Одесса/Odessa (UA), end of Way & dream.

Palanca, il est déjà 20:00. Avt de partir, j’avais photographié qqs pages utiles ds « Le Pt Futé -Moldavie », il y est fait mention d’une auberge ds ce village très rural. Je demande à un tel puis une telle puis un autre, auberge inconnue! L’un lit le n* de tél & me dit que c’est un autre « Palanca », même province mais à 40km au N-O. Tant pis, à la recherche d’un endroit pour bivouaquer ici alors, mais pas en UA à 3km, je passe tjrs les frontières le matin pour trouver mes marques pdt la journée. Pas de bois par ici, mais des terrains vagues arides peuplés de qqs hts buissons derrière le village. Je m’y engage et, à peine débarrassé de mon s-à-dos, surgit un quad tt-terrain, Police des Frontières. Ils patrouillent tt le long de la frontière. Fermes mais sympathiques, on papote, mais interdiction de bivouaquer ici, trop près de la frontière Sud, je dois regagner la route principale vers la frontière Est que je ne veux pas traverser ce soir, zut. « Passez la nuit ds le local du poste-frontière MD » me dit le supérieur. Je n’en ai aucune envie. Passer la nuit allongé s/un banc comme ds une gare me serait insupportable alors que l’environnement reste si vert. Je le prends au dépourvu en lui demandant s’il habite ds le village et si je peux camper discrètement ds son jardin, why not?! Il réfléchit & tél à sa femme, le boss du foyer familial. C’est « niet » et il en paraît sincèrement désolé. Tant pis, je les salue et docilement rejoins la route, mais à la quête d’un autre endroit discret. Ce n’est que la 3ème x que je me fais surprendre s/ +\- 230 nuits de bivouac. Il ne me reste que 1km où je DOIS absolument trouver 2 buissons où insérer ma tente. Lieu trouvé, j’ai tjrs de la chance, ce sont encore des espèces d’oliviers épars sur un pt terrain vague entre la R52 à ma gauche et la M15 à ma droite, elles se rejoignent à 200m. Pas sûr que les policiers mobiles de la frontière apprécieraient, mais l’endroit n’est pas critique et les 2 routes ne sont qu’à 40m de part et d’autre de moi.


5:30, des voix & claquements de portières de voitures me réveillent. Je passe mon museau hors de ma tente, s/ la route à ma gauche, une longue file de voitures à l’arrêt. Je remballe tt & rejoins, pas très discrètement, la route. Stupeur! La frontière MD n’était qu’à 150m de ma tente. Rapide cachet de sortie s/ mon passeport, un dernier « drum bun » de la policière et je m’en vais vers le poste frontière UA à … 5km! « Je peux y aller à pied? – Da, da, davaïte. » Jamais vu une zone de transit aussi longue. Impossible d’échapper à cette route-entonnoir-transit, ce sont des immenses zones humides peuplées de joncs & roseaux qui bordent la route à droite, & le Dniestr à gauche. Un pt bateau à moteur de la Police des Frontières descend le Dniestr. Aurevoir Stefan cel Mare, Prince de la Gde Moldavie, qui m’a accompagné depuis le bas des Carpates (Piatra Neamt RO) jusqu’à la frontière UA.


Frontière UA, le calvaire pour les automobilistes & qqs camions, 1 long km de file, l’horreur, 4h d’attente … pour eux! A pied, je dépasse tt le monde et me fais copieusement siffler par certains. C’est un militaire qui filtre la file, une bête. Mesure +\- 2m, carrure comme un goal de foot, biceps tatoués & épais comme des jambonneaux, tt en tenue camouflage militaire, gilet pare-balles & mitraillette s/ l’abdomen: Terminator, Schwartzeneger, c’est lui! Mais très souriant. Malgré les sifflements derrière, il m’indique d’aller tt de suite à un des guichets « Паспортный Kонтроль », très cool Terminator! Dans son aquarium, le militaire de faction feuillette minutieusement tt mon passeport, page par page, et arrive ce que j’attendais. « Pq ce visa RU (2013)? Et pq avec cachet d’entrée et pas de cachet de sortie? Et pq ce visa BY sans cachet d’entrée et avec cachet de sortie? » Je lui explique, il pige pas. C’est son supérieur étoilé qui lui expliquera len-te-ment qu’il y a libre passage de pers. entre RU & BY. Gêné, il me rend mon passeport cacheté sans un regard pdt que les sifflements reprennent derrière.


