herbe très verte y pousse ainsi que ces innombrables plants de baies et de futures myrtilles. La vue à 360* est époustouflante. Adriān me nomme tous les villages au très loin que je pointe du doigt s/carte. C’est magique, c’est …, les qualificatifs manquent tant c’est impressionnant. Depuis Londres, depuis presque 2 mois 1/2, j’attendais ce lieu et ce moment sur mon Chemin. Au sol, tous les 5 ou 10m, des plants fraîchement arrachés, d’un coup de patte et griffes. Je regarde encore derrière nous de tps-en-tps… 


En distance, la descente par l’autre versant est 2x + longue que la montée, on ne doit pas traîner. Et le + court est d’emprunter les ruisseaux, les pieds dedans car pas de sentiers parallèles, en évitant de glisser sur les grosses pierres. La descente est + silencieuse, ne pas traîner tt en étant vigilant pour ne pas tomber. Une 30aine de chevreuils. Presque 22:00, la nuit est tombée et il nous reste encore 1h pour rejoindre la vallée. C’est l’orage qui ns accueille ds la vallée. La femme d’Adriān vient le rechercher, ils ont 50km à rouler pour retourner d’où nous venons. Chaleureuse accolade et infinis remerciements. Adriān repart vers l’O, je me dirige vers l’E, à la quête immédiate de 2m2 plats & discrets pour nuiter.


Multumesc Adriān. Sans toi, et même avec boussole, je me serais égaré 50x; sans toi, j’aurais certainement rencontré le danger; sans toi, je n’aurais pas pu admirer & comprendre tt ce que tu m’as montré en détails; sans toi, je me serais perdu de nuit dans la redescente boisée; sans toi, je n’aurais jamais appris tt ce que tu m’as enseigné sur « tes » Carpates et son histoire; sans toi, je n’aurais jamais vécu un tel moment fort, d’émerveillement, de découverte et en tte sécurité. Dans cet environnement unique & mythique, parmi les + beaux de notre planète, j’ai eu une chance inouïe grâce à toi, à ton savoir, ta disponibilité et ta fantastique compagnie. Tu ne mesures pas le cadeau que tu m’as procuré. Multumesc Adriān, you are a fantastic man, tu es un grand Monsieur. Ns ns reverrons cet hiver à Frankfurt DE.


Bivouac sommaire et négligé, il fait nuit, il pleut, je suis pressé de m’allonger tant pieds, jambes et épaules ont enduré aujourd’hui, malgré l’endurance de ces 10 dernières semaines. Je regarde ma carte, le parcours et ses courbes de niveaux que j’ai parcouru ces derniers jours. Je ne peux que me réjouir d’être encore capable, avec 15kg sur le dos & 55 ans, de profiter pleinement & sans accros de cette marche au long cours, d’assouvir cette riche passion. Ma vie citadine et relativement sédentaire n’a pas encore le dernier mot. Hier, mon ami Georges m’envoyait un généreux message ponctué par une citation de Gandhi: « L’homme ne repousse pas ses limites dans sa capacité physique mais dans son indomptable envie ». Quelle vérité. Un regret évidemment, ne pas pouvoir partager ces paysages et émotions avec Isabel. Bien que loin (géogr.) de moi, je réalise encore davantage tt l’importance qu’elle a ds ma vie.


Mon couloir pour traverser les Carpates se greffe sur l’axe sinueux Bistrita-Toplita-Borsec-Piatra Neamt. C’est une longue vallée qui serpente d’O en E. Dans le lit de cette vallée: route et rivière parallèles. Longer cette route d’un bout à l’autre serait ss aucun intérêt. Autant marcher avec des œillères ou prendre un autobus, ou ne pas traverser les Carpates. Depuis Sebis, je me greffe sur les chemins des collines à g ou à d de la vallée. Je passe d’un côté à l’autre de la vallée en fonction du relief, en traversant la rivière, souvent par passerelles branlantes ou par les galets qui jonchent le cours d’eau pas profond. Les sentiers perpendiculaires (& raides!) puis parallèles à la vallée sont nombreux. Ça monte, ça descend, ça tortille, en forêt ou à découvert. Chaque courbe et sommet annoncent un nv paysage, à chaque x époustouflant: falaises rocheuses, pans de hts résineux, plateaux herbeux dont un où je me retrouve au milieu d’une 40aine de chevaux en semi-liberté. C’est la forêt compacte qui ceinture leur immense pâture qui est leur clôture naturelle, dingue. Qqs pouliches sont pleines. 



