Одесса/Odessa (UA), end of Way & dream.

Palanca, il est déjà 20:00. Avt de partir, j’avais photographié qqs pages utiles ds « Le Pt Futé -Moldavie », il y est fait mention d’une auberge ds ce village très rural. Je demande à un tel puis une telle puis un autre, auberge inconnue! L’un lit le n* de tél & me dit que c’est un autre « Palanca », même province mais à 40km au N-O. Tant pis, à la recherche d’un endroit pour bivouaquer ici alors, mais pas en UA à 3km, je passe tjrs les frontières le matin pour trouver mes marques pdt la journée. Pas de bois par ici, mais des terrains vagues arides peuplés de qqs hts buissons derrière le village. Je m’y engage et, à peine débarrassé de mon s-à-dos, surgit un quad tt-terrain, Police des Frontières. Ils patrouillent tt le long de la frontière. Fermes mais sympathiques, on papote, mais interdiction de bivouaquer ici, trop près de la frontière Sud, je dois regagner la route principale vers la frontière Est que je ne veux pas traverser ce soir, zut. « Passez la nuit ds le local du poste-frontière MD » me dit le supérieur. Je n’en ai aucune envie. Passer la nuit allongé s/un banc comme ds une gare me serait insupportable alors que l’environnement reste si vert. Je le prends au dépourvu en lui demandant s’il habite ds le village et si je peux camper discrètement ds son jardin, why not?! Il réfléchit & tél à sa femme, le boss du foyer familial. C’est « niet » et il en paraît sincèrement désolé. Tant pis, je les salue et docilement rejoins la route, mais à la quête d’un autre endroit discret. Ce n’est que la 3ème x que je me fais surprendre s/ +\- 230 nuits de bivouac. Il ne me reste que 1km où je DOIS absolument trouver 2 buissons où insérer ma tente. Lieu trouvé, j’ai tjrs de la chance, ce sont encore des espèces d’oliviers épars sur un pt terrain vague entre la R52 à ma gauche et la M15 à ma droite, elles se rejoignent à 200m. Pas sûr que les policiers mobiles de la frontière apprécieraient, mais l’endroit n’est pas critique et les 2 routes ne sont qu’à 40m de part et d’autre de moi.


5:30, des voix & claquements de portières de voitures me réveillent. Je passe mon museau hors de ma tente, s/ la route à ma gauche, une longue file de voitures à l’arrêt. Je remballe tt & rejoins, pas très discrètement, la route. Stupeur! La frontière MD n’était qu’à 150m de ma tente. Rapide cachet de sortie s/ mon passeport, un dernier « drum bun » de la policière et je m’en vais vers le poste frontière UA à … 5km! « Je peux y aller à pied? – Da, da, davaïte. » Jamais vu une zone de transit aussi longue. Impossible d’échapper à cette route-entonnoir-transit, ce sont des immenses zones humides peuplées de joncs & roseaux qui bordent la route à droite, & le Dniestr à gauche. Un pt bateau à moteur de la Police des Frontières descend le Dniestr. Aurevoir Stefan cel Mare, Prince de la Gde Moldavie, qui m’a accompagné depuis le bas des Carpates (Piatra Neamt RO) jusqu’à la frontière UA.


Frontière UA, le calvaire pour les automobilistes & qqs camions, 1 long km de file, l’horreur, 4h d’attente … pour eux! A pied, je dépasse tt le monde et me fais copieusement siffler par certains. C’est un militaire qui filtre la file, une bête. Mesure +\- 2m, carrure comme un goal de foot, biceps tatoués & épais comme des jambonneaux, tt en tenue camouflage militaire, gilet pare-balles & mitraillette s/ l’abdomen: Terminator, Schwartzeneger, c’est lui! Mais très souriant. Malgré les sifflements derrière, il m’indique d’aller tt de suite à un des guichets « Паспортный Kонтроль », très cool Terminator! Dans son aquarium, le militaire de faction feuillette minutieusement tt mon passeport, page par page, et arrive ce que j’attendais. « Pq ce visa RU (2013)? Et pq avec cachet d’entrée et pas de cachet de sortie? Et pq ce visa BY sans cachet d’entrée et avec cachet de sortie? » Je lui explique, il pige pas. C’est son supérieur étoilé qui lui expliquera len-te-ment qu’il y a libre passage de pers. entre RU & BY. Gêné, il me rend mon passeport cacheté sans un regard pdt que les sifflements reprennent derrière.


Frontière franchie, c’est « fsio priama », tout droit, jusqu’Odessa. Encore 48km que je parcourrai sans me presser, tant je voudrais repousser au loin le dernier km. 


Passé le pont du Dniestr, j’arrive tt de suite s/ la place du village de Maïaki, un souk, comme bcp de villages-frontières. Tout y est sale & poussiéreux. Marchands ambulants se pressent pour vendre melons, patates & tomates, voitures, accessoires & gsm’s, brols en ts genres et du change devises sous le manteau. Il y a de tout et ça grouille de partout, des UA, MD, TR & Tz. Je négocie l’équivalent de 15€ de Lei MD en Hrivnias UA auprès de 4 « changeurs », je reviens vers le + intéressant qui m’assassine qd même avec un spread A/V de 22%! Je dois absolument en parler à mon patron en rentrant, y a un gros « bizness » à faire ici le long du Dniestr; de plus, sur cette place fourmillante de Maïaki où se croisent tous types de pourvoyeurs & acheteurs très cosmopolites, pas besoin de Mifid & de preuve d’origine des fonds, une frappe dans la main et c’est emballé, cash. 4 bars, dont 3 fermés, portes défoncées & fenêtres cassées, me réfugie ds le 4ème, glauque à mourir, une atmosphère Al Capone. Presque ttes les tables sont occupées, des enveloppes et billets changent de mains. Pepsi, salade-tomates et pain et je m’en vais.


