Bistrita RO

Il est 10:00, point cartes & ravitaillement à pt bar à Galgau. J’arrive en même tps que 4 ouvriers du Judet ou commune qui s’assoient pour siroter leurs Ursus, leur pt camion « marquage au sol » garé juste à côté. 1h passe, sont encore assis & détendus avec leurs Xème Ursus, p-ê des expatriés wallons en Transylvanie RO.
Je sais dorénavant (cfr x comments) qu’au 1er regard, le RO est perplexe à mon égard. Vagabond sdf ou touriste occid.? La marche (solitaire) au long cours n’est pas encrée dans la mentalité. Des chemins & destinations de pèlerinage tels Compostelle, Czestochowa, Siluva, …, ou simplement se déshabiller pour transhumer au « toc » du bâton en dehors des sentiers battus ne sont pas (encore) dans la culture RO. Il est vrai que ce peuple a une autre préoccupation + urgente, la reconstruction de son pays, les années Gheorgiu, Stoica puis Ceaucescu ayant miné ce beau pays. Cela étant, chaque échange se conclut tjrs par un chaleureux « Drum bun ».
Si je ne demande/insiste pas pour savoir s’il y a un site historique dans le village que je traverse, personne ne va m’en informer. Tel monument ou église historiques font partie du paysage au même titre que hêtres & maïs, sans plus. Je dois, par hasard, me cogner dessus pour découvrir. Comme à Vad, pte église du XVè (rien que ça!) au détour d’un chemin de terre secondaire. Immense chance: le père Roméo (pic) me l’ouvre avec une grosse clef banale et me conte son histoire. Construite par Stephan le Gd (RO moldave), inférieur pierres calcaire & supérieur en bois, dont toit en palettes de bois. Sur l’autel, derrière l’iconostase, il me montre l’évangile datant de 1837 (!!!) écrite à la main et encre, en roumain cyrillique, et une bible de 1902 avec couverture en bois de bouleau orné de dorures, … des trésors non protégés! … à la portée de quiconque, on y entrerait comme ds un moulin. Son enseignement m’est riche cfr relation Eglise RO – pouvoir communiste et le pillage de précieuses archives par la HU révisionniste durant son annexion. Les Habsbourg regardent le bout de leurs chaussures. L’histoire de ce pays, pris en étau par les gdes influences voisines, est aussi frissonnante que passionnante. Multumesc padre Roméo. Un berger me hèle pour trinquer une gorgée de bière avec lui.



Dans ces villages ruraux qui ne vivent que d’élevage et de cultures, on ne coupe l’herbe nulle part, on fauche, parcimonieusement, m2 par ci, m2 par là, au gré de la faim des bêtes, dont les lapins. Herbe & fleurs sauvages des pts jardins restent sauvages & libres d’épanouissement. Pas de parcelles de forêts délimitées, c’est 1 seule gd forêt qui ondule à l’infini. C’est cet aspect sauvage qui séduit, en forêts, campagnes & villages, là où un Bavarois discipliné y ferait une syncope instantanée. Dans aucun pays traversé, je n’avais vu autant de fleurs sauvages et différentes, et donc papillons, abeilles & tous insectes qui ne cessent de polleniser ces étendues sauvages. Un botaniste à mes côtés me manque.


2 très mauvaises nuits, long orage lors de bivouac à découvert, trempé, et sol mal jugé car trop pentu en colline le lendemain, un toboggan à remonter sans cesse. À Dej, encaissée entre les collines boisées, encore la police qui m’aide pour logement (et lessives) récupérateur. C’est l’hôtel Somès, gd bloc soviétique des années ’70 dont strictement rien n’a changé depuis, ni le tapis plein taché & déchiré, ni ma porte fracturée x fois, ni les fils électriques apparents, ni le rictus de métal de la réceptionniste. Seules ont disparu les surveillantes d’étages qui notaient scrupuleusement les va-&-vient des chambres pour la Securitatea. Tout est resté figé depuis 40 ans, même le prix, j’adore. De ma pt fenêtre où pend mon linge, les collines boisées entre lesquelles je sillonne depuis 4j. Pt tour du centre: son impressionnante synagogue, le musée milit. fermé, l’église cath., la louve romaine cum Romulus & Remus omniprésents et si chers aux RO, et encore ce monument aux 1000ers de juifs emmenés à Aushwitz.



Des klaxons tonitruants me réveillent dans ma pt chambre communiste. Une effervescence, qui m’est peu coutumière, réveille la pte ville. C’est dimanche, une journée de mariages. Les églises orth, cath, évang, bapt, réform & synag font le plein. Voitures & taxis affluent pour déposer les invités endimanchés qui font des a/r d’une église à l’autre, « ma sœur se marie à l’égl orth mais mon voisin se marie à la synag, puis je vais à l’égl cath pour un ami…etc », me dit un jeune universitaire, fantastique! J’y recroise mon copain policier de la veille, dans son + beau costume bleu nuit. On chante, on rit, on applaudit. Un couple Tz (60) endimmanché attend le bus, ils sont magnifiques, lui avec son gd chapeau noir à large rebord, elle dans sa plus belle longue jupe colorée. Les marchands de fleurs se pressent le long des trottoirs. Toutes les cloches de la ville commencent à carillonner en même temps. Même le ciel nuageux se dégage pour que le soleil rayonne sur la fête. Pdt ce tps, des hordes d’enfants Tz bloquent & énervent les voitures ornées de fleurs pour demander qqs sous, quel spectacle! Émerveillement garanti.
Beclean par l’ancienne route du S via Mica le long de la Somèsui Mare. Impossible de s’y baigner depuis 4j, courant fort et boueux. Avt de tourner vers Mica, la colline à ma droite dont le plateau est investi par le 811è Bataillon d’Infanterie « Transylvanian Dragons ». A l’abri des regards, je ne verrai malheureusement rien si ce n’est htes clôtures & qqs miradors qui émergent entre les arbres. 2 réponses & commentaires que j’esquive: mon métier et mon intérêt pour la RU, ses géographie, histoire & langue. Pour le 1er, et en 1 mot: « le politicien & le banquier sont des/nos voleurs (sic x 30) »; pour le 2nd, la RU est un ennemi éternel sous tous aspects, pour les raisons d’hier, d’aujourd’hui et certainement de demain (sic) ».


Une ombre au tableau dont les RO se plaignent amèrement: la déforestation accélérée de leur patrimoine naturel, avec 3 acteurs majeurs responsables: le gvmt, IKEA, et surtout son consommateur final: nous/moi. Tjrs ces chiens de garde ou errants omniprésents, pas un endroit où je pose la bottine sans qu’1, 2, 3 de ces chiens ne s’interposent, parfois menaçants, tjrs éveillant l’attention. Et comme les 3 milliards de chiens de chaque hameau en connaissent tous les habitants, il n’y a que sur mon passage qu’ils s’énervent. Depuis 2 semaines que je marche dans cette Transylvanie profonde, je n’y côtoie qu’éleveurs & cultivateurs, tous à titre privé, les gds coopératives n’ont pas encore mis la main sur ces territoires. Âme & traditions de cette ruralité persistent et ne cessent de m’enchanter. Des paysans, hommes & femmes vivant de la terre, si nobles par ce qu’ils sont, et par leur accueil & générosité qui me sont à chaque x réservés. Multumesc, de tt cœur.

Sortie du village de Dambu Mare, le ciel s’est complètement dégagé. Je contourne la colline pour me remettre plein E. Je regarde les cigognes becqueter dans le champ fauché, puis devant moi, au très loin, une ombre, immense. C’est lui, il est là! Perete! The Wall! Le MUR! Les Carpates! À 3 j de marche encore, mais je peux déjà clairement admirer sa crête ondulée. Un des 4 + beaux murs d’EU, avec Pyrénées, Alpes et le grand frère Oural. Une longue ceinture RO de 1200km qui m’encercle. Et il est large à l’endroit où je vais l’aborder, presque 230km à le sillonner jusqu’à son flanc E à Piatra Neamt avec des dénivelés impressionants. Les Carpates, celles dont je rêve depuis Londres, depuis tjrs en fait. L’idée d’aller croiser ces montagnes d’O en E pedibus cum jambi pdt 1 semaine avec sa faune & flore uniques en EU, ses vues époustouflantes et ses dénivelés chiffonnés me fait frissonner d’excitation. Je ne quitte plus le Mur des yeux. Le Mur cache ce que je vais chercher au-delà: la moldavie RO & Iasi, la MD & Chisinau, puis l’UA & Odessa. L’approche des Pyrénées sur le Camino de Santiago m’avait subjugué, ici j’en ai la chair de poule. Les Pyrénées en 1 très grosse journée avec 1 up & down, c’était l’apéritif, les Carpates c’est le plat de résistance, contenant & contenu. J’espère qu’il fera beau pour que l’émerveillement soit optimal. Mon itinéraire s/carte 1/100 est très précis avec, pour 1x, des étapes de nuit déjà +\- arrêtées, c’est sur place que j’évaluerai, confirmerai ou non.
Sanmarghita, encore église en bois de 1896, l’office du dimanche va commencer.


Ravitaillement à Mâlut, juste avt Beclean. Le ciel est magnifique, je grimpe dans la colline pour y chercher mon 5* de la nuit et il apparaît, un tt pt plateau d’1/2ha isolé et fauché. Cmt le paysan y accède-t-il, je l’ignore. De ce sommet, la vue est époustouflante. En face, je tutoie la colline suivante à 300m dir. E, déjà orangée par le soleil couchant derrière moi. Tt en-dessous à ma gauche, la rivière. Je bivouaque le long de la forêt qui redescend derrière moi vers l’O. D’un mvmt circulaire du bras, je voudrais envelopper tt ce paysage et le garder intact, pour moi & les miens. Mais avt, je scrute le flanc de colline en face de moi, parsemé de clairières de foin fauché aussi, pour espérer y admirer l’un ou l’autre chevreuil ou sanglier. Les loups sont déjà présents, on me le confirme à chaque x, mais très craintifs de l’homme. À priori, pas de chiens de berger ou errants, à priori… Festin ce soir: soupe à l’oignon, biscuits, fromage de chèvre, 2 tomates et cerises cueillies en chemin. Que du local & bio fait main. Le silence est total. Pas un moustique, je m’en sens presque orphelin. Presque 2h assis sans bouger à côté de ma tente. À ne rien fouttre? Non, au contraire, suis très très occupé, surchargé même, à écouter le silence, scruter la colline d’en face, évaluer le coucher de soleil en fonction de l’ombre qui grandit en face de moi, m’imprégner de l’ambiance, admirer & compter les rapaces qui tournoient, découvrir les 1ères étoiles, examiner les insectes qui butinent d’une fleur à l’autre, épier un pt bruit soudain, pour enfin m’enivrer de cette sérénité. Tout cela est très occupant et demande bcp d’attention & concentration. Surchargé. Tout ce Chemin merveilleux grâce à ma femme Isabel, à mon employeur compréhensif et à mon envie de relation charnelle avec terre & ciel au fil du pas.


4:30, un brocard aboie, le jour va se lever, je vais silencieusement mettre en évidence un saucisson bien ouvert, un peu de fromage & biscuits à 20m de ma tente, contre la meule de foin de ma pte parcelle fauchée. Je me rallonge, tente entr’ ouverte, les yeux braqués sur le pt buffet. Bredouille, même pas un mulot. Même si vu aucun animal malgré lieu idéal & appât, je donne une note de 10/10 à ce lieu enchanteur de bivouac qui restera gravé. Je lève qd même une 20aine de perdreaux dans la luzerne de la vallée, presqu’en culbutant sur chacun.


Beclean en vitesse pour repas consistant. Autour de moi, tous les clochers d’églises, je ne les comptent plus, j’en ai le tournis. Je m’extasie dvt un vieux side-car de 1948 alors que me rejoint un h, super sympathique, il est PB de Eindhoven. Alors que RO migraient vers l’O, lui est arrivé à Cluj RO au lendemain de la mort du tyran, la RO était à genoux. Depuis, il vit avec un pied en PB, un pied en RO, où il a une flotte de 120 camions qui sillonnent RO & EU. Il me confirme mes réflexions: « Dans 10 ans, ce pays aura perdu son charme. Les faux des champs, charrettes attelées, pts parcelles individuelles de culture, pts épiceries improvisées ds villages, seront désormais dans les livres d’histoire. La modernité est fulgurante, pour un confort individuel mérité, mais au détriment de l’authenticité de ce beau pays que je connais depuis 25 ans (sic) ».


C’est confirmé, mon fidèle ami Eric vient à nouveau m’accompagner. R-v à Piatra-Neamt.

