Purcari MD

Je quitte Chisinau avec un brin de nostalgie. Quoique n’ayant découvert que son immense centre, j’ai aimé cette ville verte & son atmosphère, presqu’occidentale.Comme toutes sorties de banlieues (et celle-ci me paraît interminable comme à son entrée), la route est assommante (camions, voitures, …). Ce n’est qu’après l’aéroport, à Chetrosu, que je peux enfin bifurquer au S vers Geamana.


A nouveau de longues routes de béton puis de terre graveleuses très larges. Larges routes en béton pouvant accueillir des véhicules lourds et immenses antennes de télécommunications éparses sont des impositions de Washington, « in case of ». Entre 2 villages, je n’y croise jamais personne, sauf 2 chevreuils, 1 lapin, 100aines de lézards & des cigognes, mes oiseaux préférés depuis 2000km, si élégantes à l’envol. Le relief s’étire de + en +, la Mer Noire n’est qu’à 200km. Relier les villages très espacés pour refaire le plein d’eau aux puits. Parfois, un pt break lorsqu’il y a un « alimentar » ds un village + étoffé. C’est tjrs l’occasion de rencontres agréables. Celle de cet ap-midi a failli dégénérer. En cause, l’alcool cum + 35* à l’ombre à 16:00. A peine ai-je mis le pied ds la pte enceinte herbeuse de l' »alimentara » qu’ils m’entourent ts les 4, ils ont de 55 à 65 ans. ils sont complètement ivres. Des poivrots, j’en ai croisé des 10aines depuis Londres jusqu’ici, et pas moins à l’O qu’à l’E. Pour la plupart, l’alcool les rendait joyeux ou … inertes. Today, non. Les 4, complètement dezingués, hurlent en même tps : « T’es quoi? T’es qui? Tu fais quoi? » en m’arrosant de leurs postillons de bière Chisinau ds le visage. Yeux injectés et visages rouges vifs. Courte réponse: « Je me promène ». « T’es pas MD? – Non, BE. – Ah, t’es né en BE, ce sont tes parents qui sont de MD alors? – Heu … non, et ils savent même pas où c’est sur la carte. – Tu parles UA? MD? – Non – Pq tu parles RU alors? …etc. » Les tons des 4 zigotos deviennent hauts, désagréables et envahissants. « T’as de l’argent? – Non – Tu manges cmt? – Je cueille des fruits – Tu dors où ce soir? (Je leur donne une fausse direction, mais plausible) – T’as un tél? Montre! – Niet, kaput! » Je me lève du banc, les salue d’un « spasibo za fsio i dasvidania » et m’en vais. Le seul qui tient encore debout me rattrape, me barre la sortie en me prenant fermement par le coude et me tire de force vers « l’alimentara » pour partager une ou x Chisinau avec lui. « Niet, dasvidania! », mais il me fait mal. Ses 3 potes restent affalés sur le banc, yeux mi-clos, ivres-morts, absents de tout. Je serre mon lacrymo en main ds ma poche. Si il devient brutal, je lui lâche une giclée de poivre ds les yeux & nez. Pas la peine, sa main aggripée à mon coude se détend, il part en vrille et s’écroule de tt son long, ouf. L’alcool & soleil ont eu raison de lui. Certainement un bon bougre, mais alcool sous telle chaleur a des effets pervers, & agressifs ds son triste cas. Je ne supporte pas la violence et l’impulsivité, les ayant trop vues/vécues autour de moi lorsque + jeune.


Villages, chemins, champs & villages pittoresques d’un autre tps sont structurés et très propres, un Bavarois pourrait y respirer sans hoquet. On ratisse, on brosse et re-brosse, et qd c’est fini on rebalaie encore. Meules, faux, charettes attelées, chevaux, vieilles Volga & Lada, vieux Kamaz & Zia sont devenus aussi fréquents que s/ Times Square. Même si les artères qui traversent les villages restent de terre poussiéreuse, où je resillonne entre oies, canards, dindes & chèvres, place aux tracteurs & voitures modern generation quoique tjrs de scd main. Dans chaque village, l’incontournable monument aux morts, voire monument à la gloire du soldat libérateur soviétique. Ils n’imaginaient pas ce que le « libérateur » allait leur faire endurer les 45 années suivantes. Pq encore tel monument à la gloire du liberateur/oppresseur soviétique? Il fait partie du paysage depuis si longtemps, sans plus. 