C’est la 1ère x depuis Londres que je dois longer une aussi longue route, tte droite pdt 45km, sans aucun intérêt paysager et avec autant de traffic. Aucune alternative de chemins, sauf détour de 2 jrs par le S, le long de la Mer Noire. C’est dommage pour cette fin de parcours, mais ce Chemin m’a tellement gratifié en amont. Je ne côtoierai pas l’UA profonde & rurale, car Odessa, gde ville balnéaire, est trop proche de la frontière MD, 50km seulement. Les jolies & pittoresques isbas colorées à garnitures de dentelles en bois sculptés que j’avais connu en RU & BY, sont bcp + loin. Pour m’occuper en marchant, je repense à tt le vécu de ce Voyage, dense, dur mais si passionnant, qui peu à peu touche déjà à sa fin, je compte les bouteilles en plastique jetées sur mon côté de route, 142, 143, 144, 145, …, je m’amuse à regarder qqs vieilles Lada’s & Moskvich’s tunées des manières les + insolites. Au km 41, une porte grince soudainement très fort, je reçois un sms m’informant des dernières heures de digne combat de mon ami Nikita à Bxl BE, encore trop jeune, trop injuste. Je foulerai ces derniers kms pour lui. Au km 38, 3 femmes sortent de la langue boisée de l’accotement opposé et me sifflent. A leurs tenues et gestes explicites, elles proposent « l’amour », je les salue de loin. Au km 26, 1 très gd mémorial dont on a dévissé/déboulonné tt l’apparat, p-ê trop fidèle à l’ancien allié RU. Au km 18, Belikii Dalnik, second & dernier village avt Odessa, triste & sinistre. Au km 17, ravitaillement au « produkty » local. Sur la porte métallique, 3 autos-collants invitant les clients à ne pas rentrer avec: ni animal, ni cigarette allumée, ni revolver.


Unique bivouac en UA & dernier de ce Chemin, ce sera à la sortie de Belikii Dalnik après ravitaillement. Je suis ds une bande de hts buissons, juste derrière l’unique église (en construction ou rénovation?) que j’aurai vu en UA jusqu’à Odessa et face à un immense labour. Orientation E, le Levant et ce vent qui me soulage. Bras et jambes sont noirs, pas par le soleil mais de poussière & crasse collant à la sueur, impossible d’y remédier depuis 4 jrs. Le programme de demain a.m. est défini: départ 5:30; les pieds ds la Mer Noire vers 11:00; OT pour hébergement, booking trains de retour BE (surtout pas l’avion, trop brutal, trop violent pour digérer ce retour), info’s ville, musée d’Histoire Odessa, m’endormir ds un bain, me nourrir, recadrer les intestins chahutés par la chaleur de ces derniers jrs & dodo profond. Dernier coucher de soleil, rouge vif, incendiaire, je ne ferme pas l’œil, ou presque, trop absorbé par images & émotions qui se bousculent. A 5:00, mon incontournable café, je remballe tout méticuleusement comme chaque matin. C’est parti pour la der’.


Il est là, le ht indicateur de béton soviétique qui m’annonce « Одесcа ». La gde & belle Odessa, érigée sous l’impulsion de Catherine II; son lointain successeur, le Tsar Poutine, en cauchemarde p-ê.


Au gd rond-point d’entrée de la ville, distrait car englué ds mes pensées, je me trompe de direction en marchant vers … Kiev. C’est le soleil « pas ds la bonne direction » qui me rappelle mon erreur à 200m.


Comme ttes les banlieues, celle-ci n’est pas sexy. Immeubles début XXème en ruines, poussière, 10aines de chiens errants, ils errent partout. Pas d’OT à Odessa (!?), il faut s’adresser à internet, hôtels ou ag de voyages pour + info’s. Pour rejoindre la côte en bout de ville, un mémorial juif poignant, la récente Cathédrale de la Rédemption, la gde statue de Pouchkine qui a vécu ici, la façade du très majestueux Opéra, des joueurs attablés en plein air jouant aux échecs, dames & dominos, de superbes façades rénovées du XIXème et début XXème, c’est splendide, c’est aéré, c’est vert, c’est animé. J’y croise des gens souriants & élégants. Un centre de ville très raffiné, chère à mon amie Mala T. dont je vais voir la belle maison de vacances de ses feu parents Petersbourgeois. J’aurais aussi voulu connaître Odessa il y a + d’1 S. Je me réserve d’autres visites incontournables demain. Je veux y revenir un jour, avec Isabel.





Selon ma carte, la mer n’est qu’à qqs 100aines de m. Là, le Voyage prendra fin, brutalement. Tte mon approche de la Plaza del Obradoiro à Santiago de Compostela redéfile soudainement ds ma tête, même appréhension, même émotion aussi heureuse que cruelle. Londres est loin en amont. Depuis, il y a eu ts ces émerveillements, émotions, situations insolites voire surréalistes, jamais imaginées auparavant, bivouaquer sous pluie dans le vieux cimetière de Dover le nez s/ la Manche, nuiter à 20m au-dessus de la rés. nat. des gds lacs du Burner See, nager dans le Danube, se barricader de nuit au sommet des Carpates, pêcher des écrevisses dans la vase du Dniestr sous le nez des militaires « adverses », … etc … etc, tout ce fantastique gagné au fil du pas. Ce Chemin fut à nouveau enivrant.


Le Musée d’Histoire d’Odessa, un de mes points d’orgue de cet aboutissement géographique. Le Comte de Richelieu, General-Gouverneur d’Odessa, son successeur le Comte M. Vorontsov, Maréchal et héros de la guerre patriotique de ’12, mon « pote » omniprésent & bedonnant Koutouzov; la lettre d’abdication de Nicolas II; une photo de femme-soldat réglant la circulation s/ ma route d’hier Maïaki-Odessa en ’44; des coupures de journaux originaux relatant les concerts de mes 2 compositeurs préférés ds l’opéra de la ville: Rachmaninov & Tchaïkovsky; la rencontre historique de Staline, Molotov & Ribbentrop; les horribles massacres & déportations juifs, nombreux à Odessa; … etc; mais il y a SURTOUT ce que je venais chercher à Odessa en + de la Mer Noire: ce stigmate de l’Histoire qui relia Odessa à Londres il y a 1 siècle: des photos originales, lettres et coupures de presse décrivant le sauve-qui-peut de ces réfugiés Russes blancs, dont Ukrainiens, poursuivis & harcelés par les bolcheviques, et embarquant à la hâte sur des bateaux britanniques furtivement amarrés au port d’Odessa pour rejoindre … Londres. La boucle est bouclée. 




Je quitte le Musée, il me reste 400m. Un horizon turquoise se découvre. Elle est là, la Чёрное Mоре, la Mer Noire, spectatrice de tant d’Histoire de notre continent. Pour toucher l’eau, cet aboutissement du chemin physique & géographique, je dois d’abord descendre les marches du mythique escalier Potemkine, dont je connais l’histoire du navire par cœur. J’ai la tête ds le vide, me fraie un passage sur la plage très encombrée, me déchausse & demande à un ado de sceller un cliché-souvenir les pieds dans l’eau. Voilà, c’est fini. Je dois admettre que c’est fini. Déjà fini, ce fut merveilleux, bouleversant et enivrant.