Direction Bistrita, chef-lieu du Judet du même nom & porte d’entrée des Carpates. Longer abrutissante & bruyante chaussée jusque Sintereag, no choice, là où un couple de cigognes a élu domicile, et ses conséquences …, sur la cheminée du Comm. de Police. Puis un gd arc de cercle vers Bistrita, soit par le S, soit par le N, équidistants de 12km. Pile ou face, va pour le S. A mi-chemin, hameau de Caila, un conte de fée RO, le tps s’y est arrêté, comme la pte épicerie du siècle dernier où je m’arrête, bucolique à souhait, la suite le sera moins. Carte & terrain ne correspondent pas tjrs. Contrairement à ma carte, Caila est un cul-de-sac, la suite de la pt route sinueuse est un chemin de terre uniqumt accessible à cheval (ou jeep) à travers collines découvertes et boisées, encore 7km par ce méandre qui tortille dans ts les sens pour rejoindre Bistrita. Je m’y infiltre. Les paysages sont magiques, un gd troupeau de moutons broute à 200m en haut s/ mon flanc gauche, je scrute à g & à d pour voir des animaux, … boisé, découvert, boisé, découvert, … puis soudain un grognement et aboiements furieux. Ils sont 2, tous crocs dehors, à 20m dvt moi en travers du chemin, des veaux, des tueurs, leurs colliers typés avec poignée en bois ne laissent aucun doute. Ils « patrouillent » svt très à l’écart des troupeaux. Coincé comme un rat, suis momifié, cloué. Pas d’arbre à portée de bottines. Ai tjrs mon spray et mon couteau en mains en tels endroits, mais ça c’est pour se défendre, pas pour négocier. Ds 5 min, serai-je ok ou en lambeaux? À reculons, lentement, prudemment, pour retour hameau Caila à 1km. Du pt village, au loin, je peux encore voir le troupeau sur le flanc de colline, statique, et l’heure tourne, et ces maudits chiens rôdent et me barrent le chemin, impossible de les contourner dans cette brousse compacte, sauf demi-tour pour reprendre route par le N, 16 km en +, je rage, mais rassuré de ne pas être ds une conserve chez Aldi ds qqs jours. Passe une charrette attelée avec père & fils qui va s’enfoncer dans ledit chemin. Ils vont charger du fourrage en colline. Je leur explique la situation, ils comprennent et m’embarquent pour dépasser le troupeau + chiens. Les 2 tueurs sont encore là et se « rangent » au vu du cheval & charrette. Secoué comme un dé en boîte dans la charrette, le père me crie « periculos, periculos! » en me désignant les 2 veaux. A 400m à la ronde, un troupeau reste dangereux. Ils me déposent sur le plateau, suivi du traditionnel « Drum bun », me reste alors une longue & sûre descente forestière jusqu’à la lisière pour bivouac. Dans la forêt serrée, il fait déjà presque nuit, eau ok mais besace vide. La ville n’est qu’à 2km, pour demain. Une porte a grincé et je n’en menais pas large, là où je m’y attendais le -. Maudits chiens.






Bistrita, gde ville. « Buna ziua, buna ziua, … », personne ne me répond. C’est vrai, j’oubliais que je suis dans une ville, impersonnelle, là où chacun se meut avec des œillères. Vive la campagne où le vivre ensemble est inné. Bistrita semble grande, belle & aérée. Dir. OT (il y en a un!) via une longue av. piétonne. Le préposé très disponible, Horna Cernucan, me bourre d’info’s pour mon parcours: cartes, must see’s, camping areas, folders d’histoire, faune & flore, 1001 sentiers balisés ainsi que refuges annoncés dans ce paradis de nature montagneuse. Du pain béni. Des ours?, heu … oui. Avt de quitter la ville, en face de l’OT, l’immense église évangéliste incontournable, visitable jusqu’au sommet, 75m de ht en colimaçon, pt entraînement pour les jrs à venir.

Post/blog et go. 1er objectif: Mont « Poiana Tomii/Tamás mezeje » Alt 1470m, raide, très raide, ça va monter sec pour aller chercher parmi les + beaux paysages d’EU.

Fodora RO

Sortie de Zalāu, complètement secouée par la tempête, qqs rues inondées, la 1 des journaux du matin. Idem que Nürnberg il y a x semaines.


« You not go Creaca if not see Porolissum Roman site! » me dit mon nouveau pote « Cow-Boy » (c’est son nom) croisé à l’entrée de Moigrad avec son cheval. On partage une Ciuc dans sa maisonette-ranch.


Ok Cow-Boy, 6 km de détour en côte, mais je dois y aller en effet. En 3 mots & chiffres: cité fortifiée à la frontière (de l’époque) de l’Empire Romain, 300ha de site bâti & érigé en 100 PC, 22.000 soldats & villageois, vue à 300*, + grand site Romain conservé et restauré de Dacie, un must see in the middle of nowhere today. Il faut y grimper pour apprécier la situation stratégique pour contrer hordes barbares. Au N du site, le mamelon boisé Moigrad Mount alt. 514 (= Mont Isolé) où se situait une tour d’obs. à 360*. Personne sur cet immense site, il se visite en voiture tant il est grand. Je mets 4h pour aller des bains alt 270 jusqu’à la porte de la cité alt 420 jusqu’à l’amphi alt 190 jusqu’au QG alt 390 … etc, quels mollets ces romains.


Du sommet, une vue imprenable sur ce relief chiffoné de forêts, champs & pâtures. Rejoindre Jac par la route 14km en 3/4 boucle ou 5km azimut à travers brousse? Azimut! Et le + bel azimut de ma vie par sa symbolique et son visuel: azimut d’1 trait depuis une des + grandes places fortifiées de l’Empire Romain en RO pour rejoindre Jac, pt poste avancé Romain dans la vallée, symbolique magique! 


Tout en haut, depuis le Porolissum Romain, je peux déjà évaluer tout le relief qui m’attend jusque Jac loin en contrebas: 2 pts forêts, 2 douces vallées de pâtures, 1 rivière (?!) et longues ondulations herbeuses. 28* S-E mais boussole inutile tant le point de destination reste visible, un rêve en Transylvanie Romaine. Si je croise un sanglier, c’est qu’Astérix & Obélix sont derrière lui. A alt 600m, jours & nuits sont plus frais, enfiler guêtres tant rosée est abondante au lever. Aujourd’hui Chemin de Rome antique, où ces Romains d’hier ont donné culture & langue aux Roumains d’aujourd’hui, hier c’était Chemin de mémoire répétitif pour tous ces juifs du Judet de Salaj envoyés à Auschwitz. Chemin d’histoire, d’émerveillement et de fractures. Hameau cul-de-sac de Jac: surréaliste, c’est l’Empereur Traianus, maître des lieux au Ier S PC qui détrône Christ & Vierge.


« Problème »: ma carte en aval est retranscrite comme un jeu d’échecs: tours par ci, chevaliers par là…, dans cette Dacie devenue Transylvanie & Valachie, sites Romains, monastères orthodoxes, églises, restes de châteaux médiévaux commencent à se succéder derrière ou en haut de chaque colline. Zigzaguer de l’un à l’autre par monts et par vaux me verrait rentrer en BE en 2020. Que sera-ce en RO moldave après Carpates, dont Iasi? Un labyrinthe historique me disait Ioana, BE en 2030.


Creaca, direction commissariat police. Ils sont 4, le – jeune (60) me met à l’aise pour m’accueillir, on va ds son modeste bureau. Il me propose café & eau gaz., il semble avoir le temps, moi aussi avec lui. Il me parle (en FR) de Cracea & RO. « Pdt & après communisme, RO a perdu 40% de sa pop. qui a migré vers l’Occ. pour travail + rémunérateur. Tous pays sortis d’un joug passent par ce stade, sauf DE. Nos Tz migrent aussi, ils vont & viennent, on reçoit les info’s qqs mois + tard: tel chef mafieux en prison à Paris, tel proxénète incarcere à Londres, …etc., mais une pt minorité sort du lot, ils étudient, entreprennent, une représentation polit. démocr. Tz existe aussi.(sic) »
Pose biscuits dans ancien cimetière de Ciglean, il faut coucher les broussailles & ronces avec bottines & bâton pour dénicher les vieilles pierres tombales. D’un regard furtif & condescendant à mon égard, un renard trottine entre les tombes.


Entrée de Jibou, l’enseigne de la même petite boutique propose: 1/ service funéraire cum transport nat. & intern. & traductions (tt en lettres noires), et 2/ service catering rapido (tt en lettres roses). Rien ne se perd dans la chaîne! J’en ris aux larmes, & chaque jr encore. La vitrine est éloquente: cercueils & plats préparés. En attendant, je cherche encore un coiffeur…

2 stops à cité de Jibou: début de l’office à l’énorme église orth. dont le rite (Patriarcat de RO) diffère de un peu de celui relevant du Patr. de Moscou à plusieurs aspects, puis arrêt au marché pour fruits frais, bonheur. Suis à chaque x ébloui par l’intérieur de ces églises orth.: leurs fresques, icônes, sculptures byz. & dorures, des musées. Jibou, à 150m à la ronde: 7 églises de tts conf. chrétiennes + synagogue. Dvt la pte Mairie, 3 drapeaux: RO, EU & OTAN. Ne manque que le drapeau €, ça viendra.



De Jibou à Dej, par la vallée de la rivière Somès, en 3j. Remonter la rivière par l’intérieur de l’arc qui fait +\- 75km, autour des collines boisées Simisna-Garbou. Un seul pt pont pour enjamber la Somès sur cette longue distance. De Jibou, d’abord marcher 6 km sur la voie ferrée plutôt que s/ la chaussée. Après 1/2h, je m’écarte pour laisser passer un vieux diesel et ses 3 wagons. 


À vue de nez s/carte, je ne vais pas y croiser gd monde, wild, wild, wild. Attention aux chiens de bergers et très nombreux chiens errants, ils vagabondent de plateaux en forêts. Biscuits dans une poche, lacrym. dans l’autre. Avt de m’aventurer en forêts, vallées et plateaux (into wild Transyl), je demande tjrs 2x recommandations & conseils dans villages que je quitte. Le risque en demandant info’s dans pts villages est qu’ils me retiennent généreusement des hrs dans leurs pts maisons/fermes pour tout partager, comment refuser? Impossible, pcq richesse incontournable. Transylvanie profonde, un autre monde, un conte. Je comprends que le Pce Charles de UK, homme de goût et pour qui le moindre recoin de notre planète n’a plus de secret, ait jeté son dévolu à plusieurs endroits autour de moi, de 4 à 6 propriétés me dit-on ici. Qqs rares nvls constructions, jamais kitsch ou tape-à-l’œil, elles se fondent naturellement dans le bucolique existant.


Entre rivière et collines, hameaux de Clit puis Lozna. Clit, l’h (60) insiste pour m’emmener faire un tour en barque sur la Somès pour que je prenne des photos. Le pauvre n’a plus toutes les frites dans le même sachet après x Ciuc déjà ingurgitées. Sa femme (très épaisse) vient me prêter main forte en le remballant manu militari dans leur fermette. Lozna, c’est Daniel (50), sa femme et leur pte fille qui m’accueillent. Daniel, tril. RO, FR, UK, a quitté la RO de Ceaucescu à 18 ans, dir FR. Vécu 30 ans à Cannes FR, comme chauffeur & garde du corps, a frôlé les gds de ce monde, photos top. Rentré en RO avec des sous mais surtout avec des (bonnes) idées pour investir dans cette magique vallée de la Somès. Multumesc Daniel pour ton accueil!


Dans chacun de ces hameaux, je m’arrête volontairement 1/2h pour regarder, sentir, m’imprégner. On y est loin des sentiers battus, rue principale de sable et pierrailles, charrettes tirées par chevaux, poules caquettent & dindes gloussent au milieu du chemin, et ces éternels chiens errants de tous calibres qui me maintiennent vigilant mais qui sont abattus sans pitié dès qu’attrapés. Qqs anciennes pts fermettes en briques de tourbe, w-c dans cabanons en fonds de cours, chèvres qui vaquent par ci par là. Une ruralité Transylv. à son extrême, à préserver à tt prix. Entre ces hameaux: chevreuils, lapins & lièvres, rapaces à très large envergure, 4 renards today. De tps en tps, j’entends corner au loin, un berger qui rappelle ses chiens. Cet univers reculé, loin des des cités où le temps s’est arrêté me galvanise. Ce sont ces frissons dont j’ai besoin. Minuscule hameau isolé de … ni nom, ni s/carte, à 5km en amont & aval du 1er village, 7 maisonnettes délabrées et abandonnées dans les broussailles par RO & investies par Tz. Pts enfants jouent nus sur le chemin, qqs femmes avec leurs éternels foulards et longues jupes à couleurs vives & chatoyantes, l’une plume un poulet, l’autre très jeune & torse nu, assise sur un tronc, donne le sein au bébé. 4 hs sont assis ensemble dans l’herbe haute, ils attendent. Quoi? que le tps passe p-ê. Les regards fondent s/ moi. 2 d’entre eux m’appellent avec insistance, que faire?, je salue avec sourire sans ralentir le pas. Surtout pas de photos. Si slmt ils pouvaient aborder d’autres thèmes que money & telephone.