Juste avt Tanatari, d’immenses bâtiments plats en béton abandonnés, c’est l’ancien gd kolkhoze dont un paysan (75) m’avait parlé hier soir. « Qd j’y étais, je ne devais pas m’inquiéter pour manger et nourrir ma famille. Regarde, qq je peux faire aujourd’hui avec ça? » en me montrant ses 5 vaches. Rien n’est tt blanc, rien n’est tt noir.



Entre Novoe (=nouveau) Tanatari et Staroe (=ancien) Tanatari, une piste tte droite de 2km qui descend & remonte la vallée. Le soleil est assassin. Tt en bas, un puits le lg du chemin, où je m’abreuve et m’assieds à l’ombre du mini-toit en tôle. Seuls le bruit métallique du seau qui cogne contre la paroi intérieure du puits et le vent poussiéreux qui balaie la piste, troublent le silence. Il y règne une ambiance de Far-West US. Ne manque que Ch Bronson assis au pied du puits à côté de moi, son harmonica collé aux lèvres. Depuis mon entrée en MD, je n’aurai vu que 3 quadrupèdes sauvages: 2 chevreuils & 1 renard. Là, à 100m de moi sur la piste qui coupe la forêt que je traverse, traverse un animal au pt trot. Trop gd pour être un renard et pas le profil d’un chien, bizarre. Pas eu le tps de dégainer mon tél pour photo. 



Enfin Talmaza, long village de 5km, après 15km de piste éprouvants sous soleil cuisant. Le chemin fait un équerre ds le village, et où, depuis le surplomb, l’horizon est lointain à ma gauche. C’est la plaine à l’infini, avec une lge bande boisée qui la coupe, là où coule le Dniestr. S/ l’autre rive, la Transnistrie hors-la-loi. La vue est magique. Besace remplie, je vais chercher un pt bois à la sortie du village. Mais rien ne se passera comme prévu, rien. 2 femmes vont me croiser, je les aborde pour m’expliquer l’horizon en détails. L’une parle UK. Après 15′ d’échanges, elle me donne le choix: continuer ma route, ou dormir chez sa famille, ou rejoindre les maris & amis qui préparent une fête en bord du Dniestr & y rester all night. Suis s/ les genoux mais va pour fiesta ds les broussailles s/ rive du Dniestr, l’opportunité est unique. Raison de cette fiesta? L’ouverture de la 1ère pompe à essence du village de Talmaza, c’est historique, ça se célèbre! Ns sommes une 20aine, ts du village, uniquement entre hommes, 3 sont Gagouzes, 1 Ukrainien, 2 Tziganes. L’ambiance est très animée, je sens que cette soirée et nuit seront … passionnantes. Et en effet… Les braseros sont allumés pour patates, oignons, piments & boudin rouge. Chacun a emmené ses bouteilles en plastique de 2L de son propre vin rouge. Arrive le plat principal, un agneau … vivant. Je m’éclipse pdt qu’on l’égorge, le vide et le dépèce. Le vin coule à flots. Valeria, ancien pasteur, chante armé de son accordéon, accompagné par Ion & sa timbale. Le ciel est presque aussi étoilé que celui de l’Aubrac. Cette nuit in the middle of nowhere le long du Dniestr s’annonce magique. Il fait chaud & sec. En face, s/ l’autre rive à 50m, un gros phare s’allume ds notre direction. Policiers ou militaires Transnistriens, juste pour montrer qu’ils veillent, no problem. On mange, on boit, on chante, on danse, on rit, on dort un peu, puis l’accordéon nous remet sur pied, on remange, on reboit, on redanse, on rechante, jusqu’á l’aube. La lune est pleine, chacun dort en boule ds un coin de broussailles, digérant agneau, vin et musique. Valeria a une voix très rauque, je lui dit qu’elle me rappelle celle de Vladimir Vissotsky. Il éclate de rire en-dessous de son épaisse moustache noire & arnache son accordéon. « Sidiet i sluchat (assieds-toi et écoute) ». Dès les 1ères notes, j’ai compris. Avec sa voix rauque et grave, idem que Vissotsky, il hurle « La Chasse aux Loups (chasseurs=nazis) », j’en frissonne, je ne peux retenir des larmes tant l’émotion est forte & unique: entouré de ces nvx et fantastiques « amis » moldaves, de nuit en bord du Dniestr, militaires « adverses » nous épiant, sous ce ciel étoilé et vent chaud, Valeria déchire le silence de sa voix cassée avec son accordéon et avec la rage de Vissotsky qu’il éructe. Nous sommes tous cois en l’écoutant, je vis un rêve. Un rêve unique. Je dévisage chacun d’entre nous, des visages joyeux, d’autres mélancoliques. L’ambiance se calme, le vin faisant son effet. Certains se rendorment. Pas Valeria. Tjrs avec sa voix grave, sur un fond doux d’accordéon, il récite des poèmes, à la gloire de Dieu, à la gloire de la Ste Moldavie, à la gloire de la femme donneuse de vie, et à la gloire des compatriotes & amis tombés en ’92 à qqs mètres de nous. J’ai l’estomac noué par tant d’émotion et de densité.