Frontière franchie, c’est « fsio priama », tout droit, jusqu’Odessa. Encore 48km que je parcourrai sans me presser, tant je voudrais repousser au loin le dernier km. 


Passé le pont du Dniestr, j’arrive tt de suite s/ la place du village de Maïaki, un souk, comme bcp de villages-frontières. Tout y est sale & poussiéreux. Marchands ambulants se pressent pour vendre melons, patates & tomates, voitures, accessoires & gsm’s, brols en ts genres et du change devises sous le manteau. Il y a de tout et ça grouille de partout, des UA, MD, TR & Tz. Je négocie l’équivalent de 15€ de Lei MD en Hrivnias UA auprès de 4 « changeurs », je reviens vers le + intéressant qui m’assassine qd même avec un spread A/V de 22%! Je dois absolument en parler à mon patron en rentrant, y a un gros « bizness » à faire ici le long du Dniestr; de plus, sur cette place fourmillante de Maïaki où se croisent tous types de pourvoyeurs & acheteurs très cosmopolites, pas besoin de Mifid & de preuve d’origine des fonds, une frappe dans la main et c’est emballé, cash. 4 bars, dont 3 fermés, portes défoncées & fenêtres cassées, me réfugie ds le 4ème, glauque à mourir, une atmosphère Al Capone. Presque ttes les tables sont occupées, des enveloppes et billets changent de mains. Pepsi, salade-tomates et pain et je m’en vais.


C’est la 1ère x depuis Londres que je dois longer une aussi longue route, tte droite pdt 45km, sans aucun intérêt paysager et avec autant de traffic. Aucune alternative de chemins, sauf détour de 2 jrs par le S, le long de la Mer Noire. C’est dommage pour cette fin de parcours, mais ce Chemin m’a tellement gratifié en amont. Je ne côtoierai pas l’UA profonde & rurale, car Odessa, gde ville balnéaire, est trop proche de la frontière MD, 50km seulement. Les jolies & pittoresques isbas colorées à garnitures de dentelles en bois sculptés que j’avais connu en RU & BY, sont bcp + loin. Pour m’occuper en marchant, je repense à tt le vécu de ce Voyage, dense, dur mais si passionnant, qui peu à peu touche déjà à sa fin, je compte les bouteilles en plastique jetées sur mon côté de route, 142, 143, 144, 145, …, je m’amuse à regarder qqs vieilles Lada’s & Moskvich’s tunées des manières les + insolites. Au km 41, une porte grince soudainement très fort, je reçois un sms m’informant des dernières heures de digne combat de mon ami Nikita à Bxl BE, encore trop jeune, trop injuste. Je foulerai ces derniers kms pour lui. Au km 38, 3 femmes sortent de la langue boisée de l’accotement opposé et me sifflent. A leurs tenues et gestes explicites, elles proposent « l’amour », je les salue de loin. Au km 26, 1 très gd mémorial dont on a dévissé/déboulonné tt l’apparat, p-ê trop fidèle à l’ancien allié RU. Au km 18, Belikii Dalnik, second & dernier village avt Odessa, triste & sinistre. Au km 17, ravitaillement au « produkty » local. Sur la porte métallique, 3 autos-collants invitant les clients à ne pas rentrer avec: ni animal, ni cigarette allumée, ni revolver.


Unique bivouac en UA & dernier de ce Chemin, ce sera à la sortie de Belikii Dalnik après ravitaillement. Je suis ds une bande de hts buissons, juste derrière l’unique église (en construction ou rénovation?) que j’aurai vu en UA jusqu’à Odessa et face à un immense labour. Orientation E, le Levant et ce vent qui me soulage. Bras et jambes sont noirs, pas par le soleil mais de poussière & crasse collant à la sueur, impossible d’y remédier depuis 4 jrs. Le programme de demain a.m. est défini: départ 5:30; les pieds ds la Mer Noire vers 11:00; OT pour hébergement, booking trains de retour BE (surtout pas l’avion, trop brutal, trop violent pour digérer ce retour), info’s ville, musée d’Histoire Odessa, m’endormir ds un bain, me nourrir, recadrer les intestins chahutés par la chaleur de ces derniers jrs & dodo profond. Dernier coucher de soleil, rouge vif, incendiaire, je ne ferme pas l’œil, ou presque, trop absorbé par images & émotions qui se bousculent. A 5:00, mon incontournable café, je remballe tout méticuleusement comme chaque matin. C’est parti pour la der’.


