Piatra Neamt RO

J’apprends les atrocités qui viennent de se dérouler à Nice, ainsi qu’à Istanbul. Comme je le croise sur ma route, puisse ce monde devenir un jour meilleur.
Forêts des Carpates, arborées ou rocheuses, tjrs sauvages mais très surveillées. Les cartes topographiques dont disposent les gdes-forestiers sont stupéfiantes de précision. Chaque ha de cette immensité de chaîne montagneuse Transylvanienne y est quadrillée, gare aux braconniers & coupeurs d’arbres illégaux, les autorités ne plaisantent pas.




Un stop à la patte d’oie de Bistrita pour manger un sain goulasch dont je raffole. Je bifurque N-E vers Borsec. Apparaît subitement un surprenant & élogieux monument/mausolée aux morts ´14-´18 en bord de forêt. Les restes de 771 soldats d’inf. & d’art. y sont déposés, dont nombre de non identifiés. Un couple de très sympathiques HU s’y arrête aussi. 


Le panorama change brutalement dans la vallée. Finis vallée évasée et collines de feuillus ou foin en dénivelés accessibles le long de la rivière Mures. Dorénavant c’est une très encaissée & étroite route en serpentin qui sillonne entre 2 murs (3 à 400m de ht) peuplés de très hts sapins serrés (me demande cmt ils tiennent debout). Impossible de rentrer dans 1 de ces murs boisés, ils sont quasi verticaux & denses. Tant le biotope résineux que le relief archi chiffonné ont de sérieux relans de Forêt Noire DE que j’avais eu la joie de traverser en 2013. Épaules & mollets s’en souviennent encore. Il ne pleut pas mais le ciel est noir, une étrange sensation tant le silence est lourd et qu’il y fait si sombre, en plein p.m. Un vrai labyrinthe ténébreux qui agacerait un claustrophobe. Après x courbes, un pan devient rocheux d’où se libèrent des cascades d’eaux, magnifique. Cette forêt montagneuse que je remonte par ce lacet asphalté jusque Alt 1100m est dense, compacte, épaisse. J’ai l’impression que seul un habile chevreuil pourrait s’y faufiler. Et un ours…, dont j’arpente le milieu de leur salle-de-jeux sur ces 25km. Tel un coq, un œil rivé à g, l’autre à d, & attentif au moindre craquement … suspect.

Des chiens aboient au-delà de la courbe suivante (!?). Celle-ci est + profonde et y apparaît contre tt attente un pt chalet-restaurant et, attenants, qqs bungalows en V renversé, au milieu de cette jungle de résineux. J’y passe la nuit pour le prix d’un sachet de frites. L’endroit est aussi insolite & charmant que l’environnement naturel est austère. J’y suis seul et passe partie de la soirée avec le couple de gérants en leur posant mille questions dont « Pq tant de chiens chez vous? … les ours! Ils descendent svt pdt la nuit et reculent aux aboiements des chiens. » … sur un ton d’évidence. En effet, et les bungalows sont ceinturés par une palissade en bois, et les chiens dorment … dvt ma porte de bungalow. Gentils chiens! 


Les pans de collines deviennent – raides, qqs chemins & sentiers d’accès apparaissent à travers forêt et hauts rochers. Vers où? No sé! J’en tente un pour espérer couper une longue épingle à cheveux s/ ma carte. Ça grimpe et serpente mais le chemin reste large. Après 1km & presque 20′, un petit panneau apparaît, cloué sur un ht sapin: « Atentie: pericol ursi ! » (Attention: danger ours) Hum …, ds le doute, je fais demi-tour, mais s’il y en a un qui se pointe en aval du chemin, suis fait comme un rat. J’entends un bruit de moteur ds mon dos, une espèce d’Unimog RO perché très haut sur ses roues redescend de la montagne avec 2 gdes-forestiers à son bord: « À pied & seul, mieux vaut vous abstenir, d’autant que des femelles ont mis bas. » Il me parle en très bon FR. De la banquette arrière, il saisit un app. photos digital avec son long zoom encore vissé et me montre qqs photos prises ces dernières semaines. Brrr…, magiques & époustouflantes, dont 2 oursons perchés s/ un rocher et un mâle à 200m des bungalows que j’ai quitté il y a 2h. Hum…, cristal clear, je reprends la pt route asphaltée.