Tout ce merveilleux n’aurait pu être vécu et abouti sans tous ces hommes et femmes, à travers ces 12 pays, qui m’ont poussé, tiré, encouragé, souri, tendu la main, frappé sur l’épaule, accueilli, ouvert la porte, partagé leur cœur, de près ou à distance. Il y a d’abord & surtout Isabel, ma femme, il y a mon employeur, il y a Eric & Olivier par leurs compagnies physiques & passionnantes en BE, HU & RO, il y a ces 10aines de personnes, dont Stéphane, Sebastian & Sonia, Jürgen & Greta, Stanislav, Alin, Budislav, Igor, Aurél, Adriān, Constantin, Valeria, Ion, …etc … etc… que je n’oublierai jamais, & surtout Ioana que je remercie encore de tt cœur, ils furent tous les aristocrates de mon Chemin. Ces gens « ordinaires », furent extraordinaires, ce sont eux qui m’ont permis de réaliser mon rêve. Merci du fond du cœur à chacun. Ce fut, pour la 2ème x, la + dure, la + intense, la + belle & riche expérience de ma vie. Des portes ont parfois grincé, mais à chaque fois pour s’ouvrir vers le fantastique.



Demain, plus de bottines, ni de bouteilles d’eau, ni de cartes, ni de boussole, mais à mon prochain, je lui dirai encore: « Lève-toi! Lève-toi, déshabille-toi et va. Pars d’une feuille blanche et va découvrir le monde dans ses entrailles, n’aie pas peur, va rencontrer l’homme, la nature et l’aventure, tu n’imagines pas ce qu’ils t’offriront de vertueux à ta rencontre. La vie est si courte, remplis-la de ce qu’elle a de si riche.


Tout ce merveilleux Chemin, cette enivrante vie parallèle, je les dois à ma femme, Isabel. ¡Gracias Isabeliña, te quiero!


The End.

Purcari MD

Je quitte Chisinau avec un brin de nostalgie. Quoique n’ayant découvert que son immense centre, j’ai aimé cette ville verte & son atmosphère, presqu’occidentale.Comme toutes sorties de banlieues (et celle-ci me paraît interminable comme à son entrée), la route est assommante (camions, voitures, …). Ce n’est qu’après l’aéroport, à Chetrosu, que je peux enfin bifurquer au S vers Geamana.


A nouveau de longues routes de béton puis de terre graveleuses très larges. Larges routes en béton pouvant accueillir des véhicules lourds et immenses antennes de télécommunications éparses sont des impositions de Washington, « in case of ». Entre 2 villages, je n’y croise jamais personne, sauf 2 chevreuils, 1 lapin, 100aines de lézards & des cigognes, mes oiseaux préférés depuis 2000km, si élégantes à l’envol. Le relief s’étire de + en +, la Mer Noire n’est qu’à 200km. Relier les villages très espacés pour refaire le plein d’eau aux puits. Parfois, un pt break lorsqu’il y a un « alimentar » ds un village + étoffé. C’est tjrs l’occasion de rencontres agréables. Celle de cet ap-midi a failli dégénérer. En cause, l’alcool cum + 35* à l’ombre à 16:00. A peine ai-je mis le pied ds la pte enceinte herbeuse de l' »alimentara » qu’ils m’entourent ts les 4, ils ont de 55 à 65 ans. ils sont complètement ivres. Des poivrots, j’en ai croisé des 10aines depuis Londres jusqu’ici, et pas moins à l’O qu’à l’E. Pour la plupart, l’alcool les rendait joyeux ou … inertes. Today, non. Les 4, complètement dezingués, hurlent en même tps : « T’es quoi? T’es qui? Tu fais quoi? » en m’arrosant de leurs postillons de bière Chisinau ds le visage. Yeux injectés et visages rouges vifs. Courte réponse: « Je me promène ». « T’es pas MD? – Non, BE. – Ah, t’es né en BE, ce sont tes parents qui sont de MD alors? – Heu … non, et ils savent même pas où c’est sur la carte. – Tu parles UA? MD? – Non – Pq tu parles RU alors? …etc. » Les tons des 4 zigotos deviennent hauts, désagréables et envahissants. « T’as de l’argent? – Non – Tu manges cmt? – Je cueille des fruits – Tu dors où ce soir? (Je leur donne une fausse direction, mais plausible) – T’as un tél? Montre! – Niet, kaput! » Je me lève du banc, les salue d’un « spasibo za fsio i dasvidania » et m’en vais. Le seul qui tient encore debout me rattrape, me barre la sortie en me prenant fermement par le coude et me tire de force vers « l’alimentara » pour partager une ou x Chisinau avec lui. « Niet, dasvidania! », mais il me fait mal. Ses 3 potes restent affalés sur le banc, yeux mi-clos, ivres-morts, absents de tout. Je serre mon lacrymo en main ds ma poche. Si il devient brutal, je lui lâche une giclée de poivre ds les yeux & nez. Pas la peine, sa main aggripée à mon coude se détend, il part en vrille et s’écroule de tt son long, ouf. L’alcool & soleil ont eu raison de lui. Certainement un bon bougre, mais alcool sous telle chaleur a des effets pervers, & agressifs ds son triste cas. Je ne supporte pas la violence et l’impulsivité, les ayant trop vues/vécues autour de moi lorsque + jeune.


Villages, chemins, champs & villages pittoresques d’un autre tps sont structurés et très propres, un Bavarois pourrait y respirer sans hoquet. On ratisse, on brosse et re-brosse, et qd c’est fini on rebalaie encore. Meules, faux, charettes attelées, chevaux, vieilles Volga & Lada, vieux Kamaz & Zia sont devenus aussi fréquents que s/ Times Square. Même si les artères qui traversent les villages restent de terre poussiéreuse, où je resillonne entre oies, canards, dindes & chèvres, place aux tracteurs & voitures modern generation quoique tjrs de scd main. Dans chaque village, l’incontournable monument aux morts, voire monument à la gloire du soldat libérateur soviétique. Ils n’imaginaient pas ce que le « libérateur » allait leur faire endurer les 45 années suivantes. Pq encore tel monument à la gloire du liberateur/oppresseur soviétique? Il fait partie du paysage depuis si longtemps, sans plus. 