Les lieux de nuits sont aisés à trouver et bucoliques à souhait: entre 2 villages, s’infiltrer entre 2 collines où coule tjrs un ruisseau, remonter le ruisseau par forêt ou broussailles, et choisir le 4 ou 5* de nuit dès qu’à l’abri des regards et des chiens. Ours & loups sont plus hauts. Cette dernière nuit, coincé entre haute falaise rocheuse et ma salle-de-bains: la rivière jonchée de galets où je peux à nouveau m’allonger. Pouvoir être entièrement frais & propre pour entrer dans son sac-de-couchage après une journée de marche, de poussière et sueur est un luxe inouï. 



Demain, ap-demain? Je n’y pense jamais ou presque. Le Voyageur ne compte « pas » les km, il ne cherche pas à performer malgré l’effort constant, il vit uniquement l’instant que ce soit dans l’espace, dans le temps, dans l’émerveillement & dans la rencontre avec l’autre. Temps, espace, rencontre et émerveillement suivants, c’est le destin qui les lui révélera, rien n’est écrit à l’avance. C’est cela la richesse et le besoin irrépressible du Chemin pour le Voyageur. A l’extrême, je pense à Jean Belivau (CA) qui décida de partir marcher pdt 1 mois avec son baluchon. Il est revenu chez lui 11 ans + tard, sans s’être arrêté de marcher, en communiant avec nature et son prochain, à travers les 5 continents. Le sédentaire accro du sofa, de l’asphalte et du volant a peur, et ce n’est pas de sa faute, peur de quitter ses repères sécuritaires & confortables qui meublent son quotidien. Puis un jour, comme des 1000ers de sédentaires chaque année (Compostelle, Rome, Czestochowa, Jérusalem ou – connus), il se laisse convaincre de se lever, se déshabiller pour oser aller timidement goûter le Chemin. Les 1ers pas sont hésitants, les suivants deviennent demandeurs & vigoureux. Ce Chemin, le feu sédentaire en devient irrémédiablement gourmand & gourmet. Toujours. Ces Carpates glanées au fil du pas, en communion avec ses paysages et ses habitants, sont un des 1000 trésors que m’offre ma démarche. Parmi toutes les chances que j’ai eu ds ma vie, il en est une qui fut, un jour, d’avoir eu cette envie de goûter au Chemin.



4 réflexions sur “Vâgani RO

  1. Très belle rencontre avec Adrian. Magnifiques paysages de la forêt, splendides panoramas et très beaux paysages. Excellente route. Un tout grand merci. Ton Chemin est merveilleux, espérant qu’il inspire d’autres à le suivre.

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  2. Merci Werner pour ce blog passionnant dont je reprends la lecture après une courte interruption.
    Quel bonheur de vous suivre!
    Je suis étonnée de réaliser comme vous êtes si souvent accompagné dans votre voyage en solitaire. Il y a bien sûr les rencontres du chemin, les animaux qui vous surprennent ou que vous surprennez, les rivières et les paysages et toujours le chemin. En fait, de solitude il n’y a pas, quand on sait regarder avec les yeux neufs et ouverts, sans préjugés ni prétention de connaître.
    Merci pour cette humilité du marcheur qui sait entrer dans ce monde, dépouillé de ses prétentions de savoir.
    Quelle fraîcheur!

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  3. Cuanto me alegro que estés de vez en cuando acompañado, además, con una compañía tan rica en todos lo sentidos.
    Espero que nunca te encuentres con alguno de esos osos de los que hablas aunque conociéndote seguro que estás deseándolo 😱Tienes a Diegolas muy impresionado…
    Cuídate mucho y empieza a engordar un poco… 😁
    Muchas ganas de verte ❤️😍😘

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  4. Hola,el rey de los peregrinos!Pffft,j’en reviens pas de ce que tu es entrain d’accomplir!Je reviens de qques semaines en Andalousie et j’avais perdu le fil de tes aventures!J’ai aussi commencé le bouquin de cet anglais en partance pour Constantinople!Mais lui, il ne dormait pas en pleine nature sinon dans des châteaux!!!Dire que je veux repartir vers Santiago,pour mes 50 ans, avec mon chien et que j’ai peur!Suis-je redevenu « pantouflard de sofa »!Je ne peux pas y croire….
    Je vais relire TOUT ton périple depuis le début,c’est trop bon!!
    Ultreia y buen camino,peregrino absoluto!!
    G

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