Un point très noir sur ce long chemin nature & verdoyant de RO: les innombrables bouteilles en plastique jetées qui jonchent les bas-côtés des routes et certains chemins, idem qu’en BE & FR. Jamais je n’ai vu cela ds les autres pays traversés en amont, UK, LU, DE, CZ, AT, SK & HU où le civisme est solidement ancré. Certes, les faits d’une minorité (consciente de ses actes) mais dont le résultat est nuisible & interpellant. Au hasard, ce matin, j’en examine qqs-unes. L’une d’entre elles est là depuis 8 ans = date de péremption gravée à l’encre dans le plastique 03/2008! Et pour 40 ans encore dans le même état, pfff…, quel gâchis. Jamais je n’ai abandonné le moindre détritus à un bivouac, soit brûlé, soit emmené, j’en fait une priorité. Seules choses y abandonnées par mégarde & à amer regret durant ces 2 mois 1/2: paire de lunettes, essuie de bain & couteau.


Entrée du village de Borsec, une 10aine de femmes Tz sont à genoux sur les 2 trottoirs parallèles. Tout en progressant très lentement, elles arrachent les herbes qui poussent entre les pavés. Matériel: doigts et ongles, même pas un couteau. Pas de Roundup nocif ici, ni de photos humiliantes. Je dois patienter 24h à Borsec, c’est ici que mon pote Eric vient me rejoindre demain. Lui donner les coordonnées lat. & long. du pied de sapin de montagne où je l’attendrais aurait été un « peu » osé & compliqué. De Borsec, nous repartirons ensemble vers montagnes & lacs d’altitude, dir. Piatra Neamt. Je me réjouis & suis curieux de faire cette pause à Borsec, on m’a dit que le village recèle moultes intérêts à découvrir. Je me réjouis d’autant + de retrouver la cie d’Eric, 3ème x qu’il me fait le plaisir de m’accompagner qqs jours sur mes chemins, on va vivre qqs jrs riches & fantastiques ensemble, c’est écrit.


Borsec, pt village de 2500 hab mais une des + anciennes & glorieuses stations thermales de RO, elle me rappelle Spa BE par ses anciennes architectures du XIXème. La pte Borsec a connu son hr de prestige à la Belle Époque, ht lieu de villégiature de la hte bourgeoisie et dignitaires de l’empire AT-HU. N’en subsistent que qqs gds bâtiments: hôtels, villas cossues, la vieille polyclinique, tous abandonnés et en ruines, mais très visibles. Discrètement, par une fenêtre brisée, je m’infiltre dans le feu Hôtel Transilvania (dont il ne reste que 5 lettres rouillées), abandonné il y a 40 ans. Je le « visite » entièrement en prenant garde de ne pas faire écrouler un plancher ou escalier. Tout y est décharné et se désintègre au fil des ans, faute d’amateurs et d’initiative publique. Au milieu des décombres, je m’assieds sur ce qui devait être une petite scène pour orchestre dans un des gds salons. Dans ce silence sinistre, je regarde autour de moi et imagine ce que ces murs ont vu & entendu: valses de Strauss & Schubert, gros Havanes croisant longs et élégants porte-cigarettes, smokings & tenues de gala militaires croisant longues robes évasées « abat-jour », longs gants blancs & colliers de perles, canes à pommeau d’argent croisant les ombrelles à dentelles dans le parc arboré. Période d’exubérance et d’insouciance avt que la folie des hommes ne rase tout: la Grande Guerre. C’était ici, dans ce qu’il « reste » de l’historique Borsec.