Juste avt Tanatari, d’immenses bâtiments plats en béton abandonnés, c’est l’ancien gd kolkhoze dont un paysan (75) m’avait parlé hier soir. « Qd j’y étais, je ne devais pas m’inquiéter pour manger et nourrir ma famille. Regarde, qq je peux faire aujourd’hui avec ça? » en me montrant ses 5 vaches. Rien n’est tt blanc, rien n’est tt noir.



Entre Novoe (=nouveau) Tanatari et Staroe (=ancien) Tanatari, une piste tte droite de 2km qui descend & remonte la vallée. Le soleil est assassin. Tt en bas, un puits le lg du chemin, où je m’abreuve et m’assieds à l’ombre du mini-toit en tôle. Seuls le bruit métallique du seau qui cogne contre la paroi intérieure du puits et le vent poussiéreux qui balaie la piste, troublent le silence. Il y règne une ambiance de Far-West US. Ne manque que Ch Bronson assis au pied du puits à côté de moi, son harmonica collé aux lèvres. Depuis mon entrée en MD, je n’aurai vu que 3 quadrupèdes sauvages: 2 chevreuils & 1 renard. Là, à 100m de moi sur la piste qui coupe la forêt que je traverse, traverse un animal au pt trot. Trop gd pour être un renard et pas le profil d’un chien, bizarre. Pas eu le tps de dégainer mon tél pour photo. 



Enfin Talmaza, long village de 5km, après 15km de piste éprouvants sous soleil cuisant. Le chemin fait un équerre ds le village, et où, depuis le surplomb, l’horizon est lointain à ma gauche. C’est la plaine à l’infini, avec une lge bande boisée qui la coupe, là où coule le Dniestr. S/ l’autre rive, la Transnistrie hors-la-loi. La vue est magique. Besace remplie, je vais chercher un pt bois à la sortie du village. Mais rien ne se passera comme prévu, rien. 2 femmes vont me croiser, je les aborde pour m’expliquer l’horizon en détails. L’une parle UK. Après 15′ d’échanges, elle me donne le choix: continuer ma route, ou dormir chez sa famille, ou rejoindre les maris & amis qui préparent une fête en bord du Dniestr & y rester all night. Suis s/ les genoux mais va pour fiesta ds les broussailles s/ rive du Dniestr, l’opportunité est unique. Raison de cette fiesta? L’ouverture de la 1ère pompe à essence du village de Talmaza, c’est historique, ça se célèbre! Ns sommes une 20aine, ts du village, uniquement entre hommes, 3 sont Gagouzes, 1 Ukrainien, 2 Tziganes. L’ambiance est très animée, je sens que cette soirée et nuit seront … passionnantes. Et en effet… Les braseros sont allumés pour patates, oignons, piments & boudin rouge. Chacun a emmené ses bouteilles en plastique de 2L de son propre vin rouge. Arrive le plat principal, un agneau … vivant. Je m’éclipse pdt qu’on l’égorge, le vide et le dépèce. Le vin coule à flots. Valeria, ancien pasteur, chante armé de son accordéon, accompagné par Ion & sa timbale. Le ciel est presque aussi étoilé que celui de l’Aubrac. Cette nuit in the middle of nowhere le long du Dniestr s’annonce magique. Il fait chaud & sec. En face, s/ l’autre rive à 50m, un gros phare s’allume ds notre direction. Policiers ou militaires Transnistriens, juste pour montrer qu’ils veillent, no problem. On mange, on boit, on chante, on danse, on rit, on dort un peu, puis l’accordéon nous remet sur pied, on remange, on reboit, on redanse, on rechante, jusqu’á l’aube. La lune est pleine, chacun dort en boule ds un coin de broussailles, digérant agneau, vin et musique. Valeria a une voix très rauque, je lui dit qu’elle me rappelle celle de Vladimir Vissotsky. Il éclate de rire en-dessous de son épaisse moustache noire & arnache son accordéon. « Sidiet i sluchat (assieds-toi et écoute) ». Dès les 1ères notes, j’ai compris. Avec sa voix rauque et grave, idem que Vissotsky, il hurle « La Chasse aux Loups (chasseurs=nazis) », j’en frissonne, je ne peux retenir des larmes tant l’émotion est forte & unique: entouré de ces nvx et fantastiques « amis » moldaves, de nuit en bord du Dniestr, militaires « adverses » nous épiant, sous ce ciel étoilé et vent chaud, Valeria déchire le silence de sa voix cassée avec son accordéon et avec la rage de Vissotsky qu’il éructe. Nous sommes tous cois en l’écoutant, je vis un rêve. Un rêve unique. Je dévisage chacun d’entre nous, des visages joyeux, d’autres mélancoliques. L’ambiance se calme, le vin faisant son effet. Certains se rendorment. Pas Valeria. Tjrs avec sa voix grave, sur un fond doux d’accordéon, il récite des poèmes, à la gloire de Dieu, à la gloire de la Ste Moldavie, à la gloire de la femme donneuse de vie, et à la gloire des compatriotes & amis tombés en ’92 à qqs mètres de nous. J’ai l’estomac noué par tant d’émotion et de densité.


​Ivan, d’origine UA, est très sympathique, comme ts les autres. L’idée de se lever un jour, baluchon sur l’épaule et s’en aller marcher attise sa curiosité. « Et tu n’es pas fatigué après 3 mois? – Physiquement, oui. – Et tu n’as jamais eu envie d’arrêter? – Oui. – Ah, où? en prenant ma carte. – A Ekaterinbourg, ou aux Solovskii. – Mais … c’est encore bcp + loin ça, à des 1000ers de kms!? – Je sais. »

8:00, chacun se réveille ds son coin de broussailles, chacun encore un peu groggy. Rallumer les braseros pour remanger et reboire. Vin rouge pour eux, 5 cafés pour moi. La pêche fut bonne pdt la nuit, 9 brochets ds le filet. J’accompagne Vladimir, Valeria & 2 autres ds le Dniestr. Ils m’apprennent à puiser ds la vase pour remonter des écrevisses, vase jusqu’aux genoux. Une 15aine remontées dont on va se délecter en soupe. C’est dingue. Pt-déj? Déj? Dîner? Sais pas, sais plus, je veux pas savoir, mais c’est unique. Valeria re-chauffe son accordéon et c’est reparti. Écrevisses, brochets, fromage de chèvre, pain, pastèques, & eau pour moi. Me réendors comme une masse au son des grillons et de l’accordéon.