Sortie de hameau de Buzas, le pt cimetière est à l’extérieur d’un virage serré en épingle à cheveux, comme un destin annoncé pour les pieds lourds. Le chemin se mue alors en chantier s/ 12km, on va l’asphalter pour la 1ère x. Un ouvrier me hèle alors que sa femme vient lui apporter son pic-nic, il maîtrise un ES proche de Cervantes après 4 ans passés à Teruel ES, photo.


Sur ce chemin en réfection, une gardienne de vaches meut son troupeau de l’autre côté du chemin. Elle a vu que je prenais une photo de son troupeau et vient prestement me réclamer 1 Leu pour cette photo volée, que je ne peux lui refuser. Elle me réclame alors 2 Lei, puis 3, …, stop à 5. On est tous les 2 contents. Elle est très sale d’aspect extérieur, normal, mais ce qui contraste et est éblouissant, c’est la blancheur immaculée de ses dents. Une activité de résignation, dure & difficile, et, j’imagine, de + en + ingrate au vu de la modernité qui avance non loin d’elle. Courage, Madame.


La Transylvanie que je regarde en la parcourant, des cités aux pts hameaux, se modernise, grâce au labeur, aides de l’UE & donc nvx biens matériels publics & privés. J’ai l’immense espoir qu’elle ne se trompera pas de direction comme tant de régions d’EU qui ont saccagé paysages et côtes baln., en gardant son authenticité & son charme/romantisme qui font d’elle une région unique en EU. Enfin trouvé « coafor » pour une « super siluet », 9 Lei (Bxl=100 Lei).


Fodora, le berger en bord de chemin est aussi désolé que moi, 2 de ses chiens ont réduit un chevrillard en charpie, pas beau à voir. Dois porter 9kg de – depuis Londres, pas du sac-à-dos, c’étaient des mauvais. La Transylvanie a 3 trésors: son relief, ses architectures & ses couchers de soleil. Ours sont encore loin, qqs lynx me dit-on, chevreuils, faisans & perdreaux omniprésents, très attention à certains chiens de bergers sur les plateaux: des énormes tueurs qui me réduiraient en pâté sans négocier, c’est l’unique recommandation qui m’est adressée de villages en hameaux. Vu 4 enfermés en cage dans une cour de ferme, des serial killers. Essayé 1ère x ma bombe lacry., puissance de feu: 5m/sec, diam. de projection: 1m, mouche foudroyée, moins sûr pour un de ces chiens.



De tous mes transports exotiques en avion ou voiture, j’en ai ramené de belles « cartes postales »; de mes 2 longues transhumances à pied, j’en garde une imprégnation dans les veines et le cœur, un film vivant, qui ne cesse de durer. J’entends Seb, Charles, Georges, J-Carlos, Nick, … me crier de ne pas leur retourner le couteau dans la plaie. La marche au long cours, cette irrésistible vie parallèle. Des 100aines de photos, mais certaines que je me retiens de prendre, parfois pour éviter risque, souvent par pudeur, je suis Voyageur nomade, pas touriste voyeur.
Des mots, juste des mots qui ont encore du mal à exprimer toute l’atmosphère et l’authenticité de cette fascinante Roumanie transylvanienne.



Bivouacs tjrs passionnants par leurs ambiances et environnements naturels, mais encore davantage vigilants.


Ravitaillement pour bivouac de ce soir à Fodora où je peux utiliser le w-f (un peu chaotique) pour déposer ce post. Demain au lever, a/r à Galbau pour admirer site calcaire en collines, puis retour sur mon chemin intérieur de la Somès dir. Dej.
Chemin d’histoire, de rencontres, de relation charnelle avec cette nature dont les horizons m’époustouflent à chaque courbe.

Zalāu RO

Lundi a.m., petit contrôle d’id. pour entrer dans l’enceinte du pt aéroport de Debrecen HU, ancien aér. milit. J’attends mon chef de famille à sa descente d’avion. Mômô est à l’heure, rayonnant! Merveilleuses retrouvailles, d’autant qu’il m’amène un petit cadeau de BE: qqs nuages noirs et un peu de pluie, 1ère x depuis des semaines!


Sans tarder, nous partons cartes en mains et sommes contraints, après Bank et à mon regret, de longer la chaussée d’asphalte qui nous conduit vers la frontière et au-delà. Pas d’alternatives par chemins de terre. Bivouac avt Letavertes HU dans agréable et sèche pinède.



Poste frontière secondaire, nous quittons l’espace Shengen, aucun véhicule. Douaniers HU et RO se partagent le même petit aquarium, rapide contrôle identités et go en restant sur route principale. Interdiction de prendre des photos à – de 100m de la frontière.

Je ne connais pas la RO. J’ai essayé d’y rentrer il y a 20 ans via Roussé BU mais les douaniers BU m’en ont empêché (voit. loc.). Je n’ai malheureusement pas d’amis RO mais nous avons la chance d’accueillir Ioana pour nous aider à la maison depuis 7 ans. Une femme admirable, comme son mari et leur adorable petite fille Andreea. J’aurai, je l’espère, le plaisir de retrouver Ioana et sa famille chez eux en vacances. Ce sera à Iasi RO sur ma route vers Chisinau MD. Merci Ioana pour votre aide précieuse, je me réjouis de découvrir votre beau pays et vous revoir dans votre berceau familial.

Traffic véhicules & camions va en diminuant au f & à m des villages et pattes d’oies. Nuit dans pension du village de Sacueni, soirée mémorable avec Ol & accueil charmant des tenanciers. « Vous voulez aussi un yaourt? – Heu…, da, multumesc! » Elle donne discrètement des sous à sa fille pour qu’elle aille en chercher à une pt épicerie, spécialement pour nous: un des 10aines d’ex’s de l’hospitalité, chaleur et générosité de ce peuple roumain que j’apprends à découvrir de villages en villages, ces situations ne cesseront de se répéter. Notre confrontation aussi, à Ol et moi, v-à-v de cette autre population que je croise plusieurs x/j: la population Rom/Tzigane/Gitane.


Avertissement: plusieurs fois dans propos en infra et posts suivants, je ne pourrai éviter de mentionner cette population que je suis amené à croiser quotidiennement: la population des Roms/Tziganes/Gitans. Mes propos à leur égard se borneront toujours à des constats (factuels, visuels et verbaux). Jamais je ne me permettrai qqconque jugement, et encore – qqconque stigmatisation.
À chaque frontière, nouvelle culture, langue, architecture, coutumes. Ce pays est en train de me fasciner au fil du pas. 10min de pose en retrait de la route au milieu des champs. Entre dans le champ un vieux tracteur russe des années ’70. Le jeune cultivateur en descend et nous aborde, Ol & moi : qui? d’où? vers où? 15′ d’intéressante conversation grâce à son anglais presque Schakespearien (passé 5 ans en UK). « Vous ne verrez pas de coyotes, trop craintifs, pas encore d’ours, mais bcp de gitans », l’association des 3 termes me rend perplexe. « Have you a weapon or lacrymo spray? – Yes, 3 lacrymo’s. And in Sacueni, Marghita, interesting monuments to see? churches? any historical interests? – Gipsies! – …. ok & whatelse? – Whatelse? More gipsies again. » Propos exagérés mais révélateurs de 2 populations vivant côte-à-côte mais pas ensemble, mixité exclue de part et d’autre.


Tts églises cath, orth, évang, calv, fermées, verrouillées, cadenassées, (…), sauf cette magnifique église orth. à Letavertes car l’office va débuter, le pope vient nous saluer. A Sacueni, sur l’artère principale, la fin de construction d’1 tt nvl église orth de la taille d’un Cath.



A défaut d’églises ouvertes, ce sont les cimetières qui m’attirent tjrs autant, dont le magnifique et bucolique de Zaūar à l’écart de son village. Il faut grimper pour rejoindre l’église sur le téton de la colline. Tout autour à 360* sur son large mamelon, le cimetière abondamment fleuri et arboré dans les hts herbes, c’est superbe. La plupart des inscriptions y sont en HU, témoignage de l’empire AT/HU qui s’étendait loin en Transylvanie, mais aussi des nombreuses familles d’origines HU sédentarisées.


Mon cousin Olivier est un cadeau sur ma route. Discussions ininterrompues sur thèmes les + divers, et notamment sur celui qui nous réunit le + sur ce Chemin, outre notre amitié réciproque: faciliter & augmenter les ponts entre nous, peuples européens, socialement et donc économiquement. Là est l’enjeu de la paix future, sociale & politique, dans notre continent, de Porto à Kiev, de Reykjavik à Athènes. L’union fait la force pour chacun, mais surtout la paix. Le repli identitaire, revendiqué récemment par certains élus, est du populisme aveugle et un leurre total.


Après 3j et une 70aine de km, comme prévu, Ol me quitte à Marghita RO après un long pt-déj. Merci Olivier, ta cie me fut excessivement riche & précieuse, un beau cadeau que tu m’as fait.


Petit blues normal pdt 1/2h et je réintègre mon Chemin solitaire. Les paysages changent pour mon + gd bonheur, + vallonés, parcelles boisées et de cultures + variées & + petites, troupeaux de chevaux, brebis, bovins encadrés par bergers & chiens. Je suis enfin dans cette Transylvanie rurale que j’attendais. Au loin les 1ères collines boisées que je traverserai dans 2 ou 3j par un goulot, ce sont les Monts Meces près de la ville de Zalāu. Les Carpates, c’est pour bcp + tard. J’écoute tjrs avec attention et docilité conseils et recommandations des locaux, très emphatiques à l’égard de ma démarche. Ours & Tz: ne dors pas/plus en forêt là-bas, ne marche pas de nuit, ne marche pas isolé en forêt. Cristal clear & j’obéirai à la lettre, aucun écart stupide & inutile. Dormir ss tente? Au milieu d’un champ de maïs ou tournesols: the safest, no problem at all, ou dans le jardin chez l’habitant. Re-cristal clear. Les locaux que je croise, RO & Tz sont attentifs à notre puis à ma démarche, mais avec des intérêts opposés. Les RO de ce monde rural veulent me montrer la meilleure image de leur pays et d’eux-mêmes, les Tz veulent des sous. Suite aux recommandations répétées, vraies, fausses ou exagérées, à l’égard de cette autre population, je choisis l’option prudence (jamais parfaite) en ré-organisant différemment mon apparence, paquetage et objets de valeurs. 





Redevenu nomade solitaire, je retourne vers mes pensées tout en balayant ces nouveaux paysages des yeux à 180*. J’ai décidé, si la situation m’y contraint, de changer d’identité. Et cela portera, par chance p-ê, ses fruits dès l’ap-midi après le départ d’Ol. Un bref débat qui se terminera pacifiquement pour le nomade solitaire redevenu par conséquent + vulnérable. Sur ce tronçon de route au milieu des vastes campagnes, il me dépasse sur sa vieille bicyclette amortie depuis J-C. Ici, personne ne marche seul s/ longues distances et en autonomie totale (donc qqs sous de subsistance). Nos regards se croisent furtivement évidemment. La noirceur de ses/leurs yeux m’a tjrs fasciné. Le temps passe, ainsi que les kms. Je vais bientôt arriver au village de Dolea. Route à travers bois sur 400m. A 50m devant moi, sortent 5 gaillards du bois, de 15 à 30 ans, dont ce Tz qui m’avait dépassé, je le reconnais immédiatement. Sûr que ce comité d’accueil gitan m’est réservé. Rapidement ils m’entourent tranquillement et l’aîné me questionne « qui? vers où? money? show telephone! » « No money, American military, big exercise here with US & RO armies, (et je rajoute RO police pour tenter d’enfoncer un peu le clou), 200 militaries all around, in fields & forests » désignant les alentours de la main & très sûr de moi … en apparence slmt. Dans la foulée et avt qqconque réaction de leur part, je sors mon vieux portable Motorola de secours de ma poche et m’y lance dans un monologue ferme et improvisé en anglais, fixant dans les yeux les 5 lascars à tour de rôle. Conciliabule rapide & incompréhensible entre eux et ils disparaissent comme ils étaient venus. Ouf! 5 x ouf! Une bonne poussée d’adrénaline. Une population sédentarisée, vivant en ghettos à l’écart des villages & cités, oisive, dépendante de l’assistanat d’Etat. Une intégration inexistante voire impossible tant leurs culture & mode d’existence divergent des peuples qui les accueillent. Je raconte mon histoire à un policier 2 j + tard, pas étonné du tout: « with gipsies, if you are RO, it’s ok, but you are foreigner & alone, so not ok. No problem but be careful, ask help to RO people & don’t walk during night ». Il a raison. S/ses propos, on trinque une Ursus ensemble.