Il est là, le ht indicateur de béton soviétique qui m’annonce « Одесcа ». La gde & belle Odessa, érigée sous l’impulsion de Catherine II; son lointain successeur, le Tsar Poutine, en cauchemarde p-ê.


Au gd rond-point d’entrée de la ville, distrait car englué ds mes pensées, je me trompe de direction en marchant vers … Kiev. C’est le soleil « pas ds la bonne direction » qui me rappelle mon erreur à 200m.


Comme ttes les banlieues, celle-ci n’est pas sexy. Immeubles début XXème en ruines, poussière, 10aines de chiens errants, ils errent partout. Pas d’OT à Odessa (!?), il faut s’adresser à internet, hôtels ou ag de voyages pour + info’s. Pour rejoindre la côte en bout de ville, un mémorial juif poignant, la récente Cathédrale de la Rédemption, la gde statue de Pouchkine qui a vécu ici, la façade du très majestueux Opéra, des joueurs attablés en plein air jouant aux échecs, dames & dominos, de superbes façades rénovées du XIXème et début XXème, c’est splendide, c’est aéré, c’est vert, c’est animé. J’y croise des gens souriants & élégants. Un centre de ville très raffiné, chère à mon amie Mala T. dont je vais voir la belle maison de vacances de ses feu parents Petersbourgeois. J’aurais aussi voulu connaître Odessa il y a + d’1 S. Je me réserve d’autres visites incontournables demain. Je veux y revenir un jour, avec Isabel.





Selon ma carte, la mer n’est qu’à qqs 100aines de m. Là, le Voyage prendra fin, brutalement. Tte mon approche de la Plaza del Obradoiro à Santiago de Compostela redéfile soudainement ds ma tête, même appréhension, même émotion aussi heureuse que cruelle. Londres est loin en amont. Depuis, il y a eu ts ces émerveillements, émotions, situations insolites voire surréalistes, jamais imaginées auparavant, bivouaquer sous pluie dans le vieux cimetière de Dover le nez s/ la Manche, nuiter à 20m au-dessus de la rés. nat. des gds lacs du Burner See, nager dans le Danube, se barricader de nuit au sommet des Carpates, pêcher des écrevisses dans la vase du Dniestr sous le nez des militaires « adverses », … etc … etc, tout ce fantastique gagné au fil du pas. Ce Chemin fut à nouveau enivrant.


Le Musée d’Histoire d’Odessa, un de mes points d’orgue de cet aboutissement géographique. Le Comte de Richelieu, General-Gouverneur d’Odessa, son successeur le Comte M. Vorontsov, Maréchal et héros de la guerre patriotique de ’12, mon « pote » omniprésent & bedonnant Koutouzov; la lettre d’abdication de Nicolas II; une photo de femme-soldat réglant la circulation s/ ma route d’hier Maïaki-Odessa en ’44; des coupures de journaux originaux relatant les concerts de mes 2 compositeurs préférés ds l’opéra de la ville: Rachmaninov & Tchaïkovsky; la rencontre historique de Staline, Molotov & Ribbentrop; les horribles massacres & déportations juifs, nombreux à Odessa; … etc; mais il y a SURTOUT ce que je venais chercher à Odessa en + de la Mer Noire: ce stigmate de l’Histoire qui relia Odessa à Londres il y a 1 siècle: des photos originales, lettres et coupures de presse décrivant le sauve-qui-peut de ces réfugiés Russes blancs, dont Ukrainiens, poursuivis & harcelés par les bolcheviques, et embarquant à la hâte sur des bateaux britanniques furtivement amarrés au port d’Odessa pour rejoindre … Londres. La boucle est bouclée. 




Je quitte le Musée, il me reste 400m. Un horizon turquoise se découvre. Elle est là, la Чёрное Mоре, la Mer Noire, spectatrice de tant d’Histoire de notre continent. Pour toucher l’eau, cet aboutissement du chemin physique & géographique, je dois d’abord descendre les marches du mythique escalier Potemkine, dont je connais l’histoire du navire par cœur. J’ai la tête ds le vide, me fraie un passage sur la plage très encombrée, me déchausse & demande à un ado de sceller un cliché-souvenir les pieds dans l’eau. Voilà, c’est fini. Je dois admettre que c’est fini. Déjà fini, ce fut merveilleux, bouleversant et enivrant.