​Ivan, d’origine UA, est très sympathique, comme ts les autres. L’idée de se lever un jour, baluchon sur l’épaule et s’en aller marcher attise sa curiosité. « Et tu n’es pas fatigué après 3 mois? – Physiquement, oui. – Et tu n’as jamais eu envie d’arrêter? – Oui. – Ah, où? en prenant ma carte. – A Ekaterinbourg, ou aux Solovskii. – Mais … c’est encore bcp + loin ça, à des 1000ers de kms!? – Je sais. »

8:00, chacun se réveille ds son coin de broussailles, chacun encore un peu groggy. Rallumer les braseros pour remanger et reboire. Vin rouge pour eux, 5 cafés pour moi. La pêche fut bonne pdt la nuit, 9 brochets ds le filet. J’accompagne Vladimir, Valeria & 2 autres ds le Dniestr. Ils m’apprennent à puiser ds la vase pour remonter des écrevisses, vase jusqu’aux genoux. Une 15aine remontées dont on va se délecter en soupe. C’est dingue. Pt-déj? Déj? Dîner? Sais pas, sais plus, je veux pas savoir, mais c’est unique. Valeria re-chauffe son accordéon et c’est reparti. Écrevisses, brochets, fromage de chèvre, pain, pastèques, & eau pour moi. Me réendors comme une masse au son des grillons et de l’accordéon.


16:00 rassasié & sieste finie, je m’arnarche, ils forment un cercle d’adieux autour de moi, les embrassades ne se comptent plus. « Drum bun, Werner, chestlivago puty. » Dur. Très dur. J’ai un azimut facile de 3 km pour retrouver mon chemin d’hier et rejoindre Purcari à 20km. L’accordéon encore ds la tête, et déjà nostalgique de ces accueil, attentions et générosité qui m’ont été réservés, je m’en vais vers mes derniers pas.


Ce riche Chemin m’a encore ouvert une porte vers tant de richesse: rencontrer & partager cette MD profonde, rurale & authentique dans un long moment de joie sans excès et de traditions. Spasibo bolchoï za fsio, et en particulier à Dima (Vladimir) & Vica pour l’accueil qu’ils m’ont reservé.


Les villages s’enchaînent, Cioburciu, Purcari, Crocmaz et enfin Palanca, tjrs sur la même piste très poussiéreuse. Le vent chaud est violent depuis ce matin, il me vient de face, du Sud, de la Mer Noire à une 30aine de km. Il balaie la piste de face et m’envoie son flot de poussière continu au visage, bouche & nez compris, obligé de mettre un foulard humide.