16:00 rassasié & sieste finie, je m’arnarche, ils forment un cercle d’adieux autour de moi, les embrassades ne se comptent plus. « Drum bun, Werner, chestlivago puty. » Dur. Très dur. J’ai un azimut facile de 3 km pour retrouver mon chemin d’hier et rejoindre Purcari à 20km. L’accordéon encore ds la tête, et déjà nostalgique de ces accueil, attentions et générosité qui m’ont été réservés, je m’en vais vers mes derniers pas.


Ce riche Chemin m’a encore ouvert une porte vers tant de richesse: rencontrer & partager cette MD profonde, rurale & authentique dans un long moment de joie sans excès et de traditions. Spasibo bolchoï za fsio, et en particulier à Dima (Vladimir) & Vica pour l’accueil qu’ils m’ont reservé.


Les villages s’enchaînent, Cioburciu, Purcari, Crocmaz et enfin Palanca, tjrs sur la même piste très poussiéreuse. Le vent chaud est violent depuis ce matin, il me vient de face, du Sud, de la Mer Noire à une 30aine de km. Il balaie la piste de face et m’envoie son flot de poussière continu au visage, bouche & nez compris, obligé de mettre un foulard humide.


1km avt Olanesti, au milieu de nulle part & en pleines broussailles, émergent 4 gds blocs-lego à appartements. Ils sont très vieux, en béton craquelé mais encore habités. C’est tellement insolite à cet endroit et symbolique de l’époque soviétique que je prends qqs photos. Un h (70) me voit & me hèle. Il est très gentil. « Tu es étranger? – Oui Monsieur – Alors, stp, ne prends pas de photos de ces immeubles, ils sont vieux, sales, laids, dégradés, certains appart’s n’ont plus d’électricité, ce n’est pas ça la Moldavie, ça c’est encore le communisme, mais nous sommes ts vieux ici et on ne sait où aller, ne prends pas de photos stp », en me mettant amicalement la main sur l’épaule. Dvt lui, j’efface les photos (sauf 1 …) pour lui faire plaisir mais surtout pcq’il a tellement raison, ce n’est pas « ça » la MD que j’ai côtoyé de près, si traditionnelle, bucolique et authentique. Les MD sont très attachés à leurs culture & traditions, ces blocs-prisons n’en font pas partie. L’habitat rural ressemble à celui de son voisin en Moldavie RO, des ptes maisons individuelles très espacées avec jardins de broussailles, mais avec davantage de couleurs, de corniches & lambris sculptés en dentelles, de figures (oies, raisins, Pouchkine!, cigognes, …) peintes sur les façades. Ah, pittoresque, qd tu ns tiens!



Purcari, tt pt village mais célèbre ds le monde entier. Œnologues & sommeliers des 4 coins du monde y viennent goûter & acheter ses vins. Je n’irai pas voir ni visiter le complexe viticole, très renommé dit-on, il est à 1km de mon chemin et la « chose » viticole n’est pas ds mes priorités sur mon chemin quoique j’adore le vin rouge. Je m’arrête 1″ sur la route pour prendre une photo du bâtiment viticole principal à 400m. M’aborde Ion, RO de 30 ans, marié et jeune père, super sympathique. Il a quitté sa RO natale pour être guide à Purcari pour les passionnés de vins qui viennent autant de USA, FR, KO, AU, CH, que … BE il me dit. Il m’accompagne pdt 1km. Je lui parle de sa RO & de la MD que j’ai adoré tous 2, je lui mentionne aussi l’animal bizarre que j’ai vu tôt ce matin en forêt. Il éclate de rire: « Tu as vu un chacal! », il y en a bcp par ici, et tu les entendras parfois hurler la nuit, garde ton spray lacrymo à portée de main ». Il m’explique le paysage:  » à droite, les vignes à l’infini; à gauche, à 200m & parallèle, le Dniestr », « … et derrière, la Transnistrie » j’enchaîne. « Non, plus depuis 1km, maintenant c’est déjà l’UA à 200m. » Carte en main, oui c’est vrai, c’est déjà l’UA que je longe. Ça sent comme une fin de voyage. Ion, quadrilingue dont FR, charmant & très cultivé garçon, on échange nos adresses. 


Dois m’organiser pour dormir à Palanca, dernier village avt la frontière, il y a, d’après mes info’s, une auberge-pension dont j’ai vraiment besoin. Demain, l’Ukraine.

Je dépose ce post s/blog à Maïaki UA, n’ayant pas eu d’accès wi-fi depuis Chisinau. Demain, Odessa, la Mer Noire, la fin du Voyage.

Tiraspol (TR hors-la-loi)

Cette escapade hors-norme le long de mon Chemin méritait un post.

7:30, pte promenade en attendant Giorgiu. Ts les balayeurs/euses sont déjà à l’œuvre ds parcs, trottoirs, rigoles. Plus une feuille morte ni rarissime mégot ne doit traîner ds la ville pour la journée, bravo. Je n’ai pris que passeport, un peu de cash & vieux tél. de rechange pour photos avec moi. 

Finalement, ce n’est pas Giorgiu qui arrive pour me prendre, mais un dénommé Ion (+\-50), avec 20´de retard… Dès qu’installé, il me demande si cela me dérange de faire un pt détour pour prendre une copine qui viendrait avec ns à Tiraspol. C’est quoi ce bazar? C’était pas prévu & je n’aime pas les embrouilles, surtout pour aller là-bas. Je veux que tt soit cristal clear. C’est non, dans tts les langues, no, nu, niet. Il râle 10′ puis revient « dans le rang ». 40′ de voiture où il se partage entre moi & la « copine » au tél. Il ignore que je comprends tt ce qu’il lui raconte (RU) au tél, un fameux poème …., heureusement qu’elle ne ns a pas accompagné.
Poste frontière à Tighina: policiers, militaires & 1 tank opérationnel à l’accueil. Tt va assez vite, présentation passeport & remise du doc. d’immigration à ne pas égarer. Policiers & milit sont un peu énervés car derrière ns, il y a 4 cars pleins d’UA qui attendent pour traverser la zone vers UA, chacun sera contrôlé individuellement. Sur le doc. d’immig., il est bien spécifié que je dois avoir quitté le territoire au + tard à 19h 02m 51s (pas + de 10h sur le territoire).