Tout ce merveilleux n’aurait pu être vécu et abouti sans tous ces hommes et femmes, à travers ces 12 pays, qui m’ont poussé, tiré, encouragé, souri, tendu la main, frappé sur l’épaule, accueilli, ouvert la porte, partagé leur cœur, de près ou à distance. Il y a d’abord & surtout Isabel, ma femme, il y a mon employeur, il y a Eric & Olivier par leurs compagnies physiques & passionnantes en BE, HU & RO, il y a ces 10aines de personnes, dont Stéphane, Sebastian & Sonia, Jürgen & Greta, Stanislav, Alin, Budislav, Igor, Aurél, Adriān, Constantin, Valeria, Ion, …etc … etc… que je n’oublierai jamais, & surtout Ioana que je remercie encore de tt cœur, ils furent tous les aristocrates de mon Chemin. Ces gens « ordinaires », furent extraordinaires, ce sont eux qui m’ont permis de réaliser mon rêve. Merci du fond du cœur à chacun. Ce fut, pour la 2ème x, la + dure, la + intense, la + belle & riche expérience de ma vie. Des portes ont parfois grincé, mais à chaque fois pour s’ouvrir vers le fantastique.



Demain, plus de bottines, ni de bouteilles d’eau, ni de cartes, ni de boussole, mais à mon prochain, je lui dirai encore: « Lève-toi! Lève-toi, déshabille-toi et va. Pars d’une feuille blanche et va découvrir le monde dans ses entrailles, n’aie pas peur, va rencontrer l’homme, la nature et l’aventure, tu n’imagines pas ce qu’ils t’offriront de vertueux à ta rencontre. La vie est si courte, remplis-la de ce qu’elle a de si riche.


Tout ce merveilleux Chemin, cette enivrante vie parallèle, je les dois à ma femme, Isabel. ¡Gracias Isabeliña, te quiero!


The End.

9 réflexions sur “Одесса/Odessa (UA), end of Way & dream.

  1. Se acabó…
    Echaremos de menos tus post pero… Yo estoy con muchísimas ganas de verte.
    Me hubiese rechiflado estar ahí, esperándote en Odessa, para darte un abrazo y beso enorme
    Que este viaje te traiga paz y serenidad para la vuelta a la realidad que también puede ser maravillosa ☺️
    ❤️❤️❤️❤️

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  2. Je termine la lecture de ton denier ‘post’. Je pleure d’émotion et je vibre de toute la beauté que tu as vécue – en la partageant généreusement avec tes ‘addicted followers’. Merci, Werner. J’ai marché avec toi, dans mon coeur et par procuration. Take care. Relax. It’s done (but it’s not over !). Nasdrovia ! Respect & regards. Your camino-brother. Ch.

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  3. Bravo Werner. Je suis heureux pour toi. Merci d’avoir partagé ce Chemin avec nous et de nous avoir permis de découvrir de beaux horizons.
    A bientôt l’ami !
    André.

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  4. London-Odessa est aujourd’hui terminé. Cette formidable aventure que vous nous avez partagée avec tant d’honnêteté et de simplicité va encore vous porter longtemps.
    Le retour n’est pas simple même si la joie profonde de retrouver les vôtres va faciliter votre atterrissage sur l’autre terre.
    Mais y-a-t-il plusieurs « terres », plusieurs façons de vivre?

    La feuille blanche continue de s’écrire à Bruxelles comme en Roumanie ou en Moldavie, en costume cravate comme en short et bottines. Ce n’est pas l’habit qui fait « découvrir le monde dans ses entrailles », c’est le coeur et l’attention à cette profondeur qui nous habite toujours, quelque soit le lieu ou le moment. C’est elle qui permet de « rencontrer l’homme, la nature et l’aventure » que la vie nous offre sur un plateau, à chaque instant.

    Merci Werner et à bientôt !

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  5. Bon retour Werner. Merci pour le partage de tous ces moments si extraordinaires qui m’ont certainement fait beaucoup réfléchir 😉 Plein de kiss à vous

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