Zut, fontaines publiques ont disparu et eau du robinet désormais not drinkable car les sols sont pétrolifères et exploités de part et d’autre de ma route pour leur or noir.


Suplacu de Barcaū RO, 16h, arrêt obligatoire pour boire 1l d’eau et en emmener 2 supp. Dans la taverne en bord de route, 1 h attablé m’interpelle. Floriān, RO, 58 ans, ingénieur des eaux, travaille pour une société DK et sillonne tt la RO avec son équipe pour contrôler qualité des eaux. J’accepte son invitation et m’assieds avec lui. Il me parle de ce que je vais découvrir sur mon chemin RO, suis déjà avide d’avancer. Il m’écrit une 20aines de notes s/ ma carte. Il me narre surtout tt l’histoire de son pays, « l’île romaine », population ex-méditerranéenne isolée au milieu de l’EU C, avec ses mvts de frontières, influences pol. étrangères & religieuses, liste des dignitaries régnants et leurs profils, l’unification des régions de Transylvanie, Valachie & Moldavie, les horreurs nazies et leurs suites sous Staline & Ceaucescu, la revendication de l’identité d' »apatride » de la part du peuple Tz, le Prince Charles de UK qui vient discrètement 1x/mois dans sa « chère » Transylvanie,…etc. Je suis pendu à ses lèvres, c’est la providence qui me met ce Mr sur ma route. Slmt 23km today, je dois continuer mon chemin mais il est déjà … 21h! 5h de t-à-t en cie passionnante de Floriān qui auront passé tel un claquement de doigts, 5h d’enseignement très académique entrecoupé d’anecdotes instructives par ce brillant homme dans ce petit bar perdu au fin fond de la Transylvanie… Ce Chemin ne cesse de s’étoffer dans la richesse qu’il m’apporte. Floriān, ds le prolongement de son attention à mon égard, discute avec le tavernier. Celui-ci m’organise en vitesse un sofa dans le garage en retrait et m’apporte une gde salade de tomates & oignons, du pain béni. Ns ns quittons, Fl & moi, mais ns ns retrouverons à Bxl, notre conversation n’est pas finie et je m’en réjouis. En se quittant, il me lance: « enjoy your crossing of Carpatians mountains, you’ll see the most magical views in natural environment in your life », I have no doubt about it, tk U so much for all you teached me, Florian.


Juillet s’annonce, fleurissent de + en + de voitures imm en UK, FR, BE, AT, ES & DE, ils reviennent passer leurs vacances au pays et continuer la construction ou rénovation de leurs maisons. Excellente & profitable formule pour tous: accueillis & accueillants.

Provoquer des émules, seul intérêt de ce blog, anecdote d’AT: une voiture s’arrête à ma hauteur en pleine campagne et en montée raide. Un charmant couple 70aine: « Want some help? Want to jump into the car till our next village? No sir, tk U so much but I prefer walking – (conciliabule avec sa femme) – and what about joining you for those 3 last km? My wife will drive back home. – great idea, welcome to join! » Et il se joint à moi, merveilleux.

Village de Port dans 2km, le léger vent tourne au S et m’envoie une odeur âcre dans les narines, une odeur de gazole qui me rend la gorge pâteuse. Les petits pipis entre parcelles ne laissent pas de doutes quant à leur pollution, une fine nappe bleue & orange y flotte. Floriān fronçait les sourcils et s’indignait en évoquant la qualité des sols: gazole, pesticides et rejets métaux lourds & chimiques des usines abandonnées au lendemain du communisme. « Y a un travail gigantesque à faire. Nos sols, c’est notre patrimoine, il faut le sauver & le protéger. » me disait-il.


Une barrière de cour arbore 2 pts drapeaux RO. J’en veux un. Le garçon (30) me le donne immédiatement et m’invite à pt-déj avec parents & gd-mère. Outre assiette plantureuse, dont morceau de peau de porc (cuir à mâcher & avaler pdt 1/2h!), les 3 verres traditionnels: 1 verre d’eau pétillante, 1 verre de coca/pepsi & 1 pt verre de rhum 45* cul sec. À jeun, si je ne bois pas ce feu bien calé sur ma chaise et tenant la table d’une main, je m’écroule. 1 min pour retrouver respiration normale.


Sors de mon feuillu à 5:00, 100m + loin suis déjà trempé tant la chaleur est lourde. Simleu Silvaniei (= Simleu en forêt), jamais d’OT ds ces bourgs depuis frontière HU ni même une carte de la ville à Zalāu, tourisme=0, pas de cartes détaillées des « judet » (comté). Seuls à m’aider avec générosité & disponibilité immédiate: postes de police, 3ème x qu’ils me font des photocopies 1/100 de leurs cartes. Ils sont heureux qu’un Occ. s’intéresse à leur région, pas autant que moi. En discutant avec le policier, je regarde une photo de famille punaisée derrière lui, derrière la famille, une vieille église en bois. Où? Pt hameau dans la colline à 5km N, Cehei. Je veux la voir! Parti dans la colline, trouve le hameau et demande. L’h timide m’indique de le suivre et m’emmène. Il ne parle ni UK, ni FR, ni … RO. Il n’a plus de langue, coupée, don’t know why. Il s’exprime par petits grognements et mots écrits s/feuille de journal. L’église orth. est là, isolée dans la broussaille, tt en bois sculpté ainsi que le toit fait de petites palettes en bois. Un joyau du XVIIIè que personne ne met en évidence. Elle est fermée, intérieur vide, out of use mais état parfait. Suis bouche bée. Salaj veut me montrer aussi la pt église baptiste. Il est « l’homme à tt faire » du prêtre baptiste, jardinier, entretien église, …etc. Le prêtre, bilingue, me « raconte » Salaj en 2 mots pudiques. Enfant d’une mixité non désirée (l’histoire en a connu tant: UK/aborigènes, BE/congolais, US/afro-US,…), père & mère évaporés. On lui a donné le prénom Salaj, nom du Judet/Comté, prénom anonyme…


Suis presqu’à la sortie de Simleu, très long village. Très évasés, des villages de 2000 âmes peuvent faire 3km de long. Une vieille gd’mère Tz implore les passants de lui acheter 1 ou qqs oignons, refoulée à chaque x avec indiff ou dédain. Ns allons bientôt ns croiser, elle m’intrigue. Elle m’attire même. Elle me brandit ses oignons, suppliante, elle a un visage de Mère Teresa qui rayonne, pur & bon. Un petit billet discret, en refusant les oignons. Elle fait un signe de croix et embrasse ma main. Je lui embrasse la joue. Elle verse 2 larmes, et c’est contagieux. Je voudrais lui poser 1000 questions s/sa vie, son enfance, ses us & coutumes, ses attentes, je voudrais passer une soirée dans sa famille, pas comme voyeur impudique, juste pour apprendre et p-ê comprendre, un peu. Mais c’est très/trop compliqué.


Chemins de terre, forêts, les 1ers up & down’s depuis la Rhénanie, de nvx paysages à couper le souffle. Que cette RO & Transylvanie sont belles, et puis il y a cette atmosphère particulière, unique.


Les nuits se poursuivent en endroits divers, feuillus, maïs, jardin du Pope de Mesju qui parle un peu ES. Le Pope m’invite à dresser ma tente contre son église, et oublie de me dire qu’il y a messe à 6:00. Gd moment de solitude le matin lorsque je sors de ma tente à moitié vêtu dvt les fidèles qui entrent ds l’église. Pas fermé l’œil, les chiens du village ont aboyé tt la nuit.



Architecture d’avt-hier XIXè côtoie celle d’hier communiste et de today tourné vers demain. Dacia R12 1970 côtoient grosses cyl occ et charrettes à chevaux des Tz. Panneaux annonciateurs de villages d’ép. communiste côtoient nvx avec couleurs EU. Drapeaux RO & EU flottent ds espaces publics, façades de maisons et … chœurs d’églises! Un pays en pleine mutation et fier d’appartenir à notre famille EU: sécurité de paix politique et espoir de futurs standards sociaux comparables, idem qu’ES ’80, CZ & SK ´90, …etc. RO y va, lentement mais sûrement, et c’est bon signe pour nous tous.



5km entre Simleu & Pericei, suffisamment pour que gros orage me rattrape. Je crois, à le voir derrière moi, qu’il sera violent, court et bienfaiteur. En bord de route, au milieu des champs, un immense bâtiment isolé en construction, futur imm. à appts je pense. M’y engouffre pour me changer, manger et attendre un peu que cet orage faiblisse. Tour du locataire, la construction semble interrompue depuis longtemps. 3 étages, une 40aine de pièces, y a qu’à se servir. Les heures passent, l’orage n’est pas court. Y dormir? N’est que 18h, j’attends encore. Mais, 1x n’est pas coutume, me suis fait repérer. Cmt? Don’t know, suis tjrs discret. En silence, 2 gaillards RO (40) me surprennent dans ma « chambre » de béton au 2è étage, chacun des 2 tient qqch (?) dans sa poche. On palabre, on fraternise. Ils pensaient que j’étais un/des Tz rôdeur/s. On passe 1h ensemble. L’1 parle FR, « si tu as besoin de qqch ou aide, appelle-moi » et me donne son n* gsm, trop sympa. Me recommande d’éviter un hameau Tz à 8km (…), cristal clear. Nuit calme & au sec, la pluie dure.


Pt-déj dans un tableau de Monet: sur les rochers qui bordent le lac Crasna, du nom de sa rivière et son village, bucolique. Le soleil rouge se lève, le lac est transparent, les collines qui l’entourent chassent la brume, tout cela dans un silence transylvanien qui me porte. Qqs cormorans et canards. Revivrai-je de tels instants? Une atmosphère qui prête à la rêverie et au remerciement au Gd Mystère pour ce qu’il nous prête. Me sens seul au monde dans cet immense environnement pur & authentique. Du coup, un 2è café sur mon pt réchaud pour tarder le départ. La digue herbeuse de 3km qui retient ce lac est la seule en RO à avoir été entièrement construite à la main ET en briques de tourbe. Avec longues branches en guise de cannes, un père Tz et ses 2 enfants s’installent pour pêcher à 300m.


Pt hameau rural mais gd église, à Recea Mica. Il y a messe. Les femmes sont à l’église, les hommes les attendent bières en main à la pt buvette au bas de l’église. Les RO ont la boisson sobre. Je passe 1h avec eux. « Bon voyage, le Belge! »


C’est soit une boucle de 12 km pour rejoindre Zalāu, soit un azimut de 4 km par collines & plateaux de foins & bois. Pas de chemin et pas de boussole nécessaire, d’après ma carte il suffit de suivre la ligne à ht tension, repère sécuritaire idéal. Presqu’en crête, un berger (70 ans, 2 dents & yeux bleus azurs), son troupeau de brebis et ses 3 chiens. 1h ensemble à papoter par signes. « Zalāu? Tu as le temps, repose-toi, mange (en me montrant pommes, prunes, pain, tomates, oignons, piments, eau & poissons secs), installe-toi là, nous irons demain am ou pm à Zalāu avec les moutons ». Je jette un coup d’œil dans sa cabane 2x2m, il n’y a qu’un tapis de foin, pour dormir. J’en rêve, mais il n’est que 13h. Ce bon berger a une notion de temps et d’espace qui me laisse pantois, un autre univers. Il passe toutes ses journées seul sur les plateaux à vaquer avec ses brebis, il vit avec le ciel souriant ou pleureur, et ces collines ondulées à perte de vue, les plateaux de Transylvanie! Le monde peut s’écrouler, il ne le verrait pas et sa vie continuerait comme si rien n’était. Je le quitte à regret.


Gros coup de pompe, très gros. Ne sais pas pq, p-ê la chaleur ou tous ces kgs perdus. Depuis 3 jours, chaque pt stop m’invite à m’endormir s/place. La tête roucoule à tous vents mais impossible d’enclencher la 2de, encore – la 3ème ou 4ème. Nuits courtes mais bénéfiques, alimentation ok, pas de bobos, distances sans excès démesurés, mais là, subitement, ça ne répond plus, plus rien. Je pousse sur ON et ça bloque sur OFF, tant les jambes que les épaules. Le corps a ses raisons que la tête ne cerne pas toujours. Il n’est que 12:00 et slmt une 15aine km parcourus. Zalāu est à vue, je dois m’y arrêter, trouver pension, faire un pt break, lessive, manger, dormir.