Transnistrie, zone sécessionniste hors-la-loi. En ´92, MD tente de reprendre « son » territoire. Armée MD désuette & sans blindés contre chars & artill RU = échec total + 100aines de morts de part et d’autre. En ´92, l’UA laissait transiter les forces alliées RU, today c’est l’inverse à cause de Crimée & Donbass = Transnistrie isolée géog. qui étouffe économiquement. 3 uniques acteurs en TR: Poutine qui décide tout, Chevchouk, « président » marionnette de Poutine, et enfin l’oligarque Sheriff qui détient la 1/2 de l’économie de TR: banque Sh, supermarché Sh, vendeurs de voitures Sh, bars Sh, immob Sh, club de foot Sh, tt est Sh, …etc. Tant que la TR reste stable, Poutine fout la paix à ces 2 lascars, ils peuvent continuer leurs magouilles. Rêve de Poutine: relier géog. ses 3 pions: Donbass-Crimée-Transnistrie (via Odessa) = isoler l’UA de Mer Noire en prenant contrôle de celle-ci.


Escapade en Transnistrie en 2 temps: forteresse médiévale de Tighina & Tiraspol.


Forteresse, ré-ouverte au public (lequel?) depuis 5 ans, très imposante mais pas entretenue, flanquée contre le gd casernement militaire opérationnel de Transnistrie, brrr… Des militaires y déambulent, on est sur l’axe stratégique de Chisinau. Cette forteresse est un lieu militaire & stratégique ininterrompu depuis le M-A (Ottomans, Russes, Nazis, Soviétiques, EU, … Du sommet du donjon, tte la vue sur le Dniestr, rivière-frontière, et son fameux pont (affrontements ’92) aux couleurs RU & TR, l’église, et tt le casernement militaire. Visite de l’ensemble (sauf casernements!). Ion & moi sommes seuls, pas un chat. Rappel omniprésent des gds noms de RU dont Cath II & P. le Gd, mais aussi Koutouzov & de Tolly qui donnèrent la fessée à Napoléon en ’12. Rappel aussi des « héros » de ’92 avec photos dans tte la ville. Figuratif & glorification relèvent encore parfaitement de cet esprit soviétique même si le communisme stricto senso y a disparu, chacun se « débrouille » (…) comme il peut.



Tiraspol, la « capitale », non reconnue. Structure & ambiance très soviétiques des années ’80, le très large blvd (50m) qui traverse la ville est impressionant & on ne s’y bouscule pas. Policiers & militaires un peu partout, ne pas sortir l’app de photos inutilement. 



Imposant Lénine dvt le bâtiment de la « présidence », le monument aux morts du Dniestr (’92), la tte nvl Cath., l’agréable gd marché fruits & légumes, les classiques vendeurs ambulants de Kvas, & ts les 100m les gds panneaux de propagande pro-RU tels que « Tous ensemble avec la Russie ». 






Transnistrie, poudrière & enjeu geo-politique majeur entre E & O, ça peut y re-péter du jr au lendemain. Londres-Odessa, Chemin quotidien de paix, mais encore jalonné par des fractures ouvertes. 


Retour Chisinau, encore un peu ss le choc de cet endroit « décalé » que je quitte, pour préparer & affiner dernières cartes, faire le plein estomac & vitamines, & dormir. Demain 5:00, dernière ligne droite (230 km) via Mereni-Talmaz-Olanesti puis frontière UA.


The final countdown.

 Chişinău MD

Je quitte Iasi avec nostalgie, direction N alors que Chisinau est plein E, problématique check-point! Je traverse la gde banlieue, encore très aérée & propre, entr’ autres via la Rue de l’Eternité où se succèdent 10aines de pompes funèbres, normal, l’immense cimetière « Éternité » de Iasi se trouve en bt de rue.
Très tôt, j’aborde les longs & magnifiques lac Venetia & lac Ciric que je longe s/ 10km jusque Dorobant par pts sentiers de pêcheurs ds les broussailles. Puis 10km suivants s/chemins de terre par champs de maïs et terres de pâturages déjà très arides. 



Je dors ds une étroite bande boisée avt Stanca, presque le nez s/ la frontière de Sculeni. Les forêts deviennent rares, et jusqu’en UA. 5:00, debout, je suis excité comme une puce à l’idée de poser ma 1ère bottine sur le sol MD. A 300m de mon bivouac, sortie du village de Stanca, en surplomb, c’est magique: j’ai une vue parfaite en contrebas sur le village de Victoria, puis Sculeni (RO&MD) que la rivière Prut traverse, frontière naturelle & officielle vers la MD, c’est fantastique. Au-delà, à 3km, la Bessarabie MD à portée de bâton, j’en frissonne.



Frontière en vue. Tt a été réorganisé ds mon sac-à-dos, et carte de bq + qqs billets de secours ds la doublure de mon chapeau + cousus à l’intérieur de mes écussons & hauts des doublures de chaussettes, jusqu’Odessa. Seul = +vulnérable, surtout en longeant la Transnistrie dans 6 ou 7 jrs. Des rapts s’y produisent (cfr Andrea & MD’s croisés en RO), je rectifierai mon chemin + à l’O au-delà de Chisinau si info’s se confirment.


Poste frontière, comme je m’y attendais, un charmant milit. Lt RO (avec qui je papote 20′) m’invite à demander un lift pour passer le no man’s land sur le Prut. Finalement, c’est lui qui arrête une voiture pour demander de m’embarquer pour ces 300m, trop sympa. Mon « chauffeur » sera mon 1er pote MD, Andrea. Il se débrouille en FR & évidemment parfait bilingue RO-RU, comme ts les MD’s. On a le tps de discuter: 1h1/2 à poireauter entre les 2 postes frontières, au-dessus du Prut, des files de voitures immatriculées aux 4 coins de l’EU et surtout IT, ts des MD’s qui reviennent au pays pour les vacances. Pour me procurer qqs Lei MD, il me dépose à 1 des multiples bur. de ch. où ns ns quittons après photo & échanges d’adresses mail. Multumesc Andrea!


Il ne me reste plus que +\-300km à dévorer et à me délecter jusqu’à Odessa, c’est la dernière ligne droite, à savourer à chaque pas et chaque regard. Le cœur bat en ouvrant la porte de ce pays si riche en traditions et en histoire. Je ne connais pas la MD. J’ai juste lu son histoire bousculée en diagonale, ses racines romaines puis russifiées & soviétisées, ainsi que la situation très problématique en Transnistrie que j’étais supposé traverser. Et bien sûr, son vin ds le S, un des meilleurs du monde. Ce sera une découverte totale dont je me réjouis.