Un siècle + tard: nouvel OT qui existe depuis 1 mois (aide EU pour le développement  rural) où je trouve tt: trails maps pour nos prochaines 48h, town map & interests sites dont les très fameuses sources naturelles d’eau gazeuse, ainsi que logement pour 2 nuits, seul puis avec Eric: encore un pt bungalow (minuscule = 6m2) au pied de la colline, tt en ht de Borsec. Pt hic pour les 2 garçons très « kaki » que ns sommes, l’intérieur de notre dé à coudre est de couleur … rose barbie! 30 ans d’amitié depuis l’E.I. à Arlon qui nous conduit today dans les sauvages Carpates. La vue depuis notre boîte à chaussures: 2 pistes de ski sur le flanc de colline d’en face. 41* il y a qqs jrs en plaine, 6* ce midi à Borsec, brrr…


Dans un minibus surchargé, Eric arrive avec 1h de retard. Le chauffeur s’est arrêté qqs x pour faire le plein de … Ciuc.


Je ne présente plus Eric. Il est le compagnon de chemin idéal pour cette fin de parcours des Carpates. Il est homme téméraire mais prudent, audacieux mais responsable, fit & endurant. Progresser en ligne +\- droite dans ces cols montagneux & boisés est risqué voire très dangereux qd on est seul. Mauvaises rencontres (ours, Tz, …) et accidents physiques, isolés de tout & ss réseau tél, sont des risques inutiles lorsque seul. 





Eric & moi faisons notre plan de progression. De Borsec jusque Grinties par les montagnes, via les Monts Prisilopu alt.1441 & Magura alt. 1548. Timing projeté: 1 très grosse journée et retour vallée avt nuit. La réalité sera toute autre en fonction du relief. A 18:00, venons à peine de dépasser le 1er sommet. Pas 36 solutions pour nuiter, ce sera en montagne, mais avec prudence. Sommes un peu inquiets, les dangers existent et ns n’avons aucun réseau tél. Ns traversons une jeune sapinière pdt qu’Eric frappe ds les mains (…) et au sortir de ce résineux: la providence. Une bergerie de 25m2 à Alt 1400m en +\- bon état, mais sans porte. Ns ns y enfournons et ns ns y barricadons, une vraie prison pour la nuit contre d’éventuels ours. Ils sont omniprésents jusqu’à 1000m + bas. La barrière de bois qu’y construit Eric serait infranchissable par un mammouth. De +, 2 gamelles soigneusement pendues ensemble à cette grille en bois de prison nous réveilleraient au moindre entrechoquement. S’en suivrait la défense à l’arme « lourde »: puissants sprays lacrymogènes et bruyants tunderflashs. Les ours seront invisibles mais omniprésents autour de nous: traces de grosses pattes dans la boue, lieux de couchage, brassées de plans de baies arrachés, énormes pierres basculées à la recherche de gros insectes. Je tarde d’en voir enfin un, … de loin. Avt dodo, Eric va cueillir de jeunes pousses de sapin dont il nous prépare un thé à tomber par terre de délice. Ce lieu de nuitée restera exceptionnel dans mes souvenirs.







Au crépuscule, nous attaquons une partie de la descente pour aller chercher une autre montagne. A 300m en descente, ds une étroite vallée à 1000m, une frêle demeure en bois d’un autre temps. Toute une famille de bergers y est encaquée all year long dans l’unique pièce, la gd’ mère, les enfants & pts-enfants, et biquettes & poules qui entrent et sortent. Un autre monde. Immédiatement, une gamelle de fromage coulant de chèvre nous est proposée. Un peu âpre mais si sain. « Et vous avez dormi tt en ht? Oui. » … petit rictus inquiet. « Si vs étiez descendus jusqu’ici, vous auriez pu manger & dormir avec nous, en tt sécurité. » Des nobles. Nous quittons cette modeste mais si chaleureuse famille d’éleveurs isolée en montagne avec regret. Chemin de rencontres insolites et si riches.


A nouveau 300m + bas, un gd troupeau de chèvres et leurs gardiens à mâchoires d’acier qui viennent à notre rencontre. L’un semble agressif, ses babines sont retroussées, idéal pour mon coup de spray, il fait demi-tour illico en éternuant & gigotant. Le berger ns voit, rappelle ses chiens et ns passons, ouf.