Entrée de Zalāu, quartier militaire désaffecté mais encore gardé par gardes & chiens. Papote avec le caporal de garde.


Eric prépare nos retrouvailles sur mon Chemin RO, bientôt, chouette!

Direction Creaca, puis plusieurs azimuts vers Bālan & Cernuc. Prochaine pt ville: Dej. Ma carte en aval ressemble à un jeu d’échecs: églises & sites hist. vont commencer à se bousculer. 

Debrecen HU

La HU profonde, très profonde. Le commentaire m’a été adressé + de 20x: « Vous venez d’où? – BE! – Ah, c’est votre femme qui est HU alors? – Non, elle est ES et habitons Bxl – Mais qq vous faites (fouttez) ici alors? Y a rien ici! » Je réponds tjrs « Au contraire, vs avez tout ». Dans l’inconscient collectif contemporain « y a rien » ss-entend l’absence de modernité, d’attractions touristiques, de course à la consommation, du pressé & vite. Ici au contraire, campagnes et villages épars semblent tourner au ralenti dans une grande quiétude in the middle of nature. Avec une dextérité d’ingénieurs civils, les cigognes se partagent les cimes des frêles poteaux électriques en bois pour y construire leurs énormes nids. 


J’entre dans le Bassin des Carpates, une vaste plaine rase, jadis immergée, dont les mers de champs dominent le peu de parcelles de forêts qu’on a bien voulu y laisser au XVIIIè. Villages sont distants d’une 10aine km, séparés par les céréales, tournesols et maïs, le soleil est de plomb et les paysages différents ne se multiplient plus bcp. Champs à g, champs à d, champs devant, jamais de pâturages, horizons à perte de vue et sans 1 cm2 d’ombre. A 13:00, 41* à Csány. Pas de carte détaillée car aucun tourisme rando & cyclo, = 0. Longer ces étroites routes d’asphalte ou de sable toutes droites sur ces longues distances est abrutissant, alors je tente avec intuition, bonne ou mauvaise, de chercher des passages de tracteurs entre parcelles de céréales, p-d-t, maïs, nécessitant souvent détours et …demi-tours. 2 petites ouates de nuages égarés passent dans le ciel.


Ce sont des portes qui grincent mais qui s’ouvrent subitement sur l’inattendu dans certains + gros bourgs: le village de Aszod et son impressionnant château semi-abandonné. A défaut d’OT, j’entre à la petite Mairie où le « Pilgarmester » S. Isztvan me reçoit en personne dans son + beau jogging pour me parler de l’avenir énigmatique du joyau architectural. La petite ville de Hatvan dont le Palais Grassalkovitch abrite le + beau musée de HU sur flore et faune (dont un massacre de cerf 13+10 (pic), un Empire State Building!) du Bassin des Carpates à travers les époques, + de 3000 m2! Il me fut d’un enseignement énorme pour cette région que je traverse. Enfin le village de Jaszarokszallas que je m’apprête à quitter pour retrouver les campagnes lorsqu’en bout de village apparaissent, sorties de nulle part, 5 piscines thermales ouvertes en bordure des mers de cultures , les gens y viennent de toute la région, aussi surréaliste qu’irrésistible. HU, pays des thermes, l’eau y est à portée de bêche.



Pas de forêt pour dormir, ce sera dans un champ de céréales qui a un semblant de Meseta en été. Vers 2a.m., réveillé, cœur battant la chamade & en pleine transpiration, par un cauchemar « de l’eau? de l’eau? de l’eau? » J’ouvre les yeux, « Où suis-je? Dans ma tente. Pourquoi? Périple. Où? … HU … après Jaszarokszallas. Ai-je de l’eau? Oui. » Me rendors. Pardon Mr le cultivateur d’avoir couché 2m2 de votre océan de froment. 


4:00 debout, 4:30 go, 6:00 chaleur étouffante. Les routes ont fait place aux pistes de sable pour relier les hameaux. Celui de Tamaörs, 20 pts maisons longent la piste de sable. Ce hameau est primordial pour moi, je dois absolument y trouver 3l d’eau avant d’aborder la suite (20km) pour rejoindre Heves. 


Un paysan, Róbert, s’improvise tavernier du hameau, qqs tabourets et 2 tables en bois dans une pièce de sa modeste demeure, murs chaulés vierges. Sur des caisses, ses breuvages proposés: bière, vodka, thé. J’opte pour le thé. 2 portes ouvertes dans ce local pour aérer, l’une vers la rue ensablée, l’autre vers l’arrière-cour. De l’une à l’autre, 2 biquettes font des a/r entre nous et les tables branlantes, un film! C’est la HU qui n’existe(ra) pas sur les cartes postales, la HU profonde, rurale, loin des clichés. Róbert, le paysan/tavernier fait vite courir la nouvelle, il y a un étranger dans le village. Ils sont une 20aine, dont 2 familles tziganes un peu en retrait, à nous entourer. En se quittant, très longue accolade, j’en ai les larmes aux yeux, et « selfie souvenir ». Je lui explique que ds qqs jours sa photo sera s/internet. Il éclate sa joie autour de lui, « sur internet, comme Messi & di Caprio! » Ses voisins villageois éclatent de rire & l’applaudissent. Je suis dans un rêve. Je cherchais la ruralité et l’âme de cette HU isolée, le Chemin me l’offre au centuple au fil du pas. Róbert n’a jamais été à l’étranger pourtant proche, et 1 seule x à Budapest (slmt 100km), la ville lui fait peur. Même si mon approche v-à-v de la ville est très différente, je le comprends si bien. Zia Róbert, kustenem!


Je quitte le hameau et entre faire un tour dans le cimetière à l’écart du village qui regroupe les défunts des hameaux environnants. Qqs femmes âgées arrosent les fleurs et dépoussièrent les tombes. Chair de poule! C’est, en live, tombes & femmes incluses, exactement les 1ères images de mon film culte d’Almodovar: « Volver », je suis derrière la caméra. Où est P.?


Ces qqs anecdotes épisodiques (humaines, archit., cult., …) qui me resteront gravées, ne doivent pas camoufler l’amont & l’aval: des 10aines de km et 10aines d’h où, depuis Vác, les distractions ne se bousculent plus bcp sous cette chaleur accablante, l’œil reste rivé vers l’horizon, trouble tant il est lointain. 1185 pas par km, 1 toc de bâton pour 4 pas, invariables. Pas une ouate de nuage, pas un pet de vent, c’est le climat estival du Bassin des Carpates. C’est alors qu’épaules et pieds gonflés grimacent. Ce Chemin est un constant apprentissage de patience, mais qui est tjrs récompensé à la porte suivante. 


Parfois, qqs petites ruines de maisonnettes émergent des buissons, c’était l’époque communiste où les hommes restaient aux champs 6j/7 et regagnaient villages & familles le dimanche. Je revis, pistes de sable « interminables », biotope environnant & patience, le même enchaînement qu’en BY, même si ici les villages sont + rapprochés, désormais 30km au +. Sur ce long Chemin, depuis Londres ou depuis Moscou, pas d’agenda ni prévisions; que sera demain? Destin. Quel sera le lieu de nuit? Destin. Quelle sera la météo? Destin. Qui croiserai-je? Destin. Quel sera le prochain paysage/environnement? Destin. Au fil du pas, on prend ce que le Chemin offre en vivant l’instant, pas au-delà. C’est la magie du Chemin.


Kisköre, enfin! 2 assiettes de pâtes & 5 Pepsi, puis embarquer 3l d’eau pour le tracé qui m’attend sur carte, longer l’immense lac Tisza-tó sur 30km, enfin un retour vers un environnement aquifère. Je demande à un jeune pêcheur « The walkpath is secure all along lake till Tiszafüred? – Yes, no problem, thirteen km only » Non, pas thirteen, … thirty!!!


Après 3h de marche, un petit Yacht Club le long du lac. S’y trouvent mes 3 seuls désirs: ombre + Pepsi’sss + eau. Je suis choqué de la manière dont 2 visiteurs ou membres du Club (séparés) s’adressent avec mépris aux membres du personnel. Je ne supporte pas cela. Je laisse Tiszafüred à ma gauche sans y entrer et sans regret car je dois presser le pas, une bonne nouvelle vient de m’être confirmée, ce sera ce lundi à Debrecen…

Dans chaque village, Christ, Vierge, hommages aux disparus de 14-18 & 40-45 sont omniprésents, mais aussi le rappel des massacres perpétrés par les Ottomans au XVIè ayant décimé villages et familles entiers, ainsi que les hommages aux déportés de la HU soviétique vers les Solovski, la Kolyma, l’Oural, que Chalamov & Soljenitsyne narrent sans pudeur.


Re-champ de froment pour la nuit. Le crépuscule est flamboyant. Au lever, 2 chevreuils et un zoo de lièvres.


Je laisse Egyek au N. Peu à peu, les arbres disparaissent, buissons & autres matitis dans leur sillage, ainsi que les champs, plus rien à 180*, où suis-je? où vais-je? est-ce sage? Même pas un arbrisseau épargné à qui parler. D’une porte à l’autre, le décalage est soudain. Hortobagyi est à 35km, y a-t-il, sinon un hameau, au moins de l’eau disponible entre deux? Rien sur ma carte, et pourtant les nappes aquifères potables regorgent en ss-sol, à 2m à peine, frustration! Demi-tour, 4l d’eau, c’est lourd, et repars plein E. Jamais je n’avais entendu parler du biotope de cette partie de HU grande comme BE, ce « rien » évoqué il y a plusieurs j. Maintenant je réalise peu à peu.


Comme une salle-à-manger sans table ni chaises, sans meubles ni tableaux, ni même le clou qui va avec. On a juste laissé le lustre, allumé pleins feux. C’est donc ça, ce « rien » qui m’avait été prédit il y a plusieurs jours, ce vide, ce néant. Ma seule inquiétude pour traverser ce désert plat, bouillant et d’herbe rousse: de l’eau en suffisance. Toute gorgée d’eau est transpirée immédiatement. Into the wild? No, into the nothing. Billard de sable avec herbes sèches, une savane aride, à l’infini oculaire. Jamais vu ça en EU. Je l’apprendrai le lendemain: une immense région de 130.000 ha asséchée lors de la régulation du fleuve Tisza, dont lac en amont. Depuis, une immense réserve naturelle protégée, patrimoine de l’Unesco . Traverser cette savane aride, avec comme seuls garants boussole & eau, est une expérience. Mais elle vit cette savane inhospitalière: cigognes, aigles, cies de faisans, lièvres, troupeaux de chevaux mongols sauvages et de bœufs à longues cornes. Les HU appellent cette région leur « farwest US », qqs scènes de films cow-boys & indiens y sont tournés. Hortobagyi, petit village insignifiant sur une carte mais point de chute d’ornithologues du monde entier. En amont, au hameau de Szasztelek, curieux & impatient de savoir enfin où j’ai mis les pieds depuis 35km, le jeune János, « ingénieur wildlife » (sic) qui revient de son travail, m’explique l’histoire de cette réserve. Si j’avais su! C’est géant, tant son histoire que son maintien. 1 ex: réintroduction en totale liberté d’espèces locales disparues: aurochs, chevaux mongols (dont les surplus de reproduction sont envoyés en Mongolie), renards roux, chats sauvages, vautours et … 5 loups de plaine. János m’emmène (je dois montrer patte blanche) dans une jeep de la réserve pour tenter d’en voir un à 6km au N (interdit d’accès au gd public), une petite zone étrangement + verte grâce à 1 pt d’eau en surface. Une meute de 5 y vit et sont surveillés électroniquement. Ils courent la savane de jour et y reviennent au crépuscule. János scrute aux jumelles, le jeune frère du chef de meute est là, près du point d’eau, seul: « there, there, you see him? » On l’approche à 30m. J’en ai la chair de poule tant le spectacle dans cet environnement est unique. 2 se laissent un peu approcher me dit-il, pas les autres. Ici, pas de jeeps et minibus qui s’embouteillent comme dans les Krüger, Masaï-Mara & consorts. Nature to nature. Kustenem János, kustenem, kustenem, you made my day.





Nuit au camping d’Hortobagyi, sobre, vide, mais avec douche! et encore avec ces loups, chevaux mongols et herbe sèche dans la tête, m’endors sur l’herbe avt même d’avoir monté ma tente, k.o., et ce vent qui ne veut tjrs pas ouvrir la porte.