Rejoindre Ungheni, une route tt droite, longue & ennuyeuse, récemment refaite avec le financement USA dont panneaux très visibles. La MD est très très très stratégique entre O & E. De longues distances entre chaque village, tous très évasés. Je n’y croise personne sauf ds villages. Un pays gd comme BE, mais avec 1/3 de sa pop. De tps-en-tps, une voiture s’arrête: « Qui? D’où? Vers où? » puis reprend sa route. Économiser l’eau ss cette chaleur étouffante qui est ma seule « ennemie », d’autant que les sources d’eau ont disparu ds les campagnes, seuls existent les puits dans les villages.


Ungheni, Cathédrale Al. Nevskii, les paroissiens quittent l’église. Je vais y rentrer lorsque le « gardien/concierge » me l’interdit. Normal, suis en shorts et mes bas de pantalon sont tt au fond de mon sac-à-dos. Un jeune pope va entrer et s’intéresse à notre échange. « Belgietz … pilgrim … pichkom … London-Odessa … », il me prend par le bras et ns entrons ensemble, sous le regard consterné & désapprobateur du « garde ». Un acolyte (12) encore vêtu de sa longue aube jaune satinée demande à son père de le prendre en photo à mon côté puis, sous le regard amusé de ses parents, me demande de m’accompagner jusqu’à la sortie de la ville et surtout … en me donnant la main!? Tjrs vêtu de son aube canari, il m’accompagne, main ds la main. Et je comprends son gentil manège, ts les 50m, il croise un p’tit copain, et tt fier il leur lance à chacun: « T’as vu, c’est mon nv copain de Belgique! » Trop mignon. En quittant la Cathed. avec mon nv jeune copain, ns ns arrêtons d’abord dvt l’entrée du casernement militaire de la Div. d’Artill « Prut ». J’essaie d’engager qqs mots avec une des 2 sentinelles de garde. « Circulez! » … bcp moins affables que leurs voisins militaires RO!


Un « sport » à gérer: chaînes de collines & vallées sont ttes ds un axe N-S, or je dois aller à l’E, à Chisinau. Up & down’s garantis à + de 40*. Très tôt, l’asphalte disparaît au profit d’une piste carrossable en terre sableuse & graveleuse, jusque Chisinau. Le relief, comme en RO moldave reste très vallonné avec des villages + espacés, 10 à 15 km parfois, c’est long sous cette chaleur étouffante. Diff majeure, les gds espaces de pâturages, troupeaux, faux & charettes attelées ont presque disparu au profit d’immenses champs de tournesols, maïs, labours et les 1ères vignes. Mes 2 obsessions depuis la frontière: ombre & eau, la chaleur est terrible, + que partout en amont. Je rêve de me baigner ds des glaçons, ou me rouler nu ds la neige. À chaque village, je cherche 1 des puits, y bois 1L1/2 s/place, puis repars avec 3L d’eau fraîche ds lesquels je verse du sel. Mais à chaque puits de village = être retenu au – 1/2h par le voisinage, tjrs affable, curieux et … svt généreux en victuailles, impossible de refuser. Impossible/trop long aussi de raconter chaque surprise & anecdote ds chaque village. Par ma nat. et ma démarche, suis « l’attraction ». Et je m’en réjouis pour entrer + facilement en conversation avec les gens de ces villages & hameaux ruraux, pour apprendre, les écouter, les découvrir, eux & leur culture. C’est ça le très important, le très riche, loin des cartes postales, en se baignant ds le cœur de cette ruralité. Tous les pèlerins nomades le savent, tout Chemin ne peut se vivre & s’écrire qu’à partir d’une feuille blanche, sans attentes particulières ni préjugés. Débouler au fil du pas et en transpirant au-devant de ces paysans (ds le sens très noble du terme) isolés dans cette MD profonde permet d’avoir un contact « d’égal à égal », c’est y arriver nu, sans prétention, au contraire du touriste bling-bling dans sa voiture rutilante, Ray-Ban ancrées sur le nez. « T’as vu comme il a transpiré depuis loin pour venir chez nous? » dit la vieille grand-mère à son pt-fils dvt l’église de Sadova. Elle a tt compris, tout en me demandant: « A pied? Tout seul? Pas dangereux? » Non, pas + que dans le métro à Bxl, et puis le sage Paulo Cuelho disait avec justesse: « Si vous considérez l’aventure comme dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle. »



Un peu marre des maïs pour dormir, trop chaud, pas de toit et pas de vue. Aucun monument histor. jusque Chisinau, il faudrait être mobile en véhicule pour aller les chercher loin de mon axe, mais horizons de nature & rencontres compensent vachement. 

Au fd de la vallée, Bratuleni et son lac. M’y baigner? Surtout pas, à 1/2 asséché et les abords asséchés dégagent une puanteur âcre d’excréments de vaches, chèvres, moutons & oies. Cela étant, les paysages restent magiques.


A Vomiceni, je me fais confirmer mon chemin comme 100aines de x. « Tu vas où? – Chisinau, par chemins de terre, éviter routes! » Il prend ma carte, sceptique. « Pas le + court s/ ta carte! » il me dit. Il est vrai que ma carte 1/300 manque de détails. Au dos de ma carte, il me fait un croquis de 6km, digne des meilleurs cartographes. « Et là, tu suis le sentier en forêt s/ 3km ». « En forêt? La forêt? Quelle forêt? Où est-elle? Dieu soit loué si Il existe! » Non seulement Giorgiu me fait gagner 11km (chargé comme un baudet en nourrit & tte l’eau = 2h1/2), mais en + il m’envoie vers une forêt où je pourrai bivouaquer loin de tous villages, quelle providence! Je jubile. Tjrs écouter les locaux. « Des animaux? – Sangliers, cervidés, chevreuils, renards & lapins. – Chouette! » En ht de la colline via cet étroit et long sentier, une très gde chênaie d’un gd luxe. Branches pour pendre linge, souches pour s’asseoir et « cuisiner », espaces plats & secs, pas de moustiques. 9/10 seulement, car il manque source ou ruisseau. 2ème nuit difficile, malgré eau, sel et magnesium quotidiens, des crampes aux jambes me réveillent par à-coups, maudite chaleur, & pas un pet de vent.