Ces bivouacs et progressions totalement isolés aux sommets des Carpates sans possibilité de comm ext pdt 3 jours & 2 nuits resteront gravés. En solo, les Montagnes des Carpates sont risquées voire très dangereuses: ours, accident physique dans les rivières rocheuses, franchissements périlleux d’immenses chablis, qqs escalades avec notre maison sur le dos, 1000 possibilités de s’y perdre tant les sentiers & chemins de débardage sont nombreux, se croisent et serpentent, 1 colline en masque systématiquement 1 autre, aucun sentier balisé et ns sommes enfermés ds de très hts sapins serrés qui nous masquent ts points de repère. Le téméraire, mais non averti & donc prudent dans cet environnement immense et sauvage implique qu’il m’aurait été irresponsable de m’y aventurer seul. Ns y avons vécu les 2 principaux: ns écrouler à genoux en fin de soirée tant l’effort fut long & dur, mais surtout ns pâmer d’émerveillent devant ces paysages lointains & uniques qui nous ont plongés dans les entrailles de ces sauvages Carpates. Le lendemain idem, ns pensions franchir le col Blatca Plopiloc en 2h, il ns en fallu 5, tant le relief est trompeur, azimuts difficiles & courbes de niveaux aléatoires sur mes cartes. Dans une autre dimension, cette progression me fait penser au pèlerin d’antan, souvent contraint d’aller à Compostelle pour la quête du repentir. Dans un environnement inhospitalier, sans supports technologiques modernes, il partait, presqu’en guenilles, affronter les humeurs du ciel, les dangers des rencontres humaines & animales, l’effort & la souffrance, la faim & soif.

Depuis la charmante Grinties, une 20aine de km à arpenter du N au S, parallèlement à l’immense lac Muntelui bleu azur, à 100m de nous et que ns ns verrons jamais tant l’écran de sapins qui nous sépare de lui est compact & opaque. Pt halte au hameau de Secu (10 pts maisons max) complètement isolé. De mémoires d’anciens (qui caressent le siècle), jamais un étranger n’a fait irruption dans ce lieu insolite, comme si ns débarquions de la planète Mars. Eric souffre à une plante de pied, il continue au même rythme, les mâchoires serrées, il est tenace. 



Restent qqs km avt S du lac (et son barrage) au village de Cristina (N de Bicaz), où m’attend une formidable surprise. C’est mon ami & voisin Philippe G. (Moscou -Vladivostok à moto en solo en plein hiver) qui termine une compétition internationale d’enduro en RO et qui vient faire un gd détour pour me faire un gd coucou. Merveilleuses retrouvailles. Dîner à 3 le long du lac, nuit ds bungalow et pt-déj. avt de nous quitter. Multumesc Philippe, ta visite impromptue à cet endroit bucolique fut un cadeau. 


Dir. Pietra Neamt où ns bivouaquerons en forêt à 6km en amont coincé entre 2 collines. Bain & vaisselle ds le ruisseau à 5m, Eric alias P. Bocuse ns prépare un menu princier qui me change de mes quotidiens pain-sardines-tomates. La Transylvanie est désormais derrière moi, j’entre en Moldavie RO qui recelle mille trésors.




Piatra Neamt RO, Eric me quitte, dir Bxl. Sa présence fut un immense + sur ma route, nous y avons vécu des moments aussi forts que formidables.

Presque la dernière ligne droite de ce rêve: retrouver la plaine vers Iasi RO ds 4 jrs où j’espère retrouver Ioana et sa chère famille, puis Chisinau MD et enfin la Mer Noire, ce sera à Odessa UA.

Une réflexion sur “Piatra Neamt RO

  1. Cher Werner, un tout grand merci pour ce merveilleux récit à travers les Carpathes. Aussi pour ses merveilleux paysages. Bonne continuation dans la dernière ligne droite vers Odessa.

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