Encore 35km jusque Debrecen, dont encore partie de la réserve. Les pieds chauffent et gonflent. Après 3 ans d’hibernation, l' »infidèle » s’est réveillé & crevassé. Le Pt Poucet laissait des cailloux derrière lui, je laisse un ruisseau qui me coule de partout, front, torse, bras & jambes, à tordre jour & nuit. Hier, je marchais un peu de nuit, la temp. descend à 30* et en route dès 4:30 le matin, le soleil pointe déjà. Même pas une larme de rosée le matin pour rafraîchir. Que sera-ce en Transylvanie.


Dodo près du petit aéroport de Debrecen, ni carte ni boussole pour s’y rendre, il suffit de suivre les avions dans le ciel depuis 15km (idem que 2013 dans sapinière à côté aéroport de Santiago) car ce lundi 27 est un très grand jour, à 2 titres. D’abord c’est l’anniv d’Isabel, que je remercie en pensée tous les soirs pour ce privilège qu’elle m’a laissé revivre. 


¡Cumpleaños feliz, Isabeliña!💋

Ensuite, un cadeau, mon formidable cousin Olivier M., me rejoint ds qqs h pour 4j via l’aéroport de Debrecen. Ol. a 1 an de + que moi, sportif & marathonien accompli, il connaît l’endurance et « mordre sur sa chique ». Mais notre chef de famille est avant tout l’homme responsable, enthousiaste, tjrs de bonne humeur et doté d’un humour décapant que je connais depuis 55 ans. Welcome on the Way Mômô & tk U for joining me, nous ouvrirons la porte roumaine ensemble. Me réjouis.

Vác HU

Enjamber le Vah, affluent du Danube. Il reste une 50aine km avant la frontière. 1er pt village le long de la berge: Iza (!). 
Iza, petit et modeste village reculé de tout au milieu du foin, mais grand par ses découvertes archéologiques. Les fondations d’une gde bâtisse romaine sont visibles (+ qqs info’s) le long du chemin: Castellum Romanum Kelemantia. 


Journée tranquille, avaler des kms, 1 seul couple de « long cours » à vélo, AT, vont de Vienne à Istanbul. Passage par qqs villages dont maisons tristounettes, constructions sans âme, qui contrastent avec l’enthousiasme et la chaleur de leurs habitants. 



Émotion devant stèle commémorative à Kravany en bord de fleuve. 50 pers y ont perdu la vie en 2009, le Danube est sorti de son lit et emmené une partie du village, l’horreur. 


La chape de chaleur est lourde depuis qqs jours et pas un souffle de vent. Chaque fin de pm, le ciel se noircit, flirtant avec l’orage. Mais ce soir, les vannes ont finalement lâché. Il pleut, et c’est merveilleux. L’air devient enfin plus frais. Poncho & guêtres. La berge est devenue inaccessible depuis une 20aine de km, impossible d’y dormir, la large bande boisée qui me sépare du fleuve est immergée et une odeur âcre & nauséabonde s’en dégage, c’est le niveau des marais (et du fleuve) qui baisse (jusqu’en sept.). J’irai donc bivouaquer à ma gauche, dans la forêt qui entoure Cenkov, à une 15aine de km de la frontière. Tente, s-à-dos & vêt’s à l’abri de la pluie, me déshabille en vitesse et vais chercher une fenêtre ouverte entre les chapeaux d’arbres, savon & essuie, pour me laisser tremper. Il pleut et c’est merveilleux. Ce soir, au milieu de la forêt, je chante & danse avec Sinatra.


4:30, encore somnolent, attends que mon café chauffe, 2 sangliers (40kg) passent à 30m de la lisière dans la brume. Jusque Stúrovo, tous là pour me dire aurevoir: chevreuils, lièvres, faisans & perdreaux. A 12km de la frontière, j’aperçois déjà le dôme de la basilique d’Esztergom et les collines HU, fascinant. Solstice d’été aujourd’hui, c’est le grand jour des globe-trotters. Un hydroglisseur me dépasse à toute vitesse. Sur son pont, une 50aine de passagers bien arrimés à leurs sièges, cheveux aux vents ou casquettes vissées, des touristes pressés qui n’ont pas su/voulu se déshabiller du vite. Un dernier regard nostalgique à l’O, vers tout ce parcours Slovaquo-Danubien qui m’a envoûté, il fut grisant.


Je ne connais pas la HU. Oui, j’y ai bien été transporté/transposé un long w-e à Budapest avec Isabel & Diego, mais je n’y ai jamais Voyagé. C’est la HU rurale & profonde que je veux sentir à présent. Stúrovo, cité frontière, petit tour rapide, rien à visiter, mais le passage du pont du Danube est éblouissant, c’est la basilique d’Esztergom qui vole tout le panorama et c’est sublime. 



Esztergom, 1ère capitale de HU, est une petite ville étape pour tous, pas une destination. OT? Y a pas. Pas de grand tourisme sauf excursion d’1j depuis Budapest surtout pour la basilique. Petits magasins locaux, ni enseignes ni marques internationales. Thermomètre de la pharmacie affiche 34*. De part et d’autre du fleuve, SK & HU se partagent les 2 entités, on vit tous ensemble: penzión’s & emplettes ménage à Stúrovo SK, apéritifs et balades à Esztergom HU. Les Habsbourg ouvrent une 2ème bouteille. Ou la caisse entière.


Plusieurs jours d’avance, relief, météo & tps lum/jr m’y ont aidé. Je reste près d’Esztergom today. Direction « Gran Camping » en bord de fleuve. « Gran », oui, 160 emplacements + piscine & pizzeria. Le préposé me donne une plaquette à pendre sur ma tente, comme à un bœuf qui se rend à l’abattoir, elle porte le n*3. Sommes 3, un ancien combi VW CZ, un couple de cyclistes HR, et le pousse-cailloux BE. Autour de nous, désert.


4:30, plongeon piscine, café, go, direction Vác. Sur carte, un parcours magnifique: longer, traverser, relonger, retraverser, rerelonger Danube et le quitter définitivement à Vác, plein E, direction Debrecen dans 1 semaine. Depuis Esztergom jusque Vác, le Danube fait un grand M. But: couper le V du M par traversée du fleuve en barque à moteur, franchir la colline par le GR et redescendre de l’autre côté (Visegrad) en reprenant une barque à moteur, un vrai azimut par terre & eau, c’est fantastique. En bord de Danube, petit village de Visegrad! (En russe: Ville de Visé!) @ V. Dessart, Ech. Cult. de Visé: « Chère Viviane, Visegrad HU & Ville de Visé BE doivent naturellement convoler ensemble par un jumelage, homonymes et chacune avec son fleuve Meuse & Danube! » Petit village mais place fortifiée historique; slaves, mongols, ottomans, allemands, polonais, soviétiques, hongrois, ils sont tous venus s’emparer de ce coude stratégique du Danube au N de Budapest. Château Fort en haut de la colline, Palais Royal, murailles éparses & ruines de fortifications qui émergent un peu partout sur le flanc de colline, c’est magique. 



Petit OT pour + d’infos. « And where do you use to sleep? » « Most of time in forest. » « Go upon the hill, it’s on your way to Vác, you’ll like the site ». Elle me fait un croquis sur papier: monter un chemin en gros pavés, monter jusqu’au donjon Salomon et passer en-dessous, poursuivre dans la colline jusqu’à la forteresse, la traverser, laisser la piste de bobsleigh à gauche, grimper jusqu’au sommet de la piste de ski et prendre à droite. Rien que ça? En nage, au sommet, un coup d’oeil derrière moi, le grand coude du Danube et les collines sur l’autre versant, je crois rêver. L’endroit à rejoindre est un paradis sur terre totalement isolé, called Mogyoro-Hegy. Au sommet de la colline, mal indiqué mais merci croquis, une série de petits chalets en bois entourés de zones herbeuses et forêts. 



Le couple HU m’y accueille chaleureusement, je peux passer la nuit sous tente ou dans un des petits chalets, il y a des matelas au sol. Va pour le chalet & douche. Y suis seul, comme d’hab’. Mais il y a de l’animation à coté, les autres sont occupés par des élèves (fin primaires) d’une école FR de Budapest avec leurs enseignants FR, ils sont en classe verte pdt 5j. Soirée avec les professeurs FR adorables autour du feu de camp, les enfants dorment. Ils sont, comme moi BE/ES, des couples mixtes FR/HU & vivent à Budapest depuis + 10 ans. Ils m’enseignent bcp sur us & coutumes, et relief qui m’attend. Merci mes amis! 


Mais d’abord, petite promenade dans les hautes herbes sur ce site 100% nature pour admirer ce panorama gigantesque: le géant en contrebas qui poursuit son cours tranquille, les mamelons des collines qui se succèdent à 360* sous la lumière feu du soleil couchant, des vagues de forêts les recouvrant, et toutes ces fortifications qui émergent par-ci par-là entre les arbres, donnent à ce lieu une ambiance chevaleresque d’un autre temps. Godefroy de Montmirail peut entrer dans l’arène, le décor est planté. On se croit dans un film.


En quittant, je demande au patron du site ce qui m’attend après Vác, plein E. « Rien! » « Comment rien? » « Rien, du sable. » « Et? » « Du sable, encore du sable, rien sur 150km. »

Descendre la colline par la crevasse N-E sur 5km vers Szentgyorgypuszra & y prendre le bateau navette pour retraverser le fleuve jusqu’à la presqu’île de Kisoroszi. Quel jeu de piste fantastique!


Sur cette longue et rase presqu’île, bcp de sable, des 10aines de chevaux en semi-liberté qui paissent le long de la route, des femmes âgées sous leurs fichus blancs qui travaillent dans les champs à la force des bras. Me perds le long du Danube, aucune visibilité par les arbres. Embarcadère discret à gauche ou droite? Droite à 2km, la navette (4ème en 2j) va traverser. Débarqué à Vác, un conte de fée! Immense & superbe place publique, ses églises et son impressionnante Cathédrale St Constantin. Petite ville touristique, on y vient de Budapest, Bratislava, Vienne. 




Je quitte définitivement le Danube, mon ami depuis 8j, lui il descend plein S vers Budapest, moi je vais plein E, dans le « sandy nowhere » paraît-il, on verra, me réjouis. Prochaine étape à 4 ou 5j, les lacs de Tiszafüred, puis Debrecen. Nouveaux paysages à découvrir, rencontres, rappels historiques, les portes du Chemin continuent à s’ouvrir.

Pour répondre à qqs ? : Non, je ne peux pas répondre à tous les messages qui me sont adressés lors d’une connexion. Non, je n’ai pas de GPS et n’en veux surtout pas, les cartes papier sont un plaisir pour se débrouiller, s’orienter et évaluer l’environnement. Non, je n’ai pas de wi-fi constant et n’en veux surtout pas, je cherche une connexion chaque +\- 5j pour déposer un post sur ce blog. Partir en Chemin, c’est d’abord se déconnecter du high-tech. envahissant. Oui, j’écris tous les soirs, +\- 1h, qqs lignes pour le blog, et bcp de notes personnelles pour moi dans un 1er temps. Tous les long cours que j’ai côtoyé et lu terminent la journée par l’écriture, c’est naturel, c’est un aboutissement de la journée et un besoin pour se souvenir. Non, ni durant des moments difficiles pdt Mosc-Comp, ni maintenant, je n’ai songé 1 sec à jeter l’éponge, au contraire, le Chemin est un privilège. Seul un accident majeur, ici ou chez moi en BE, m’y obligerait. Oui, je pense que chacun devrait se déshabiller qqs semaines, au moins 1x dans sa vie éphémère, pour entreprendre tel riche Voyage en se rapprochant de + d’essentiel.