Il m’est bcp + facile de communiquer ici, tt le monde y parle RU, en + du RO. Ce peuple, romanisé il y a 2000 ans, puis russifié il y a 200 ans (RU puis URSS) est un vrai compromis latino-slave, le seul pays latin au monde s’exprimant en RU (+RO). Même ds les pts hameaux, certains hissent le pt drapeau UE à côté du drapeau MD, comme pour anticiper l’Histoire, un jour viendra et tant mieux. Not like in RO, on ne se tape pas s/ l’épaule au 1er regard, pas de familiarités impulsives, c’est leur côté slave, mais après 15′ = accolades & embrassades garanties, c’est leur côté latin, merveilleux peuple MD.


J’écris & lis un peu; des 3 récits que j’avais téléchargé avt de quitter Londres, il en est 1 dont je relis svt des passages: « La sobriété heureuse » du grand et sage Pierre Rabhi, tant il colle avec justesse à mon Chemin. Être ou posséder? Essentiel ou superflu? Être ou paraître? …etc. Ces h’s & f’s croisés sur ma route depuis + de 7000km ont tous du « Rabhi » en eux. De tous ces gens, svt très modestes voire pauvres, que j’ai croisé le long de mon long Chemin, tous, sans exception, ont été des nobles dans leur attitude v-à-v de moi & ma démarche. La palme revient systématiquement aux + démunis qui tous espéraient me donner ou partager ce qu’ils n’avaient pas. Je rejoins Rousseau: « l’H est bon par nature, c’est la société qui le corrompt. » Très ennuyeux, ai perdu/oublié câbles tél dans maïs, économiser batterie. Heureusement, les magasins « Orange » fleurissent à Chisinau.


4ème longue jr en MD, enfin les 1ers immeubles de Chisinau sont à vue, ils apparaissent comme un mirage au loin. J’y arrive presqu’en rampant tant pieds, fatigue & soif n’en peuvent plus à cause de ce micro-onde permanent au-dessus de ma tête depuis 4 jrs. Trempé, je m’affale ds le 1er bar pour y ingurgiter 5 Coca’s d’affilée & m’y endors presque. Course aux info’s pour cartes + détaillées, culturelles & 1 logement. Pas d’OT à Chisinau, il faut se débrouiller: ag. de voyages & rares librairies. Tt est enfin réuni après des kms parcourus ds cette immense ville très aérée où ts mes intérêts sont éparpillés à des kms l’un de l’autre. MD & Chisinau: les touristes étrangers ne s’y bousculent vraiment pas et c’est dommage. Plan de la ville en main, je relie les incontournables en 4h: Cath. Ciuflea, l’Arc de Triomphe, Musées d’Histoire, de l’Armée & de la Guerre, Cath. de la Nativité, magnifique Maison de Pouchkine, statues de Lénine, Marx & Engels qu’on a déboulonné & isolé juste pour les touristes, et enfin l’émouvant Mémorial aux héros du Dniestr (guerre perdue de Transnistrie en 1992 contre l’armée RU, à only 60km d’ici, là où je vais demain). J’y compense tt ce qui m’a manqué en culturel en amont. Une ville dessinée & quadrillée par l’IT Bernardazzi à larges rues & avenues perpendiculaires, excessivement propre & très aérée, excessivement verte & très arborée. Sous ce soleil qui me massacre, les gens, tjrs élégants, très éduqués & très disponibles à tte question, déambulent ou se retrouvent sur les innombrables bancs des beaux parcs publics arborés. Une pte place ombragée où, sur des ptes tables scellées au sol et munies d’un pt toit d’1m2, des aînés jouent aux échecs, toutes les tables (12aine) sont occupées, c’est charmant. S/ la même place, un pt marché de brocantes où sont proposés icônes, broderies, & … des 33T de mon chanteur russe préféré Vladimir Vissotsky. A part qqs rares & vieux trolley-bus rescapés, rien ne subsiste vraiment de visible de l’emprise soviétique. Les Avenues Lénine, d’Octobre, du Komsomol et de la Révolution ont été vite boutées en touche / au cul, au profit des Avenues St. cel Mare, Al. Pouchkine et 31 août ’89. J’aime cette ville accueillante qui garde son authenticité.



A une des ag. de voyages, qui fleurissent partout à défaut d’OT, je lis une annonce en russe: « Tiraspol + guide, a/r Chisinau, 4h s/place », tt cela pour le prix de 2 sachets de frites moldaves. Mon sang ne fait qu’1 tour, je veux en savoir +. Comme l’Ossétie du S, l’Abkhazie et le Donbass, Transnistrie et Tiraspol sont zone et capitale rebelles, sans foi ni loi, only reconnue par RU & VE de feu Chavez. Même Castro ne l’a pas reconnue. Les mises en garde sont permanentes ds les médias, à tort ou à raison: violence – racket – rapts – traffic d’organes, d’armes & de drogue – état mafieux – …etc. Mais il y existe un rare tourisme bien encadré. C’est le dernier vestige vivant de l’URSS en EU, mais non sécurisé, ni même par RU même si c’est sa 14ème Armée qui y assure une pseudo sécurité int & ext. Enfin, et contrairement aux enclaves de Crimée & Kaliningrad, la Transnistrie ne se cherche aucune virginité v-à-v du monde, tant qu’elle jouit du soutien militaire de Poutine. Nicolae, ancien policier MD reconverti en guide de l’ag, m’a convaincu. Depuis 6 ans, il y emmène, dans les règles strictes, touristes des 4 coins du monde. Il me montre le « Livre d’Or » des touristes à leur retour de Tiraspol = convainquant. 1 unique & naturelle recommandation: rester ds le rang = être discret, et … prendre 2×5 € pour les militaires-douaniers, ce sont les us. C’est ok, l’opportunité est unique, a/r Tiraspol demain tôt avec Nicolae « main ds la main », je laisse tt mon brol à la pension pdt mon escapade. Ça se passera bien, ce sera excitant, même si je n’ai aucune intention d’y bivouaquer!

A défaut d’Amb. et Cons. belges à Chisinau, je vais rendre une visite de courtoisie à l’Alliance FR, dont le responsable me réserve un accueil chaleureux ds son bureau. P’tite photo souvenir dvt le « Fonds Belge » de leur bibliothèque. Il me rassure aussi pour mon escapade a/r à Tiraspol, c’est bien.