1km avt Olanesti, au milieu de nulle part & en pleines broussailles, émergent 4 gds blocs-lego à appartements. Ils sont très vieux, en béton craquelé mais encore habités. C’est tellement insolite à cet endroit et symbolique de l’époque soviétique que je prends qqs photos. Un h (70) me voit & me hèle. Il est très gentil. « Tu es étranger? – Oui Monsieur – Alors, stp, ne prends pas de photos de ces immeubles, ils sont vieux, sales, laids, dégradés, certains appart’s n’ont plus d’électricité, ce n’est pas ça la Moldavie, ça c’est encore le communisme, mais nous sommes ts vieux ici et on ne sait où aller, ne prends pas de photos stp », en me mettant amicalement la main sur l’épaule. Dvt lui, j’efface les photos (sauf 1 …) pour lui faire plaisir mais surtout pcq’il a tellement raison, ce n’est pas « ça » la MD que j’ai côtoyé de près, si traditionnelle, bucolique et authentique. Les MD sont très attachés à leurs culture & traditions, ces blocs-prisons n’en font pas partie. L’habitat rural ressemble à celui de son voisin en Moldavie RO, des ptes maisons individuelles très espacées avec jardins de broussailles, mais avec davantage de couleurs, de corniches & lambris sculptés en dentelles, de figures (oies, raisins, Pouchkine!, cigognes, …) peintes sur les façades. Ah, pittoresque, qd tu ns tiens!



Purcari, tt pt village mais célèbre ds le monde entier. Œnologues & sommeliers des 4 coins du monde y viennent goûter & acheter ses vins. Je n’irai pas voir ni visiter le complexe viticole, très renommé dit-on, il est à 1km de mon chemin et la « chose » viticole n’est pas ds mes priorités sur mon chemin quoique j’adore le vin rouge. Je m’arrête 1″ sur la route pour prendre une photo du bâtiment viticole principal à 400m. M’aborde Ion, RO de 30 ans, marié et jeune père, super sympathique. Il a quitté sa RO natale pour être guide à Purcari pour les passionnés de vins qui viennent autant de USA, FR, KO, AU, CH, que … BE il me dit. Il m’accompagne pdt 1km. Je lui parle de sa RO & de la MD que j’ai adoré tous 2, je lui mentionne aussi l’animal bizarre que j’ai vu tôt ce matin en forêt. Il éclate de rire: « Tu as vu un chacal! », il y en a bcp par ici, et tu les entendras parfois hurler la nuit, garde ton spray lacrymo à portée de main ». Il m’explique le paysage:  » à droite, les vignes à l’infini; à gauche, à 200m & parallèle, le Dniestr », « … et derrière, la Transnistrie » j’enchaîne. « Non, plus depuis 1km, maintenant c’est déjà l’UA à 200m. » Carte en main, oui c’est vrai, c’est déjà l’UA que je longe. Ça sent comme une fin de voyage. Ion, quadrilingue dont FR, charmant & très cultivé garçon, on échange nos adresses. 


Dois m’organiser pour dormir à Palanca, dernier village avt la frontière, il y a, d’après mes info’s, une auberge-pension dont j’ai vraiment besoin. Demain, l’Ukraine.

Je dépose ce post s/blog à Maïaki UA, n’ayant pas eu d’accès wi-fi depuis Chisinau. Demain, Odessa, la Mer Noire, la fin du Voyage.

4 réflexions sur “Purcari MD

  1. Tu nous as encore fait vibrer d’émotion avec tes nouveaux amis Ivan, Valeria, Vladimir et tous les autres … quels frissons procurés par leur accueil et leur générosité ! Spacibo, Multimesc Werner de partager cela !

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  2. Que d’aventures humaines encore ! Te voilà bientôt au bout de ce nouveau Chemin …et ces hommes rencontres comme par hasard ….t’ont fait la plus belle des fêtes …encore un de ces cadeaux du Chemin …j’aime lire le soir avant de dormir ces recits de celui qui marche à la rencontre de lui-même et de l’autre, de la nature, sans artifice , avec humilité …bravo cher Werner ! J’attends avec impatience que tu nous racontes cette nouvelle aventure extra-ordinaire . Puisse tes derniers pas vers Odessa combler tes attentes et reviens nous en grande forme ! Diane

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  3. Une belle aventure se termine, today … elle nous a « tenu » pendant 3 mois et demi en nous recentrant sur la Vraie Vie… Maintenant, il va falloir nous « inventer » une autre histoire, mon cher Werner, pour que nous puissions continuer à rêver … Encore mille MERCIs pour tous ces formidables partages …

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  4. Déjà la fin? On ne se lasse pas de ce voyage en solitaire qui visite des contrées improbables, une Europe qui hésite entre passé douloureux et présent sans perspectives… A quand le prochain? Où?

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