Komárno SK

Bouche réparée. Une porte a grincé pour ouvrir la porte d’un nouveau chapitre de ce Chemin, et quel chapitre!Mon OSMEALQ (mil.) est prêt et confirmé au bout de chaque journée le long du géant fluvial:

-Orientation: Sturovo SK à 5 ou 6 jours;

-Situation: longer le Danube par piste cyclable et sentiers rando’s;

-Mission: marcher-s’en prendre plein la vue-profiter-échanger-apprendre;

-Exécution: now;

-Admin. & Log.: carte pour évaluer environnement, non pour se diriger, pas de boussole, ravitaillement dispo dans petits villages le long du fleuve tous les +\- 10km (boissons, soupes, sandwiches), bivouac;

Liaison: communiquer avec locaux & condisciples nomades;

Questions?: et la solitude dans tout ça? Solitude? Y a pas, pas au programme, pas de place, jamais. Et en effet…


A peine traversé le pont Stary Most de Bratislava pour enjamber le Danube et le longer par sa rive droite, je mets les pieds sur la piste cyclable/piétonne trans-EU n*6 « Atlantique-Mer Noire », tout un programme. 30km de marche coincé entre le Danube, étroit par endroits, et son large canal parallèle qui avale toute l’eau, 4km de large à hauteur de Rajka, impressionnant. Sur ce début de piste, des Bratislaviens randonnent, courrent, pédalent, rollent sportivement. Ceux que je ne croise pas, c’est pcqu’ils grimpent ou escaladent dans le N du pays. Des sportifs éclatants tous ces SK, idem que leurs cousins CZ. Deux jeunes femmes, en tenue de sport, courent côte-à-côte (et vite!), écouteurs aux tympans, tout en poussant leurs poussettes, bébés inclus, dingue! Mais il y a aussi les autres, les Voyageurs, les nomades venus d’ailleurs, mes condisciples, quoique sur 2 roues. Pas 2h ne passent sans que je me fasse dépasser par ces thru-bikers, harnachés de leurs valises souples de part et d’autre de leurs roues avant & arrière, et qui viennent des 4 coins du monde pour descendre le Danube. Chacun arbore fièrement un pt drapeau ou écusson de son pays d’origine. Ce parcours, jusque Budapest entre autres, est mythique en EU par son tracé & environnement naturel exceptionnel. Les « Buen Camino! » (en espagnol) ou « Enjoy your Way! » se lancent mutuellement et spontanément autant que de courts arrêts pour échanger qqs mots « qui? d’où? vers où? » Chacun a des histoires fantastiques & insolites à partager. La liste est longue, au hasard et insolites: un couple de Stuttgart, 79 & 71 ans roulant de chez eux jusque Budapest; un jeune couple de coréens fraîchement mariés, +\- 25 ans, atterris à Frankfurt, rejoignent la source du Danube dans la Forêt Noire à vélo, et le suivent jusque Budapest, c’est leur voyage de noces; Sergueï, LV de Riga, roule depuis Moscou où il travaille (KPMG) jusqu’en Serbie (pic); Stefano & Claudia IT depuis Naples (pic) qui veulent arriver à Budapest demain midi, moi dans 5 jours…etc, …etc. Presque un embouteillage de thru-EU bikers in the middle of wild nature. « Where do you go to? Athens, & you? Odessa. Waow, & you? Yekaterinburg, Oural. Cool, & I, to Sarajevo. Etc…, etc… », dingue!


Mais longer le Danube n’est pas longer l’Escaut. Sur sa rive droite où je marche, c’est une multitude de très larges langues boisées, ou de lacs, étangs et marais à l’infini. Le relief? Un billard évidemment, où un trottoir serait montagneux.


20km après Bratislava, un immense barrage d’1km de long qui entrave le canal du Danube, le traverser sinon c’est dir HU. Parcourir ce barrage par sa crête (obligé) fut rocambolesque: marcher corps en oblique en se tenant à la rambarde tant le vent transversal est violent. Écrit en pt sur ma carte, au bout du barrage: « Danubian Museum »!? Musée? Ici? Dans cette brousse perdue? Au milieu de ces flots? Oui, mais rien à voir avec le « géant », un grand musée tout récent d’art moderne & contemporain, le « Danubiana Meulensteen Art Museum »! Cobra & Miró y sont annoncés en juillet, dingue, in the middle of green nowhere. 


Depuis Bratislava, 1er village à +\- 35km, Vajka. Soit continuer à suivre la berge, soit dévier un peu pour s’enfoncer et zigzaguer entre lacs et marécages boisés pour varier le plaisir. 


Ce sont des réserves naturelles protégées, et très sauvages. Bien lire la carte où un GR est tracé mais pas balisé sur le chemin. Nombreux sentiers qui aboutissent à des culs-de-sac entre les eaux stagnantes & vaseuses, danger! Mon cauchemar BY me revient à l’esprit, l’horreur. Chaud, lourd, humide, et suis trempé de sueur, ce sont des escadrons serrés de moustiques qui me fusillent en rafales. Anti-moustiques et 2nd tee-shirt abondamment trempé dans l’eau & noué autour du cou ne font pas reculer ces kamikazes. Pour appuyer les tirs, les batteries d’artillerie de taons s’y mettent aussi. Exactement le même environnement naturel de proximité (mais zones évidemment bcp + petites), & même ambiance que les traversées de marécages boisés en BY. Et exactement les mêmes bataillons de moustiques, certain qu’ils ont la double nationalité BY/SK. L’heure tourne, vite, trop vite. Il est presque 21:00 et je marche depuis 7:00 ce matin, et je n’ai pas envie de m’arrêter tant l’au-delà de la prochaine courbe est un aimant à la découverte.


Bivouac à la sortie du petit village pittoresque de Bodiky dont les 2 petites voies intérieures sont en terre battue, bucolique! Sur son flanc N, le village est cerné par des lacs, incroyable. Peu de moustiques, un vent frais bienvenu s’est levé. Mais avant dodo, passage à la salle-de-bains, à 10 mètres exactement. On ne s’y bouscule vraiment pas. C’est normal, elle fait près de 3000km de long, le Danube! Une coulée dans les broussailles mène à la berge, le fonds est graveleux, l’eau est fraîche et claire, pas de courant dans ce coude, jouissance. Suis entouré de canards qui s’interrogent sur l’intrus. Les crapauds croassent dans les joncs. Des ballets de libellules. De ma tente entrebâillée, à 10m de l’eau, je regarde le géant s’écouler paisiblement. Lui aussi va à la Mer Noire, mais en serpentant via la Serbie pour contourner les Carpates. Bivouaquer en pleine brousse le long du géant, y prendre son bain tout en regardant canards, cygnes et hérons autour de moi m’aurait paru surréaliste il y a encore qqs jours. Je le vis, c’est magique et définitivement un des moments les + forts et émouvants de mes 6000km à travers notre beau continent. Il est 21:30, le soleil couchant est rouge vif, suis ressorti de ma tente et cela fait 1h que je suis assis sur la berge, les pieds dans l’eau, complètement scotché et à me gaver de la majesté de ce fleuve. Les couleurs des ciel-fleuve-forêt en ce soleil couchant sont époustouflantes. Parfois une péniche avec remorqueur, parfois un bateau de croisière, mais souvent des arbres entiers à la dérive, incroyable. Ce sont ces derniers qui me donnent une idée de la vitesse du courant, faible à cet endroit-ci.


Le silence dans un décor d’opéra, Le Beau Danube Bleu, Le Lac des Cygnes, j’y suis, Strauss & Tchaïkowski m’y ont précédé, c’est sûr, et c’est avec une émotion non dissimulée que je me pâme à 180* de cet univers éblouissant et unique. Un manque, que les miens ne soient pas à mes côtés pour partager.


Ce Chemin est un rêve, et le mot n’est pas léger, du – pour moi. Et c’est le fil soutenu du pas qui m’y a amené. C’est le Chemin, le grand Voyage qui a repris son cours. Il y a des journées qui s’écoulent comme une douce rivière tranquille, d’autres avec des remous incessants qui se bousculent pour le meilleur, tel fut encore le cas ce jour.


D’innombrables cygnes, cigognes, cormorans, canards, hérons. Les grues & oies sauvages, ces grandes voyageuses, sont déjà parties, remontées vers la Baltique, voire la Mer de Barents, elles redescendront en octobre. 


De-ci, de-là, soirs & matins, l’une ou l’autre petite tente en bord du géant, soit à vue du chemin, soit un peu camouflée. Ce sont des nomades à 2 roues, leurs vélos attachés autour des arbres. Ils dorment encore, ou déjà.


5 moustiques flottent dans mon café, cet acharnement est insupportable. Bronzé comme un cycliste, tronc aspirine & membres charbon. Bottines comme des pantoufles. Bras & jambes comme claviers d’ordi par moustiques & taons. 2 gros orteils totalement insensibles depuis 1 mois, bis repetita cfr Mos-Com, no worry. Ma femme doit se couper en 5 à Bxl, elle est merveilleuse. Acheter une citerne d’anti-moustiques « Kill Them All » asap. Une kalachnikov pâlirait face à mon petit app. de photos. Premiers fruits mûrs cueillis discrètement & savourés: groseilles & cerises. Chaque matin, +\-1km pour dérouiller le corps, retrouver la cadence, puis ça déroule. Boire, boire, boire.


5:30, le soleil chauffe déjà le long du large canal. 2 grands bateaux de croisière le remontent, pavillons DE & SK, personne sur les ponts, ils dorment encore.



A hauteur de Gabcikovo (sur l’autre rive du canal), quitter le Danube entre lacs & marais, rejoindre et enjamber le canal via l’immense pont barrage hydroélectrique. Les vues amont & aval depuis le barrage sont époustouflantes. Obligé de traverser le canal sinon me retrouve dans un cul-de-sac à 6km, là où le canal rejoint son fleuve père, à Sap exactement. Sur le barrage, j’ai 2 bateaux de croisière à mes pieds, au fond de la cave de l’écluse. Les passagers tournent en rond sur chacun des ponts. Ils attendent patiemment, cm par cm, d’être remontés à la surface du canal, 15m + haut.


Le canal a rejoint le Danube. À ma gauche, un immense relief plat avec champs et grandes parcelles boisées de feuillus (jamais de résineux), à ma droite et à portée de bâton, le Danube dont le courant est paisible. Et au-delà, à 400m, la rive HU, totalement boisée. Miradors réapparaissent de mon côté. Côté HU, c’est la jungle en bord de fleuve.


15:00, j’ai faim & ai besoin d’ombre, la chape de chaleur est très lourde. Me fraie un passage dans les broussailles pour pique-niquer sur la berge. J’entends qq’un qui parle à une 20aine de m en aval sur la berge. Broussailles m’empêchent de le/les voir. Des Voyageurs? Allons voir & saluer. 2 vélos full équipés sont là, une tente, et à son pied un couple en train de … s’aimer. Très fort. Passionnément. Ce Danube a des effets insoupçonnés. Sur la pointe des bottines, je quitte les lieux les yeux fermés.


Court arrêt petit village de Sap, truite-chou-pdt-2 pepsi’s, 5,80€ à la taverne. Attention pour les paroissiens qui sortent de la petite église de ne pas trébucher dans le Danube, juste à côté.

Ce parcours me rappelle un peu le Camino Francès ES, où pèlerins-nomades s’arrêtent dans les tavernes des petits villages & hameaux pour s’y sustenter. Mais ces petits villages reculés de la Rioja, Meseta, Galice, bord de Danube, isolés voire un peu oubliés de leurs mères Madrid ou Bratislava, ces tavernes « very local » y voient défiler furtivement tout un brassage de nationalités et cultures, c’est magique. Ici, jamais d’auberges avec lits, le « bivouac sauvage » est + apprécié par les Voyageurs et largement toléré ici. Nature, nature, nature, quand tu nous tiens.

Un « thru » à 2 roues s’arrête à mon côté, Theo, jeune FR de Rouen (pic) 1 année sabbatique, roule jusque Sydney via EU, Kaz, Mong, Chi, puis avion Darwin AU puis désert jusque Sydney, visible s/ Fbk « Theo Bike World », bon Chemin Theo!


Cousins, amis, & compagnons de bureau (PF, JYL,…), mordus du guidon et des grands espaces verts, qu’attendez-vous? C’est ici que ça se passe.

Je traverse la Dunajské Luhy, avant Cicov, autre grande réserve naturelle protégée le long du géant, des marais boisés partout. Un trop rare panneau didactique (SK&UK) y indique que l’évaporation y est + importante que les précipitations. Au sortir de l’hiver, le Danube vient naturellement ré-abreuver cette immense zone marécageuse. Sentiers (périlleux) interdits 4 mois/an en début de printemps: danger des eaux et reproduction de la faune. Carte en main, je prévois 2h de marche pour parcourir la réserve en zigzaguant entre plans d’eaux marécageux. J’y resterai 20 secondes, à peine. Dès la 1ère bottine posée dans cet univers sombre & humide, ce sont des milliards de moustiques qui sortent de leurs tranchées, baillonette au canon et m’attaquent de toutes parts, jamais vu ça. « Birds » de Hitchcock, c’était le brouillon. Demi-tour en courant & me roulant par terre pour fuir ces nuages d’insectes.


Depuis Bratislava, sur ce chemin contemporain, ni Christs, ni Vierges, ni croix, et les petits hameaux ont perdu toute trace historique. Aucun bâtiment, stèle, objet quelconque ne rappelle un temps passé. P-ê dans les rares églises de ces très petits villages? Sais pas, toutes fermées à clef. Pour la 1ère x depuis plusieurs jours, le ciel se noircit, pas de forêts sèches, elles ont toutes les pieds dans les eaux marécageuses jusqu’en septembre. Au hameau de Klizska Nema, un nouveau petit quartier, dont 10aine de pt maisons identiques, est en train d’être construit près de l’eau. Toutes ont un toit, mais ni portes ni fenêtres encore. Y a qu’à choisir & se servir. Je prends la 1ère, vue sur Danube. 4:30, debout, café & pommes. Pas encore de Livre d’Or à signer en quittant la maison en chantier. Encore un arbre énorme qui passe sous mes yeux au milieu du fleuve, dingue. En route, vers le Levant.


Dans l’environnement et son biotope que je traverse, démarrer à 4:30 est un cadeau que l’on s’offre. Situation: chemin sablonneux avec graviers de dragage, du velours pour les assises plantaires. A droite, Sud, le Danube à portée de bâton. A gauche, Nord, une bande de foin de 40m de large qui longe le chemin, au-delà du foin se succèdent au fil des pas champs, bois, champs, bois,… A cette heure-ci, l’aube naissante, c’est grand’messe, je traverse 2 zoos. A droite, tous les volatiles d’eau qui s’envolent de la berge à mon passage. A gauche, chevreuils broutant en lisière, lièvres, cigognes, bcp de faisans, 1 renard, & sangliers invisibles mais dont les traces de sabots dans la boue et sols retournés ne laissent pas de doute. Lapins à droite dans les buissons, lièvres à gauche dans les champs, chacun chez soi. Au milieu, au-dessus, devant, derrière, à gauche, à droite, les moustiques, et pour eux c’est Shengen partout. Ce biotope et sa faune sont magiques!


Juste après Zlatna, j’ai 1 nouveau compagnon de transhumance. Pdt 1h, je marche côte-à-côte avec un … arbre entier, moi sur mon chemin, lui au milieu du fleuve, vitesses égales. Il m’abandonne pour aller s’échouer sur la berge HU.


Les premiers immeubles de Komárno sont visibles au loin, tristounets. Comme souvent dans les banlieues d’EU C, de grands legos colorés à appartements. En face d’elle, sur l’autre rive HU c’est sa ville sœur Komárom. Je vais traverser le pont du Danube et son bras qui les relie, sans mettre la bottine côté HU, juste pour sentir, humer. Chaque chose en son temps, ce sera à Sturovo.


A l’approche de Komárno, sur la berge, locaux & + viennent se frayer un passage dans les broussailles pour planter leurs parasols « Fanta » ou « Gambrinus », bronzer, pique-niquer, se baigner dans le géant. Une petite ambiance balnéaire verte se dessine au fil du pas. Ce spectacle me rappelle fidèlement mon arrivée à Berezino BY en traversant la Berezina où locaux se frayaient un passage entre ronces et orties pour aller se baigner dans le fleuve historique. Entrée dans la ville dont je ne connais que le nom s/ ma carte. Ville modeste voire pauvre (selon nos réf occ.) et selon un hongrois qui m’interroge sur mon origine. Petit OT pour petit prospectus. Les rares touristes sont surtout HU + les « nature thru-bikers » de passage furtif. 

Internet en dira +, mais je retiens: habité depuis l’âge de pierre – 200.000 soldats séjournèrent dans la forteresse entourant la vieille ville (Emp. AT/HU) – 2 tremblements de terre + 1945 ont presque tout détruit – mais surtout, fascinant aujourd’hui, ni le Danube, ni la frontière politique n’ont séparé les 2 cités sœurs Komárno SK & Komárom HU! On habite le trottoir d’en face ou de l’autre côté de la rive mais on vit ensemble, et dans les 2 langues. J’entends les Habsbourg porter un toast. 


Un tour du centre de la petite ville, petit centre pittoresque et authentique où, comme une balle de ping-pong, je suis balloté d’une église à l’autre (8! dont superbe St André à 2 clochers), toutes celles qui manquaient depuis Bratislava. Je longe une partie de sa forteresse du XVIème. Tout comme Christs & Vierges, Bela IV & Marie-Thérèse sont omniprésents. Aucune enseigne ou marque internationales de commerces ne se dispute cette bourgade, tout est local, j’adore.



Comme dans de nombreuses pt villes d’EU C & E, une « free wi-fi zone » est accessible sur la place centrale.

Ce choix Danubien est un rêve. Chemin d’aventures, Chemin de nature, Chemin d’histoire, Chemin de découvertes, Chemin d’émotions. À chaque porte qui s’ouvre, un nouveau cadeau, et l’exotisme ne fait que commencer…

Bratislava SK

4:30, il fait jour. Via Matzen AT & Prottes AT, un long ravel m’emmène jusqu’à la frontière, c’est la vaste plaine autour de moi. Plafond haut de nuages, léger vent, silence. À chaque approche de frontière, le cœur bat, c’est un nouveau pays avec ses culture, traditions, histoire, géographie, qui ouvre sa porte. Angern an der March (AT), c’est encore une frontière naturelle qui scelle la frontière politique: la rivière Morava. Je ne trouve pas de/le pont. « Where’s the bridge where I can cross the river & border? » « Bridge??? There’s no bridge here, we are a small village! » s’esclaffe le préposé du petit bureau de poste. En effet, comme sur la Moselle LU/DE, c’est une barge qui fait les a/r d’une berge à l’autre, avec tracteurs, voitures, bicyclettes, fantastique! 
Le pied en SK via le village de Zahorska Ves sur l’autre rive. Un autre monde, c’est enfin l’EU centrale. Il y a une 20aine de km jusque Stupava, via Vysoka, dont je voudrais me rapprocher. Pas de chemins ni sentiers, longer cette route mineure, c’est tout droit. Un tracteur, deux voitures, trois lièvres, la chaleur est lourde. De part et d’autre de cette longue route étroite, des champs et des terres peu/pas exploitées, point. Mais au fil des pas, le regard reste scotché à ce mur, là-bas au loin à l’E. Ce même mur que je voyais se rapprocher depuis Ostabat FR sur la Via Podiendis, c’étaient les Pyrénées. Mais là, à l’horizon, ce sont les Carpates! La + longue chaîne montagneuse d’EU. Ce mur me fait frissonner au f & à m que j’avance. J’en rêve depuis si longtemps, c’est un mythe qui devient enfin réalité au fil des pas.


Mes remerciements à Simon Dubuis, jeune, talentueux et confirmé trekker FR qui réalise des topo-guides des crêtes des chaînes montagneuses EU & S-Amer, ainsi que des tests de matériel (vêt. & acc.) en conditions réelles. Son travail et son apport sont phénoménaux.

1ère nuit au pied de cette immense virgule montagneuse, quoiqu’ici ce ne sont encore que ses orteils. Je la quitterai tôt pour rejoindre la plaine SK & HU puis la Transylvanie (RO) et enfin les gravir en direction de Iasi (RO). 2 axes possibles pour rejoindre Bratislava: la route, morne & ennuyeuse, ou le GR Cervena Cesta qui, depuis le petit village de Marianka, file en crête des collines boisées (Malé Carpaty) jusqu’à la capitale, le choix est vite fait.
Trouver l’église de Marianka, difficile, elle est enterrée dans un trou entourée de hauts feuillus, mais c’est là que débute le GR. Dans le bois résonne déjà le Pater Noster du prêtre par les hts-parleurs, j’y entre pdt la communion, une 20aine de fidèles. L’église m’impressionne tant par sa sobriété extérieure que sa luxuriance intérieure. Derrière l’église, pour rejoindre le GR, d’abord parcourir un long parc herbeux et arboré, jalonné (à nouveau) par de petites chapelles, chacune étant une station du chemin de croix. Et au pied du GR, en bout de parc, un site de dévotion à la Vierge, comme à Banneux, Lourdes, Beauraing.


3h à arpenter ces 1ères collines, que des feuillus, 4 chevreuils, des traces de sangliers partout, sentier bien balisé. Arrive à la hauteur d’un marcheur, 60 ans, il habite Bratislava, charmant. On cause « Carpates ». « Le point culminant, ici en SK, mais les + belles en UA et là où vous les traverserez direction Iasi. » Chouette!


Banlieue Bratislava depuis colline, looooong boulevard jusqu’au centre. Sur ma carte pré-imprimée de la ville, tous petits drapeaux des ambassades dont BE, juste à coté. Grande maison de maître 4 façades, 3 mâts mais 2 drapeaux, NL & EU. La 1/2 de la maison est vide. L’ambassade de BE? Fermé boutique l’an dernier, me dit le sympathique secrétaire NL, partie à Vienne.

Et il est enfin là, une des + grandes frontières naturelles d’EU, un des fleuves les plus mythiques, le Danube. Il scelle, à qqs 10aines kms près, la 1/2 de cette transhumance. Il m’avait frustré par 2x, interdiction par la police de le traverser avec voiture de location à Roussé (BU) et effleuré sa source sur le Jakobsweg dans la Forêt Noire (DE). Mais je l’avais retrouvé à Budapest lors d’un long w-e avec Isabel. Amarré, un bateau de croisière à pavillon … suisse! Oui oui, ça existe!


Je flâne dans le gd centre historique, exclusivement piétonnier, très beau et encore si propre. Je ne veux rien visiter en profondeur, je veux y revenir accompagné (¿Me lees?). 


Par hasard, je vois et m’arrête au « KGB pub »!, dans un sous-sol, insolite! Pour le fun, le barman me demande une pièce d’identité. Au sous-sol, une longue cave voûtée en pierres et briques qui nous replonge dans l’ambiance & l’histoire de l’URSS avec photos, bustes, caricatures, objets divers, toutes des reliques qu’on trouve encore today sur les marchés de brocantes en RU & ancien bloc de l’E. Dont une photo « choc » et unique (pic) que je ne connaissais pas: Beria et la formidable résistante, prisonnière du goulag & écrivaine Evguenia Guinzbourg que j’ai lu et relu. Toute cette ambiance « divertissante » aujourd’hui …, à propos d’une époque noire & sanglante de l’histoire de notre continent, 20 mios de morts innocents, fracture de l’histoire, fracture des hommes. A l’extérieur, l’enseigne avec ce dessin bien connu (pic) de propagande où il y manque la bulle originale « Не болтай! / Ne pas parler! ». Les tables dans la cave sont séparées par un petit voile pour avoir des conversations discrètes, comme à l’époque, on s’y croirait! Au fond de la cave, une porte discrète avec gros cadenas ouvert et escalier en colimaçon qui mène à une petite pièce sombre dite « salle de réunions de résistance »! Attention à l’Art. 58! Derrière moi, la porte s’ouvre, Beria? Iejov? Dzierzinsky?, non, un couple de consommateurs asiatiques. Les toilettes? D’étroites cellules en vieux métal fidèlement reconstituées, frissonnant! En sourdine, chansons et chœurs soviétiques, le barman accepte de diffuser Vladimir Vissotsky! J’adore, j’adore! C’est « Une Saga Moscovite » de V. Axionov en plein. Je rêve d’un endroit idem à Bxl.


Mes nouvelles cartes SK 1/50 me permettent de ré-affiner mon itinéraire jusque Esztergom, & à les lire, je le modifie complètement. Pour joindre l’utile à l’agréable: je longerai +\- le Danube d’un bout à l’autre, jusque Esztergom. Chemins de rando bucoliques, petits villages intermédiaires et environnement naturel me semblent incontournables. Deux journées de +, mais si bénéfique. Le tracé initial était plaine-champs sur 150km, bof… Une gencive ou dent me fait de + en + grimacer. Caroline T., help!

Nuit Rovinka à oublier, lancements continus à gencive gonflée, ça fait mal. Continuer avec risque? Pas envie que ce soit un brave agriculteur qui m’arrange ça avec une pique de fourche. Sagesse & sécurité obligent, retour en amont, 11km jusque banlieue de Bratislava sous fine pluie. A la pharmacie, Le mari de la pharmacienne m’accompagne à 4 blocs, c’est un centre médical public et un dentiste est dispo. Abcès, ponction, nettoyage, anti-douleurs & bains de bouche. Le jeune dentiste a marché jusque Czestochowa il y a 2 ans, et avec son père, quelle chance! Suis un peu ko et ne veux/peux pas me remettre en route immédiatement. L’OT me propose une aub. de jeun. « Hostel Backpackers », le dortoir (+\- 12p) est envahi par jeunes UK ivres morts, ils hurlent, chantent, tombent. Demi-tour, vers penzion à sortie de ville, dodo ferme et lessive.